Cameroun : Bimbia peut-il devenir le dossier des réparations?

Douala, Wouri, Yabassi : le Cameroun intérieur

De Bimbia aux rives du Wouri, la traite transatlantique a laissé au Cameroun des lieux, des mémoires et des traces encore visibles. La nouvelle offensive de l’ONU offre à Yaoundé l’occasion de transformer cette histoire en véritable stratégie diplomatique.

Bimbia est une localité côtière du Cameroun reconnue comme un site historique majeur de la traite négrière transatlantique. La bataille internationale sur les réparations de l’esclavage prend une nouvelle dimension. La recommandation générale n°40 du Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale invite les États à envisager des mesures réparatrices face aux conséquences persistantes de la traite transatlantique, de l’esclavage et du colonialisme.

Pour le Cameroun, cette évolution résonne avec une histoire longtemps insuffisamment valorisée. Le pays n’a pas seulement été un territoire de transit : son littoral et son hinterland étaient intégrés aux réseaux de la traite atlantique.

Bimbia, la pièce maîtresse

À Limbé III, dans la région du Sud-Ouest, Bimbia constitue le principal symbole camerounais de cette histoire. L’ancien port d’embarquement, associé à Nicholls Island, a joué un rôle important dans la traite du golfe de Guinée. L’UNESCO souligne l’existence de vestiges matériels et de traditions orales permettant de documenter cette période.

Mais Bimbia ne doit pas être isolé de son environnement historique. Les recherches et l’inventaire soutenu par l’UNESCO identifient treize sites associés, répartis dans plusieurs régions du Cameroun. Les réseaux de traite reliaient la côte aux zones de l’intérieur, notamment les Grassfields, le Moungo et jusqu’à l’Adamaoua.

Douala, Wouri, Yabassi : le Cameroun intérieur

Le dossier camerounais doit donc dépasser Bimbia. Les rives du Wouri, notamment Akwa Town, Bell Town, Bonabéri et Manoka, constituaient des espaces importants de commerce et d’embarquement. L’UNESCO décrit également Yabassi comme un centre de collecte et de transit connecté aux routes venant de l’intérieur.

Plus au nord et à l’ouest, les marchés des Grassfields alimentaient ces circuits. Des itinéraires reliaient notamment Foumban, Yabassi et Douala. Le phénomène concernait donc un espace beaucoup plus vaste que la seule façade maritime. C’est là que se trouve la spécificité camerounaise : la traite constituait un système reliant l’hinterland aux ports atlantiques.

Que demander au nom du Cameroun ?

Yaoundé pourrait désormais réfléchir à une véritable doctrine camerounaise des réparations.

  • Première priorité : accélérer la conservation et la valorisation de Bimbia et des sites associés.
  • Deuxième priorité : créer un Centre camerounais de recherche sur la traite, l’esclavage et les diasporas, capable de travailler avec les archives européennes, américaines, caribéennes et africaines.
  • Troisième priorité : établir une cartographie scientifique des routes de la traite au Cameroun et documenter les communautés concernées.
  • Quatrième priorité : développer à Bimbia un mémorial international de la traite camerounaise, associé à un musée, un centre de recherche, des archives numériques et un programme de coopération avec les Afro-descendants.

Enfin, le Cameroun pourrait porter auprès de ses partenaires internationaux une demande de financement destinée prioritairement à la restauration du patrimoine, l’éducation, la recherche historique et la transmission de la mémoire, plutôt qu’à une simple logique d’indemnisation financière.

Une diplomatie camerounaise de la mémoire

Cette démarche aurait également une dimension régionale. Le Cameroun pourrait travailler avec le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigeria et les pays de l’espace Kongo pour documenter les réseaux historiques reliant l’Afrique centrale au golfe de Guinée. Mais il existe une autre dimension : la diaspora.

Bimbia peut devenir un lieu de rencontre entre le Cameroun et les communautés afro-descendantes des Amériques désireuses de retrouver leurs origines africaines. Le site possède déjà cette dimension symbolique et mémorielle. La question n’est donc plus seulement de savoir si le Cameroun a été victime de la traite.

Il s’agit désormais de savoir s’il entend faire de cette histoire un instrument de connaissance, de patrimoine, de diplomatie et de développement. Bimbia pourrait ainsi devenir le point de départ d’une nouvelle politique camerounaise : passer du silence à la mémoire, de la mémoire à la recherche, et de la recherche à la diplomatie des réparations.

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