L’ancien président gabonais entend contester le gel d’avoirs bancaires évalués à plus de 366 milliards de FCFA. Au-delà de BGFI Bank, c’est désormais la justice qui devra trancher le sort de fonds associés à des comptes à titulaires multiples et à plusieurs procédures visant la famille Bongo.
Le bras de fer entre Ali Bongo Ondimba et les nouvelles autorités gabonaises change de terrain. Après les affrontements politiques consécutifs au renversement de l’ancien président en août 2023, le contentieux se déplace désormais vers les tribunaux, avec en toile de fond des avoirs bancaires évalués à plus de 366 milliards de FCFA et gelés au sein de BGFI Bank.
Selon les éléments rendus publics, les fonds concernés seraient logés sur des comptes à titulaires multiples impliquant notamment Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin, tous deux concernés par des procédures judiciaires au Gabon. Le gel découlerait de mesures conservatoires ordonnées par les autorités judiciaires compétentes.
La question est donc moins celle d’un éventuel « refus » de la banque que celle de la légalité et de la portée des décisions judiciaires ayant conduit au gel.
BGFI, entre obligation bancaire et contentieux familial
Dans une telle configuration, l’établissement bancaire est placé dans une position particulière : lorsqu’une mesure judiciaire exécutoire lui est notifiée, il doit en principe l’exécuter dans les limites fixées par la décision. La contestation de la mesure relève alors des voies de recours prévues devant la juridiction compétente.
La nature des comptes constitue toutefois un élément important. Lorsque plusieurs personnes sont co-titulaires, la détermination des droits de chacun peut devenir un enjeu du contentieux. C’est précisément au juge qu’il appartient de déterminer l’étendue des mesures conservatoires et les droits patrimoniaux susceptibles d’être revendiqués. BGFI n’est donc pas, à ce stade, le juge de l’origine des fonds.
Le contentieux dépasse désormais le seul Gabon
Cette bataille intervient dans un contexte judiciaire beaucoup plus large. Depuis le changement de régime, les autorités gabonaises ont engagé ou poursuivi plusieurs procédures visant des avoirs attribués à l’ancien système dirigeant.
Au Gabon, Sylvia Bongo et Noureddin Bongo ont été condamnés par contumace en 2025 dans une affaire portant notamment sur des accusations de détournement de fonds publics et de blanchiment. Ils contestent les accusations portées contre eux. En France, parallèlement, l’enquête sur les « biens mal acquis » de la famille Bongo est entrée dans une nouvelle phase après la clôture de l’instruction.
Ali Bongo lui-même n’a pas été mis en examen dans cette procédure française, selon les informations publiées par Le Monde. Le contentieux bancaire doit donc être replacé dans cette architecture judiciaire plus vaste, sans confondre les procédures ni préjuger de leur issue.
366 milliards : la question décisive sera celle de la destination
Le véritable enjeu se situe désormais au-delà du gel. Que deviendront les fonds si les juridictions établissent définitivement leur origine illicite ? Ils pourraient alors faire l’objet des mécanismes de confiscation et de restitution prévus par le droit applicable, sous le contrôle des autorités judiciaires compétentes.
À l’inverse, si les juridictions considèrent que tout ou partie des avoirs ne peuvent être légalement confisqués, les droits des titulaires devront être préservés. C’est pourquoi le dossier constitue un test important pour la nouvelle doctrine gabonaise de reddition des comptes.
Il intervient d’ailleurs au moment où la Cour des comptes révèle un stock de près de 1 700 milliards de FCFA de débets et amendes restant à recouvrer, montrant l’ampleur du défi de l’exécution effective des décisions financières au Gabon.
De la confrontation politique à l’épreuve du droit
Trois ans après le coup d’État qui a mis fin à 55 ans de pouvoir de la famille Bongo, la confrontation se poursuit donc, mais sur un autre terrain. L’ancien président conteste les mesures qui affectent ses intérêts patrimoniaux. L’État cherche à préserver ce qu’il considère comme les intérêts financiers de la République. La banque, elle, doit appliquer les décisions qui lui sont opposables.
Le juge devient ainsi l’arbitre central d’un conflit qui fut d’abord politique. La question essentielle n’est finalement pas de savoir qui remportera le bras de fer médiatique entre Ali Bongo et le pouvoir d’Oligui Nguema.
Elle est beaucoup plus simple – et beaucoup plus lourde de conséquences : les 366 milliards de FCFA sont-ils légalement gelés, à qui appartiennent-ils juridiquement et, le cas échéant, à qui devront-ils revenir ? Sur ces questions, ni la politique ni la communication ne pourront se substituer aux tribunaux. Après la bataille du pouvoir, voici venue la bataille du droit.