Transport routier de marchandises -Cameroun : l’accord de Yaoundé met fin à la menace de grève

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Les axes Douala-N'Djamena et Douala-Bangui, qui assurent l'approvisionnement du Cameroun et de plusieurs pays enclavés de la sous-région, étaient particulièrement concernés.

Le Cameroun a évité de justesse une paralysie de son système d’approvisionnement. Au terme de plus de onze heures de concertation, dimanche 23 août 2026 à Yaoundé, le gouvernement et les organisations syndicales du transport routier de marchandises sont parvenus à un accord en 13 résolutions.

En contrepartie d’engagements sur les contrôles routiers, les tracasseries administratives, la réglementation et les infrastructures, les transporteurs ont suspendu le mot d’ordre de grève prévu le 24 août.

Une crise qui menaçait l’économie nationale

Le mot d’ordre de grève lancé par la plateforme des organisations professionnelles du transport routier de marchandises faisait planer le risque d’un blocage des principaux corridors économiques du pays. Les axes Douala-N’Djamena et Douala-Bangui, qui assurent l’approvisionnement du Cameroun et de plusieurs pays enclavés de la sous-région, étaient particulièrement concernés.

Une interruption du trafic aurait perturbé l’acheminement des produits pétroliers, des denrées alimentaires, des matériaux de construction et des marchandises destinées au Tchad et à la République centrafricaine. Les autorités ont donc privilégié le dialogue afin d’éviter une crise aux conséquences économiques potentiellement lourdes.

La réunion de concertation, présidée par le ministre des Transports, Jean-Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, a réuni notamment les ministres du Commerce et du Travail, les représentants des ministères concernés, du Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC), du Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT), des forces de sécurité ainsi que les responsables des organisations syndicales.

La pomme de discorde : des transporteurs excédés

À l’origine de la crise se trouve un profond malaise des professionnels du secteur. Les syndicats dénoncent depuis plusieurs années une multiplication des contrôles routiers, des prélèvements jugés abusifs et des pratiques assimilées à du racket sur les grands axes.

Les chauffeurs dénoncent également les amendes forfaitaires infligées lors des opérations de prévention routière, les pesées qu’ils estiment arbitraires, notamment pour les camions-citernes, ainsi que les nombreux contrôles de gabarit effectués en dehors des stations réglementaires.

Autre sujet de tension : la licence S6 applicable au transport pour compte propre, dont les modalités d’application sont contestées, ainsi que la réforme du Conseil national des chargeurs du Cameroun, que plusieurs organisations professionnelles considèrent comme une source d’ingérence accrue dans leurs activités.

À ces difficultés administratives s’ajoutent l’état dégradé de plusieurs routes, les lenteurs dans l’application de la convention collective nationale du secteur et l’insécurité sur certains axes, particulièrement dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Treize résolutions pour désamorcer la crise

Les discussions ont abouti à un compromis autour de treize engagements destinés à répondre aux principales revendications des transporteurs. La mesure la plus attendue est la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de la délivrance de la licence S6. Le gouvernement propose également la création d’un comité interministériel chargé de revoir le décret encadrant le transport routier de marchandises pour compte propre.

Les préoccupations relatives au décret transformant le CNCC seront également examinées par une instance interministérielle afin d’évaluer les ajustements nécessaires. Les équipes de prévention routière du ministère des Transports ne pourront plus percevoir d’amendes forfaitaires. Sur le terrain, plusieurs décisions visent à réduire les tracasseries routières.

Désormais, les contrôles des marchandises en transit devront être limités aux check-points conventionnels des corridors Douala-N’Djamena et Douala-Bangui. Les équipes de prévention routière du ministère des Transports ne pourront plus percevoir d’amendes forfaitaires.

Le gouvernement a également décidé de suspendre certaines opérations de pesée contestées, notamment celles concernant les camions-citernes, de mettre fin aux pèses-essieux mobiles sur l’axe Édéa-Kribi et de réserver les contrôles de gabarit aux seules stations de pesage officiellement habilitées.

Un cadre permanent de concertation sera créé entre les syndicats, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), les ports de Douala et de Kribi ainsi que les administrations concernées afin de prévenir de nouveaux conflits.

Enfin, les autorités se sont engagées à accélérer l’extension de la convention collective du secteur et à programmer la réhabilitation des principaux axes routiers dégradés, après transmission d’une cartographie des points critiques.

Les enjeux derrière l’accord

Au-delà de la suspension de la grève, cet accord traduit la volonté des pouvoirs publics de préserver la fluidité des échanges commerciaux dans un contexte où le transport routier demeure le principal mode d’acheminement des marchandises au Cameroun.

Le secteur joue un rôle stratégique pour l’approvisionnement des villes, le fonctionnement des industries, les exportations et le transit sous-régional. Toute perturbation prolongée aurait eu des répercussions sur les prix des produits de consommation, les recettes portuaires et la compétitivité des corridors camerounais.

Pour les transporteurs, l’accord constitue une première victoire, dans la mesure où plusieurs revendications anciennes ont reçu un début de réponse. Mais les organisations syndicales restent vigilantes. Elles attendent désormais que les engagements pris soient effectivement mis en œuvre dans les délais annoncés.

Le dialogue plutôt que l’épreuve de force

En levant leur mot d’ordre de grève, les syndicats ont choisi de donner une chance au dialogue social. Le gouvernement, de son côté, a évité une crise susceptible de désorganiser l’économie nationale. L’accord de Yaoundé marque ainsi une étape importante, mais il ne règle pas définitivement les difficultés structurelles du transport routier de marchandises.

L’amélioration durable des infrastructures, la lutte contre les tracasseries administratives et la modernisation de la gouvernance du secteur demeurent les principaux défis à relever pour restaurer durablement la confiance entre l’État et les professionnels du transport.

Simon Emmanuel Minyem

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