Le témoignage devait éclairer les zones d’ombre de l’assassinat de Martinez Zogo.

Affaire Martinez Zogo : l’officier Ayissi Nanga à l’épreuve de l’autopsie et des preuves techniques

Présenté comme un témoin clé, le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga a accusé Martin Stéphane Savom et dénoncé une enquête qu’il estime orientée. Mais le contre-interrogatoire a fait émerger des contradictions sur la cause de la mort, les données téléphoniques et la coupure présumée d’Internet. La suite de son audition est attendue les 16 et 17 novembre.

Le témoignage devait éclairer les zones d’ombre de l’assassinat de Martinez Zogo. Il a aussi ouvert une nouvelle bataille sur la crédibilité des investigations. À la barre du Tribunal militaire de Yaoundé, le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga, 36ᵉ témoin de l’accusation et ancien membre de la commission mixte d’enquête, a livré une version mettant en cause plusieurs acteurs du dossier.

Trois jours d’audience plus tard, ses accusations restent au cœur des débats, mais leur solidité est désormais interrogée. Selon les comptes rendus de RFI et de la presse camerounaise, l’officier a désigné Martin Stéphane Savom, ancien maire de Bibey et coaccusé, comme celui qui aurait étranglé Martinez Zogo après que le journaliste aurait été torturé ailleurs.

Il a également dénoncé une enquête qu’il considère orientée vers de fausses pistes, accusant certains responsables d’avoir protégé les véritables commanditaires présumés. Ces déclarations sont celles du témoin et ne constituent pas des conclusions judiciaires établies.

La strangulation confrontée aux conclusions médico-légales

C’est l’un des points les plus sensibles de l’audience du 28 octobre. Le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga avait avancé la thèse d’une mort par strangulation. Lors du contre-interrogatoire, les avocats de la partie civile, dont Me Calvin Job, l’ont confronté aux éléments du rapport médico-légal. D’après RFI, le témoin a alors éprouvé des difficultés à justifier sa certitude initiale.

Me Calvin Job a relevé ce qu’il considère comme des variations importantes dans ses déclarations, estimant que l’officier semblait adapter son raisonnement aux questions posées. Cette séquence ne permet toutefois pas d’affirmer que l’autopsie aurait définitivement exclu la strangulation.

Pour trancher, il faut distinguer les constatations médicales, l’interprétation qu’en donne le témoin et les conclusions que le tribunal pourra en tirer. Le rapport complet, les éventuelles expertises complémentaires et les explications des spécialistes sont déterminants.

L’enjeu est majeur : la cause exacte du décès et les circonstances dans lesquelles les sévices ont été infligés doivent être établies à partir d’éléments médico-légaux, et non d’une seule reconstitution orale.

La piste téléphonique et le mystère de la coupure d’Internet

Autre axe de confrontation : les téléphones de Martinez Zogo et les communications qui auraient précédé sa mort. Parfait Ayissi Nanga affirme que l’exploitation des données aurait dû permettre de mieux examiner le rôle de Martin Savom, dont le nom apparaît, selon lui, dans la traçabilité des derniers appels de la victime.

L’officier a également expliqué avoir poursuivi ses propres recherches après son éviction de la commission mixte, notamment pour comprendre une supposée interruption du réseau dans la zone concernée le soir des faits. Mais cette piste est contestée.

Selon un compte rendu publié par Actu Cameroun et les éléments attribués à Me Calvin Job, le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo aurait affirmé qu’il n’y avait pas eu de coupure de réseau, position qui aurait été corroborée par un expert. La question de l’auteur des réquisitions adressées aux opérateurs téléphoniques a également été soulevée.

La controverse appelle une vérification technique rigoureuse : quelles données les opérateurs ont-ils effectivement transmises ? Existe-t-il une preuve d’interruption du réseau ? Quels appareils ont été saisis et exploités ? Les historiques d’appels et les données de localisation ont-ils été intégralement versés au dossier ?

Sans les documents originaux et leur examen contradictoire, il serait prématuré de présenter la thèse de la coupure comme établie ou définitivement réfutée.

Galax Etoga et les premières investigations sous pression

Le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga a aussi mis en cause Galax Landry Etoga, secrétaire d’État à la Défense chargé de la gendarmerie nationale, en évoquant des pressions et des obstacles qui auraient entravé son action. Il soutient que les investigations auraient été orientées vers des personnes dont la responsabilité ne serait pas démontrée.

Tandis que les véritables commanditaires présumés auraient été protégés. Ces accusations touchent au cœur du fonctionnement de l’enquête. Elles doivent être examinées avec sérieux, mais aussi avec prudence : les éléments disponibles ne suffisent pas à établir l’existence d’une manipulation organisée ni la responsabilité pénale des personnes citées.

La partie civile a notamment demandé au témoin pourquoi il avait attendu plusieurs années avant de dénoncer certains faits et pourquoi il avait continué à enquêter après son retrait de la commission. Ces questions portent autant sur la chronologie de ses révélations que sur les raisons et les méthodes de ses investigations personnelles.

Un témoin fragilisé, une vérité toujours à établir

Le malaise signalé par Parfait Ayissi Nanga le mercredi 28 octobre a interrompu son audition avant qu’il ne puisse aller au terme de sa déposition. Le Tribunal militaire a renvoyé la suite des débats aux 16 et 17 novembre 2026, à 10 heures. L’officier avait annoncé qu’il entendait préciser l’identité des commanditaires présumés, mais ces révélations restent attendues.

La séquence de fin octobre a donc produit deux effets : elle a placé de nouvelles accusations au centre du procès et soumis le récit de leur auteur à une contradiction plus serrée. Elle ne permet pas encore de conclure à l’innocence de certains accusés, à la culpabilité de Martin Savom ou à l’existence d’un complot au sommet de l’État.

Pour la justice camerounaise, la prochaine étape sera de confronter les déclarations aux expertises médico-légales, aux données téléphoniques, aux procès-verbaux et aux autres témoignages. Les accusations contre les enquêteurs devront, elles aussi, être étayées par des éléments vérifiables.

Dans l’affaire Martinez Zogo, le témoignage d’Ayissi Nanga n’a pas clos le débat : il l’a déplacé vers l’épreuve des preuves. La suite de son audition dira si ses accusations peuvent être consolidées par des éléments matériels ou si certaines de ses affirmations demeurent contestées.

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