Confronté à un portefeuille de près de 500 projets en cours, à plus de 8 500 milliards de FCFA d’engagements restant à programmer et à des ressources budgétaires de plus en plus limitées, le gouvernement camerounais opère un changement de doctrine. Pour le triennat 2027-2029, l’heure n’est plus à la multiplication des chantiers, mais à leur achèvement.
Cette nouvelle orientation vise à améliorer l’efficacité de la dépense publique, préserver les équilibres macroéconomiques et contenir l’endettement. Reste à savoir si cette stratégie résistera aux nombreuses pressions politiques, sociales et administratives.
Une réponse à une impasse budgétaire
Le changement de cap ne relève pas d’un simple ajustement technique. Il répond à une contrainte budgétaire devenue difficilement soutenable. Les besoins de financement des investissements dépassent désormais les capacités de mobilisation des ressources.
Pour 2027-2029, les décaissements sur financements extérieurs sont estimés à 3 803 milliards de FCFA, contre un plafond de 2 891 milliards. À cela s’ajoutent 8 500 milliards de FCFA d’engagements déjà contractés, dont plus de 2 100 milliards sur ressources internes.
Une grande partie des marges budgétaires est ainsi déjà absorbée. Dans ces conditions, ouvrir de nouveaux chantiers risquerait de disperser davantage les ressources et d’allonger la liste des projets inachevés.
Une volonté de restaurer l’efficacité de la dépense publique
Cette orientation traduit également une remise en question de la politique d’investissement public. Le Cameroun a accumulé des projets confrontés à des retards, des difficultés de financement ou une faible performance. Certaines infrastructures sont livrées tardivement, réduisant leur impact économique.
En privilégiant l’achèvement des projets existants, le gouvernement cherche à améliorer le rendement de la dépense publique. Une infrastructure achevée stimule l’activité économique et améliore les services aux populations, alors qu’un chantier interrompu immobilise des ressources sans produire de bénéfices. L’objectif est désormais de privilégier les résultats plutôt que le volume des investissements.
Préserver les finances publiques et limiter le recours à la dette
Cette stratégie répond aussi à un impératif de soutenabilité des finances publiques. Le ralentissement des recettes, la hausse des dépenses, les subventions aux carburants, les besoins sécuritaires et les programmes sociaux réduisent les marges budgétaires. Dans ce contexte, le recours à l’endettement devient plus contraint.
Par ailleurs, les partenaires financiers accordent une importance croissante à la qualité d’exécution des projets. Une faible performance peut ralentir les décaissements et renchérir les financements futurs. En limitant les nouveaux engagements, le gouvernement entend donc mieux maîtriser la dette tout en améliorant l’exécution des investissements déjà financés.
Un changement de méthode qui exigera des arbitrages difficiles
Cette nouvelle doctrine impose des choix parfois délicats. Chaque administration souhaite inscrire de nouveaux projets pour répondre aux attentes des populations. Mais les ressources disponibles ne permettront plus de satisfaire toutes les demandes.
Le principe selon lequel « programmer, c’est choisir » suppose désormais une hiérarchisation plus rigoureuse des investissements selon leur maturité, leur impact économique et leur contribution aux priorités nationales. L’enjeu est moins de financer davantage que de financer plus efficacement.
Cette stratégie peut-elle réussir ?
Sur le plan économique, cette orientation apparaît cohérente. Achever les investissements en cours permet généralement d’améliorer la qualité de la dépense publique, de réduire les surcoûts liés aux retards et d’accélérer les effets sur la croissance.
Son succès dépendra toutefois d’une meilleure préparation des projets, d’un suivi plus rigoureux de leur exécution, d’une réduction des délais de paiement des entreprises et d’une mobilisation accrue des recettes non fiscales. Sans une gouvernance plus efficace des investissements publics, la limitation des nouveaux projets ne suffira pas à résoudre les difficultés actuelles.
Un tournant plus qu’un simple exercice budgétaire
Le budget 2027 pourrait marquer une évolution importante de la gestion des investissements publics. L’État cherche à passer d’une logique d’accumulation des projets à une logique d’achèvement, de performance et d’impact.
Si cette discipline est maintenue, elle pourrait améliorer la qualité de la dépense publique et préserver les équilibres macroéconomiques. Dans le cas contraire, le Cameroun risquerait de prolonger le cycle des chantiers inachevés et de l’endettement. Le véritable défi sera donc moins d’annoncer cette nouvelle doctrine que de l’appliquer durablement dans les arbitrages budgétaires.