Samuel Eto’o – Gianni Infantino : que gagne le football africain ?

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54 associations membres de la CAF ont officiellement décidé de soutenir Gianni Infantino pour la présidence de la FIFA en 2027.

Le choix du président de la FECAFOOT dépasse le Cameroun et pose la question de l’influence africaine à la FIFA. 54 fédérations africaines seront derrière le président de la FIFA en 2027, Samuel Eto’o en première ligne : soutien stratégique, fidélité politique ou marché électoral ? Le débat dépasse désormais les personnes.

Le football africain semble parler d’une seule voix : 54 associations membres de la CAF ont officiellement décidé de soutenir Gianni Infantino pour la présidence de la FIFA en 2027. Une démonstration de force considérable pour un président qui fait face à une contestation croissante en Europe.

Mais derrière cette unanimité institutionnelle se pose une question politiquement dérangeante : l’Afrique soutient-elle Gianni Infantino parce qu’il a réellement transformé son football, ou parce qu’il a su construire avec elle une relation politique efficace ?

Samuel Eto’o a choisi son camp. Le président de la FECAFOOT affirme que Gianni Infantino a été « loyal » envers l’Afrique et qu’il a permis aux fédérations africaines de progresser. Son argument mérite d’être entendu. Mais il appelle surtout une question : comment mesure-t-on cette loyauté ?

Les chiffres doivent répondre : depuis l’arrivée de Gianni Infantino à la tête de la FIFA en 2016, les programmes de développement ont augmenté et les ressources distribuées aux fédérations ont progressé. La réforme du Mondial masculin à 48 équipes offre également davantage de places à l’Afrique. Le Mondial 2026 compte ainsi neuf places africaines garanties, contre cinq auparavant. C’est un acquis majeur.

Mais le développement du football africain ne se mesure pas uniquement au nombre de places à la Coupe du monde. Il se mesure aussi à la santé des championnats nationaux, à la professionnalisation des clubs, aux droits télévisuels, aux infrastructures, à la formation, à l’arbitrage, au football féminin et à la capacité à retenir une partie de la valeur économique créée par les joueurs africains.

Et c’est là que le bilan devient plus complexe. L’African Football League, lancée en 2023 avec seulement huit clubs, n’a pas encore produit l’effet de locomotive attendu. Le CHAN, compétition destinée aux joueurs évoluant sur le continent, traverse également une période d’incertitude. Quant aux championnats nationaux, ils restent pour beaucoup insuffisamment médiatisés et commercialisés.

L’Afrique produit des talents mondiaux, mais peine encore à produire une industrie footballistique mondiale. C’est précisément ici que le soutien africain à Gianni Infantino devrait être transformé en rapport de négociation. Les 54 voix africaines représentent plus du quart du collège électoral de la FIFA. Elles ne suffisent pas à élire seules un président, mais elles constituent un bloc décisif dans toute élection disputée.

L’Afrique possède donc une monnaie d’échange considérable : sa puissance électorale. Elle devrait l’utiliser. À Infantino, l’Afrique pourrait demander un véritable pacte : infrastructures, digitalisation des championnats, droits TV, compétitions continentales économiquement viables, protection des jeunes talents, professionnalisation des clubs et mécanismes permettant aux économies africaines de conserver davantage de valeur.

Pour le Cameroun, le soutien de Samuel Eto’o peut représenter une opportunité diplomatique. Mais il comporte aussi un risque : que la position camerounaise soit perçue comme une relation personnelle entre Eto’o et Infantino plutôt que comme une stratégie de défense des intérêts du football camerounais et africain.

Le débat ne devrait donc pas être : « Êtes-vous pour ou contre Infantino ? » Il devrait être : « Qu’obtient l’Afrique en échange de ses 54 voix ? » Car soutenir un président de la FIFA n’est pas une fin en soi.

Le véritable succès d’Infantino en Afrique ne sera pas le nombre de voix africaines obtenues en 2027. Il sera la capacité du football africain à devenir enfin une industrie qui crée, conserve et redistribue davantage de valeur sur le continent.

Et si Samuel Eto’o peut démontrer, chiffres à l’appui, que cette transformation est déjà en marche, alors son plaidoyer en faveur d’Infantino gagnera une force incontestable. L’Afrique ne demande pas des slogans. Elle demande des résultats.

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