TANDEM : après les bases, la France mise sur les partenariats militaires en Afrique

La France change-t-elle de méthode en Afrique ? Le déploiement du détachement TANDEM apporte un début de réponse.

De la Mauritanie au Congo, la France renouvelle sa coopération sécuritaire avec huit pays africains. Derrière les formations au drone, au combat fluvial ou en forêt, Paris teste un modèle moins fondé sur la présence permanente que sur l’accompagnement des armées partenaires. Une évolution qui intervient alors que l’influence militaire française est davantage disputée sur le continent.

La France change-t-elle de méthode en Afrique ? Le déploiement du détachement TANDEM apporte un début de réponse. Pendant huit semaines, des militaires français doivent conduire des actions de partenariat dans huit pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale : Mauritanie, Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, Ghana, Cameroun, Gabon et République du Congo.

Le programme prévoit 26 séquences de préparation opérationnelle, portant notamment sur les drones, le combat fluvial, le combat en forêt, le génie et la lutte contre les engins explosifs improvisés. Le dispositif est présenté par le Commandement pour l’Afrique comme une démarche de renforcement des capacités et de partage de savoir-faire.

La fin d’un modèle ?

Il serait toutefois excessif de parler d’un simple retour de la France militaire en Afrique. Depuis plusieurs années, Paris a réduit ou transformé plusieurs de ses dispositifs militaires permanents sur le continent. Dans ce contexte, TANDEM apparaît davantage comme une tentative d’adaptation : moins de présence permanente, davantage de formations, d’exercices et de coopérations ciblées.

Cette évolution répond aussi à une nouvelle réalité africaine. Les États disposent désormais de partenaires militaires beaucoup plus nombreux. Russie, Turquie, États-Unis, Chine et autres acteurs proposent différentes formes de coopération, de formation, d’équipement ou de renseignement. La France doit donc désormais convaincre davantage qu’elle ne peut imposer.

L’Afrique centrale au cœur du dispositif

La participation du Cameroun, du Gabon et du Congo donne à TANDEM une dimension particulière. La région présente des besoins spécifiques : surveillance des frontières, sécurité maritime dans le golfe de Guinée, protection des infrastructures stratégiques, lutte contre les trafics et maîtrise des espaces forestiers et fluviaux.

Le Cameroun dispose notamment d’une façade maritime stratégique et constitue un acteur important de la sécurité du golfe de Guinée. Le Gabon et le Congo occupent eux aussi des positions importantes dans l’espace maritime et forestier d’Afrique centrale. Mais ces États ne sont pas de simples bénéficiaires de la coopération française. Ils poursuivent leurs propres politiques de défense et diversifient leurs partenariats.

Le langage des « menaces hybrides »

TANDEM s’inscrit également dans une transformation du vocabulaire stratégique. La menace n’est plus seulement militaire. Drones, cyberattaques, désinformation, trafics, criminalité transfrontalière ou actions clandestines peuvent désormais se combiner.

La formation militaire doit donc intégrer des compétences qui dépassent le champ traditionnel du combat. Cette évolution peut expliquer la diversité des modules proposés par TANDEM, du combat en forêt à la lutte contre les engins explosifs.

Paris face à une concurrence stratégique

L’enjeu pour la France dépasse donc les huit pays concernés. Paris cherche à préserver une capacité de coopération militaire dans une Afrique où son influence est davantage mise en concurrence. Mais le contexte n’est plus celui du partenariat asymétrique d’autrefois.

Les armées africaines veulent davantage de choix, de transfert de compétences et de respect de leurs priorités nationales. La coopération française devra donc démontrer son utilité opérationnelle plutôt que compter sur la seule proximité historique.

Le véritable test : l’autonomie africaine

Pour les États partenaires, l’intérêt de TANDEM sera surtout mesuré à l’aune des capacités qu’ils pourront conserver après le départ des détachements français. Formation des cadres, transmission des savoir-faire, maintenance, doctrine, interopérabilité : c’est sur ces éléments que se joue la durabilité d’un partenariat militaire.

TANDEM ne constitue donc ni une preuve automatique d’un retour français, ni la fin de l’influence de Paris. Il illustre plutôt la recherche d’un nouveau format de présence française en Afrique. Pour Paris, il s’agit de rester un partenaire crédible. Pour les États africains, l’enjeu est de transformer cette coopération en capacités nationales.

Et pour l’Afrique centrale, la question est plus large : peut-elle progressivement construire ses propres mécanismes de sécurité régionale, tout en utilisant intelligemment les expertises extérieures ? La véritable rupture ne serait pas le départ ou le retour des militaires français.

Elle serait la capacité des États africains à devenir suffisamment autonomes pour choisir eux-mêmes qui forme leurs armées, avec quels moyens et pour quelles priorités stratégiques.

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