Mercure, pesticides obsolètes, PCB : avec l’appui du Fonds pour l’environnement mondial et de la Banque africaine de développement, onze pays africains renforcent leurs dispositifs de contrôle et leur arsenal juridique contre les polluants dangereux.
Face aux polluants toxiques qui menacent la santé publique et les écosystèmes, plusieurs pays africains passent à l’action. Six pays africains – Angola, Guinée, Mauritanie, Sénégal, Togo, Éthiopie – ont adopté des plans d’action de 90 jours pour accélérer la mise en œuvre de la deuxième phase du projet AFLDC, soutenu par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM).
Exécuté par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), l’objectif est de transformer les engagements internationaux en mesures concrètes contre les polluants organiques persistants (POP) et le mercure. L’initiative concerne onze pays africains et s’inscrit dans le cadre des conventions de Stockholm et de Minamata.
Les deux conventions encadrent respectivement la lutte contre les polluants organiques persistants et les risques liés au mercure. Elle vise à accroître les investissements, faciliter le transfert de technologies et renforcer les capacités nationales grâce à l’assistance technique.
Dakar, laboratoire d’une accélération régionale
Du 22 au 24 septembre 2026, Dakar a accueilli le deuxième atelier régional de l’AFLDC-2. Les travaux ont été suivis, le 25 septembre, par la deuxième réunion annuelle du Comité de pilotage régional, qui a également servi de mission de supervision de la composante sénégalaise.
Pour Innocent Onah, chargé en chef des ressources naturelles et chef de projet à la BAD, l’enjeu était d’évaluer les progrès, de repérer les difficultés rencontrées par les pays et par l’institution, puis de convenir de mesures opérationnelles pour accélérer l’exécution.
Le représentant du ministère sénégalais de l’Environnement a, pour sa part, insisté sur les contrôles à l’importation, la traçabilité, la gestion des déchets et le traitement des sites contaminés.
La rencontre a mobilisé des délégations de Guinée, de Mauritanie, du Sénégal, du Togo et d’Angola. L’Éthiopie a participé au Comité de pilotage, tandis que la Gambie, la Sierra Leone, l’Ouganda et la Zambie ont suivi les travaux à distance. Après l’étape de Pretoria, en mai 2026, les onze pays bénéficiaires sont désormais engagés dans le dispositif régional.
Des textes aux contrôles sur le terrain
Au-delà des réunions, le défi est celui de l’application. La stratégie technique prévoit des formations conjointes pour les pays confrontés à des problématiques similaires : pesticides obsolètes, polychlorobiphényles (PCB), mercure ou législation environnementale. Les connaissances acquises au niveau régional devront ensuite être diffusées et mises en pratique dans chaque pays.
Autre chantier majeur : l’élaboration d’une législation type s’appuyant sur les conventions de Stockholm, de Minamata, de Bâle et de Rotterdam. Ce cadre devra être adapté aux réalités nationales par les comités techniques compétents. Les objectifs relatifs aux PCB et au mercure, définis lors de l’approbation du projet, restent inchangés.
La réussite dépendra toutefois de la capacité des administrations à assurer les inspections, à suivre les substances dangereuses tout au long de leur cycle de vie, à contrôler les importations et à traiter les déchets et les sites pollués. Les plans de 90 jours constituent ainsi un instrument d’accélération, mais leur portée se mesurera aux résultats effectivement obtenus.
Une gouvernance régionale consolidée
Le Comité de pilotage a élu par consensus Mamady Camara, coordinateur national du projet PIDACC en Guinée, et Dawda Badgie, directeur exécutif de l’Agence nationale de l’environnement de Gambie, comme coprésidents pour toute la durée du projet. Ils assuraient déjà cette fonction à titre intérimaire depuis la réunion de Pretoria.
Pour les pays bénéficiaires, l’enjeu dépasse la conformité aux engagements internationaux. Il s’agit de réduire l’exposition des populations aux substances toxiques, de protéger les ressources naturelles et de renforcer les capacités publiques à prévenir les risques environnementaux.
Le véritable test de l’AFLDC-2 sera désormais celui de l’exécution : faire des plans de 90 jours des contrôles plus efficaces, des règles applicables et une réduction mesurable des pollutions.
