Afrique du Sud : l’ONU alerte sur la montée des violences xénophobes contre les migrants

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Pretoria sous pression

Meurtres, déplacements forcés, enlèvements, pillages et expulsions illégales : le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) tire la sonnette d’alarme face à la recrudescence des violences visant les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile en Afrique du Sud.

Dans le cadre de sa procédure d’alerte précoce et d’action urgente, le CERD fait état d’une situation particulièrement préoccupante. Depuis le début de l’année, au moins quatre migrants auraient été tués et près de 50 000 personnes déplacées de force par des civils ou des groupes d’autodéfense.

À ces violences s’ajoutent des enlèvements, des pillages et des destructions de commerces et de biens appartenant à des migrants. Des propriétaires auraient également procédé à des expulsions illégales.

Les réseaux sociaux, nouveau terrain de la haine

La montée de la xénophobie ne se limite plus à la rue. Elle s’étend également à Internet, où le CERD dénonce la diffusion croissante de discours hostiles et de « stéréotypes préjudiciables » visant les étrangers. Deux organisations sont notamment citées par les experts : la Fondation Insizwa Nobunsizwa pour le développement et le mouvement March and March.

Selon le Comité, leurs messages contribueraient à alimenter la stigmatisation, l’intolérance et un climat de peur parmi les populations migrantes. La police est également mise en cause. Le CERD relève la persistance du profilage racial et l’usage disproportionné de la force. De nombreuses victimes renonceraient par ailleurs à porter plainte, par crainte de représailles ou faute de connaître leurs droits.

Les fractures héritées de l’apartheid

Pour les experts de l’ONU, cette situation ne peut être dissociée des profondes inégalités économiques et sociales qui continuent de traverser la société sud-africaine. Les séquelles de l’apartheid, le chômage, la pauvreté et les tensions autour de l’accès aux ressources et aux services publics constituent un terreau favorable à la désignation des migrants comme boucs émissaires.

À ces facteurs s’ajoutent les difficultés administratives liées à la délivrance des documents d’identité, des visas et des titres de séjour, qui fragilisent davantage les populations étrangères.

Pretoria sous pression

Le CERD a salué la condamnation des violences par le président Cyril Ramaphosa, qui a rejeté l’idée de rendre les migrants responsables des difficultés socio-économiques du pays. Mais pour les experts de l’ONU, les déclarations politiques ne suffisent plus.

Pretoria est appelé à enquêter de manière impartiale sur les meurtres, enlèvements, pillages, expulsions illégales, contrôles abusifs et autres violences. Le Comité demande également le démantèlement des groupes organisés pratiquant la justice populaire, ainsi qu’une action renforcée contre les discours de haine en ligne.

Il recommande enfin une coopération accrue entre les autorités, les médias, les fournisseurs d’accès et les plateformes numériques. Au-delà de la question migratoire, l’alerte du CERD pose un problème majeur pour l’Afrique du Sud : celui de la cohésion nationale.

Si les frustrations sociales continuent d’être transformées en hostilité contre les étrangers, la première puissance industrielle du continent risque de voir s’aggraver des fractures déjà profondes. Pour Pretoria, l’urgence est donc double : protéger les migrants et s’attaquer aux causes structurelles de la xénophobie.

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