Ngoh Ngoh face à Effoudou : des accusations au cœur du pouvoir camerounais

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L'affaire Martinez Zogo, point de cristallisation

Le secrétaire général de la présidence est directement mis en cause par un ancien officier du renseignement. Entre accusations de coup d’État, affaire Martinez Zogo et contrôle des appareils de sécurité, le duel verbal pose une question essentielle : où s’arrête la guerre des personnes et où commence la responsabilité de l’État ?

La séquence est suffisamment grave pour ne pas être réduite à une polémique de réseaux sociaux. Depuis juillet 2026, l’ancien capitaine Effoudou, présenté comme un ancien responsable du renseignement à l’état-major particulier du président Paul Biya, multiplie les déclarations visant directement Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République.

Dans plusieurs interventions diffusées dans le cadre de l’émission Masterclass de Morgan Palmer, Effoudou formule des accusations particulièrement lourdes : tentative de coup d’État, emprise sur certains appareils de sécurité, entrave présumée aux négociations sur la crise anglophone et, surtout, implication supposée de Ferdinand Ngoh Ngoh dans l’assassinat du journaliste Martinez Zogo.

Ces accusations sont non établies judiciairement et doivent donc être considérées comme les déclarations d’un ancien officier devenu lanceur d’accusations ou d’alertes publiques. Mais leur portée politique tient à une donnée : Effoudou ne prétend pas parler de l’extérieur. Il a appartenu au dispositif sécuritaire de la présidence.

Un face-à-face entre deux conceptions du pouvoir

(Photo : Ferdinand Ngoh Ngoh, SGPR)

Le contraste avec l’image publique que Ferdinand Ngoh Ngoh donne de sa fonction est saisissant. Dans son profil professionnel, le SGPR affirme exercer depuis 2011 la coordination globale de l’action présidentielle, la supervision des services rattachés à la présidence ainsi que le suivi de l’exécution des hautes instructions du chef de l’État.

Plus significatif encore, il présente le service du chef de l’État comme une mission fondée sur la « fidélité, l’intégrité, l’impartialité et l’abnégation », et estime que la confiance accordée à un haut responsable constitue non pas un privilège, mais une obligation permanente d’excellence, de réserve et d’efficacité.

Il insiste sur la discipline, le sens du devoir, la loyauté institutionnelle, la discrétion, la méthode, l’humilité et l’exigence de résultats. C’est précisément à l’aune de ces principes que les accusations d’Effoudou prennent une dimension particulière. Car le poste de SGPR n’est pas une fonction administrative ordinaire.

Les services du Premier ministre indiquent officiellement que le secrétaire général assiste le président dans sa mission, suit l’exécution de ses décisions, coordonne les administrations rattachées à la présidence et instruit les dossiers confiés par le chef de l’État. Autrement dit, plus la fonction est centrale, plus les accusations qui la visent doivent être vérifiées avec rigueur.

L’affaire Martinez Zogo, point de cristallisation

(Photo : Martinez Zogo )

C’est toutefois l’affaire Martinez Zogo qui donne à cette confrontation sa dimension la plus explosive. Le journaliste a été enlevé en janvier 2023 puis retrouvé mort quelques jours plus tard. Le procès se poursuit devant le Tribunal militaire de Yaoundé.

En juin dernier, des images des sévices infligés au journaliste ont été diffusées à l’audience, tandis que les expertises numériques ont placé les téléphones, communications et données supprimées au cœur des débats.

Puis en juillet, le colonel Jean-Pierre Otoulou, cité comme 34e témoin de l’accusation, a apporté son témoignage sur les premières investigations et les interpellations.

C’est dans ce contexte que l’ancien officier affirme que Ferdinand Ngoh Ngoh serait le commanditaire de l’assassinat. Cette accusation n’a pas été établie par le tribunal et ne doit pas être présentée comme un fait. Le procès est précisément destiné à déterminer les responsabilités individuelles.

Mais le capitaine Effoudou ajoute une dimension politique : selon lui, le meurtre serait lié à une lutte autour du contrôle des services de renseignement. Cette hypothèse mérite d’être confrontée aux éléments judiciaires, pas simplement rejetée ou acceptée.

Une accusation de coup d’État qui change de dimension

(Photo : Capitaine Effoudou, ancien responsable du renseignement à l’état-major particulier du président Paul Biya)

Effoudou va plus loin encore en affirmant que Ferdinand Ngoh Ngoh aurait été impliqué dans un projet de coup d’État. Il accuse également certains responsables de contrôler ou d’influencer fortement l’appareil sécuritaire. Là encore, aucune preuve publique permettant de confirmer ces accusations n’a été produite à ce stade.

La Chambre nationale des experts criminels du Cameroun a d’ailleurs réagi dès le 24 juillet 2026, jugeant les déclarations d’une exceptionnelle gravité et reprochant à leur auteur de ne pas avoir publiquement fourni d’éléments permettant de les étayer.

C’est probablement là que se trouve la véritable ligne de partage. Le débat ne devrait pas être : faut-il croire Ferdinand Ngoh Ngoh ou Donald Effoudou ? Il devrait être : quelles accusations peuvent être vérifiées, quels documents existent, quelles communications peuvent être authentifiées et quelles responsabilités peuvent être établies par la justice ?

Le silence du SGPR comme stratégie ?

Un autre élément intrigue : les accusations se multiplient tandis qu’aucune réponse publique détaillée de Ferdinand Ngoh Ngoh n’est apparue dans les sources consultées. Ce silence peut être interprété de plusieurs manières : respect du devoir de réserve, refus de donner une tribune à un ancien militaire en exil, confiance dans la justice ou choix de ne pas entrer dans une confrontation médiatique.

Mais dans une affaire aussi sensible, le silence institutionnel comporte aussi un risque : laisser prospérer les récits alternatifs. D’autant que le propre discours du SGPR insiste sur la réserve, l’efficacité et le service exclusif de la Nation.

Au-delà de Ferdinand Ngoh Ngoh, la question de l’État

La véritable question posée par le capitaine Effoudou dépasse donc la personne de Ferdinand Ngoh Ngoh. Elle concerne le fonctionnement du sommet de l’État camerounais. Qui décide ? Qui transmet les instructions ? Qui contrôle les services de renseignement ? Qui vérifie l’exécution des décisions présidentielles ? Qui rend compte au chef de l’État ?

Et surtout : comment une République peut-elle garantir qu’aucun responsable, quelle que soit la proximité dont il bénéficie avec le président, ne puisse se placer au-dessus des institutions ? Le décret qui définit les missions du SGPR montre justement l’étendue de ses responsabilités.

Depuis sa nomination comme secrétaire général en décembre 2011, puis sa nomination au rang de ministre d’État en janvier 2019, Ferdinand Ngoh Ngoh occupe une position particulièrement durable au sommet de l’appareil présidentiel. Cette longévité explique en partie pourquoi toute mise en cause de son rôle prend immédiatement une dimension politique nationale. Et peut-être même internationale.

La justice plutôt que la guerre des récits

Le risque aujourd’hui serait que l’affaire Martinez Zogo devienne une bataille de récits entre camps rivaux : celui d’un ancien officier en exil contre celui des responsables en fonction. Le Cameroun mérite mieux.

Les accusations du capitaine Effoudou doivent être documentées, confrontées, vérifiées ou réfutées ; les éléments numériques exploités ; les témoignages confrontés ; les responsabilités individualisées – si elles existent. Car l’enjeu dépasse Ferdinand Ngoh Ngoh et Daniel Effoudou.

Il s’agit de savoir si, au Cameroun, la vérité sur un crime qui a profondément traumatisé la société peut finalement être établie lorsque les pistes conduisent vers les cercles les plus sensibles de l’État. C’est là que se joue désormais la véritable épreuve de vérité.

A noter, les accusations visant le SGPR Ferdinand Ngoh Ngoh sont présentées ici comme des allégations attribuées au capitaine Effoudou, et non comme des faits établis. À ce stade, les sources consultées ne permettent pas de les considérer comme judiciairement démontrées.

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