Économie & Innovation

Réunis à Niamey à l’initiative du Centre national d’études stratégiques et de la sécurité (CNESS) et de l’ambassade du Maroc au Niger, responsables diplomatiques et experts ont unanimement salué le projet royal visant à offrir aux pays sahéliens un accès structuré à l’océan Atlantique.

Accès à l’Atlantique : l’initiative marocaine rebat les cartes économiques du Sahel, sous le regard de l’Afrique centrale

Débattue à Niamey, la feuille de route portée par Rabat pour désenclaver le Sahel met en lumière les coûts géopolitiques de l’enclavement africain et ravive, en creux, les limites logistiques et de gouvernance des États côtiers d’Afrique centrale, Cameroun en tête. Réunis à Niamey à l’initiative du Centre national d’études stratégiques et de la sécurité (CNESS) et de l’ambassade du Maroc au Niger, responsables diplomatiques et experts ont unanimement salué le projet royal visant à offrir aux pays sahéliens un accès structuré à l’océan Atlantique. Pensée comme une réponse stratégique à l’enclavement chronique du Mali, du Niger, du Burkina Faso et du Tchad, l’initiative marocaine entend transformer un handicap géographique majeur en levier de souveraineté économique et d’intégration régionale. Les chiffres rappelés lors de la conférence sont sans appel. Selon l’ONU et la Banque mondiale, les pays en développement sans littoral supportent des coûts de transport plus que doublés par rapport à leurs voisins côtiers, avec une croissance structurellement inférieure d’environ 20 %. En Afrique, où 16 États sont enclavés, cette contrainte se traduit par des délais logistiques allongés, une compétitivité affaiblie et une dépendance accrue vis-à-vis de corridors souvent instables. C’est dans ce contexte que le Maroc, par la voix du roi Mohammed VI, a proposé dès novembre 2023 une reconfiguration géopolitique de la façade atlantique africaine. L’objectif est clair : connecter durablement les économies sahéliennes aux marchés mondiaux, via des infrastructures portuaires, routières et ferroviaires intégrées, adossées à un partenariat Sud-Sud assumé. Pour Niamey, Bamako ou Ouagadougou, l’enjeu est existentiel : sécuriser les exportations, réduire les coûts logistiques et desserrer l’étau économique d’un enclavement historiquement pénalisant. Mais cette dynamique met aussi en lumière la situation paradoxale de l’Afrique centrale. Région largement ouverte sur l’Atlantique, elle peine pourtant à jouer pleinement son rôle de hub logistique continental. Le Cameroun, avec le port en eau profonde de Kribi, illustre ce contraste. Pensé comme une porte d’entrée pour le Tchad et la République centrafricaine, Kribi reste sous-exploité, freiné par des insuffisances de connectivité intérieure, des lourdeurs administratives et des problèmes de gouvernance des corridors de transit. À la différence de l’initiative marocaine, portée par une vision géostratégique cohérente et un pilotage politique centralisé, l’Afrique centrale souffre d’un déficit de coordination régionale au sein de la Cemac. Résultat : les pays enclavés de la sous-région continuent de supporter des coûts logistiques élevés, malgré leur proximité avec la mer. À Niamey, le consensus autour du projet marocain souligne ainsi une leçon plus large : l’accès à la mer ne suffit pas. Sans infrastructures intégrées, sécurité des corridors et gouvernance efficace, la façade atlantique reste une promesse inachevée. Pour le Sahel comme pour l’Afrique centrale, l’enjeu dépasse la logistique : il touche à la capacité des États africains à transformer la géographie en puissance économique et politique.

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Brazzaville y voit un signal de confiance dans sa trajectoire macroéconomique et dans la crédibilité de sa gouvernance budgétaire.

Dette souveraine : le Congo revient sur les marchés, au prix fort

En rouvrant son euro-obligation de 2025, Brazzaville refinance ses échéances proches et teste la confiance des investisseurs internationaux, dans un environnement financier plus favorable mais toujours exigeant pour les économies d’Afrique centrale. Le Congo a annoncé la réouverture de son obligation internationale émise en novembre 2025, pour un montant de 260 millions de dollars, dans une opération destinée à lisser son profil de dette et à couvrir des échéances imminentes. Réalisée sous le régime Regulation S et placée à la Bourse de Londres sous droit anglais, l’opération, pilotée par Citigroup, s’inscrit dans une stratégie assumée de retour durable du pays sur les marchés financiers internationaux. L’instrument concerné conserve les caractéristiques de l’émission initiale : un coupon élevé de 9,875 % et une maturité finale en novembre 2032, avec un remboursement du principal échelonné en cinq tranches entre 2028 et 2032. Un coût du financement jugé important par les marchés, reflet à la fois du risque souverain perçu et des conditions encore restrictives pour les pays africains à revenu intermédiaire sur les marchés internationaux de capitaux. Sur le plan géoéconomique, l’opération répond à un impératif immédiat : refinancer une partie de la dette intérieure arrivant à échéance en janvier et février 2026. Pour les autorités congolaises, il s’agit d’éviter une pression excessive sur la trésorerie de l’État tout en améliorant le calendrier d’amortissement de la dette publique. Le gouvernement met également en avant l’impact positif attendu sur la liquidité du marché financier sous-régional de la Cemac, dans un contexte où l’intégration financière reste un enjeu clé de stabilité régionale. Sur le plan international, cette réouverture intervient alors que l’appétit des investisseurs pour les actifs africains montre des signes de reprise, porté par l’anticipation d’un assouplissement monétaire global et par la recherche de rendements élevés. Brazzaville y voit un signal de confiance dans sa trajectoire macroéconomique et dans la crédibilité de sa gouvernance budgétaire. « Cette opération reflète la discipline et l’agilité de notre stratégie de gestion de la dette », a déclaré le ministre des Finances, Christian Yoka. Mais ce retour sur les marchés n’est pas sans risques. À près de 10 %, le coût du service de la dette limite les marges budgétaires dans un pays encore très dépendant des revenus pétroliers et exposé aux chocs exogènes. D’un point de vue géostratégique, la capacité du Congo à maintenir la confiance des investisseurs dépendra étroitement de sa discipline budgétaire, de la transparence de sa gestion de la dette et de sa coordination avec les cadres régionaux et multilatéraux. Plus qu’un simple refinancement, cette opération constitue donc un test : celui de la soutenabilité financière du Congo et de sa capacité à conjuguer accès aux marchés, stabilité régionale et gouvernance économique crédible sur le long terme.

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Diplômée en ingénierie et en finance, Joëlle Itoua Owona débute son parcours professionnel dans la finance internationale, au cœur de la place new-yorkaise.

Diaspora : Joëlle Itoua Owona, quand la Silicon Valley soigne l’Afrique

Diplômée du MIT et ex-financière à New York, la fondatrice d’Afriwell Health mise sur la télémédecine pour révolutionner l’accès aux soins sur le continent, avec le soutien de Google et de la Banque mondiale. À la croisée de la finance, de la technologie et de la santé publique, Joëlle Itoua Owona incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs africains décidés à résoudre, de l’intérieur, les défis structurels du continent. Fondatrice d’Afriwell Health, une plateforme de télémédecine qui met en relation patients et médecins en Afrique, cette Camerounaise formée au MIT a fait le choix rare mais assumé de quitter une carrière prometteuse à New York pour s’attaquer à l’un des angles morts du développement africain : l’accès aux soins. Diplômée en ingénierie et en finance, Joëlle Itoua Owona débute son parcours professionnel dans la finance internationale, au cœur de la place new-yorkaise. Elle y acquiert une solide expertise en analyse de risques, en levée de fonds et en structuration de projets complexes. Mais derrière les chiffres et les marchés, une conviction s’impose progressivement : la technologie ne peut être un simple levier de rentabilité, elle doit aussi être un outil d’impact social. C’est ce constat qui la pousse à fonder Afriwell Health. La plateforme répond à une réalité bien connue du continent : pénurie de médecins, inégalités territoriales, coûts élevés des consultations et systèmes de santé souvent sous tension. Grâce à la télémédecine, Afriwell Health permet aux patients, y compris dans les zones enclavées, d’accéder à des consultations médicales à distance, à un suivi personnalisé et à des professionnels de santé qualifiés, sur le continent et dans la diaspora. Le projet séduit rapidement des partenaires de poids. Afriwell Health bénéficie notamment du soutien de Google et de la Banque mondiale, qui y voient une solution capable de renforcer les systèmes de santé africains tout en favorisant l’innovation locale. Pour Joëlle Itoua Owona, ces appuis internationaux ne sont pas une fin en soi, mais un moyen d’accélérer l’impact. « L’Afrique n’a pas besoin de solutions importées clés en main, mais d’outils pensés par et pour les Africains », aime-t-elle rappeler. À travers Afriwell Health, elle défend une vision claire : faire de la technologie un pont entre expertise médicale, inclusion sociale et souveraineté sanitaire. Un pari audacieux, à l’image de son parcours, qui place l’innovation africaine au cœur des enjeux globaux de santé.

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Cette articulation entre niveau local et diplomatie vaticane confère à l’ACEAC une capacité d’influence accrue dans les débats internationaux sur la paix, la gouvernance et les droits humains en Afrique centrale.

Afrique centrale : l’Église catholique face aux fractures sécuritaires et morales des Grands Lacs

Réunis à Kinshasa, les évêques de l’ACEAC appellent à une paix structurelle, dénoncent les idéologies de violence et renforcent leur rôle d’acteur géopolitique et social dans une région en crise chronique À l’heure où l’Afrique centrale reste l’un des épicentres mondiaux de l’instabilité sécuritaire, les évêques de l’Association des Conférences Épiscopales de l’Afrique Centrale (ACEAC) ont placé la paix, la justice et la protection des plus vulnérables au cœur de leur XVᵉ Assemblée plénière, tenue à Kinshasa du 10 au 14 décembre. Bien au-delà d’un rendez-vous pastoral, cette rencontre s’inscrit dans une lecture lucide des rapports de force régionaux et des défaillances structurelles des États. Dans une sous-région minée par les conflits armés, les ingérences transfrontalières, l’exploitation illégale des ressources et la faiblesse persistante des institutions publiques, l’Église catholique entend affirmer une présence qui dépasse le cadre spirituel. « Notre sous-région est astreinte depuis plus de trente ans à des perturbations profondes de la paix », a rappelé le président sortant de l’ACEAC, Mgr José Moko, dénonçant implicitement les logiques de prédation et de violence qui alimentent les crises des Grands Lacs. Les travaux ont mis l’accent sur l’élaboration d’un plan triennal pour la paix, conçu comme un outil de plaidoyer et de médiation à l’échelle régionale. Les évêques ont également insisté sur l’urgence d’intégrer l’accompagnement psychologique des victimes de violences armées et d’abus dans la pastorale, une reconnaissance explicite des traumatismes collectifs laissés par des décennies de conflits et d’impunité. Face à ce qu’ils qualifient d’« idéologies meurtrières », les prélats ont souligné la responsabilité des élites politiques et militaires, sans toutefois les nommer, dans la perpétuation de cycles de violence. Dans une région où les mécanismes judiciaires nationaux peinent à fonctionner, l’Église se positionne de plus en plus comme un acteur moral de référence, capable de documenter, d’alerter et d’accompagner les victimes lorsque les États sont défaillants. La dimension géopolitique des échanges a également été renforcée par la collaboration étroite avec le Saint-Siège, notamment le dicastère pour le Service du développement humain intégral. Cette articulation entre niveau local et diplomatie vaticane confère à l’ACEAC une capacité d’influence accrue dans les débats internationaux sur la paix, la gouvernance et les droits humains en Afrique centrale. L’Assemblée a enfin acté le renouvellement de ses instances dirigeantes avec l’élection de Mgr Joachim Ntahondereye, évêque de Muyinga au Burundi, à la présidence de l’ACEAC. Dans un contexte de recomposition régionale incertaine, ce nouveau leadership hérite d’un défi majeur : faire de l’Église non seulement une conscience morale, mais un acteur structurant de stabilisation dans une région où la paix reste fragile et largement conditionnée par des enjeux géopolitiques qui la dépassent.

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Deux mois après la présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun reste dans une situation de tension post-électorale.

Cameroun 2025 : Bras de fer post-électoral entre l’opposition en exil et le pouvoir à Paris

Entre légitimité contestée, pressions internationales et scénarios de transition, les enjeux stratégiques du pays se cristallisent à Paris. Issa Tchiroma Bakary cherche à peser sur un pouvoir solidement enraciné. Deux mois après la présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun reste dans une situation de tension post-électorale. À Paris, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et candidat revendiquant la victoire, a organisé une conférence de presse pour dénoncer des « fraudes documentées » et la répression des manifestations, qui aurait entraîné une soixantaine de morts et plus de 3 000 interpellations selon ses estimations. L’opposition entend internationaliser la crise, sollicitant l’attention de la France, de l’Union européenne et des instances de défense des droits humains. La législation camerounaise, toutefois, limite strictement toute contestation interne. Seul le Conseil constitutionnel peut valider ou annuler les résultats, et sa confirmation de la victoire de Paul Biya verrouille le cadre légal. Le camp d’Issa Tchiroma mise donc sur une stratégie extérieure : mobilisation diplomatique, actions judiciaires internationales et engagement de la diaspora. La France, partenaire historique et stratégique, privilégie la stabilité, soucieuse de la sécurité régionale et des flux économiques dans le Golfe de Guinée. L’Union européenne, tout en exprimant ses préoccupations sur les droits humains, adopte également une posture prudente, consciente du rôle central du Cameroun dans la sous-région. Ces positions limitent, pour l’instant, les marges de manœuvre de l’opposition, malgré ses efforts de lobbying. Au plan géopolitique et géoéconomique, le Cameroun demeure un pivot régional : corridors commerciaux, port de Douala, ressources agricoles et énergétiques, et rôle sécuritaire dans la lutte contre Boko Haram et les groupes armés dans la zone du bassin du Congo. Toute instabilité prolongée aurait des répercussions directes sur ses voisins, renforçant le pouvoir de Biya dans le rapport de force interne. Le camp Tchiroma propose mollement une transition négociée, une enquête internationale sur les violences post-électorales et une réforme électorale. Ses relais internes – société civile et réseaux économiques – sont sous surveillance, limitant leur capacité à peser sur le terrain. L’opposition mise sur la pression internationale et la médiatisation pour créer des opportunités politiques dans un contexte où le régime reste fortement structuré et largement implanté. Schéma du rapport de force interne et externe 1. Acteurs internes : 2. Acteurs externes : 3. Enjeux stratégiques : 4. Scénarios possibles : La faisabilité de cette démarche reste incertaine. La confrontation se situe autant sur le terrain diplomatique qu’à l’intérieur du pays, où le pouvoir maintient un contrôle robuste sur l’administration, les forces de sécurité et les communications. L’opposition espère que la documentation des violences et la mobilisation de partenaires internationaux pourront infléchir la donne, mais le calendrier reste flou. Le rapport de force entre un pouvoir enraciné et une contestation exilée illustre la complexité de la gouvernance et des équilibres politiques au Cameroun, au cœur de la dynamique régionale.

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La campagne électorale pour le quadruple scrutin du 28 décembre (présidentielle, législatives, régionales et municipales) a officiellement démarré le 13 décembre à Bangui, dans un climat à la fois mobilisateur et lourd de fractures.

Centrafrique : une présidentielle sous haute tension entre promesse de stabilité et défi de légitimité

À Bangui, l’ouverture de la campagne du quadruple scrutin du 28 décembre révèle un affrontement stratégique entre continuité sécuritaire, contestation politique et enjeux de souveraineté nationale. La campagne électorale pour le quadruple scrutin du 28 décembre (présidentielle, législatives, régionales et municipales) a officiellement démarré le 13 décembre à Bangui, dans un climat à la fois mobilisateur et lourd de fractures. Au cœur de l’affrontement politique : le président sortant Faustin-Archange Touadéra, candidat du Mouvement Cœurs Unis (MCU), face à une opposition fragmentée mais offensive, sur fond de défis sécuritaires persistants et de recomposition géopolitique. Faustin-Archange Touadéra, la carte de la sécurité et de l’État fort Devant un stade de 20 000 places, Faustin-Archange Touadéra a axé son discours sur la continuité sécuritaire et la préservation de l’unité nationale. Un narratif cohérent avec son bilan revendiqué : reconstruction des Forces armées centrafricaines (Faca), montée en puissance de l’appareil sécuritaire et reprise partielle du contrôle territorial depuis la crise de 2013. Pour le président sortant, la sécurité demeure le socle de toute souveraineté politique et économique. Dans un pays où plus de 40 % du territoire reste vulnérable aux groupes armés, l’argument trouve un écho auprès d’une population lassée par l’instabilité chronique. Mais cette stratégie repose aussi sur des alliances sécuritaires controversées, notamment avec des mercenaires russes et des forces rwandaises, qui alimentent un débat sur la dépendance sécuritaire et la souveraineté réelle de l’État. Une opposition fragmentée mais mobilisée Face à Faustin-Archange Touadéra, Anicet George Dologuélé, leader de l’URCA, a opté pour une campagne de proximité, sillonnant Bangui en cortège ambulant. Son message est frontal : « dix ans de promesses non tenues » et un appel à un « choix de survie nationale ». Il mise sur la fatigue sociale, le chômage urbain et la persistance de la pauvreté pour mobiliser un électorat jeune et urbain. Autre figure clé, Henri-Marie Dondra, ancien Premier ministre passé dans l’opposition, a lancé sa campagne dans un cadre plus modeste, mais symbolique : une école de la capitale, soulignant l’enjeu de la gouvernance et des services publics. Cependant, l’opposition apparaît divisée. Une partie a choisi le boycott, dénonçant un cadre électoral jugé biaisé, ce qui fragilise la portée politique du scrutin et alimente les interrogations sur sa légitimité internationale. Sécurité, démographie et crédibilité électorale Sur le plan sécuritaire, malgré une amélioration relative, des foyers de violence persistent à l’est, où des groupes rebelles restent actifs. Cette réalité pose un défi logistique majeur : garantir l’accès aux bureaux de vote et la sécurité des électeurs dans un pays vaste, faiblement équipé et démographiquement jeune. Au-delà du vote, ce scrutin constitue un test géostratégique. Il déterminera non seulement l’orientation politique de Bangui, mais aussi sa place dans les équilibres régionaux et internationaux, entre partenaires occidentaux, Russie et acteurs africains. Dans un contexte de basculement global, la Centrafrique joue une partie décisive où sécurité, légitimité et souveraineté restent étroitement imbriquées.

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La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a de nouveau durci sa politique monétaire en relevant ses principaux taux directeurs lors de sa session du 15 décembre 2025 à Yaoundé

Cémac: la BEAC durcit le ton pour défendre le franc CFA

Face à l’érosion des réserves de change dans la Cemac, la banque centrale relève ses taux directeurs afin de préserver la stabilité monétaire, au risque de freiner davantage la croissance. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a de nouveau durci sa politique monétaire en relevant ses principaux taux directeurs lors de sa session du 15 décembre 2025 à Yaoundé. Une décision technique en apparence, mais aux implications régionales et géopolitiques majeures pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), confrontée à une dégradation progressive de sa couverture extérieure et à des vulnérabilités structurelles persistantes. Le taux d’intérêt des appels d’offres est passé de 4,50 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal a été relevé de 6,00 % à 6,25 %. L’objectif affiché est clair : contenir l’érosion des réserves de change et préserver la crédibilité du franc CFA, alors que celles-ci devraient reculer à 4,2 mois d’importations en 2025 contre 4,9 mois un an plus tôt. Dans une zone monétaire arrimée à l’euro, la discipline macroéconomique reste un impératif stratégique autant qu’économique. Sur le plan géoéconomique, cette décision traduit la tension croissante entre stabilité monétaire et soutien à l’activité. La croissance régionale est attendue à seulement 2,4 % en 2025, un rythme insuffisant pour absorber la pression démographique et répondre aux besoins sociaux. Le resserrement du crédit qui pourrait en découler risque de peser sur l’investissement privé et le financement des économies, déjà dépendantes des secteurs extractifs et vulnérables aux chocs externes. La dimension géopolitique n’est pas absente. Dans un contexte international marqué par le durcissement des conditions financières mondiales, la Cemac cherche à envoyer un signal de sérieux aux partenaires extérieurs, notamment au FMI et aux marchés. La défense de la parité du franc CFA demeure un enjeu de souveraineté monétaire partagée, mais aussi de stabilité régionale, dans une zone fragilisée par l’insécurité, les transitions politiques et la volatilité des recettes pétrolières. En matière de gouvernance, la BEAC agit en pompier monétaire face aux faiblesses structurelles des États membres. La persistance des déficits budgétaires, la lenteur des réformes de diversification économique et la gestion inégale des finances publiques continuent de faire peser la charge de l’ajustement sur la politique monétaire. Or, celle-ci ne peut durablement se substituer à des réformes budgétaires et institutionnelles crédibles. En relevant ses taux, la BEAC gagne du temps. Mais sans une amélioration coordonnée de la gouvernance économique, de l’intégration régionale et de la discipline budgétaire, la stabilité monétaire de la Cemac restera sous tension, exposée aux chocs externes et aux fragilités internes.

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L’Union africaine lance une stratégie continentale ambitieuse misant sur l’efficacité énergétique, l’intégration régionale et des investissements massifs pour sortir des centaines de millions d’Africains de la précarité énergétique.

Transition énergétique : l’Afrique trace sa voie vers l’autonomie et l’inclusion

L’Union africaine lance une stratégie continentale ambitieuse misant sur l’efficacité énergétique, l’intégration régionale et des investissements massifs pour sortir des centaines de millions d’Africains de la précarité énergétique. La Commission de l’Union africaine (UA) a officiellement annoncé le lancement de la Stratégie et du Plan d’action pour la transition énergétique africaine, une feuille de route continentale destinée à accélérer une transition énergétique juste, inclusive et adaptée aux réalités du continent. Ce cadre stratégique vise à transformer en profondeur les systèmes énergétiques africains tout en répondant aux impératifs de développement, de justice sociale et de lutte contre le changement climatique. Selon un communiqué du bloc panafricain consulté mardi, la stratégie met l’accent sur plusieurs leviers clés : la promotion des solutions de cuisson propres, le commerce transfrontalier de l’énergie, l’efficacité énergétique, l’innovation technologique et le renforcement des capacités institutionnelles et humaines. Ces axes structurants doivent créer un environnement propice à des investissements de plusieurs milliards de dollars dans les pays africains, tant publics que privés. La stratégie a été officiellement lancée lors de la Conférence africaine sur l’efficacité énergétique (AAEC), qui s’est achevée la semaine dernière par l’adoption d’un communiqué appelant à un engagement collectif des États membres de l’UA. Les participants ont insisté sur la nécessité de promouvoir des initiatives d’efficacité énergétique dans des secteurs clés tels que l’électricité, l’industrie, le bâtiment, les transports, l’agriculture et les appareils électroménagers. L’AAEC a également rappelé les objectifs ambitieux que s’est fixés l’Afrique : augmenter la productivité énergétique du continent de 50 % d’ici 2050 et de 70 % d’ici 2063, en cohérence avec l’engagement mondial visant à doubler les progrès en matière d’efficacité énergétique d’ici 2030. S’exprimant à cette occasion, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a mis en lumière le paradoxe énergétique africain. Malgré d’importantes ressources naturelles, près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, tandis que 900 millions dépendent encore de la biomasse pour la cuisson. « L’efficacité énergétique est le premier rempart de l’Afrique contre la précarité énergétique », a-t-il déclaré, soulignant son potentiel pour stimuler la productivité, réduire les coûts et renforcer la résilience économique. Il a appelé à une action urgente face au triple défi de la sécurité énergétique, de l’accessibilité financière et de la connectivité régionale. En février dernier, lors de la 38ᵉ Assemblée de l’Union africaine, les chefs d’État et de gouvernement ont officiellement adopté la Stratégie et le Plan d’action africains pour l’efficacité énergétique, consacrant ainsi une volonté politique commune de bâtir un système énergétique fiable, interconnecté et durable pour l’ensemble du continent.

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Du Sahel au golfe de Guinée, l’Afrique de l’Ouest vit une recomposition politico-militaire majeure

Du Bénin au Sahel : une même fracture politico-militaire en Afrique de l’Ouest

La tentative de coup d’État déjouée au Bénin s’inscrit dans une trajectoire régionale cohérente, reliant États côtiers et pays sahéliens autour d’une même dynamique. L’érosion progressive du contrôle civil sur les forces armées, dans un contexte de crises sécuritaires, économiques et de recomposition géopolitique. Niger : le putsch comme rupture stratégique assumée Au Niger, le coup d’État de juillet 2023 a marqué un basculement décisif. Contrairement au Bénin, où la chaîne de commandement est restée loyale au pouvoir civil, les forces nigériennes ont assumé une prise de pouvoir totale, justifiée par l’argument sécuritaire et la lutte contre le terrorisme. Le Niger illustre un point clé : lorsque l’armée devient l’acteur central de la survie de l’État, elle tend à se percevoir comme seule détentrice de la légitimité nationale. Ce narratif, aujourd’hui largement diffusé dans la région, nourrit des velléités similaires dans les États encore constitutionnels, y compris au Bénin. (Le général Abdourahamane Tchiani , devient président du Niger) Burkina Faso : la militarisation extrême du politique Le Burkina Faso représente l’étape suivante : un État où le politique est désormais entièrement subordonné à la logique militaire. Le capitaine Ibrahim Traoré incarne une gouvernance de guerre permanente, dans laquelle la mobilisation nationale contre le terrorisme justifie la suspension prolongée des mécanismes démocratiques. Cette situation crée un effet d’attraction idéologique. Le discours burkinabè – souveraineté, rejet des élites civiles, valorisation de l’armée comme incarnation du peuple – circule largement dans les imaginaires militaires régionaux. Pour des officiers frustrés ou marginalisés ailleurs, ce modèle apparaît comme une alternative crédible à l’ordre constitutionnel classique. (Le capitaine Ibrahim Traoré, prend le pouvoir au Burkina Faso) Guinée-Bissau : l’instabilité chronique comme norme La Guinée-Bissau occupe une position particulière. Ici, le putsch n’est pas une exception mais un mode récurrent de régulation du pouvoir. Le coup d’État récent et le rejet par la Cédéao du calendrier de transition proposé par la junte illustrent une faiblesse structurelle de l’État et une armée historiquement politisée. Ce cas montre que l’échec prolongé de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) crée un terrain propice à des cycles répétés de ruptures institutionnelles. À la différence du Niger ou du Burkina, il ne s’agit pas d’un projet idéologique fort, mais d’une captation opportuniste du pouvoir. (Guinée-Bissau : le général Horta N’Tam investi « président de la transition ») Le Bénin : un État côtier sous pression sahélienne Le Bénin se situe à l’interface de ces trajectoires. État côtier encore stable, il subit néanmoins les contrecoups directs des crises sahéliennes : expansion jihadiste vers le golfe de Guinée, circulation des armes, porosité des frontières et diffusion des discours anti-élites. La tentative de putsch révèle que même les démocraties réputées solides ne sont plus étanches à ces dynamiques. La différence fondamentale reste la cohésion de la hiérarchie militaire et la capacité de l’État à agir rapidement avec des alliés régionaux (Nigeria) et internationaux. (Des soldats, sous l’égide du colonel Tigri Pascal (2e à partir de la gauche de l’écran) Une Cédéao fragmentée face à une menace systémique Ces quatre cas révèlent une fracture régionale profonde. D’un côté, des États sortis du cadre communautaire (Niger, Burkina Faso, Mali), qui revendiquent une souveraineté sécuritaire militarisée. De l’autre, des pays comme le Bénin et la Guinée-Bissau, encore dans l’espace Cédéao mais fragilisés. La réponse régionale reste incomplète. Tant que la sécurité, la gouvernance et l’économie ne seront pas traitées conjointement, la tentation putschiste continuera de circuler comme une solution perçue – mais illusoire – aux crises de l’État. (Cédéao) Du Sahel au golfe de Guinée, l’Afrique de l’Ouest vit une recomposition politico-militaire majeure. Le Bénin n’est pas un accident, mais un avertissement. La stabilité régionale dépendra moins de sanctions que de la capacité des États à réconcilier armées, citoyens et légitimité politique, sous peine de voir l’exception démocratique devenir l’exception tout court.

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Patrimoine immatériel : le Cameroun affirme sa puissance culturelle douce sur la scène mondiale

Patrimoine immatériel : le Cameroun affirme sa puissance culturelle douce sur la scène mondiale

Avec l’inscription du Mvet Oyeng et du Guruna à l’Unesco, Yaoundé consolide une stratégie de rayonnement culturel, de souveraineté symbolique et d’influence géoculturelle en Afrique centrale. Le Cameroun vient d’inscrire un nouveau chapitre dans la géopolitique mondiale de la culture. Lors de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, tenue à New Delhi, deux expressions culturelles camerounaises – le Mvet Oyeng et le Guruna – ont rejoint la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Une double reconnaissance qui porte à quatre le nombre d’éléments camerounais inscrits, confirmant la densité culturelle du pays et son rôle moteur en Afrique centrale. e Mvet Oyeng, mémoire épique et intelligence culturelle ekang (Le Mvet Oyeng, un art musical d’intelligence culturelle ekang – Cameroun, Gabon, Congo, Guinée équatoriale, Sao tomé et Principe) Fruit d’une candidature multinationale portée par le Cameroun, le Gabon et le Congo, le Mvet Oyeng incarne bien plus qu’un art musical. Il s’agit d’un système de transmission de la mémoire, de la philosophie et des valeurs de la communauté Ekang, articulé autour de récits épiques, de chants, de danses et d’un instrument à cordes emblématique. La dualité entre forme sacrée initiatique et forme populaire publique révèle une structuration sociale sophistiquée, où le patrimoine agit comme un outil de régulation communautaire et de continuité historique. À l’ère de l’uniformisation culturelle, le Mvet Oyeng apparaît comme une archive vivante du Sud global, mobilisable dans les stratégies de diplomatie culturelle et d’économie créative. Le Guruna, culture pastorale et sécurité sociale communautaire (Le Guruna, pratique des retraites pastorales à l’extrême-Nord Cameroun et au Tchad) Inscrit conjointement avec le Tchad, le Guruna, pratiqué par les Massa dans l’Extrême-Nord camerounais, met en lumière une culture pastorale transfrontalière fondée sur la relation entre l’homme, le bétail et l’environnement. Ces retraites pastorales structurent le temps social, renforcent la cohésion intergénérationnelle et transmettent des savoirs essentiels à la résilience face aux changements climatiques et aux pressions sécuritaires dans le bassin du lac Tchad. Dans un contexte sahélien marqué par l’instabilité, le Guruna illustre comment le patrimoine immatériel peut contribuer à la stabilité sociale, à la prévention des conflits et à la préservation des identités locales. Soft power, souveraineté culturelle et narration africaine Pour Mme Mbeume née Ngeh Rekia Nfunfu, cheffe de la délégation camerounaise, cette reconnaissance est « un moment historique », traduisant l’engagement de l’État à préserver ses traditions vivantes. Au-delà du symbole, l’enjeu est stratégique : ces inscriptions renforcent la souveraineté culturelle, offrent une visibilité internationale accrue et ouvrent des perspectives en matière de tourisme culturel, d’emplois créatifs et de transmission éducative. Après le Nguon (2023) et le Ngondo (2024), le Cameroun affirme une narration culturelle offensive : celle d’un pays jeune, pluriel et porteur de civilisations enracinées. Dans un monde de rapports de force symboliques, Yaoundé démontre que la culture est aussi un levier de puissance, d’influence et de sécurité identitaire.

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