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Présents en Centrafrique depuis 2017, à la demande du président Faustin-Archange Touadéra, les combattants de Wagner ont profondément redéfini l’architecture sécuritaire du pays.

Centrafrique : Wagner en arbitre sécuritaire d’un scrutin sous haute tension

Entre promesse de paix électorale, dépendance militaire et zone grise géopolitique À l’approche d’un triple scrutin décisif – présidentielle, législatives et élections locales – la République centrafricaine s’apprête à voter sous la surveillance étroite des paramilitaires russes liés au groupe Wagner. Ces derniers se disent prêts à garantir des élections « pacifiques », tout en affirmant leur capacité à repousser toute tentative de déstabilisation. Une déclaration lourde de sens dans un pays où la sécurité électorale demeure un enjeu existentiel. Dans une réponse écrite à l’AFP, Alexander Ivanov, représentant des paramilitaires russes en Centrafrique, assure que les « spécialistes russes » prennent leur mission « très au sérieux ». Selon lui, le contexte sécuritaire permettrait, à ce stade, d’envisager un scrutin sans violences majeures. Mais derrière ce discours rassurant se dessine une réalité plus complexe : la centralité d’un acteur militaire étranger dans l’organisation implicite de la sécurité d’un processus démocratique national. Présents en Centrafrique depuis 2017, à la demande du président Faustin-Archange Touadéra, les combattants de Wagner ont profondément redéfini l’architecture sécuritaire du pays. Initialement déployés pour appuyer une armée nationale affaiblie et fragmentée, ils ont joué un rôle clé lors de la crise post-électorale de 2020, en repoussant, aux côtés de forces rwandaises, une coalition de groupes armés menaçant Bangui. Depuis, leur influence dépasse le strict cadre militaire. Cette présence s’accompagne toutefois de controverses majeures. De nombreuses organisations internationales accusent les paramilitaires de Wagner d’avoir commis de graves violations des droits humains – exécutions sommaires, tortures, disparitions – en Centrafrique comme ailleurs. Alexander Ivanov, lui-même sous sanctions américaines et européennes, affirme représenter une entité distincte, l’OUIS, tout en reconnaissant employer des combattants « très expérimentés » issus de Wagner. Une distinction jugée largement formelle par les chancelleries occidentales. Sur le terrain, la sécurité reste inégale. Ivanov reconnaît l’existence de zones frontalières instables, où des groupes rebelles demeurent actifs, justifiant un état d’alerte maximal des forces centrafricaines appuyées par les Russes. Dans ce contexte, le président sortant Faustin-Archange Touadéra, 68 ans, candidat à un troisième mandat, apparaît comme le grand favori, porté par un discours axé sur le retour progressif à la stabilité. Mais au-delà du scrutin immédiat, une question stratégique se pose : qui garantit réellement la souveraineté sécuritaire de la Centrafrique ? Depuis la mort d’Evguéni Prigojine en 2023, Moscou cherche à restructurer son dispositif africain via Africa Corps, sous tutelle plus directe du ministère russe de la Défense. Ivanov évite soigneusement le sujet, signe d’une transition encore opaque. Ainsi, si Wagner promet des élections « pacifiques », le scrutin centrafricain illustre surtout une réalité troublante : celle d’un État dont la stabilité démocratique repose, en grande partie, sur des forces armées étrangères, au cœur d’un jeu géopolitique qui dépasse largement les urnes.

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Le campus de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Douala à Édéa a accueilli, le mardi 23 décembre, une cérémonie de parrainage d’étudiants par Harvest Asset Management, acteur spécialisé des marchés financiers.

Cameroun : la ville d’Édéa à l’heure du choix stratégique

Quand l’IUT devient un levier géoéconomique contre le chômage et l’exode des jeunes. Le campus de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Douala à Édéa a accueilli, le mardi 23 décembre, une cérémonie de parrainage d’étudiants par Harvest Asset Management, acteur spécialisé des marchés financiers. Au-delà du geste académique, l’événement a mis en lumière un enjeu bien plus large : la capacité d’Édéa à transformer l’implantation de l’IUT en moteur économique, social et géostratégique. Pour le Pr Jacques Etame, directeur de l’IUT, le message est clair : l’université ne peut plus être une tour d’ivoire. La mutation de certaines filières, à l’image de Banque et Finance devenue Ingénierie financière, traduit une orientation résolument pratique, alignée sur les besoins du marché et les standards internationaux. L’ambition affichée est de faire du campus d’Édéa un campus d’application de l’économie universitaire, où savoirs, innovation et entreprises se rencontrent. (La ville d’Edéa) Deux projets pilotes incarnent cette vision : le transport des étudiants et les logements universitaires. Des initiatives structurantes, capables de générer des emplois locaux, d’attirer des investisseurs et de créer un écosystème économique autour du campus. Un potentiel que les étudiants eux-mêmes disent percevoir, à l’image de la présidente de l’Association des étudiants, qui souligne une meilleure appropriation des réalités professionnelles. Mais le constat est sans appel : la ville d’Édéa tarde à s’approprier l’IUT. Ni initiatives locales visibles, ni réponse structurée des collectivités territoriales décentralisées, alors même que le site est excentré et que la pression sur le logement est réelle. Une inertie préoccupante, alors qu’Édéa dispose d’atouts géostratégiques majeurs : carrefour entre Douala et Yaoundé, proximité de Kribi et de son port en eau profonde, tissu industriel historique et bassin de main-d’œuvre jeune. (Zone industrielle d’Edéa, le coeur du Cameroun) Dans un contexte marqué par le chômage des diplômés et l’exode massif des jeunes vers Douala, Yaoundé, l’Europe ou l’Amérique du Nord, l’IUT d’Édéa représente une alternative crédible. Il peut contribuer à fixer les compétences, à dynamiser le marché local de l’emploi et à repositionner la ville dans la chaîne de valeur nationale et régionale. Conscient de cet enjeu, le Pr Jacques Etame a annoncé l’organisation prochaine d’un Café-débat “Universités–Territoires”, réunissant collectivités, partenaires économiques et opérateurs privés. L’objectif : transformer une décision gouvernementale en niches d’opportunités concrètes. À Édéa, l’université est là. Reste à savoir si la ville saisira cette chance stratégique… ou la laissera passer.

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Sur l’avortement, les opinions se partagent.

Afrique et Cameroun : liberté des femmes, l’avortement divise toujours

Entre droits reconnus et tabous persistants, le continent avance sur la maternité et le mariage, mais reste scindé sur l’interruption de grossesse. Au Cameroun et dans toute l’Afrique, les femmes gagnent du terrain sur leurs droits. Elles peuvent désormais choisir leur mariage et décider du nombre d’enfants qu’elles auront. Mais sur l’avortement, c’est une autre histoire. C’est ce que révèle l’enquête Afrobarometer, menée entre 2024 et 2025 auprès de 51 000 personnes dans 38 pays africains. Selon l’étude, 75 % des Africains estiment que les femmes doivent décider quand se marier, et 62 % quand et combien d’enfants avoir. Les femmes elles-mêmes sont plus nombreuses à soutenir cette liberté. La scolarité des jeunes mères est largement défendue. Huit citoyens sur dix jugent que les filles enceintes ou déjà mères doivent pouvoir poursuivre leurs études. L’éducation à la sexualité à l’école recueille également un large soutien, avec plus de 70 % d’avis favorables. L’accès aux contraceptifs divise encore. 58 % des Africains sont favorables à ce que toute personne sexuellement active y ait accès, quel que soit son statut marital, et 53 % quel que soit l’âge. Mais dans les zones rurales et chez les moins instruits, le scepticisme reste fort. Sur l’avortement, les opinions se partagent. Une majorité (63 %) accepte l’interruption de grossesse si la santé ou la vie de la femme est en danger. En cas de viol ou d’inceste, seulement 48 % trouvent l’avortement justifiable. Et si la femme ne veut pas d’enfant ou manque de ressources, 65 à 69 % s’y opposent. Au Sénégal, la situation des violences basées sur le genre illustre un paradoxe. Près d’un tiers des citoyens voient fréquemment des violences contre les filles. Les violences conjugales et verbales restent courantes. Les victimes hésitent à porter plainte par peur ou par pression sociale. Au Cameroun, le scénario est similaire. Les droits progressent, mais la société reste partagée sur l’avortement. Violences sexuelles et discriminations persistent. L’enquête souligne l’urgence de renforcer la protection des femmes et leur autonomie, tout en respectant les sensibilités locales. L’Afrique avance. Mais certains combats sont loin d’être gagnés. Peut-être que le continent africain n’est pas prêt mené tous les combats à la fois. Surtout lorsqu’ils s’associent à l’éthique et à la spiritualité. C’est le cas de l’avortement.

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La BDEAC à l’épreuve de la modernisation

Afrique centrale : la BDEAC structure le levier des partenariats public-privé

En lançant l’élaboration d’un cadre normatif dédié aux PPP, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale cherche à sécuriser les investissements, renforcer l’attractivité régionale et affirmer une souveraineté financière collective. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a franchi une étape stratégique en lançant un appel d’offres international pour recruter un cabinet chargé d’élaborer un cadre normatif applicable aux financements en partenariat public-privé (PPP). Cette initiative s’inscrit dans le Plan stratégique 2023-2027 de l’institution, baptisé « AZOBE », adopté par l’Assemblée générale des actionnaires le 22 décembre 2022. À travers cette démarche, la BDEAC entend renforcer son rôle de catalyseur du développement économique et de l’intégration régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources publiques, la pression sécuritaire et la compétition accrue pour les capitaux internationaux. Les PPP comme outil de souveraineté économique Le plan « AZOBE » identifie explicitement les partenariats public-privé comme un levier central pour financer les infrastructures structurantes : énergie, transports, eau, télécommunications, santé ou encore équipements urbains. Pour les États de la Cemac, confrontés à des marges budgétaires limitées et à une dette publique sous surveillance, les PPP apparaissent comme une alternative stratégique permettant de mobiliser des financements privés tout en poursuivant des objectifs de développement. Mais jusqu’ici, l’absence d’un cadre normatif harmonisé à l’échelle régionale constituait un frein majeur. Les règles variaient selon les pays, générant des incertitudes juridiques, des risques financiers élevés et une faible bancabilité des projets. « L’enjeu est de sécuriser à la fois les États et les investisseurs », confie un cadre de la BDEAC, soulignant la nécessité de standardiser les pratiques. Sécuriser, harmoniser, attirer Le futur cadre normatif devra définir des règles claires en matière de structuration financière, de partage des risques, de gouvernance des projets et de mécanismes de contrôle. Il s’agira également d’intégrer des exigences de transparence, de traçabilité des flux financiers et d’évaluation des impacts économiques et sociaux. Pour la BDEAC, l’objectif est double : améliorer l’efficacité des investissements publics et renforcer l’attractivité de l’Afrique centrale auprès des investisseurs institutionnels, des fonds souverains et des partenaires du Sud global. Dans un environnement international marqué par la rivalité entre grandes puissances et la recomposition des chaînes de valeur, la région cherche à se positionner comme un espace crédible et sécurisé pour les investissements de long terme. Un enjeu géostratégique régional Au-delà des considérations économiques, la structuration des PPP revêt une dimension géostratégique. Les infrastructures financées conditionnent la sécurité énergétique, la connectivité régionale et la résilience des États face aux crises. Routes, ports, réseaux électriques ou systèmes numériques sont désormais perçus comme des actifs stratégiques, au croisement du développement, de la sécurité et de la souveraineté. Dans une région exposée à des défis sécuritaires transfrontaliers — du golfe de Guinée au bassin du lac Tchad —, la capacité à financer et maîtriser des projets structurants est également un facteur de stabilité. « Les infrastructures sont des outils de paix autant que de croissance », résume un analyste régional. La BDEAC à l’épreuve de la modernisation En se dotant d’un cadre normatif PPP, la BDEAC poursuit sa transformation en institution financière moderne, alignée sur les standards internationaux tout en défendant les intérêts spécifiques de ses États membres. L’initiative vise aussi à préserver l’équilibre financier de la Banque, en encadrant mieux les risques associés à des montages complexes. À terme, ce cadre pourrait devenir une référence régionale, voire un instrument d’influence normative pour l’Afrique centrale, dans un environnement où les règles du financement du développement sont largement façonnées en dehors du continent. À travers ce chantier, la BDEAC envoie un signal clair : l’Afrique centrale entend structurer elle-même les conditions de son développement, en combinant coopération public-privé, rigueur institutionnelle et affirmation de sa souveraineté économique.

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Les ambassadeurs de la sous-région posent les jalons d’une intégration régionale renforcée en Europe.

Diaspora : À Berlin, l’Afrique centrale affirme sa cohésion diplomatique

Les ambassadeurs de la sous-région posent les jalons d’une intégration régionale renforcée en Europe. Dans un contexte international marqué par le durcissement des rapports de force, la fragmentation des alliances et la recomposition des priorités géopolitiques, les pays d’Afrique centrale cherchent à parler d’une voix plus cohérente et plus audible sur la scène mondiale. C’est dans cet esprit que, 22 décembre à Berlin, Son Excellence Madame Edith Itoua, ambassadrice de la République du Congo en Allemagne, a réuni ses homologues du Cameroun, du Gabon et de la République démocratique du Congo. Au-delà du cadre convivial de fin d’année, cette rencontre revêt une portée politique et stratégique. Elle illustre la volonté des représentations diplomatiques de la sous-région de renforcer leur concertation, d’approfondir leur coordination diplomatique et de jeter les bases d’une intégration régionale plus opérationnelle, notamment dans leurs relations avec l’Allemagne et, plus largement, avec l’Union européenne. Les échanges ont porté sur les enjeux communs auxquels l’Afrique centrale est confrontée : sécurité régionale, stabilité politique, attractivité économique, transition énergétique, gestion des ressources stratégiques et coopération académique. Dans un environnement européen de plus en plus attentif aux questions de sécurité, d’approvisionnement et de partenariats fiables, les diplomates ont souligné l’importance pour la sous-région de se positionner comme un espace stratégique cohérent, porteur de solutions et de stabilité. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de diplomatie régionale proactive, visant à dépasser les approches strictement nationales pour promouvoir des positions concertées sur les dossiers d’intérêt commun. Elle traduit également la volonté de renforcer la visibilité politique de l’Afrique centrale en Europe, en mettant en avant ses complémentarités économiques, son potentiel humain et son rôle clé dans les équilibres géopolitiques africains. Les participants ont exprimé leur souhait de pérenniser ce cadre de concertation, en l’élargissant progressivement à d’autres pays et partenaires stratégiques. À terme, ce type de rencontres pourrait contribuer à structurer un véritable pôle diplomatique d’Afrique centrale en Europe, capable de soutenir les objectifs d’intégration régionale portés par la CEMAC et la CEEAC. À Berlin, l’Afrique centrale n’a pas seulement célébré la fin d’année : elle a esquissé les contours d’une diplomatie collective, plus lisible, plus influente et résolument tournée vers l’avenir.

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Ministre camerounais de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire

LCT Cameroun 4.0 : l’administration se digitalise à grande vitesse

Le Cameroun franchit un nouveau cap dans la modernisation de son État. Avec un financement de 4,6 milliards de F CFA accordé par la République de Corée, trois centres de formation dédiés à la transformation numérique des fonctionnaires vont voir le jour. Objectif : doter l’administration de compétences digitales pointues et accélérer la livraison de services publics rapides, efficaces et transparents. Trois centres, trois missions Dévoilés le 16 décembre 2025 à Yaoundé, ces centres sont stratégiques. L’ENAM formera administrateurs et magistrats à la gouvernance numérique. SUP’PTIC concentrera ses enseignements sur les systèmes d’information et la cybersécurité. L’ISMP renforcera le management public digitalisé. Ensemble, ils créeront une filière complète de compétences numériques pour l’État, capable de transformer les pratiques traditionnelles et de moderniser la fonction publique. Un hub pour exposer l’innovation Le projet prévoit également la création d’un Centre d’exposition e-Government. Véritable vitrine technologique, ce hub présentera plateformes, solutions et innovations développées par l’administration. L’objectif : diffuser la culture digitale, stimuler l’innovation et rapprocher l’État des citoyens et des start-ups du secteur numérique. E-Gov’A 2026 : la vitrine africaine du digital public Le programme sera présenté officiellement au Salon E Gov’A, qui se tiendra du 14 au 16 mai 2026 à Yaoundé. Le thème « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless » traduit l’ambition : montrer comment le numérique peut transformer l’administration, réduire les délais et améliorer la qualité des services publics. Décideurs publics, experts, entreprises et institutions de développement y seront réunis pour partager innovations et bonnes pratiques. Une coopération stratégique alignée sur la SND30 Pour le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, ces centres sont au cœur de la vision SND30 : « une administration moderne, efficace et productive est indispensable à l’émergence du Cameroun ». L’ambassadeur de Corée, Nam Ki-Wook, a souligné que ce projet constitue « un levier majeur pour moderniser les systèmes administratifs et renforcer la croissance durable ». Cap sur l’État du futur Avec ces centres et ce hub, le Cameroun ne se contente plus de suivre la vague de digitalisation. Il veut devenir un exemple en Afrique centrale, un État connecté et performant, capable de répondre aux besoins d’une population jeune, urbaine et exigeante. La transformation numérique n’est plus une option : elle devient l’outil central pour construire un État 4.0.

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Dans son allocution, le ministre des Transports a souligné l’importance stratégique du corridor Douala–N’Djamena, considéré comme l’un des rares corridors intermodaux pleinement opérationnels en Afrique centrale.

Corridor Douala–N’Djamena : le Cameroun pose les bases d’une relance logistique régionale

Gouvernance, investissements et sécurité au cœur d’un projet clé pour l’intégration régionale. Les acteurs du Projet régional pour l’amélioration de la performance du corridor Douala–N’Djamena (PCDN) se sont réunis le 18 décembre 2025 à Yaoundé à l’occasion de la première session du Comité de pilotage national (COPIL). Présidée par Jean-Ernest Ngallè Bibéhè, ministre des Transports, cette rencontre marque une étape clé dans la gouvernance d’un projet stratégique destiné à renforcer la fluidité, la sécurité et la compétitivité des échanges entre le Cameroun et le Tchad. Instance centrale du dispositif institutionnel du PCDN, le COPIL est chargé de superviser et d’orienter la mise en œuvre de la composante nationale du projet. Lors de cette session inaugurale, les membres ont examiné les rapports d’activités couvrant la période de juin 2024 à décembre 2025, validé les orientations stratégiques pour l’exercice 2026, et adopté les plans de travail et budgets annuels (PTBA), ainsi que les mécanismes de contrôle interne. Un axe vital mais contraint Dans son allocution, le ministre des Transports a souligné l’importance stratégique du corridor Douala–N’Djamena, considéré comme l’un des rares corridors intermodaux pleinement opérationnels en Afrique centrale. Il constitue aujourd’hui la principale voie d’accès du Tchad aux échanges maritimes internationaux et concentre environ 35 % du produit intérieur brut et de la population des deux pays. Toutefois, les performances du corridor restent limitées par l’état vieillissant des infrastructures routières et ferroviaires, ainsi que par la complexité des procédures administratives, qui allongent les délais de transit et réduisent la compétitivité logistique régionale. 11,12 milliards FCFA programmés en 2026 Pour répondre à ces défis, le PTBA 2026 prévoit un budget de 11,12 milliards FCFA, représentant environ 6,2 % de l’enveloppe globale du projet. Dans le secteur ferroviaire, ces ressources permettront notamment l’acquisition d’équipements pour la réhabilitation de 238 kilomètres de la ligne Douala–Yaoundé, ainsi que le financement de prestations de maîtrise d’œuvre et d’assistance technique. Le volet facilitation prévoit également la réhabilitation de la plateforme rail/route de Ngaoundéré, point de rupture de charge stratégique, l’acquisition d’équipements de sécurité routière, et la modernisation des administrations des douanes et des transports afin d’améliorer la performance de la chaîne logistique. Un programme régional de long terme Financé par la Banque mondiale à hauteur d’environ 181 milliards FCFA via l’IDA, le PCDN est déployé sur la période 2024–2032. Structuré autour de cinq composantes, il vise à améliorer durablement l’efficacité, la sécurité et la résilience du commerce transfrontalier. À terme, le projet ambitionne de réduire les coûts et délais de transit, d’augmenter les volumes de fret et de renforcer l’intégration économique régionale, consolidant le corridor Douala–N’Djamena comme un pilier structurant du commerce en Afrique centrale.

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Sécurité nationale, immigration et fractures diplomatiques au cœur de la nouvelle doctrine américaine.

États-Unis : Donald Trump durcit l’accès au territoire et vise plusieurs pays africains

Sécurité nationale, immigration et fractures diplomatiques au cœur de la nouvelle doctrine américaine. L’administration américaine a annoncé, le 17 décembre, une nouvelle extension des restrictions d’entrée sur le territoire des États-Unis, touchant directement plusieurs pays africains. Décidées par le président Donald Trump et justifiées par des impératifs de sécurité nationale, ces mesures entreront en vigueur le 1er janvier 2026, selon la Maison-Blanche. Dans cette nouvelle proclamation présidentielle, Washington impose une interdiction totale d’entrée aux ressortissants du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Soudan du Sud. La Syrie figure également sur cette liste. L’exécutif américain affirme que ces pays présentent des « risques élevés » liés à l’instabilité sécuritaire, à l’insuffisance des mécanismes de contrôle administratif ou à la présence de groupes armés susceptibles de menacer les intérêts américains. Parallèlement, des restrictions partielles de visas sont instaurées à l’encontre de plusieurs autres États africains, notamment l’Angola, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Mauritanie, le Nigeria et le Sénégal. Ces mesures concernent principalement les visas temporaires et s’accompagnent d’un durcissement significatif des procédures de vérification et de contrôle des antécédents. Le dispositif prévoit également un resserrement des sanctions contre certains pays déjà placés sous surveillance. Le Laos et la Sierra Leone passent ainsi d’un régime de restrictions partielles à une interdiction complète d’entrée. Des Palestiniens détenteurs de documents de voyage spécifiques sont également concernés, sans que les autorités américaines n’aient précisé les modalités exactes de leur application. Toutefois, la Maison-Blanche a tenu à souligner l’existence d’exemptions. Les résidents permanents légaux, les détenteurs de visas valides, ainsi que certaines catégories spécifiques, notamment les diplomates, les représentants officiels et les athlètes participant à des compétitions internationales, ne sont pas concernés. Des dérogations individuelles pourront également être accordées lorsque l’entrée sur le territoire américain est jugée conforme aux « intérêts nationaux des États-Unis ». Ces décisions s’inscrivent dans une offensive migratoire plus large engagée depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier. Le président américain a fait de la lutte contre l’immigration illégale et du contrôle strict des frontières l’un des piliers de son agenda politique. Selon l’exécutif, il s’agit d’empêcher l’entrée d’étrangers susceptibles de « menacer la sécurité », mais aussi de porter atteinte à « la culture, aux institutions et aux principes fondateurs » du pays. Sur le plan diplomatique, cette nouvelle vague de restrictions risque d’accentuer les tensions entre Washington et plusieurs capitales africaines. Elle relance également le débat sur la place de l’Afrique dans la politique étrangère américaine, entre coopération sécuritaire, perception du risque et repli stratégique assumé.

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Un nouvel emprunt chinois pour renforcer le contrôle urbain et sécuritaire du territoire.

Cameroun : Pékin au cœur de l’expansion de la vidéosurveillance nationale

Un nouvel emprunt chinois pour renforcer le contrôle urbain et sécuritaire du territoire. Le Cameroun poursuit le déploiement de son système national de vidéosurveillance urbaine avec l’appui de financements chinois. Par un décret signé le 17 décembre, le président Paul Biya a autorisé le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, à contracter un emprunt de 39,2 milliards de FCFA (environ 59,8 millions d’euros) auprès de China Citic Bank Corporation LTD. Ce financement vise à soutenir la deuxième phase de l’extension du dispositif de vidéosurveillance sur l’ensemble du territoire. Selon le texte présidentiel, l’enveloppe doit permettre un « financement complémentaire du projet d’extension au plan national du système intelligent de vidéosurveillance urbaine ». L’initiative s’inscrit dans un contexte marqué par la persistance de défis sécuritaires, tant dans les grandes agglomérations que le long des frontières. Un dispositif étendu aux zones sensibles Déployé depuis 2017, le programme a permis l’installation d’environ 1 500 caméras dans les chefs-lieux des dix régions du pays, notamment à Yaoundé et Douala, mais aussi dans des villes à forte valeur stratégique comme Kribi, qui abrite un port en eau profonde, Kyé-Ossi à la frontière équato-guinéenne ou Garoua-Boulaï, à la frontière avec la Centrafrique. Dans l’Extrême-Nord, région exposée aux incursions du groupe Boko Haram, le dispositif couvre également des localités sensibles telles que Waza, Fotokol, Kousseri et Amchidé. Les autorités mettent en avant un objectif de prévention, de dissuasion et de réponse rapide aux menaces sécuritaires, en combinant caméras, équipements de communication portatifs et centres de commandement. Deux centres de supervision, implantés à Yaoundé et Douala sous l’autorité de la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN), assurent la centralisation et l’exploitation des données. À ce réseau s’ajoutent près de 2 000 postes émetteurs-récepteurs portatifs destinés à améliorer la coordination des forces de sécurité sur le terrain. Une trajectoire financière désormais établie Ce nouvel emprunt porte à 150,8 milliards de FCFA (environ 230 millions d’euros) le montant total mobilisé en huit ans pour ce programme, à travers quatre financements successifs. Tous ont impliqué des partenaires financiers chinois ou des structures basées à Hong Kong. La première phase avait été lancée en 2017 grâce à un crédit de 45,9 milliards de FCFA accordé par Bank of China. En mars 2024, un second financement de 32,8 milliards de FCFA a été obtenu via Banco Santander à Hong Kong, après le retrait de China Construction Bank en 2021. Deux autres crédits du même montant ont ensuite été contractés en décembre 2024 et décembre 2025 auprès de China Citic Bank. Un enjeu sécuritaire et urbain Les autorités camerounaises justifient cette stratégie par la montée de l’insécurité urbaine et les pressions exercées sur plusieurs frontières. Selon Numbeo, le Cameroun figurait en 2022 parmi les pays africains à fort indice de criminalité, avec un score de 66,6 sur 100. En 2025, cet indice a légèrement reculé à 65,5 points, tandis que l’indice de sécurité progressait marginalement à 34,5 points. Au-delà de la sécurité, le recours accru à la vidéosurveillance soulève également des questions de gouvernance, de protection des données et de soutenabilité de la dette, dans un contexte où le pays reste fortement dépendant de financements extérieurs pour ses grands projets structurants.

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Les autorités rappellent que le Rwanda n’est pas un État religieux et que les organisations confessionnelles, comme toute autre structure civile, doivent s’inscrire dans le cadre légal.

Rwanda : la régulation des Églises évangéliques redessine le paysage religieux

Au Rwanda, la fermeture de la Grace Room Ministry, qui rassemblait jusqu’à 10 000 fidèles à la BK Arena de Kigali, illustre le durcissement de la politique publique à l’égard des Églises évangéliques. Depuis 2018, les autorités appliquent une réglementation plus stricte encadrant les activités religieuses, fondée sur des critères de sécurité, de gouvernance et de formation des responsables religieux. Ces mesures imposent notamment la conformité des lieux de culte aux normes de sécurité, la transparence des flux financiers et l’obligation pour les pasteurs de disposer de diplômes reconnus en théologie. Selon les médias rwandais, plusieurs milliers d’églises ont été fermées ces dernières années pour non-respect de ces exigences. Le gouvernement justifie cette politique par la nécessité d’assainir un secteur marqué par une forte prolifération d’églises indépendantes. Lors de récentes prises de parole, le président Paul Kagame a questionné le rôle socio-économique de certaines structures religieuses, estimant que certaines d’entre elles ne contribuaient pas suffisamment aux priorités nationales de développement. Les autorités rappellent que le Rwanda n’est pas un État religieux et que les organisations confessionnelles, comme toute autre structure civile, doivent s’inscrire dans le cadre légal. Depuis mars 2025, les églises sont également tenues de présenter au moins 1 000 signatures de fidèles pour obtenir ou renouveler leur licence, une disposition qui a suscité des réserves parmi les petites communautés religieuses. Pour certains observateurs, cette régulation reflète la volonté de l’État de maintenir un contrôle étroit sur l’espace public et de prévenir l’émergence de structures influentes échappant à la supervision administrative. D’autres soulignent que la question religieuse demeure sensible dans un pays où le génocide de 1994 a profondément marqué les consciences, y compris au sein des institutions ecclésiastiques. Selon le recensement de 2024, environ 93 % des Rwandais se déclarent chrétiens. La foi a joué un rôle important dans les processus de reconstruction et de résilience après le génocide, ce que reconnaissent plusieurs universitaires rwandais. Toutefois, certains estiment que la multiplication des lieux de culte pose des enjeux d’aménagement du territoire et de cohérence des politiques publiques. La fermeture de la Grace Room Ministry aurait été motivée, selon les autorités, par l’absence répétée de rapports d’activités et financiers requis par la loi. Sa responsable n’a pas réagi publiquement à cette décision. Entre encadrement administratif et liberté de culte, la politique rwandaise interroge l’équilibre recherché par l’État entre stabilité institutionnelle, développement et pluralisme religieux.

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