Culture & Patrimoine

Le rejet parfois virulent de la France observé aujourd’hui dans plusieurs pays d’Afrique francophone ne surgit pas de manière spontanée.

Conférence – Afrique : déconstruire les mythes, comprendre les fractures

Le 2 avril, à Paris, l’Université Ouverte accueille Dominique Guihot pour revisiter notre relation au continent africain. Le 2 avril prochain, Université Ouverte recevra le journaliste Dominique Guihot pour une conférence consacrée à l’Afrique, à son histoire ancienne et contemporaine, et à la nature complexe des relations entretenues avec elle. Pendant des générations, les manuels scolaires ont diffusé une représentation biaisée : une Afrique décrite comme un continent « sans Histoire » avant l’arrivée des Européens ; une colonisation présentée comme une œuvre civilisatrice ; une décolonisation décrite comme un processus apaisé et désintéressé en Afrique subsaharienne. Ces récits, aujourd’hui largement remis en question par la recherche historique, ont façonné durablement les imaginaires collectifs. Ils ont contribué à occulter la richesse des civilisations africaines précoloniales, la violence des conquêtes, les résistances locales, ainsi que les continuités économiques et stratégiques qui ont marqué la période post-indépendances. Le rejet parfois virulent de la France observé aujourd’hui dans plusieurs pays d’Afrique francophone ne surgit pas de manière spontanée. Il s’inscrit dans une histoire longue, nourrie par des contentieux non résolus avec l’ancienne puissance coloniale et par une présence encore prégnante dans certains secteurs stratégiques — défense, économie, coopération sécuritaire ou monétaire. Pour comprendre comment cette relation a évolué jusqu’à la situation contemporaine, il est nécessaire de revisiter les faits, les choix politiques et les mécanismes structurels qui ont façonné les trajectoires communes. C’est précisément l’objet de cette conférence. L’ambition affichée est claire : fournir des clés de compréhension rigoureuses, s’appuyer sur l’état actuel des connaissances et dépasser les lectures idéologiques. Comprendre les tensions d’aujourd’hui suppose d’interroger les héritages d’hier. Une rencontre qui s’annonce essentielle pour éclairer les débats contemporains et envisager, peut-être, les bases d’un dialogue renouvelé.

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À Nsimalen, le Cameroun transforme sa porte d’entrée en outil stratégique d’influence.

Diplomatie d’aéroport : Yaoundé muscle son dispositif d’accueil international

À Nsimalen, le Cameroun transforme sa porte d’entrée en outil stratégique d’influence. Le 18 février 2026, le Ministère des Relations extérieures du Cameroun a inauguré de nouveaux bureaux à l’Aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, marquant une étape dans la modernisation de l’architecture diplomatique du Cameroun. Réalisé en collaboration avec la Cameroon Civil Aviation Authority (CCAA), le projet vise à renforcer la présence institutionnelle dès l’arrivée des visiteurs internationaux. Officiellement, ces nouveaux locaux répondent à des besoins opérationnels précis : amélioration de l’accueil consulaire et protocolaire, fluidification de la mobilité des délégations officielles, sécurisation des circuits diplomatiques et optimisation de la coordination interservices. L’aéroport est désormais présenté comme un maillon stratégique de la diplomatie camerounaise, un « point de contact décisif » dans la gestion des partenaires bilatéraux et multilatéraux. La cérémonie d’inauguration s’est déroulée en présence du ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, de la directrice générale de la CCAA, Paule Assoumou Koki, et du directeur général des Aéroports du Cameroun (ADC), Thomas Owona Assoumou, selon la chaîne Vision 4. Cette configuration institutionnelle traduit une coordination accrue entre diplomatie, transport aérien et gestion aéroportuaire. Au-delà du protocole, l’enjeu est stratégique. Dans un contexte africain marqué par une compétition accrue pour les investissements, les partenariats sécuritaires et les projets d’infrastructures, la qualité de l’accueil institutionnel devient un indicateur de crédibilité étatique. L’aéroport, première vitrine d’un pays, participe à la construction de son image et de sa « marque nationale ». Ce dispositif renforce également la dimension sécuritaire : meilleure gestion des flux officiels, réduction des délais administratifs et encadrement plus structuré des missions étrangères. Il s’inscrit dans une logique d’intelligence organisationnelle où chaque point d’entrée devient un levier d’influence. En dotant Nsimalen d’une présence diplomatique permanente, le Cameroun cherche à projeter l’image d’un État organisé, réactif et aligné sur les standards internationaux. Dans la diplomatie contemporaine, la performance logistique n’est plus un détail technique : elle devient un instrument de puissance douce et un signal de modernité adressé aux partenaires africains et globaux.

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Une vaste opération internationale coordonnée par Interpol a conduit à l’interpellation de 651 cybercriminels présumés à travers plusieurs pays africains.

Cybercriminalité en Afrique : 651 « brouteurs » interpellés, le Cameroun en première ligne

Une opération d’Interpol révèle l’ampleur des réseaux numériques criminels et met en lumière le rôle central de la DGSN camerounaise. Une vaste opération internationale coordonnée par Interpol a conduit à l’interpellation de 651 cybercriminels présumés à travers plusieurs pays africains. Surnommés « brouteurs », ces acteurs spécialisés dans les escroqueries en ligne opéraient via des arnaques sentimentales, de fausses opportunités d’investissement, des usurpations d’identité ou encore des compromissions de comptes professionnels. Parmi les pays concernés, le Cameroun figure en tête en nombre d’arrestations, signalant à la fois l’ampleur du phénomène et l’intensification de la riposte sécuritaire. Au cœur de cette dynamique, la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN) a joué un rôle stratégique. À travers ses unités spécialisées en cybercriminalité et en police scientifique, elle a conduit des enquêtes techniques approfondies : traçage d’adresses IP, infiltration numérique, exploitation de données téléphoniques et coopération avec des plateformes internationales. Les opérations ont permis la saisie de centaines d’ordinateurs, de téléphones, de cartes SIM, ainsi que l’identification de flux financiers transitant par des circuits complexes, parfois via des cryptomonnaies. Une menace transnationale structurée Les réseaux démantelés ne relevaient pas d’initiatives isolées, mais d’organisations hiérarchisées, fonctionnant en cellules spécialisées : recruteurs, opérateurs, gestionnaires de comptes et intermédiaires financiers. Les victimes, majoritairement situées en Europe et en Amérique du Nord, étaient ciblées via les réseaux sociaux et des plateformes de messagerie. Cette dimension transfrontalière explique l’implication directe d’Interpol et la coordination entre services de police africains. Sur le plan géoéconomique, la cybercriminalité représente une menace pour l’attractivité du continent. Elle fragilise la confiance des investisseurs, complique les relations bancaires internationales et expose les pays concernés à des mécanismes de surveillance financière renforcée. Le Cameroun face à un double défi Pour le Cameroun, l’enjeu est double. D’un côté, ces arrestations démontrent la montée en puissance des capacités opérationnelles de la DGSN et la volonté des autorités de protéger l’écosystème numérique national. De l’autre, elles mettent en lumière la vulnérabilité socio-économique d’une partie de la jeunesse, attirée par l’appât du gain rapide dans un contexte de chômage persistant. La réponse ne peut être uniquement répressive. Les autorités plaident pour une stratégie intégrée : renforcement du cadre juridique, coopération internationale durable, éducation numérique et politiques d’insertion professionnelle dans les métiers du digital légal. L’opération ayant conduit à 651 interpellations constitue un signal fort. Pour le Cameroun et ses partenaires africains, la bataille contre la cybercriminalité s’inscrit désormais au cœur des enjeux de souveraineté numérique, de sécurité économique et de crédibilité internationale.

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L’annonce, le 17 février, par l’Union européenne de plus de 80 millions d’euros d’aide humanitaire confirme l’ampleur régionale de la crise.

Grands Lacs : l’épicentre stratégique qui redessine l’Afrique centrale

De l’est de la RDC aux capitales régionales, une crise systémique aux implications géopolitiques continentales. L’est de la République démocratique du Congo (RDC) n’est plus seulement une crise nationale : il est devenu le baromètre sécuritaire et stratégique de toute la région des Grands Lacs. Frontalier du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, cet espace riche en coltan, cobalt et or constitue un carrefour où se croisent intérêts économiques mondiaux, rivalités régionales et enjeux de souveraineté. L’annonce, le 17 février, par l’Union européenne de plus de 80 millions d’euros d’aide humanitaire confirme l’ampleur régionale de la crise. Sur ce montant, 68 millions sont destinés à la RDC et 13,2 millions aux pays voisins pour la gestion des réfugiés et la préparation aux catastrophes. Plus de 21 millions de Congolais nécessitent une assistance et 28 millions souffrent d’insécurité alimentaire, des chiffres qui exercent une pression directe sur les États frontaliers. La résurgence du Mouvement du 23 mars (M23) depuis 2021 a transformé l’équation sécuritaire régionale. La prise de Goma et Bukavu en 2025 a modifié les équilibres militaires et ravivé les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali. L’implication présumée du Rwanda, les inquiétudes sécuritaires de l’Ouganda et l’afflux de réfugiés vers le Burundi créent un effet domino susceptible de déstabiliser durablement l’Afrique centrale et orientale. Géoéconomiquement, les minerais stratégiques des Kivu alimentent les chaînes de valeur mondiales liées aux technologies vertes et numériques. Le contrôle des corridors miniers devient ainsi un instrument d’influence dans la compétition internationale pour les ressources critiques. Cette dimension attire l’attention de puissances extérieures et renforce la militarisation des zones d’extraction. Diplomatiquement, la médiation de l’Angola, les accords signés à Doha et à Washington illustrent une volonté de désescalade. Toutefois, l’absence d’architecture régionale de sécurité pleinement intégrée limite leur efficacité. Au-delà de la RDC, c’est la stabilité de toute la région des Grands Lacs qui est en jeu. Sans coopération sécuritaire renforcée, gouvernance transparente des ressources et investissements structurants, la crise congolaise continuera d’alimenter un cycle régional de tensions, redessinant les rapports de force africains pour la prochaine décennie.

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Sur 1 417 Africains recrutés, 355 seraient camerounais, plaçant le Cameroun en tête des contingents subsahariens recensés, devant le Ghana (234).

Cameroun–Russie : l’ombre de la guerre d’Ukraine sur la jeunesse africaine

Recrutements, pertes humaines et vulnérabilités socio-économiques : un enjeu géopolitique aux répercussions continentales Un rapport publié par All Eyes on Wagner met en lumière une réalité préoccupante : l’engagement croissant de ressortissants africains dans les rangs des forces russes depuis 2023. Sur 1 417 Africains recrutés, 355 seraient camerounais, plaçant le Cameroun en tête des contingents subsahariens recensés, devant le Ghana (234). Plus alarmant encore, 94 Camerounais auraient trouvé la mort, pour un taux de mortalité supérieur à 22 %. L’appât du gain et la vulnérabilité sociale Les motivations semblent d’abord économiques. Dans un contexte de chômage persistant des jeunes – estimé à plus de 30 % en milieu urbain – les promesses salariales russes apparaissent attractives. Les recrues se verraient proposer des rémunérations mensuelles oscillant entre 1 500 et 2 000 dollars, soit l’équivalent de plusieurs années de revenu moyen au Cameroun, assorties de primes et, parfois, de promesses de naturalisation. À ces incitations financières s’ajoutent des facteurs psychologiques : quête d’ascension sociale rapide, sentiment d’impasse économique, influence des réseaux sociaux. Certains cas évoquent également des recrutements indirects via des contrats de travail requalifiés en engagements militaires. Un choc humain et climatique La réalité du front est toutefois radicalement différente. Les combattants africains sont confrontés à la rigueur extrême du climat russe et ukrainien, avec des températures pouvant descendre sous –20 °C. Isolement culturel, barrière linguistique, solitude et conditions de combat intensives accentuent la vulnérabilité. Pour beaucoup, l’expérience se transforme en désillusion brutale. Le coût humain pèse lourdement sur les familles et sur l’image internationale du Cameroun. Ces décès alimentent un débat national sur la responsabilité des intermédiaires, la régulation des départs et la protection des citoyens à l’étranger. Conséquences géopolitiques et régionales À l’échelle africaine, cette dynamique soulève plusieurs enjeux. Elle illustre l’influence croissante de Moscou sur certaines franges de la jeunesse du continent, mais révèle aussi les fragilités structurelles des économies africaines. L’exportation de combattants vers un conflit extra-africain constitue un précédent aux implications diplomatiques sensibles. Comment y mettre fin ? La réponse passe par trois leviers : Au-delà du drame humain, ces 94 décès rappellent que les fractures socio-économiques africaines peuvent devenir des vecteurs d’instrumentalisation géopolitique. Pour le Cameroun comme pour le continent, l’enjeu est désormais de transformer cette tragédie en électrochoc stratégique.

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Chaque année, des centaines de milliers de jeunes Camerounais rejoignent le marché du travail, dans un contexte où les emplois salariés formels restent rares et où le secteur informel domine.

Afrique centrale : le Cameroun face à l’urgence démographique et productive

Entre pression sur l’emploi, promesses d’industrialisation et discours présidentiel sur la jeunesse. En Afrique centrale, la dynamique démographique redessine les équilibres économiques. La pression exercée par l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail est aujourd’hui un défi central pour le Cameroun, qui doit transformer ce capital humain en moteur de croissance inclusive. Chaque année, des centaines de milliers de jeunes Camerounais rejoignent le marché du travail, dans un contexte où les emplois salariés formels restent rares et où le secteur informel domine. Cette situation reflète un écart structurel entre la demande d’emplois et la capacité productive actuelle du pays, similaire à la tendance démographique observée à l’échelle continentale. Face à cela, le gouvernement multiplie les initiatives. À l’occasion de la 60ᵉ Fête de la Jeunesse, célébrée le 11 février, le président de la République, Paul Biya a délivré un message tourné vers l’action et l’espoir. Reconnaissant les « difficultés auxquelles les jeunes sont confrontés », il a placé l’emploi des jeunes au cœur de ses priorités politiques récentes, tout en appelant à la persévérance et à la confiance en soi pour surmonter ces obstacles. Le président a annoncé un plan spécial de 50 milliards de FCFA destiné à promouvoir l’emploi des jeunes et à renforcer leur place dans la gestion publique, marquant son engagement à faire de cette question une priorité de son nouveau mandat. Par ailleurs, des mesures fiscales et incitations à l’embauche de jeunes diplômés sont en préparation, visant à encourager les entreprises à recruter davantage dans un climat économique encore fragile. Au-delà des incitations, l’État a lancé des programmes concrets favorisant l’auto-emploi et l’entrepreneuriat. Le Programme de Promotion de l’Entrepreneuriat Jeunes (PEA-Jeune) a déjà permis la création de plus de 12 000 entreprises, générant près de 22 000 emplois directs, selon le président lui-même. Historiquement, le Plan Triennal Spécial Jeunes financé à hauteur d’environ 20 milliards FCFA a soutenu plus de 11 000 projets, créant près de 35 000 emplois en sept ans. Cette stratégie tient compte des contraintes budgétaires du pays tout en misant sur la diversification productive : agriculture, numérique, transformation locale et économie verte sont identifiés comme secteurs à fort potentiel d’absorption des jeunes actifs. Dans ce cadre, le répertoire national des métiers et des centres de formation professionnelle sont en expansion pour mieux adapter les compétences aux besoins du marché. Pour le Cameroun, la pression démographique peut constituer un atout si elle est associée à une transformation structurelle de l’économie. Il s’agit non seulement de créer des emplois, mais surtout de générer des emplois productifs et stables. Dans ce jeu complexe de politiques publiques, d’investissement privé et de reformes éducatives, le discours du chef de l’État vise à conforter l’idée que la jeunesse n’est pas une charge mais un actif stratégique, à condition que les politiques mises en œuvre traduisent les ambitions en résultats mesurables.

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Le transfert annoncé vers les États-Unis traduit une coordination diplomatique qui dépasse le strict cadre bilatéral gambien-camerounais.

Gambie–Cameroun : le dossier Issa Tchiroma révèle les lignes de fracture diplomatiques

Entre souveraineté, droit international et coopération stratégique avec Washington, Banjul clarifie sa position. Dans un communiqué officiel publié lundi, le gouvernement de la Gambie a annoncé l’expiration du séjour temporaire de trois mois accordé à Issa Tchiroma Bakary. Selon le ministère gambien de l’Information, aucune demande formelle de renouvellement n’a été déposée. En conséquence, les autorités affirment engager les démarches nécessaires pour organiser son transfert vers les États-Unis, en coordination avec les parties concernées. Au-delà du cas individuel, cette décision s’inscrit dans un cadre géopolitique plus large. La Gambie, petit État d’Afrique de l’Ouest, s’efforce depuis plusieurs années de consolider son image de partenaire respectueux du droit international et des normes multilatérales. En rappelant son attachement aux principes de souveraineté et de coopération internationale, Banjul envoie un double signal : interne, en affirmant le contrôle de son territoire ; externe, en rassurant ses partenaires occidentaux et régionaux. Un équilibre diplomatique délicat La gestion du séjour d’Issa Tchiroma intervient dans un contexte sensible pour l’Afrique centrale et occidentale, marqué par la circulation de personnalités politiques entre États et par une vigilance accrue des gouvernements face aux risques d’instrumentalisation politique des exils temporaires. Pour la Gambie, l’enjeu est stratégique. D’une part, éviter que son territoire ne devienne un espace perçu comme refuge politique permanent susceptible d’irriter des partenaires africains. D’autre part, préserver ses relations avec Washington, acteur majeur de l’aide au développement et de la coopération sécuritaire dans la région. Le transfert annoncé vers les États-Unis traduit une coordination diplomatique qui dépasse le strict cadre bilatéral gambien-camerounais. Il témoigne d’une gestion concertée des mobilités politiques sensibles, dans un contexte international où les questions d’asile, de sécurité et d’influence sont étroitement liées. Implications régionales Cette affaire met en lumière la fragilité des équilibres diplomatiques africains. Les États, notamment de taille moyenne ou modeste comme la Gambie, doivent arbitrer entre solidarité régionale, respect des engagements internationaux et préservation de leurs intérêts stratégiques. Pour le Cameroun, le dossier comporte une dimension symbolique et politique interne, compte tenu du profil d’Issa Tchiroma Bakary. Toutefois, le communiqué gambien adopte un ton strictement administratif et juridique, évitant toute escalade rhétorique. En définitive, cette séquence illustre la montée en puissance des enjeux de mobilité politique dans les relations internationales africaines. Derrière une décision technique de non-renouvellement de séjour se dessine une dynamique plus large : celle d’États africains soucieux d’affirmer leur souveraineté tout en s’inscrivant dans des réseaux de coopération globale structurés par les grandes puissances.

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Réuni autour du Premier ministre Joseph Dion Ngute, l’exécutif a examiné les mécanismes ayant permis l’enregistrement de ces bâtiments sous pavillon camerounais.

Pavillon camerounais sous pression : Yaoundé face au dossier sensible de la « flotte fantôme »

Entre risque réputationnel, enjeux diplomatiques et crédibilité maritime, le gouvernement ouvre un chantier stratégique Le gouvernement camerounais a officiellement ouvert, le 6 février à Yaoundé, un dossier à haute sensibilité diplomatique : l’immatriculation dans le registre national de navires identifiés comme appartenant à la « flotte fantôme » soupçonnée de contourner les sanctions occidentales visant le pétrole russe. Réuni autour du Premier ministre Joseph Dion Ngute, l’exécutif a examiné les mécanismes ayant permis l’enregistrement de ces bâtiments sous pavillon camerounais. Une correspondance du secrétaire général des Services du Premier ministre, Séraphin Magloire Fouda, évoque la nécessité d’« identifier et résorber les facteurs favorisant » ces immatriculations controversées. Pression européenne et enjeu de conformité Depuis 2023, le Cameroun est cité dans plusieurs rapports internationaux comme l’un des pavillons utilisés par des navires impliqués dans le transport de brut russe sous sanctions, dans le contexte de la guerre déclenchée en 2022. La pression viendrait notamment de Union européenne, où l’ambassadeur du Cameroun à Bruxelles aurait signalé de « vives inquiétudes » quant au nombre de navires concernés. En réponse, Yaoundé envisage une « suspension immédiate » de tout nouvel enregistrement suspect et la « désimmatriculation rapide » des navires déjà inscrits. L’objectif affiché : rassurer les partenaires internationaux et préserver la crédibilité du registre maritime national. Cyberfraude ou faille systémique ? Le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, a avancé la piste de la cyberfraude, évoquant des « immatriculations frauduleuses effectuées au moyen d’applications non autorisées ». Le gouvernement « décline toute responsabilité », dénonçant un usage abusif du pavillon. Cependant, des éléments internes cités par la presse spécialisée mentionnent plus de 200 navires officiellement enregistrés dans les ports de Douala, Kribi et Limbé. Certains auraient été arraisonnés pour pêche illicite, trafic de stupéfiants ou implication présumée dans la flotte fantôme. Cette contradiction fragilise la thèse d’actes isolés. Un précédent européen Le dossier intervient dans un contexte déjà sensible. En 2023, le Cameroun avait écopé d’un « carton rouge » de l’Union européenne pour pêche illicite, avant d’engager des réformes. En 2024, le ministère des Transports annonçait la digitalisation du registre maritime, censée renforcer la traçabilité. En décembre 2025, un nouveau signal d’alerte est venu de Ukraine, dont les autorités ont sanctionné trois navires battant pavillon camerounais. Un enjeu structurel Au-delà du cas russe, l’affaire révèle une problématique plus large : le pavillon maritime engage désormais la responsabilité géopolitique d’un État. Dans un environnement international marqué par la surveillance accrue des flux énergétiques et financiers, la conformité réglementaire devient un actif stratégique. Si les annonces de suspension et d’assainissement ne se traduisent pas par des mesures transparentes et vérifiables, le Cameroun pourrait s’exposer à un durcissement des contrôles européens et à une dégradation durable de l’attractivité de son pavillon — avec un impact direct sur les recettes et la réputation du pays dans le commerce maritime international.

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Le Gabon, hôte de la conférence NewSpace Africa 2026 à Libreville, cherche à se positionner comme plateforme régionale de réflexion stratégique sur l’économie spatiale, même si ses capacités opérationnelles demeurent modestes.

Afrique centrale : ambitions émergentes et capacités encore limitées

En Afrique centrale, la dynamique spatiale reste inégale. Le Gabon, hôte de la conférence NewSpace Africa 2026 à Libreville, cherche à se positionner comme plateforme régionale de réflexion stratégique sur l’économie spatiale, même si ses capacités opérationnelles demeurent modestes. La République démocratique du Congo et la République du Congo affichent un intérêt croissant pour l’observation de la Terre, notamment pour la surveillance forestière et minière, mais restent dépendantes de partenariats extérieurs. Le Tchad et la République centrafricaine ne disposent pas encore de programmes spatiaux structurés. Globalement, la sous-région accuse un retard par rapport à l’Afrique de l’Ouest ou de l’Est, où des pays comme le Nigeria ou le Kenya ont déjà développé des satellites et des agences dédiées. Les enjeux sont pourtant majeurs : cartographie des ressources naturelles, gestion des catastrophes climatiques, sécurité frontalière et connectivité numérique dans des territoires vastes et parfois enclavés. L’espace constitue un levier stratégique pour la souveraineté technologique et la planification du développement. Le Cameroun : ambitions prudentes et défis structurels Au Cameroun, la réflexion sur le spatial progresse, mais reste à un stade embryonnaire. Le pays ne dispose pas encore d’agence spatiale pleinement opérationnelle ni de satellite national en orbite. Toutefois, les autorités ont exprimé à plusieurs reprises leur intérêt pour l’exploitation des technologies spatiales, notamment dans les domaines de la météorologie, de l’agriculture de précision, de la lutte contre la déforestation et de la sécurisation des frontières. Le Cameroun pourrait tirer profit des nouvelles initiatives américaines portées par le United States Department of Commerce et la Federal Communications Commission, notamment en matière de régulation des fréquences, de cadre juridique et de formation technique. La question centrale reste celle du financement et de la gouvernance : mettre en place un programme spatial exige des investissements lourds, une expertise scientifique solide et un environnement institutionnel stable. Dans un contexte régional marqué par la concurrence entre les États-Unis, la Chine et la Russie, le Cameroun devra arbitrer entre partenariats stratégiques et préservation de sa souveraineté technologique. Si l’Afrique centrale accuse encore un retard structurel, l’essor de la diplomatie spatiale mondiale offre une fenêtre d’opportunité. Pour Yaoundé comme pour ses voisins, l’enjeu ne se limite plus à accéder à l’espace, mais à définir un modèle de coopération durable, transparent et orienté vers le développement.

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En Afrique centrale, les écarts restent marqués, avec des scores globalement faibles traduisant des défis persistants en matière de gouvernance, de transparence et d’État de droit.

Corruption : l’Afrique subsaharienne, région la moins bien classée

Selon l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 publié par Transparency International, l’Afrique subsaharienne demeure la région la moins bien classée au monde. En Afrique centrale, les écarts restent marqués, avec des scores globalement faibles traduisant des défis persistants en matière de gouvernance, de transparence et d’État de droit. Classement des pays d’Afrique centrale – IPC 2025 Tendances régionales Le Rwanda demeure l’exception régionale, avec des mécanismes de contrôle plus stricts et une répression active des pratiques illicites. À l’inverse, la majorité des États d’Afrique centrale cumulent faiblesse institutionnelle, dépendance aux ressources extractives et instabilité sécuritaire. Les pays confrontés à des conflits prolongés — notamment la République centrafricaine et la République démocratique du Congo — enregistrent des scores particulièrement bas, la corruption y étant souvent liée aux secteurs de la défense, des ressources minières et de l’aide internationale. Un défi structurel Dans l’ensemble, l’Afrique centrale reste l’une des sous-régions les plus fragiles en matière de gouvernance. Les écarts entre textes juridiques et application effective, la faiblesse des institutions de contrôle et l’opacité budgétaire expliquent ces performances limitées. À l’horizon 2030, l’amélioration du classement passera par le renforcement de l’indépendance judiciaire, la protection des médias, la digitalisation des finances publiques et une volonté politique affirmée. Sans ces leviers, la sous-région risque de voir perdurer un cercle vicieux où corruption et sous-développement s’alimentent mutuellement.

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