En attribuant 50 millions de FCFA à chacune des dix communes distinguées lors de la deuxième édition des Awards des communes modèles dans la réalisation des projets d’investissement public, le Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM) entend faire de la performance un levier de transformation de la gouvernance locale.
Plus qu’une récompense financière, cette initiative traduit une nouvelle approche managériale fondée sur l’émulation, la redevabilité et la valorisation des bonnes pratiques. Mais son succès dépendra de la capacité des collectivités à transformer cette reconnaissance en résultats durables.
Une nouvelle culture de la performance
Ngaoundéré III, Kobdombo, Nguelebok, Petté, Loum, Touroua, Nkambe, Bandjoun, Zoétélé et Idabato ont été distinguées pour la qualité de leurs investissements publics. À travers cette initiative, le FEICOM ne se contente plus de financer les collectivités territoriales décentralisées : il introduit progressivement une logique d’évaluation des performances.
Cette évolution s’inscrit dans le contexte de l’accélération de la décentralisation au Cameroun. Les communes disposent de compétences élargies et gèrent des ressources publiques de plus en plus importantes. En contrepartie, les attentes en matière d’efficacité, de transparence et d’impact des investissements sont désormais plus fortes.
Les Awards traduisent ainsi une volonté d’encourager les collectivités qui démontrent leur capacité à transformer les financements en infrastructures et services utiles aux populations.
Une récompense qui doit reposer sur des critères objectifs
Toutefois, un classement n’a de valeur que si les critères d’évaluation sont rigoureux et comparables.
Le taux d’exécution des projets, le respect des délais, la qualité technique des ouvrages, la transparence dans la passation des marchés, la maîtrise des coûts, l’entretien des infrastructures réalisées ou encore la satisfaction des populations constituent autant d’indicateurs susceptibles de mesurer la performance d’une commune.
À défaut d’une méthodologie clairement connue, la récompense pourrait être perçue comme symbolique plutôt que comme un véritable instrument d’amélioration de la gestion publique. La crédibilité du dispositif dépendra donc largement de la transparence des critères retenus et de la publication régulière des résultats obtenus.
Un levier d’émulation entre collectivités
Au-delà des dix communes récompensées, le FEICOM cherche à instaurer une saine concurrence entre les collectivités territoriales. L’idée est simple : démontrer qu’une gestion rigoureuse et efficace peut être reconnue et encouragée financièrement.
Cette logique de performance est déjà utilisée dans plusieurs pays, où les mécanismes d’incitation permettent d’améliorer la qualité des investissements publics, de renforcer la discipline budgétaire et de diffuser les bonnes pratiques entre administrations locales.
Pour les maires, cette reconnaissance constitue également un signal positif susceptible de renforcer leur crédibilité auprès des partenaires techniques, des bailleurs de fonds et des populations.
Quels impacts sur la gestion municipale ?
Si cette approche est pérennisée, elle pourrait modifier progressivement les pratiques de gestion des communes. Les exécutifs municipaux seraient davantage incités à améliorer la programmation des investissements, à renforcer le suivi des projets, à limiter les retards d’exécution et à développer une culture de résultats.
La dotation de 50 millions de FCFA pourrait également permettre de financer des projets structurants ou d’améliorer des équipements publics à condition que ces ressources soient affectées à des investissements clairement identifiés. L’enjeu est d’éviter que cette prime ne soit absorbée par les dépenses de fonctionnement, ce qui réduirait fortement son effet incitatif.
Le défi de la redevabilité
L’intérêt de cette initiative ne se mesurera pas uniquement au nombre de communes récompensées. La véritable innovation résiderait dans la mise en place d’un mécanisme de suivi permettant d’évaluer l’utilisation des dotations accordées.
La publication des projets financés, des montants effectivement engagés et d’un bilan un an après l’attribution des récompenses renforcerait la transparence du dispositif et permettrait d’apprécier son impact réel. Cette exigence de redevabilité est d’autant plus importante que les fonds distribués proviennent de ressources publiques.
Une nouvelle étape dans la gouvernance locale
À travers ces Awards, le FEICOM fait évoluer son rôle. Longtemps perçu principalement comme un organisme de financement des collectivités territoriales, il affirme désormais une ambition plus large : promouvoir une culture de la performance et de la bonne gouvernance au niveau local.
Si cette démarche s’accompagne d’une évaluation transparente, d’un suivi rigoureux des résultats et d’un partage des expériences réussies, elle pourrait contribuer à améliorer durablement la qualité des investissements publics communaux.
Dans le cas contraire, ces distinctions risqueraient de demeurer essentiellement honorifiques. Le véritable défi consiste désormais à faire de cette récompense un instrument durable d’amélioration de la gouvernance locale, où chaque franc alloué se traduit par des infrastructures mieux réalisées et des services publics plus performants au bénéfice des populations.