L’intensification des travaux préparatoires sur la deuxième phase de l’autoroute Yaoundé-Douala marque un tournant dans un projet emblématique des ambitions infrastructurelles du Cameroun.
Après des années de lenteurs, le gouvernement veut convaincre que le chantier est désormais sur de bons rails. Mais entre contraintes financières, défis techniques et attentes des populations, cette infrastructure cristallise autant d’espoirs que d’interrogations. Son achèvement demeure pourtant déterminant pour l’avenir du principal corridor logistique du pays.
Les premiers signes d’une relance
Sur le terrain, les engins ont repris du service. Entre les points kilométriques 89 et 100, l’entreprise chinoise CFHEC mène les opérations de déforestage, de déboisement et d’implantation des sondages géotechniques, préalables indispensables au lancement des ouvrages de génie civil.
Parallèlement, des campagnes de sensibilisation sont menées auprès des riverains afin de faciliter la libération des emprises et de prévenir les tensions foncières. Une démarche qui traduit les enseignements tirés des précédents grands chantiers. À ce stade, le projet entre dans sa phase opérationnelle, même si les travaux lourds restent encore à venir.
Un chantier à la hauteur des ambitions nationales
Longue de 141,1 kilomètres entre Bibodi et Massoumbou, cette deuxième phase est conçue en deux fois deux voies, extensibles à deux fois trois voies. Elle comprendra notamment les ponts sur la Sanaga et la Dibamba, plusieurs échangeurs ainsi que des raccordements vers Pouma et Édéa.
Au-delà des caractéristiques techniques, l’infrastructure répond à une nécessité : adapter le réseau routier à la croissance des échanges. Aujourd’hui, la Nationale n°3 assure l’essentiel des liaisons entre Yaoundé, Douala, les régions septentrionales et les pays de la sous-région, avec un trafic bien supérieur à sa capacité initiale.
Une Nationale n°3 à bout de souffle
La dégradation récurrente de la Nationale n°3 constitue un frein à la compétitivité économique. Malgré les réhabilitations successives, certaines sections se détériorent rapidement sous le poids d’un trafic quotidien de plus en plus dense.
Les embouteillages autour de Douala et d’Édéa rallongent les délais de transport, renchérissent les coûts logistiques et aggravent les risques d’accidents sur l’un des axes les plus fréquentés du pays. L’autoroute apparaît ainsi comme une réponse structurelle à une saturation devenue chronique.
Kribi change la donne
La montée en puissance du port en eau profonde de Kribi redessine progressivement la géographie logistique du Cameroun. L’augmentation des flux de marchandises renforce la pression sur l’axe Édéa-Kribi et, plus largement, sur les liaisons avec Douala et Yaoundé.
Les échanges entre les deux ports, les zones industrielles et la capitale continueront d’accroître les besoins de mobilité. Dans ce contexte, l’autoroute Yaoundé-Douala ne reliera pas seulement deux métropoles : elle constituera l’épine dorsale d’un corridor logistique appelé à soutenir la compétitivité nationale et sous-régionale.
Les délais : entre optimisme officiel et prudence
Le gouvernement affiche sa volonté d’accélérer l’exécution du projet. Les travaux préparatoires témoignent d’une dynamique nouvelle. Mais plusieurs inconnues subsistent, notamment la libération des emprises, la réalisation des ouvrages d’art et les contraintes techniques ou climatiques.
L’expérience de la première phase incite à la prudence : les grands projets d’infrastructures restent sensibles aux aléas administratifs, financiers et opérationnels.
Le nerf de la guerre : le financement
Avec un coût estimé à plus de 1 000 milliards de FCFA, cette deuxième phase figure parmi les plus importants investissements routiers du pays. La sécurisation des financements et la disponibilité des contreparties nationales, notamment pour les indemnisations, seront déterminantes.
La régularité des décaissements conditionnera la continuité des travaux et le respect des délais. Dans les localités traversées, la reprise du chantier nourrit l’espoir d’emplois, d’une meilleure accessibilité et de nouvelles opportunités économiques.
Cette adhésion dépend toutefois du respect des engagements envers les riverains, notamment en matière d’indemnisation. Le dialogue engagé avec les communautés constitue, à cet égard, un facteur essentiel de réussite.
Un test pour la crédibilité de l’action publique
Au-delà de son impact économique, l’autoroute Yaoundé-Douala est devenue un test de la capacité de l’État à conduire de grands projets dans les délais annoncés. Chaque avancée est observée par les opérateurs économiques et les usagers, lassés des retards accumulés sur plusieurs infrastructures nationales.
L’enjeu dépasse désormais la seule construction d’une autoroute. Il s’agit d’accompagner la montée en puissance des ports de Douala et de Kribi, de fluidifier les échanges et de doter le Cameroun d’un corridor logistique à la hauteur de ses ambitions régionales.
Car la compétitivité de l’économie nationale dépendra largement de la qualité de cette liaison stratégique entre les principaux pôles de production, de consommation et d’exportation.