Zamboï : l’or qui tue doit enfin provoquer le sursaut camerounais

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Le drame de Zamboï ne doit pas être réduit à un énième accident minier.

L’éboulement meurtrier à la frontière camerouno-centrafricaine remet brutalement sur la table les failles de l’orpaillage artisanal : informalité, absence de sécurisation des galeries, contrôle insuffisant et nécessité d’une véritable réforme du secteur minier.

Le drame de Zamboï ne doit pas être réduit à un énième accident minier. Il doit devenir un électrochoc pour le Cameroun et, plus largement, pour l’Afrique centrale. Le 18 août, un éboulement survenu sur le site aurifère de Zamboï, en territoire centrafricain, à proximité immédiate du Cameroun, a enseveli des dizaines de travailleurs.

Les autorités centrafricaines ont évoqué un bilan dépassant la centaine de morts. Des Camerounais figurent parmi les victimes. La confusion initiale sur le lieu du drame rappelle d’ailleurs la réalité particulière de cette frontière, où les populations, les activités économiques et les flux miniers traversent quotidiennement la Kadéï.

Mais derrière le bilan humain se trouve une question beaucoup plus embarrassante : combien de temps encore l’Afrique centrale acceptera-t-elle que l’or soit extrait au prix de vies humaines ?

Un accident qui n’a rien d’imprévisible

Pour Samuel Nguiffo, spécialiste camerounais des questions minières, l’éboulement est lié à un phénomène particulièrement fréquent pendant la saison des pluies : les sols imbibés d’eau deviennent instables et les galeries peuvent rapidement s’affaisser. Mais l’ampleur de Zamboï est exceptionnelle. Le problème est aussi structurel.

Sur ces sites artisanaux, parfois fréquentés par des centaines voire des milliers de personnes, chacun travaille pour son propre compte. Il n’existe pas nécessairement de véritable responsable chargé d’organiser la sécurité collective. Les équipements de soutènement des galeries représentent un investissement que les exploitants individuels ne peuvent ou ne veulent pas assumer.

On creuse vite, on extrait vite, on vend vite. Et la sécurité passe après. C’est précisément cette logique qu’il faut désormais inverser.

L’or ne peut plus être une économie sans responsabilité

Le Cameroun a déjà engagé des efforts pour formaliser davantage l’exploitation artisanale, améliorer la traçabilité de l’or et lutter contre les impacts sociaux et environnementaux du secteur. Mais Zamboï démontre que la transparence des flux ne suffit pas : il faut également garantir la sécurité de ceux qui produisent cette richesse.

Les compagnies et négociants qui achètent l’or doivent être davantage responsabilisés. Une partie de la valeur créée par cette activité doit financer la sécurisation des sites, la formation des artisans, les équipements de protection et les dispositifs de secours.

Il faut également identifier les exploitants, contrôler les galeries, imposer des normes minimales et sanctionner les opérateurs qui exposent délibérément des travailleurs à des risques mortels.

Transformer le drame en réforme

Le véritable enjeu est là : Zamboï doit être le dernier avertissement, pas seulement le dernier drame. Le Cameroun dispose de ressources aurifères importantes et d’un potentiel minier considérable. Mais aucune stratégie minière sérieuse ne peut reposer sur une main-d’œuvre invisible, des sites informels et des galeries sans protection.

La formalisation ne doit donc pas signifier seulement davantage de taxes et de contrôles administratifs. Elle doit signifier davantage de sécurité, de dignité, de revenus, de formation et de protection sociale. L’or doit enrichir les territoires qui le produisent. Il ne doit plus les endeuiller.

Zamboï impose désormais au Cameroun une question simple : voulons-nous seulement extraire notre or, ou voulons-nous enfin construire une véritable industrie minière ?

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