Climat au Cameroun : les 10 milliards du FEICOM à l’épreuve du terrain

Le FEICOM vient d'allouer 10,11 milliards de FCFA à 79 communes au titre de son Guichet climat.

Alors que le Cameroun mobilise des financements importants pour renforcer la résilience climatique des collectivités, la question centrale reste celle de leur traduction concrète en infrastructures, services publics et amélioration du quotidien des populations.

Le FEICOM vient d’allouer 10,11 milliards de FCFA à 79 communes au titre de son Guichet climat. L’enveloppe est importante, mais elle pose une question essentielle : qu’est-ce que ce nouvel outil de financement va changer concrètement dans la vie des populations ?

Entre urgence climatique, déficit d’infrastructures de base et ressources communales limitées, le pari du FEICOM consiste désormais à démontrer que l’adaptation au climat peut aussi produire des services publics directement utiles aux citoyens. Le chiffre impressionne : 10,11 milliards de FCFA pour 79 communes réparties dans les dix régions du Cameroun.

Après une première vague de financements de près de 6 milliards de FCFA accordée en 2025 à 56 collectivités, le Guichet climat monte en puissance. Le FEICOM entend ainsi inscrire la lutte contre le changement climatique dans les politiques de développement local.

Mais pour le citoyen qui attend un point d’eau, une route praticable, un éclairage public, un centre de santé ou une école correctement équipée, la notion de « financement climatique » peut sembler lointaine. C’est précisément là que se joue la pertinence du dispositif.

Le climat peut aussi financer le quotidien

Le Guichet climat n’a pas vocation à remplacer les financements classiques consacrés aux infrastructures communales. Il cherche plutôt à financer des investissements qui répondent simultanément à un besoin local et à une vulnérabilité climatique. Un réseau de drainage peut ainsi être à la fois un ouvrage d’assainissement et une protection contre les inondations.

Un système d’adduction d’eau peut renforcer la résilience d’une population exposée aux variations de la ressource. Une infrastructure solaire peut améliorer l’accès à l’électricité tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles. Des routes ou des ouvrages de franchissement conçus pour résister davantage aux épisodes de pluies intenses peuvent éviter des interruptions coûteuses de l’activité économique.

La première vague de financements avait précisément ciblé des projets de drainage, de protection contre les inondations, de reboisement, de restauration des écosystèmes et de protection des zones humides. Le véritable enjeu est donc de faire du climat un levier supplémentaire de développement local, plutôt qu’une catégorie administrative de financement.

79 communes sur environ 360 : un premier cercle

L’autre question est celle de l’échelle. Avec 79 communes bénéficiaires sur un ensemble d’environ 360 communes, le dispositif ne touche qu’une partie du territoire. Cette sélection n’est pas nécessairement une faiblesse : un mécanisme encore récent a besoin d’expérimenter, de mesurer ses résultats et de corriger ses dispositifs avant de changer d’échelle.

Le FEICOM a d’ailleurs progressivement structuré ses financements autour de plusieurs guichets spécialisés. Le Guichet climat constitue ainsi un instrument ciblé parmi les mécanismes d’intervention de l’institution. Mais cette concentration impose une exigence : la sélection des communes doit être objectivement justifiable.

Qui bénéficie, et pourquoi ?

Les informations publiques disponibles établissent que les projets doivent répondre aux priorités du Guichet climat : adaptation et atténuation, gestion des risques d’inondation, restauration des écosystèmes, biodiversité, transition énergétique, déchets, eau et infrastructures résilientes. La première campagne avait également prévu un financement pouvant atteindre 300 millions de FCFA pour une commune,.

Avec une prise en charge du FEICOM pouvant aller jusqu’à 75 % du coût du projet. En revanche, la grille détaillée ayant conduit à retenir précisément les 79 communes de la deuxième session n’est pas suffisamment documentée dans les informations publiques actuellement accessibles pour permettre d’affirmer quels critères ont départagé les candidatures.

C’est un point de transparence important. Plus les financements climatiques augmenteront, plus les critères de vulnérabilité, de maturité des projets, de population exposée, de capacité d’exécution et d’impact attendu devront être clairement documentés.

Le vrai test commence maintenant

L’enjeu n’est finalement pas de savoir combien de milliards ont été annoncés, mais combien de personnes seront effectivement protégées, desservies ou mieux équipées grâce à ces milliards. Le FEICOM lui-même met désormais l’accent sur le suivi-évaluation et sur la nécessité d’assurer la pérennité des infrastructures financées.

C’est précisément sur ce terrain que le Guichet climat sera jugé. Une commune plus résistante aux inondations, un quartier mieux drainé, une population mieux approvisionnée en eau, une zone restaurée ou une infrastructure énergétique moins vulnérable sont des résultats compréhensibles par tous.

À terme, la réussite du Guichet climat ne se mesurera donc pas au nombre de projets financés, mais à leur capacité à réduire le coût des catastrophes, protéger les investissements publics et améliorer durablement les conditions de vie. Les 10,11 milliards de FCFA constituent une mise de départ.

Le véritable défi pour le FEICOM est désormais de prouver que la finance climatique peut devenir, au niveau communal, une politique de développement aussi concrète que visible.

Simon Emmanuel Minyem

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