Cameroun : à Buea, Dion Ngute joue la carte du dialogue pour sortir de dix ans de crise

Le mois de septembre a été marqué par de nouvelles violences dans les deux régions anglophones, notamment des enlèvements et des attaques contre des civils.

Après le Grand Dialogue national de 2019, Yaoundé mise désormais sur les communautés, les chefs traditionnels, les religieux et les acteurs économiques pour convaincre les derniers combattants de déposer les armes. Mais la rentrée sous tension rappelle que la paix devra désormais se mesurer par des résultats.

À Buea, le Cameroun tente une nouvelle approche pour sortir de la crise qui secoue le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis 2016. Le 28 septembre, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a lancé un dialogue communautaire pour la paix, réunissant autorités administratives, élus, chefs traditionnels et religieux, société civile, élites politiques et opérateurs économiques.

L’objectif : porter le dialogue au plus près des communautés et identifier des facilitateurs capables d’établir un contact avec les combattants encore actifs. Le changement de méthode est significatif. Après le Grand Dialogue national d’octobre 2019, présidé par Dion Ngute, le gouvernement entend désormais davantage responsabiliser les acteurs locaux.

Les préfets doivent prendre le relais dans leurs départements et organiser des initiatives de proximité. Les chefs traditionnels, les responsables religieux, les femmes, les jeunes, les entrepreneurs et les organisations de la société civile sont appelés à participer à cette architecture locale de paix.

Un premier résultat concret est déjà mis en avant par les autorités : 25 anciens combattants d’Akwaya, dans le département de la Manyu, ont été présentés au Premier ministre après avoir déposé les armes. Leur réintégration doit notamment passer par les mécanismes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).

Mais Buea intervient dans un contexte encore fragile. Le mois de septembre a été marqué par de nouvelles violences dans les deux régions anglophones, notamment des enlèvements et des attaques contre des civils.

La rentrée scolaire a elle aussi été perturbée, rappelant que l’amélioration sécuritaire signalée par les autorités ne signifie pas encore un retour complet à la normalité. Dion Ngute veut précisément éviter que le dialogue ne devienne un rituel institutionnel supplémentaire.

Son message est désormais celui des résultats : permettre aux enfants de retourner à l’école, aux habitants de retrouver leurs villages, aux entreprises de fonctionner et aux jeunes d’accéder à l’emploi. Le Premier ministre a notamment cité la CDC et Pamol, deux acteurs majeurs de l’économie du Sud-Ouest, dont l’activité reste liée à la stabilité de la région.

Cette dimension économique est centrale. Le Sud-Ouest possède un potentiel agricole, agro-industriel, portuaire et touristique important. La persistance de l’insécurité pèse sur les investissements, les infrastructures, les chaînes d’approvisionnement et l’emploi. La paix n’est donc pas seulement un objectif sécuritaire : elle constitue une condition préalable à la relance économique régionale.

Le gouvernement prévoit par ailleurs la mise en place d’un fonds pour la paix, destiné à accompagner les initiatives communautaires. Mais la crédibilité de ce dispositif dépendra de ses ressources, de sa gouvernance et de sa capacité à financer des actions visibles sur le terrain.

La société civile appelle déjà à élargir le processus. L’avocat et défenseur des droits humains Nkongho Felix Agbor, présent à Buea, estime que les familles déplacées, les femmes, les jeunes, les enseignants et les autres populations directement affectées doivent pouvoir faire entendre leur voix et surtout vérifier que les engagements pris sont suivis d’effets.

C’est ici que se situe le véritable test de Buea. Le dialogue communautaire ne pourra être jugé à la qualité des discours, mais à ses effets mesurables : combattants démobilisés, civils mieux protégés, écoles rouvertes, villages sécurisés, entreprises relancées, jeunes réinsérés et investissements retrouvés.

Après près d’une décennie de crise, Yaoundé ne cherche donc plus seulement à convaincre qu’il faut parler. Il lui faut désormais démontrer que la parole peut produire la paix et que la paix peut produire à nouveau du développement dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

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