Ordures ménagères à Yaoundé : le MINAT met la pression

Le problème de Yaoundé ne réside pas uniquement dans le ramassage.

Après plusieurs mois de recrudescence des dépôts sauvages dans la capitale, une réunion interministérielle présidée par le ministre de l’Administration territoriale, sur hautes instructions du chef de l’État, relance la lutte contre l’insalubrité.

Entre nouvelles consignes, contraintes anciennes et attentes des populations, la question demeure entière : les mesures annoncées permettront-elles de rompre le cycle des opérations d’urgence sans lendemain ? À Yaoundé, les images de montagnes d’ordures débordant sur les chaussées, les marchés et les quartiers résidentiels sont redevenues familières.

Carrefour Total Melen, Nsimeyong-Victor Hugo, Mokolo, Mvog-Ada ou encore certains axes de Nkolbisson figurent parmi les points où les déchets s’accumulent régulièrement, perturbant la circulation, dégradant le cadre de vie et faisant craindre des risques sanitaires.

Une capitale sous les ordures

Pour les habitants, cette situation n’est pas nouvelle. Elle s’est installée au fil des mois malgré plusieurs campagnes exceptionnelles de ramassage. Les opérations « Coup de poing » menées en 2024 et 2025 ont permis d’évacuer plusieurs dizaines de milliers de tonnes de déchets, mais les dépôts se sont rapidement reconstitués, révélant les limites d’une stratégie essentiellement curative.

Une réunion de crise sous haute instruction

C’est dans ce contexte que le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a réuni le 28 août 2026 les administrations concernées, les maires des sept communes d’arrondissement du Mfoundi ainsi que les deux entreprises chargées de la collecte, Hysacam et Thychlof.

La rencontre, tenue sur hautes instructions du chef de l’État, avait un double objectif : dresser un état des lieux du dispositif actuel et identifier les blocages empêchant une collecte régulière des déchets. À l’issue des travaux, plusieurs orientations ont été arrêtées. Les sous-préfets et les maires devront effectuer au moins deux descentes conjointes par semaine pour contrôler les opérations de collecte.

Les communes sont invitées à s’impliquer davantage dans la gestion quotidienne de la salubrité. Le gouvernement envisage également la création de structures spécialisées dans la gestion des déchets ménagers, sans calendrier précis. Le message du MINAT est clair : les collectivités locales ne devront plus invoquer uniquement les difficultés financières pour expliquer la persistance des dépôts sauvages.

Des moyens importants, des résultats insuffisants

Sur le papier, les ressources contractuelles mobilisées paraissent conséquentes. Les contrats attribués à Hysacam et à Thychlof représentent près de 62 milliards de FCFA sur cinq ans. À cela s’ajoutent plusieurs milliards consacrés à la maîtrise d’œuvre et au suivi des prestations. Pourtant, les résultats observés sur le terrain restent largement en deçà des attentes.

Selon les estimations du ministère de l’Habitat et du Développement urbain, Yaoundé produit environ 3 000 tonnes de déchets par jour, alors que moins de la moitié est collectée par le système formel.

Cette insuffisance s’explique par plusieurs facteurs : croissance démographique, extension des quartiers périphériques, difficultés d’accès, embouteillages ralentissant les rotations des camions, insuffisance des points de regroupement et vieillissement des infrastructures. À cela s’ajoute la saturation progressive de la décharge de Nkolfoulou, maillon essentiel de la chaîne de traitement.

Sur le terrain, une urgence sanitaire et sociale

Au-delà des chiffres, les conséquences sont visibles dans le quotidien des populations. Les tas d’ordures attirent insectes et rongeurs, obstruent les caniveaux, favorisent les inondations pendant les pluies et dégagent des odeurs persistantes. Dans plusieurs quartiers, des habitants se résignent à brûler leurs déchets ou à les déposer dans des espaces non aménagés, alimentant les dépôts sauvages.

Les commerçants installés à proximité des points noirs dénoncent une baisse de fréquentation, tandis que les riverains s’inquiètent des risques sanitaires, notamment pendant les fortes pluies. Les opérations de nettoyage améliorent généralement la situation à court terme. Mais faute d’une collecte régulière et d’une organisation durable, les déchets réapparaissent souvent quelques jours ou semaines plus tard.

Le défi dépasse la seule collecte

La réunion remet en lumière une réalité déjà soulignée lors des États généraux des déchets urbains organisés en 2025. Le problème de Yaoundé ne réside pas uniquement dans le ramassage. Il concerne toute la chaîne de gestion : pré collecte dans les quartiers, transport, centres de transfert, traitement final, valorisation et financement.

Les recommandations formulées depuis plusieurs années reviennent avec insistance : création d’une agence spécialisée, renforcement des capacités des communes, amélioration du financement, développement du recyclage, multiplication des plateformes de regroupement et meilleure transparence dans le suivi des contrats. L’efficacité de ces réformes dépendra toutefois de leur mise en œuvre effective.

Des attentes fortes et un impératif de résultats

L’annonce d’un contrôle renforcé par les autorités administratives traduit une volonté de reprendre la main sur un dossier devenu sensible. Pour les populations, cependant, l’essentiel ne sera pas le nombre de réunions ou de descentes de terrain, mais l’amélioration concrète de leur cadre de vie.

Les habitants attendent avant tout des rues propres, des enlèvements réguliers, des calendriers de collecte respectés et une réduction durable des dépôts sauvages. La séquence ouverte fin août marque peut-être un nouveau départ. Mais elle rappelle aussi que Yaoundé n’a pas besoin d’opérations ponctuelles répétées.

La capitale a surtout besoin d’un système de gestion des déchets capable de fonctionner quotidiennement, avec des responsabilités clairement établies, des financements sécurisés et des résultats mesurables. C’est à cette condition que la ville pourra sortir durablement du cycle de l’accumulation des ordures, des interventions d’urgence et du retour rapide de l’insalubrité.

Encadré : La gestion des ordures ménagères à Yaoundé

Situation actuelle

  • Volume quotidien :
    • Environ 3 000 tonnes de déchets sont produites chaque jour dans la ville
  • Quartiers touchés :
    • Biyem-Assi, Nsimeyong, Damas, Essomba, Nlongkak et les abords des marchés
  • Impacts :
    • plus de chaussée; réduction de la route et de la circulation routière font craindre des risques sanitaires pour les riverains
    • Des opérations de nettoyage d’urgence menées par les autorités ont permis de dégager certains axes ciblés

Acteurs et contrats

  • Opérateurs principaux :
    • Hysacam et Thychlof (ou Tiklof) pour la collecte, le transport et le nettoyage
  • Difficultés financières :
    • La crise de l’assainissement est en partie attribuée aux arriérés de paiements de l’État aux entreprises de ramassage
    • contraintes logistiques et volume massif de déchets produits

Pistes de régulation

  • Encadrement de la pré-collecte :
    • Les autorités tentent de structurer le travail des pré-collecteurs en tricycles
    • Interdiction de dépôts anarchiques dans les rues
    • Trois ministres sur le terrain
Simon Emmanuel Minyem

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