Plus de vingt ans après la disparition de l’ex-Camair et six ans après les premières mesures de restructuration décidées par le chef de l’État, Camair-Co demeure engluée dans une crise financière et opérationnelle.
Malgré la reprise d’une partie de sa dette par l’État et les investissements consentis dans la flotte, la compagnie accumule toujours les pertes. Déjà déficitaire à hauteur de 101,5 milliards de FCFA de pertes cumulées à fin 2019, Camair-Co a vu ce passif s’alourdir de près de 53 milliards de FCFA supplémentaires en quatre ans, tandis que ses capitaux propres restent négatifs.
Entre gouvernance, financement et rentabilité, le transporteur national se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Les difficultés de Camair-Co trouvent leurs racines dans la liquidation de l’ex-Camair en 2006 et la création de Camair-Co en 2011 avec l’ambition de doter le Cameroun d’une compagnie nationale moderne.
Très vite, plusieurs fragilités apparaissent : flotte limitée, coûts d’exploitation élevés, concurrence des compagnies étrangères sur les lignes internationales et dépendance aux financements publics. À cela s’ajoutent des problèmes récurrents de gouvernance, une instabilité du management et une stratégie commerciale insuffisamment adaptée au marché régional.
Une restructuration restée au milieu du gué
En 2020, l’État reconnaît que la compagnie ne peut poursuivre son activité sans une profonde réforme. L’objectif est de recapitaliser l’entreprise, assainir ses finances, attirer un partenaire stratégique privé et moderniser la flotte. Mais les mesures engagées n’ont jamais été intégrées dans une stratégie globale.
La reprise d’une partie de la dette a permis d’alléger les comptes et la remise en service de certains appareils d’assurer la continuité des vols. Ces interventions ont toutefois davantage traité les conséquences que les causes structurelles des difficultés. Sans feuille de route clairement exécutée, la restructuration est restée inachevée.
Le véritable défi : un modèle économique à reconstruire
Le problème ne réside pas uniquement dans le niveau des pertes, mais dans leur caractère structurel. Aucune ligne exploitée par Camair-Co ne dégage aujourd’hui une rentabilité durable. Cette situation interroge la pertinence du réseau, le taux de remplissage des avions, la politique tarifaire et la maîtrise des coûts.
Une compagnie aérienne ne peut survivre durablement grâce aux seuls financements publics. Quelles destinations privilégier ? Comment améliorer les recettes tout en réduisant les charges ? C’est désormais autour de ces questions que se joue l’avenir de l’entreprise.
L’État peut-il continuer à porter seul la compagnie ?
Depuis sa création, Camair-Co bénéficie d’un soutien régulier de l’État en raison du caractère stratégique du transport aérien pour la continuité territoriale et le développement économique. Mais, dans un contexte budgétaire contraint, cette stratégie montre ses limites.
L’ouverture du capital à un investisseur stratégique, envisagée dès 2020, demeure l’une des pistes les plus crédibles. Au-delà des financements, un partenaire expérimenté pourrait apporter des méthodes de gestion plus performantes et une meilleure optimisation des opérations.
Existe-t-il une lueur d’espoir ?
Oui, si les réformes sont enfin menées jusqu’à leur terme. Le Cameroun bénéficie d’une position stratégique en Afrique centrale et d’un marché aérien appelé à se développer. La montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre également de nouvelles perspectives pour le transport des passagers et du fret.
Camair-Co pourrait tirer profit de cette dynamique à condition de renforcer sa compétitivité et la qualité de ses services.
Comment redresser durablement la barre ?
Le redressement passe par l’application effective du plan de restructuration annoncé en 2020. La clarification de la gouvernance, l’achèvement de la recapitalisation et l’intégration des actifs de l’ex-Camair demeurent prioritaires. La compagnie devra également rationaliser son réseau, concentrer ses activités sur les lignes les plus prometteuses et renforcer sa politique commerciale.
Parallèlement, l’ouverture du capital à un partenaire stratégique pourrait réduire la dépendance aux financements publics et améliorer la gouvernance. Enfin, la performance devra être évaluée sur des critères précis de rentabilité, de ponctualité et de maîtrise des coûts.
L’heure des choix
Le cas Camair-Co illustre les difficultés des compagnies publiques confrontées à l’équilibre entre mission de service public et exigences de rentabilité. Six ans après les décisions présidentielles de 2020, les mesures engagées ont permis de maintenir l’activité sans restaurer la viabilité financière de l’entreprise.
L’avenir de Camair-Co dépend désormais moins de nouvelles annonces que de la mise en œuvre effective des réformes attendues. Sans cette évolution, la compagnie risque de rester durablement sous perfusion financière, loin de l’ambition d’un transporteur national performant et compétitif.
Encadré
Camair-Co : les cinq priorités pour sortir durablement de la crise
1. Achever la restructuration : Le premier défi consiste à finaliser le plan global de restructuration annoncé en 2020.
2. Restaurer la santé financière : Capitaux négatifs, des pertes, Camair-Co doit renforcer ses fonds propres, poursuivre l’assainissement et réduire sa dépendance aux financements publics.
3. Retrouver la rentabilité : Aucune ligne rentable, la compagnie devra revoir son réseau, adapter sa flotte à la demande, optimiser ses coûts d’exploitation et améliorer son taux de remplissage.
4. Moderniser la gouvernance : Cela passe pas une stabilité du management, une gestion orientée vers la performance et l’ouverture du capital à un partenaire stratégique.
5. Miser sur les opportunités du marché : La croissance du trafic aérien en Afrique centrale, le développement de la ZLECAf et l’essor du transport de fret offrent de nouvelles perspectives.