Accès à l’eau potable : le projet SEWASH peut-il sortir le Cameroun de la crise de l’eau ?

Accès à l’eau potable : le projet SEWASH peut-il sortir le Cameroun de la crise de l’eau ?

L’annonce d’une première enveloppe de 200 millions d’euros accordée par la Banque mondiale au Cameroun pour le projet SEWASH (Security Water, Sanitation and Hygiene Project) relance une question essentielle : le pays est-il enfin en mesure de résoudre sa crise chronique de l’eau potable ou ce programme risque-t-il de rejoindre la longue liste des projets dont les ambitions ont été freinées par les difficultés de mise en œuvre ?

Contrairement à certaines perceptions, le SEWASH ne constitue pas une simple prolongation des programmes antérieurs. Il s’inscrit dans une nouvelle approche adoptée par la Banque mondiale, qui ne consiste plus seulement à financer des infrastructures, mais à renforcer l’ensemble du système de gouvernance de l’eau.

Il y a la mobilisation de la ressource, la protection des bassins versants, la distribution, l’assainissement, la gestion des risques climatiques et les réformes institutionnelles.

Le programme est particulièrement ambitieux. La première phase mobilise 200 millions d’euros, tandis que l’objectif global est estimé à 800 millions d’euros, faisant du SEWASH l’un des plus importants investissements jamais envisagés dans le secteur de l’eau au Cameroun.

Ce qui change réellement

Depuis plus de vingt ans, plusieurs projets ont été financés avec l’appui de partenaires techniques et financiers. Ils ont permis la construction de forages, l’extension de réseaux urbains ou encore l’amélioration de certaines infrastructures hydrauliques.

Toutefois, ces interventions sont souvent restées localisées et n’ont pas permis de répondre durablement à la croissance démographique, à l’urbanisation rapide et aux effets du changement climatique. Le SEWASH entend corriger cette faiblesse en intervenant simultanément sur plusieurs maillons de la chaîne.

Le projet prévoit notamment une meilleure planification des investissements, une gestion plus efficace des ressources en eau, une accélération des procédures de réalisation des ouvrages et une meilleure coordination entre les administrations concernées.

Il est également adossé au Compact national Eau, qui constitue la feuille de route du gouvernement pour attirer davantage de financements publics et privés. Autrement dit, il ne s’agit plus uniquement de construire des adductions d’eau, mais de réorganiser durablement l’ensemble du secteur.

Quel impact pour les populations ?

Pour les Camerounais, la question essentielle reste l’accès quotidien à l’eau potable. Si le projet est exécuté conformément aux objectifs annoncés, plusieurs effets peuvent être attendus.

Notamment l’augmentation de la capacité de production d’eau potable, l’ extension des réseaux de distribution dans les villes et les centres secondaires, l’amélioration de l’accès dans certaines zones rurales, ainsi qu’une meilleure résilience face aux épisodes d’inondation ou de sécheresse.

Le projet pourrait également renforcer les capacités des institutions publiques chargées de la gestion de l’eau et améliorer la qualité des services rendus aux usagers. Cependant, les résultats ne seront pas immédiats. Les premières étapes demeurent consacrées aux études techniques, aux procédures de passation des marchés et au lancement progressif des principaux chantiers.

Les chances de réussite existent-elles ?

Le SEWASH présente plusieurs atouts qui le distinguent des précédents programmes. D’abord, la Banque mondiale assure un suivi étroit de sa mise en œuvre. Les différentes missions techniques conduites au Cameroun témoignent de cette implication et de la volonté d’accompagner le projet dans la durée.

Ensuite, le gouvernement affiche son intention d’accélérer les procédures afin d’éviter les retards qui ont souvent pénalisé les grands projets publics. Enfin, la perspective des phases suivantes traduit la volonté des partenaires d’inscrire cette réforme dans une vision de long terme.

Mais plusieurs risques demeurent. Les lenteurs administratives, les difficultés de passation des marchés, les contraintes foncières, les problèmes de gouvernance et la mobilisation effective des 600 millions d’euros complémentaires seront déterminants. L’expérience montre que le financement, à lui seul, ne garantit jamais le succès d’un projet.

Un test de crédibilité

Le SEWASH constitue probablement le projet le plus structurant engagé ces dernières années dans le secteur de l’eau au Cameroun. Son originalité réside moins dans le volume des financements que dans son ambition de transformer durablement la gouvernance de la ressource en eau.

Pour les populations, le véritable indicateur de réussite ne sera ni le montant des financements ni le nombre de réunions organisées, mais une réalité beaucoup plus concrète : pouvoir accéder durablement à une eau potable de qualité, disponible en quantité suffisante, aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales. C’est à cette aune que sera finalement évalué le succès du projet SEWASH.

Simon Emmanuel Minyem

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