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Avec 310 milliards d’euros d’emprunts prévus en 2026, la France franchit un seuil critique.

310 milliards d’euros : la dette française, nouveau front géoéconomique et stratégique

Avec 310 milliards d’euros d’emprunts prévus en 2026, la France franchit un seuil critique. La France s’apprête à lever 310 milliards d’euros sur les marchés en 2026, un montant inédit qui dépasse largement la seule problématique budgétaire. À ce niveau, la dette devient un objet de puissance, un facteur de vulnérabilité stratégique et un marqueur du repositionnement français dans un environnement international de plus en plus conflictuel. Sur le plan géoéconomique, ce volume d’endettement place Paris dans une compétition directe avec les grandes économies avancées pour l’accès au capital. Dans un contexte de taux durablement élevés et de fragmentation financière mondiale, la soutenabilité de la dette française dépend désormais autant de la confiance des marchés que de la crédibilité politique. Chaque émission obligataire devient un test de réputation macroéconomique, observé par les investisseurs souverains, les fonds asiatiques et les banques centrales étrangères. La dette devient également un enjeu géopolitique. La France, puissance diplomatique et militaire, voit sa marge de manœuvre contrainte par la nécessité de rassurer ses créanciers. Cette dépendance financière pèse indirectement sur ses positions internationales, qu’il s’agisse du financement de l’effort de défense, de sa posture dans les crises internationales ou de sa capacité à maintenir une autonomie stratégique européenne face aux États-Unis et à la Chine. Sur le plan géostratégique, l’endettement massif intervient alors que Paris doit simultanément financer la transition énergétique, la réindustrialisation, le réarmement militaire et la cohésion sociale. L’arbitrage entre dépenses civiles, militaires et industrielles devient un exercice de haute stratégie, où chaque euro engagé traduit une hiérarchie implicite des priorités nationales. Du point de vue de l’intelligence économique, la dette française constitue aussi une surface d’exposition. Les données budgétaires, les trajectoires d’emprunt et la dépendance aux investisseurs étrangers alimentent les analyses stratégiques des puissances concurrentes. La perception d’un affaiblissement financier peut devenir un levier d’influence, voire de pression, dans les négociations commerciales, industrielles ou diplomatiques. L’impact se fait sentir jusque dans la politique d’aide publique au développement. La France, acteur historique de l’APD, notamment en Afrique, se trouve confrontée à un dilemme : maintenir son engagement financier pour préserver son influence ou réduire ses enveloppes sous contrainte budgétaire, au risque de laisser le champ libre à d’autres puissances, Chine, Russie ou pays du Golfe. Dans plusieurs États africains, la baisse ou la réorientation de l’aide française est déjà perçue comme un signal politique autant que financier. À 310 milliards d’euros, la dette française n’est plus seulement un instrument de financement. Elle devient un front stratégique, où se jouent la crédibilité internationale, l’autonomie de décision et la place de la France dans la recomposition des équilibres mondiaux.

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Réélu avec 76,15 %, le président centrafricain s’appuie sur les gains sécuritaires et un réalignement stratégique vers la Russie pour inscrire son troisième mandat dans la durée.

Centrafrique : Touadéra consolide le pouvoir, Moscou consolide l’influence

Réélu avec 76,15 %, le président centrafricain s’appuie sur les gains sécuritaires et un réalignement stratégique vers la Russie pour inscrire son troisième mandat dans la durée. Une victoire sans surprise pour le président sortant, au pouvoir depuis 2016, mais lourde d’enjeux politiques, sécuritaires et géostratégiques pour ce pays enclavé au cœur de l’Afrique centrale. Ce scrutin s’inscrit dans un cadre institutionnel profondément remanié. Le référendum constitutionnel de 2023 a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels et porté leur durée à sept ans, ouvrant la voie à cette nouvelle candidature. À 68 ans, l’ancien professeur de mathématiques consolide ainsi un pouvoir déjà fortement centralisé. La sécurité comme socle de légitimation La campagne de Faustin-Archange Touadéra a été largement construite autour du thème de la restauration de la sécurité, un argument décisif dans un pays marqué par plus d’une décennie de conflits armés. Le chef de l’État met en avant la reconquête de vastes territoires auparavant contrôlés par des groupes rebelles et la signature d’accords de paix locaux. Ces résultats sont étroitement liés à ses alliances sécuritaires non conventionnelles, notamment avec des contractants russes issus de la restructuration du groupe Wagner, ainsi qu’avec des forces rwandaises déployées en appui à l’armée centrafricaine. Cette architecture sécuritaire hybride a profondément modifié l’équilibre des forces sur le terrain, marginalisant les groupes armés les plus structurés. Une recomposition géostratégique assumée Au-delà de la sécurité intérieure, la réélection de Touadéra consacre le basculement stratégique de Bangui vers de nouveaux partenaires. La Russie s’est imposée comme un acteur central en RCA, renforçant son influence dans un pays doté de ressources stratégiques majeures : or, diamants, lithium et uranium. Cet accès privilégié aux ressources minières confère à Moscou un levier géoéconomique dans une région où les puissances occidentales ont vu leur présence se réduire. Pour la Centrafrique, ce partenariat est présenté par le pouvoir comme un échange pragmatique : sécurité et soutien politique contre concessions économiques. Une légitimité électorale contestée Sur le plan politique, le scrutin s’est déroulé globalement dans le calme, selon les observateurs internationaux, notamment l’Union africaine et la MINUSCA, malgré une insécurité persistante dans certaines zones de l’est du pays. Toutefois, cette apparente stabilité masque des fractures démocratiques profondes. La principale coalition d’opposition, le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), a boycotté l’élection, dénonçant un processus jugé inéquitable. D’autres figures de l’opposition, dont Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra, ont évoqué des restrictions de campagne et des entraves aux déplacements en province. Perspectives régionales et enjeux à venir À court terme, la validation des résultats par la Cour constitutionnelle, attendue d’ici le 20 janvier, sera déterminante pour la stabilité politique. À moyen terme, le défi pour Touadéra consistera à transformer les gains sécuritaires en reprise économique durable, dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde. La Centrafrique apparaît plus que jamais comme un laboratoire géopolitique en Afrique centrale, où s’entremêlent enjeux de souveraineté, compétition des puissances et quête de stabilité. La reconduction de Touadéra prolonge cette trajectoire singulière, au prix d’un isolement diplomatique relatif vis-à-vis de certains partenaires traditionnels, mais avec l’ambition affichée d’un État enfin pacifié.

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L’intelligence artificielle pourrait générer près de 1.000 milliards de dollars de valeur ajoutée pour l’économie africaine d’ici 2035.

Intelligence artificielle en Afrique centrale : le Cameroun au cœur d’un levier stratégique de transformation économique

L’intelligence artificielle pourrait générer près de 1.000 milliards de dollars de valeur ajoutée pour l’économie africaine d’ici 2035. Mais cette projection continentale masque de fortes disparités régionales. En Afrique centrale, et particulièrement au Cameroun, l’IA apparaît moins comme une rupture technologique que comme un outil de rattrapage structurel, capable d’amplifier des dynamiques économiques existantes et de corriger des fragilités chroniques. Selon le rapport Africa’s AI Productivity Gain de la Banque africaine de développement (BAD), près de 58 % des gains attendus se concentreraient dans cinq secteurs clés : agriculture, commerce, industrie, finance et santé. Ces secteurs correspondent précisément aux piliers productifs du Cameroun et de la sous-région CEMAC, ce qui confère au pays une position centrale dans la trajectoire régionale de l’IA. Le Cameroun, nœud économique et numérique de l’Afrique centrale Avec son poids démographique, la diversité de son économie et son rôle de plateforme logistique et financière en Afrique centrale, le Cameroun se distingue comme le principal point d’entrée des gains de productivité liés à l’IA dans la sous-région. Les infrastructures numériques relativement plus développées que dans les pays voisins, la montée en puissance des services mobiles et la centralité de Douala dans les flux commerciaux régionaux renforcent cette position. Dans ce contexte, l’IA ne constitue pas une innovation exogène, mais un levier d’optimisation des chaînes de valeur régionales, reliant agriculture, commerce, industrie et services. Agriculture : un multiplicateur de souveraineté alimentaire Avec près de 20 % des gains attendus à l’échelle africaine, l’agriculture est le principal réservoir de valeur ajoutée liée à l’IA. Pour le Cameroun et l’Afrique centrale, cet enjeu est stratégique. Le secteur agricole emploie encore une part majeure de la population active, tout en restant marqué par une faible productivité et une forte vulnérabilité climatique. L’intelligence artificielle intervient ici comme un outil de souveraineté alimentaire. L’exploitation des données climatiques, satellitaires et agronomiques permet d’anticiper les aléas, d’optimiser l’usage des intrants et de réduire des pertes post-récolte qui dépassent souvent 30 %, notamment dans les bassins de production enclavés. Au Cameroun, où coexistent agriculture vivrière, cultures de rente et agro-industrie, l’IA peut améliorer la coordination entre producteurs, transformateurs et marchés urbains, renforçant ainsi l’intégration régionale et la stabilité des revenus ruraux. Commerce : structurer l’informel et sécuriser les flux régionaux Le commerce de gros et de détail capterait 14 % des gains liés à l’IA, soit environ 140 milliards de dollars à l’échelle africaine. Cette projection trouve un écho direct au Cameroun, dont l’économie repose largement sur un commerce informel, mais structurant pour les échanges sous-régionaux. L’IA agit ici comme un outil de rationalisation et de formalisation progressive. En analysant les flux de ventes, les comportements de consommation et les circuits logistiques, elle permet d’optimiser les stocks, de sécuriser les approvisionnements et de réduire les coûts de transaction. Dans des villes comme Douala et Yaoundé, la généralisation des paiements numériques offre un socle opérationnel permettant à l’IA de renforcer la traçabilité des échanges et l’accès au crédit des micro-entrepreneurs, avec des effets directs sur la résilience économique urbaine. Industrie et transformation locale : un enjeu de compétitivité régionale Le secteur industriel représente 9 % des gains attendus, soit près de 90 milliards de dollars. Pour le Cameroun, qui ambitionne de renforcer la transformation locale de ses matières premières, l’IA constitue un instrument de compétitivité plutôt qu’un facteur de substitution de l’emploi. Maintenance prédictive, gestion intelligente de l’énergie, contrôle qualité automatisé et modélisation des chaînes de production permettent d’améliorer la fiabilité des équipements et de réduire les coûts opérationnels. Ces leviers sont essentiels dans un contexte où les industries camerounaises doivent composer avec des coûts logistiques élevés et des infrastructures énergétiques encore en transition. L’IA devient ainsi un accélérateur de l’industrialisation régionale, susceptible de renforcer la position du Cameroun comme hub manufacturier en Afrique centrale. Finance : inclusion et stabilité dans l’espace CEMAC Avec 8 % des gains attendus, la finance joue un rôle transversal dans la diffusion des effets de l’IA. Au Cameroun, où les services financiers mobiles se sont rapidement développés, l’IA permet d’exploiter des données alternatives pour élargir l’accès au crédit, en particulier pour les acteurs de l’économie informelle. Cette capacité à mieux évaluer le risque, en dehors des critères bancaires traditionnels, favorise l’inclusion financière et soutient la croissance des PME. À l’échelle de la CEMAC, elle contribue également à renforcer la stabilité financière régionale, en améliorant la détection de la fraude et la conformité réglementaire. Santé : un impact social et sécuritaire Le secteur de la santé représenterait 7 % des gains liés à l’IA, soit environ 70 milliards de dollars à l’échelle africaine. Pour le Cameroun et ses voisins, l’enjeu dépasse la seule dimension économique. L’IA permet d’optimiser la gestion des ressources médicales, d’améliorer le diagnostic et de renforcer la couverture sanitaire dans les zones rurales et transfrontalières. Dans une région marquée par des tensions sécuritaires et des flux de populations, l’amélioration des systèmes de santé contribue directement à la stabilité sociale et territoriale. Une opportunité stratégique conditionnée Pris ensemble, ces cinq secteurs concentrent près de 58 % des gains de productivité liés à l’IA, confirmant que la transformation numérique du Cameroun et de l’Afrique centrale passera par les fonctions économiques essentielles. Mais la Banque africaine de développement insiste sur un point clé : sans investissements massifs dans les infrastructures numériques, la formation des compétences et la gouvernance des données, ces gains resteront potentiels. Pour le Cameroun, l’IA n’est pas seulement un enjeu technologique, mais un choix stratégique de développement, de souveraineté économique et d’influence régionale.

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Discours d’autorité dans un monde en rupture, choix de continuité pour une nation debout. Stabilité interne, souveraineté économique et guerre de l’information : lecture géopolitique d’un discours de pouvoir.

Cameroun : Paul Biya, l’État, la stabilité et la responsabilité historique

Discours d’autorité dans un monde en rupture, choix de continuité pour une nation debout. Stabilité interne, souveraineté économique et guerre de l’information : lecture géopolitique. À travers son discours post-prestation de serment, le président du Cameroun, à la veille de la nouvelle année 2026, le président de la République Paul Biya ne s’est pas contenté d’un exercice rituel. Il a livré une déclaration de doctrine, révélatrice de la manière dont le pouvoir camerounais entend se repositionner dans un environnement national fragilisé, régional instable et international de plus en plus conflictuel. Derrière les appels à l’unité et à la stabilité, se dessine une stratégie de survie étatique à l’ère des rivalités de puissances, de la guerre informationnelle et de la compétition pour les ressources. 1. Plan national : la stabilité comme pilier de la sécurité de l’État Sur le plan interne, le discours repose sur un triptyque clair : continuité, autorité, cohésion. En revendiquant une victoire électorale « éclatante » et en qualifiant les contestations de fait de « soubresauts irresponsables », Paul Biya verrouille le récit de la légitimité institutionnelle. Il ne s’agit pas seulement de politique intérieure, mais de sécurisation du centre de gravité de l’État. L’insistance sur la lutte contre l’impunité, la violence verbale, le repli identitaire et les atteintes à l’autorité publique traduit une lecture sécuritaire de la société camerounaise. Le message est sans ambiguïté : la stabilité prime sur toute autre considération, y compris au prix d’un durcissement de la gouvernance. Dans un contexte africain marqué par les coups d’État, les soulèvements sociaux et les crises post-électorales, le Cameroun cherche à se positionner comme un îlot de continuité étatique, valeur stratégique en soi. 2. Économie et géoéconomie : souveraineté énergétique et contrôle des secteurs critiques Sur le plan économique, le discours est révélateur d’une inflexion majeure : la reprise de contrôle stratégique sur des secteurs jugés vitaux. La décision d’instruire la reprise de la société ENEO dépasse la simple réforme sectorielle. Elle s’inscrit dans une logique de souveraineté énergétique, devenue un enjeu géoéconomique central à l’échelle mondiale. L’accent mis sur le barrage de Nachtigal, les centrales solaires dans le Nord, les réseaux de transport d’électricité, montre une volonté de sécuriser l’appareil productif, d’attirer les investissements industriels et de réduire la vulnérabilité énergétique, facteur de dépendance extérieure. Le discours assume par ailleurs une orthodoxie macroéconomique : préservation des équilibres, maîtrise de l’inflation, discipline budgétaire, avec l’appui des partenaires internationaux. Le Cameroun se positionne ainsi comme un État fréquentable pour les bailleurs, dans une région perçue comme à haut risque. 3. Intelligence économique : maîtrise du récit et guerre de l’information L’un des aspects les plus significatifs du discours du président de la République réside dans la bataille narrative. En dénonçant les « marchands d’illusions », Paul Biya cherche à décrédibiliser les contre-discours, notamment ceux portés par l’opposition et certaines franges de la diaspora. Cette posture s’inscrit dans une logique d’intelligence économique et informationnelle : contrôle du récit national, délégitimation des narratifs concurrents, neutralisation de l’impact des réseaux sociaux et des campagnes transnationales. Le pouvoir camerounais a clairement intégré que la stabilité ne se joue plus uniquement sur le terrain, mais aussi dans l’espace cognitif, où se forgent les perceptions des partenaires étrangers, des investisseurs et des institutions internationales. 4. Dimension régionale : le Cameroun comme pilier de l’Afrique centrale Sur le plan régional, le discours est implicitement stratégique. Le Cameroun, entouré de zones de forte instabilité (RDC, Tchad, RCA, Nigeria), se présente comme un verrou géopolitique de l’Afrique centrale. La lutte contre le terrorisme à l’Extrême-Nord, la gestion du conflit anglophone et la prévention des troubles post-électoraux sont autant de dossiers surveillés par les puissances régionales et internationales. La stabilité camerounaise est perçue comme un bien public régional. Toute fragilisation majeure aurait des effets domino sur la CEMAC, les corridors commerciaux et les dispositifs sécuritaires transfrontaliers. 5. Volet international : rassurer les partenaires, contenir les pressions À l’échelle internationale, Paul Biya adresse un message clair aux bailleurs, aux partenaires stratégiques et aux grandes puissances : le Cameroun reste gouvernable, les réformes avancent, l’État tient, les institutions fonctionnent. L’insistance sur les réformes structurelles menées « avec l’appui des partenaires internationaux » vise à préserver la confiance, dans un contexte où l’Afrique est redevenue un champ de rivalités entre puissances occidentales, Chine et Russie. Le discours évite soigneusement toute rhétorique de rupture ou d’alignement exclusif. Il privilégie une diplomatie de l’équilibre, fidèle à la tradition camerounaise de non-alignement pragmatique. 6. Politique sociale et jeunesse : prévention stratégique du risque interne L’annonce d’une enveloppe de 50 milliards FCFA dédiée à l’emploi des jeunes n’est pas anodine. Elle répond à une lecture stratégique du risque : chômage, frustration sociale et jeunesse urbaine constituent aujourd’hui l’un des principaux facteurs de déstabilisation politique en Afrique. En ciblant les jeunes et les femmes, le pouvoir cherche à désamorcer les foyers potentiels de contestation, tout en projetant une image de modernisation sociale. Il s’agit moins d’une réforme sociale que d’un investissement dans la stabilité future. Un discours de fin de cycle ou de verrouillage stratégique Au final, ce discours apparaît comme celui d’un pouvoir conscient d’entrer dans une zone de turbulences historiques. Paul Biya ne promet pas de rupture, mais revendique la continuité comme valeur stratégique suprême. Face à un continent en ébullition et à un monde fragmenté, le Cameroun mise sur la stabilité, la maîtrise de l’information et la souveraineté sectorielle. Reste une question centrale, non résolue par le discours : jusqu’où cette stratégie de contrôle et de continuité peut-elle absorber les pressions sociales, générationnelles et géopolitiques sans se transformer en facteur de fragilité ? C’est là que se jouera, au-delà des mots, la véritable équation du pouvoir camerounais dans les années à venir.

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L’Afrique centrale, nouveau centre de gravité de la conflictualité mondiale

DOSSIER SPÉCIAL – AFRIQUE CENTRALE & GRANDES PUISSANCES

Ressources critiques, instabilités politiques et rivalités globales : anatomie d’un champ de bataille stratégique L’Afrique centrale, nouveau centre de gravité de la conflictualité mondiale En 2025, l’Afrique centrale n’est plus une périphérie des relations internationales. Elle est devenue un espace stratégique central, où se croisent enjeux énergétiques, sécuritaires, miniers, diplomatiques et informationnels. I. Une région au cœur des ressources stratégiques du XXIᵉ siècle De la République démocratique du Congo (RDC) au Cameroun, en passant par la Centrafrique, le Tchad et le bassin du Congo, la région concentre une combinaison explosive : abondance de ressources critiques, fragilité étatique chronique et pénétration accélérée des grandes puissances. Dans un monde marqué par la rivalité sino-occidentale, la guerre en Ukraine, la transition énergétique et la militarisation des chaînes d’approvisionnement, l’Afrique centrale s’impose comme un théâtre clé de la recomposition de l’ordre mondial. L’Afrique centrale détient une part décisive des ressources indispensables aux économies avancées : Ces ressources font de la région un pivot de la transition énergétique mondiale, tout en la condamnant à une instabilité structurelle. Comme le résume un analyste de la Banque mondiale : « Là où se concentrent les ressources critiques, la souveraineté devient fragile. » II. La Chine : puissance structurelle et partenaire incontournable La Chine est aujourd’hui l’acteur le plus enraciné en Afrique centrale. Leviers chinois : En RDC, plus de 60 % des actifs miniers industriels impliquant le cobalt et le cuivre sont liés à des entreprises chinoises. Pékin ne cherche pas l’influence médiatique, mais la sécurisation silencieuse de ses approvisionnements stratégiques. III. Les puissances occidentales : retour contraint et influence défensive États-Unis, France, Union européenne tentent de reconstruire une présence affaiblie, après deux décennies de recul relatif. Objectifs occidentaux : Mais leur approche reste marquée par une contradiction structurelle : discours normatif fort, capacité d’action limitée. En Afrique centrale, cette posture est souvent perçue comme intrusive ou sélective. IV. La Russie : influence asymétrique et stratégie de perturbation La Russie ne dispose pas des moyens économiques de la Chine, mais elle compense par une stratégie d’influence sécuritaire et informationnelle. Moscou exploite les failles étatiques et le ressentiment historique envers l’Occident pour se poser en allié politique de dernier recours, à coût relativement faible. V. Cameroun et Afrique centrale : stabilité apparente, vulnérabilité réelle ? Le Cameroun occupe une position charnière : pivot géographique, démographique et diplomatique de la région. Pourtant, la crise post-électorale de 2025, la pression sécuritaire (extrême-nord, zones anglophones) et la guerre informationnelle menée depuis la diaspora fragilisent cette centralité. Pour les grandes puissances, le Cameroun reste un acteur clé à stabiliser, car son basculement aurait un effet domino régional. « Quand le Cameroun vacille, c’est toute l’Afrique centrale qui tremble », confie un diplomate. VI. Guerre informationnelle et nouvelles lignes de front Au-delà des armes et des contrats miniers, l’Afrique centrale est désormais un champ de bataille informationnel : Cette dimension immatérielle est devenue centrale dans la stratégie des puissances, car elle conditionne l’acceptabilité internationale des régimes et des interventions. VII. Vers une reconfiguration géostratégique durable Trois tendances lourdes se dégagent : L’Afrique centrale, laboratoire du monde multipolaire L’Afrique centrale est aujourd’hui un condensé des tensions du XXIᵉ siècle : ressources critiques, États fragiles, puissances concurrentes, sociétés sous pression. Elle n’est ni marginale, ni passive. Elle est un laboratoire brut du monde multipolaire, où se joue une partie décisive de l’avenir géopolitique global. La question n’est plus de savoir si les grandes puissances s’y affrontent, mais qui contrôlera la valeur, la sécurité et le récit de cette région stratégique.

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L’année 2025 restera comme l’une des plus instables du continent africain depuis une décennie.

Afrique 2025 : une année de fractures politiques, de révoltes sociales et de recompositions géostratégiques

L’année 2025 restera comme l’une des plus instables du continent africain depuis une décennie. Coups d’État, crises post-électorales, conflits armés persistants, révoltes sociales urbaines et tensions diplomatiques ont dessiné une Afrique traversée par des lignes de fracture multiples. De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique australe, en passant par la Corne de l’Afrique et l’Afrique centrale, les dynamiques de pouvoir ont été profondément ébranlées. Derrière la diversité des situations nationales, un même fil conducteur se dessine : l’érosion de la légitimité politique, la montée des revendications sociales et la centralité accrue des enjeux sécuritaires et géoéconomiques. Le retour du risque putschiste en Afrique de l’Ouest Bénin : le choc d’un coup d’État avorté Le 7 décembre 2025, le Bénin — longtemps présenté comme un îlot de stabilité démocratique — a été confronté à une tentative de coup d’État menée par un groupe se revendiquant du « Comité militaire de refondation ». Rapidement déjouée, l’opération a néanmoins révélé des fractures au sein de l’appareil sécuritaire. Le président Patrice Talon a sollicité un appui militaire du Nigeria, qui a déployé des moyens aériens et terrestres autour des positions des putschistes. Cet épisode marque un tournant : la sécurité du Bénin est désormais perçue comme un enjeu régional, dans un contexte de contagion des coups d’État sahéliens vers les États côtiers. Guinée-Bissau : l’instabilité chronique confirmée À l’inverse, le 26 novembre, la Guinée-Bissau a basculé. Un groupe militaire dirigé par Denis N’Canha a pris le pouvoir, suspendu le processus électoral et fermé les frontières. Le putsch est intervenu dans un climat de contestation post-électorale, après une présidentielle dont les résultats étaient fortement disputés. Ce nouvel épisode confirme le statut de la Guinée-Bissau comme État failli structurel, vulnérable aux interférences militaires et aux économies criminelles, avec des implications directes pour la sécurité maritime et régionale en Afrique de l’Ouest. Élections sous tension et crises de légitimité Tanzanie : la rue contre les urnes verrouillées Les élections générales du 29 octobre ont été marquées par l’exclusion de plusieurs figures de l’opposition. Les manifestations parties de Dar es Salaam se sont rapidement étendues au reste du pays. En réponse, le pouvoir a imposé un couvre-feu, restreint l’accès à Internet et déployé l’armée. Cette séquence illustre une tendance continentale : la militarisation de la gestion des crises électorales, au détriment des mécanismes civils de médiation. Cameroun : une crise post-électorale à haute intensité politique Au Cameroun, la présidentielle du 12 octobre et la proclamation contestée de la victoire de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, ont déclenché une crise politique majeure. Des manifestations ont éclaté à Yaoundé, Douala et dans plusieurs villes secondaires. Cette crise s’inscrit dans une double fragilité : vieillissement du leadership politique et pression croissante d’une population jeune, urbaine et connectée, renforcée par l’activisme de la diaspora. Armées arbitres du pouvoir : Madagascar, un basculement de plus À Madagascar, une contestation sociale née des coupures d’électricité et d’eau s’est transformée en soulèvement national. Après plusieurs semaines d’affrontements — 22 morts et des centaines de blessés — une partie de l’armée a basculé du côté des manifestants. Le 14 octobre, un régiment dirigé par le colonel Michael Randrianirina a annoncé la prise de pouvoir, après le départ d’Andry Rajoelina. L’événement confirme le rôle central des forces armées comme ultime arbitre politique dans plusieurs États africains fragilisés. Conflits armés : l’Afrique centrale et la Corne sous pression RDC : l’Est toujours hors de contrôle En République démocratique du Congo, l’année 2025 a été marquée par l’intensification des combats dans le Nord et le Sud-Kivu. Le groupe M23 a renforcé ses positions, provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes. La crise congolaise reste un conflit régionalisé, mêlant enjeux sécuritaires, rivalités étatiques et contrôle des ressources stratégiques (coltan, or, cobalt), avec un impact direct sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Soudan : la spirale de la violence Au Soudan, les affrontements entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) se sont poursuivis. Le 26 octobre, la prise de contrôle totale d’El-Fasher par les FSR a marqué une étape dramatique du conflit. Les images de massacres diffusées sur les réseaux sociaux ont renforcé l’isolement diplomatique du pays et souligné l’impuissance de la communauté internationale face à une guerre civile à fragmentation rapide. Révoltes sociales et crise du coût de la vie Angola : la rue contre les réformes économiques À Luanda, la hausse brutale du prix du diesel a déclenché, fin juillet, des manifestations meurtrières. Les grèves des chauffeurs de taxis et de bus ont paralysé la capitale. Le bilan officiel fait état de 30 morts et 277 blessés. Cette crise illustre un dilemme continental : réformes économiques sous contrainte budgétaire contre acceptabilité sociale fragile. Kenya : jeunesse, colère et répression En juin, le Kenya a été secoué par des manifestations massives contre le coût de la vie, le chômage et la corruption. La réponse sécuritaire — balles réelles et arrestations — a fait des dizaines de morts. Le Kenya, pourtant pilier de stabilité en Afrique de l’Est, montre les signes d’une fatigue sociale profonde, notamment chez les jeunes urbains. Afrique du Sud – États-Unis : une tension diplomatique inédite La réforme agraire sud-africaine a provoqué une crise diplomatique majeure avec les États-Unis. Donald Trump a accusé Pretoria de « génocide contre les blancs », suspendu l’aide américaine et boycotté le G20 de Johannesburg. Au-delà de la polémique, cet épisode révèle une fracture idéologique et géopolitique croissante entre l’Afrique du Sud et certains cercles politiques occidentaux, dans un contexte de recomposition des alliances globales. Une année charnière pour le continent Les décès d’anciens dirigeants emblématiques — Edgar Lungu en Zambie et Muhammadu Buhari au Nigeria — symbolisent la fin progressive d’une génération politique, alors que les transitions restent incertaines. En 2025, l’Afrique apparaît à la croisée des chemins : Plus qu’une succession de crises nationales, 2025 révèle une reconfiguration systémique du pouvoir en Afrique, dont les effets se feront sentir bien au-delà du continent.

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Paul Biya et la diaspora camerounaise : entre ressource stratégique, défi politique et champ de bataille géostratégique.

Paul Biya et sa diaspora : entre ressource stratégique, défi politique et champ de bataille géostratégique.

Depuis plus de quatre décennies, le président Paul Biya gouverne le Cameroun en s’appuyant sur une architecture de pouvoir fondée sur la stabilité, la continuité de l’État et la maîtrise des équilibres internes et externes. Longtemps périphérique dans cette équation, la diaspora camerounaise s’est progressivement imposée comme un acteur central, à la fois ressource économique majeure, force d’influence internationale et foyer de contestation politique transnationale, avec un impact désormais géostratégique. Une diaspora comme levier géopolitique et économique Estimée à environ 5 millions de personnes, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) – certainement le double, la diaspora camerounaise est principalement présente en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique centrale. Ses transferts financiers vers le Cameroun dépassent 400 milliards de FCFA par an, représentant environ 1,5 % du PIB, selon la Banque mondiale. Mais son influence dépasse le simple cadre économique. La diaspora agit comme un pont stratégique entre Yaoundé et ses partenaires internationaux : lobbying auprès des institutions européennes et américaines, sensibilisation des bailleurs de fonds et mobilisation médiatique sur les enjeux de sécurité et de gouvernance. Comme le souligne un analyste de l’Institut français des relations internationales : « La diaspora camerounaise est un vecteur de soft power transnational ; elle transforme des enjeux nationaux en questions régionales et internationales ». Dans ce contexte, le président Paul Biya doit composer avec une population expatriée capable de redéfinir les perceptions du Cameroun sur le plan diplomatique, y compris vis-à-vis de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), de l’Union africaine et des partenaires bilatéraux stratégiques comme la France, les États-Unis et la Chine. Entre séduction institutionnelle et prudence stratégique Le pouvoir camerounais valorise le « patriotisme économique » de la diaspora et encourage son investissement dans des secteurs stratégiques : énergie, télécommunications, infrastructures et innovation numérique. Mais derrière cette reconnaissance se cache une méfiance structurelle : les Camerounais de l’étranger sont perçus comme plus politisés, mieux informés et moins contrôlables que les acteurs internes. Cette ambivalence se traduit par des politiques inachevées : faible représentation institutionnelle, absence de vote effectif lors des élections nationales et lourdeurs administratives pour l’investissement. La diaspora devient alors un acteur politique à double tranchant, capable de renforcer ou de fragiliser la position internationale du Cameroun. Une opposition extérieure à portée géostratégique Une partie de la diaspora camerounaise est devenue un centre nerveux de l’opposition politique et médiatique, avec des ramifications qui transcendent les frontières. Certaines organisations orchestrent des campagnes de communication et de lobbying ciblant des parlements, des ONG et des institutions internationales. Ces actions transforment la diaspora en levier géopolitique : elles mettent sous pression le gouvernement camerounais sur les dossiers sensibles – crise anglophone, droits humains, élections – et influencent la perception de Yaoundé dans les forums régionaux et internationaux. Un diplomate basé à Bruxelles résume sous-anonymat : « La diaspora camerounaise est devenue un acteur stratégique capable de déplacer le débat interne sur l’échiquier international, avec des implications directes pour la stabilité régionale ». Dérives radicales et défis sécuritaires Parallèlement, une frange radicalisée – parfois désignée comme la « diaspora de rupture » – a recours à des actions violentes ou spectaculaires : dégradations de représentations diplomatiques, attaques symboliques contre des bâtiments publics, intimidations de responsables officiels en déplacement à l’étranger. Ces actes alimentent une perception négative globale, renforcent la rhétorique sécuritaire du régime et compliquent les relations diplomatiques avec des États d’accueil. Sur le plan géostratégique, ces dérives peuvent affaiblir la capacité de la diaspora à servir de pont avec des partenaires stratégiques, tout en légitimant l’argumentaire de Yaoundé pour contrôler ses ressortissants à l’extérieur. Un champ de bataille informationnel transnational Les réseaux sociaux et plateformes numériques font de la diaspora un terrain stratégique de guerre de l’information. Chaque incident, chaque mobilisation, chaque campagne de communication devient une bataille narrative, susceptible d’influencer la perception des partenaires régionaux, des investisseurs et des institutions multilatérales. Dans ce contexte, la diplomatie camerounaise doit gérer simultanément la sécurité intérieure, l’image internationale et la communication stratégique, sous peine de voir la diaspora exporter la crise nationale vers des sphères régionales et internationales. La séquence post-électorale comme révélateur géostratégique Dans les périodes post-électorales, une certaine diaspora, jamais force de propositions, agit comme caisse de résonance des fractures internes, amplifiant la polarisation politique et l’exposition internationale du Cameroun. Elle devient alors un acteur de stabilisation ou de déstabilisation régionale, avec un impact potentiel sur les relations avec la CEEAC, l’Union africaine et les partenaires bilatéraux. Un expert en géopolitique africaine souligne : « La diaspora camerounaise est un test grandeur nature de la capacité du régime à projeter son autorité et son image au-delà de ses frontières ». Le symptôme d’une fin de cycle politique et stratégique Au fond, la relation entre Paul Biya et la diaspora camerounaise illustre les tensions d’un système politique confronté à la mondialisation des opinions, à la mobilité des citoyens et à l’érosion du contrôle étatique sur l’information. Cette faction de la diaspora incarne cette fracture entre un pouvoir enraciné dans la durée et une population transnationale, connectée, exigeante et attentive aux normes internationales. Qu’elle soit perçue comme ressource stratégique ou facteur de déstabilisation, cela dépendra moins de son existence que de la capacité du régime à intégrer ces acteurs, notamment la partie travailleuse, plutôt silencieuse, moins bruyante de la diaspora dans une stratégie de soft power, d’influence régionale et de gestion de crise transnationale. A cet égard, la diaspora camerounaise apparaît comme un indicateur clé des limites et des marges de manœuvre du pouvoir de Paul Biya à l’ère géostratégique globale.

Paul Biya et sa diaspora : entre ressource stratégique, défi politique et champ de bataille géostratégique. Read More »

À compter du 1er janvier 2026, le Cameroun franchira un cap décisif dans la régulation de l’économie numérique.

Cameroun : la taxe numérique entre souveraineté fiscale, intégration régionale et bras de fer géoéconomique

À compter du 1er janvier 2026, le Cameroun franchira un cap décisif dans la régulation de l’économie numérique. Toutes les plateformes en ligne réalisant des affaires sur son territoire sans y disposer d’un établissement physique seront désormais assujetties à l’Impôt sur les sociétés (IS), au taux minimum de 3 % du chiffre d’affaires réalisé localement. Une mesure inscrite dans la loi de finances 2026, révélée par la Direction générale des impôts (DGI), qui marque un tournant stratégique en matière de souveraineté fiscale et de sécurité économique. Une riposte fiscale à l’économie sans frontières Concrètement, les entreprises numériques concernées basculeront vers le régime de droit commun — avec un IS à 30 % du bénéfice réel — dès lors qu’elles atteignent l’un des deux seuils fixés par l’administration : disposer d’un réseau d’au moins 1 000 consommateurs au Cameroun ou réaliser un chiffre d’affaires annuel hors taxe d’au moins 50 millions de FCFA. L’enregistrement, les déclarations et les paiements fiscaux s’effectueront via une plateforme numérique dédiée de la DGI, traduisant une volonté de modernisation administrative et de traçabilité des flux. Pour l’État camerounais, l’objectif est clairement assumé : capturer la valeur créée localement par des acteurs globaux, restaurer l’équité fiscale avec les entreprises nationales et élargir durablement l’assiette des recettes publiques. Un choix aligné sur l’OCDE, mais ancré dans une logique africaine La réforme camerounaise s’inscrit dans le sillage des recommandations de l’OCDE, qui promeut une imposition minimale mondiale de 15 % des bénéfices des multinationales, afin de répondre aux défis posés par la dématérialisation de l’économie. Mais au-delà de l’alignement normatif, Yaoundé adopte une lecture résolument stratégique : le numérique est devenu un levier budgétaire clé dans un contexte de pressions financières croissantes, marqué par l’endettement, la croissance démographique et les besoins massifs en infrastructures. À l’échelle régionale, cette décision pourrait faire figure de précédent structurant. Dans une sous-région CEMAC encore fragmentée fiscalement, le Cameroun — première économie de la zone — envoie un signal fort. À terme, cette taxation pourrait nourrir une réflexion plus large sur l’harmonisation des politiques fiscales numériques en Afrique centrale, afin d’éviter l’optimisation agressive et la concurrence fiscale entre États voisins. Le numérique, nouvelle frontière de la rente fiscale Cette réforme n’est pas isolée. Depuis cinq ans, le Cameroun a progressivement verrouillé les failles fiscales du numérique. La TVA sur le commerce en ligne est effective depuis 2021, les droits de douane sur les marchandises issues de l’e-commerce depuis 2023, et une taxe sur les transferts d’argent électronique a été instaurée en 2022, avec un objectif de 20 milliards FCFA de recettes annuelles. Depuis 2024, un taux allégé de 5 % du BNC s’applique aux revenus générés par les particuliers via les plateformes numériques, couvrant l’économie collaborative, la vente de biens et la fourniture de services. Résultat : le numérique s’impose désormais comme une véritable niche fiscale, mais aussi comme un champ stratégique de régulation économique. Enjeux régionaux et risques géopolitiques Cette montée en puissance fiscale n’est pas sans risques. Certaines plateformes internationales pourraient revoir leur présence ou répercuter la charge fiscale sur les consommateurs locaux. À l’échelle régionale, l’absence de coordination pourrait aussi créer des distorsions entre pays de la CEMAC ou de la CEDEAO, dans un contexte où les services numériques traversent les frontières sans entraves. Mais pour Yaoundé, le choix est clair : ne pas taxer, c’est subir. À l’heure où l’Afrique cherche à renforcer son autonomie économique, la fiscalité du numérique devient un outil de souveraineté, de sécurité budgétaire et d’intégration régionale. Le Cameroun assume ainsi un positionnement de pionnier, quitte à ouvrir un nouveau front dans la relation avec les géants du digital. Derrière la réforme fiscale, se dessine une bataille plus large : celle du contrôle de la valeur, de la donnée et de la richesse dans une Afrique connectée mais encore largement dépendante.

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Brice Oligui Nguema a insisté sur la nécessité d’un passage de relais rigoureux et professionnel entre ministres sortants et entrants.

Gabon : Oligui Nguema prépare un tournant exécutif et resserre les lignes de la transition

À l’issue du Conseil des ministres tenu ce lundi 29 décembre au Palais du Bord de mer, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a confirmé l’imminence de la formation d’un nouveau gouvernement, signalant une phase de recentrage stratégique de l’exécutif gabonais. Dans une déclaration solennelle, le chef de l’État a salué l’« engagement », la « disponibilité » et le « sens élevé de l’État » des membres du gouvernement sortant, soulignant le rôle qu’ils ont joué dans une période qualifiée de charnière pour la refondation de l’action publique. Cet hommage, loin d’être protocolaire, marque la clôture d’un premier cycle de la Transition ouverte après le changement de régime. Un remaniement à forte portée politique L’annonce de la mise en place d’un nouveau gouvernement « dans les tout prochains jours » ouvre une séquence décisive. Elle traduit la volonté du chef de l’État de réajuster l’architecture gouvernementale afin de gagner en efficacité, en cohérence et en lisibilité politique, à mesure que la Transition avance vers ses échéances clés. Ce remaniement est également perçu comme un test de crédibilité interne et externe, tant les attentes restent fortes sur les réformes économiques, la gouvernance publique, la lutte contre les pratiques héritées de l’ancien système et la restauration de la confiance avec les partenaires internationaux. Rigueur, méthode et continuité de l’État Brice Oligui Nguema a insisté sur la nécessité d’un passage de relais rigoureux et professionnel entre ministres sortants et entrants. Le président a rappelé les principes qui devront encadrer cette transition administrative : loyauté républicaine, discrétion, responsabilité et respect strict de la continuité de l’État. Ce message s’adresse autant à l’appareil administratif qu’à la classe politique : la Transition ne saurait être synonyme d’improvisation ou de rupture institutionnelle. Au contraire, elle se veut ordonnée, maîtrisée et conforme aux standards de bonne gouvernance, condition indispensable pour stabiliser l’action publique et sécuriser les politiques prioritaires. Une Transition sous surveillance Alors que le Gabon demeure sous le regard attentif des organisations régionales, des bailleurs internationaux et de l’opinion nationale, la recomposition de l’équipe gouvernementale constituera un indicateur clé de la trajectoire choisie par le pouvoir de transition. Plus qu’un simple remaniement, cette annonce dessine les contours d’un nouvel acte politique, dans lequel le président Oligui Nguema entend imprimer son tempo, renforcer l’autorité de l’État et consolider les bases d’une gouvernance qu’il veut à la fois efficace, crédible et durable. Les prochains jours diront si ce nouveau gouvernement incarnera une rupture réelle ou un ajustement tactique dans la conduite de la Transition gabonaise.

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La reconnaissance unilatérale du Somaliland par Israël marque bien plus qu’un simple geste diplomatique.

Somaliland : le coup géopolitique d’Israël qui rebat les cartes en Afrique et au Moyen-Orient

La reconnaissance unilatérale du Somaliland par Israël marque bien plus qu’un simple geste diplomatique. Elle constitue un acte géostratégique majeur, aux répercussions profondes sur la sécurité régionale, les équilibres africains, la gouvernance internationale et les rivalités de puissance autour des routes maritimes mondiales. En devenant le premier État à reconnaître officiellement le Somaliland comme entité souveraine, Israël a volontairement franchi une ligne rouge diplomatique, déclenchant une onde de choc au Conseil de sécurité de l’ONU et une condamnation quasi unanime de l’Union africaine, de la Ligue arabe et de plusieurs puissances régionales. Un précédent explosif pour l’Afrique Pour l’Afrique, l’enjeu est fondamental. La décision israélienne ravive le spectre de la fragmentation étatique, dans un continent déjà marqué par des tensions sécessionnistes latentes, du Sahel à la Corne de l’Afrique. L’Union africaine, historiquement attachée au principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, redoute un dangereux précédent susceptible d’encourager d’autres revendications autonomistes. La Somalie, État fragile en reconstruction depuis plus de trente ans, voit sa souveraineté directement contestée. À Mogadiscio, cette reconnaissance est perçue comme une atteinte stratégique majeure, susceptible de fragiliser davantage l’autorité fédérale et de nourrir le narratif des groupes terroristes, notamment Al-Chabab, qui prospèrent sur les fractures politiques et identitaires. Le golfe d’Aden au cœur du calcul stratégique Le Somaliland n’est pas un territoire comme un autre. Situé sur le golfe d’Aden, à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb, il surplombe l’un des corridors maritimes les plus stratégiques au monde, par lequel transite près de 12 % du commerce mondial et une part significative des flux énergétiques reliant l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient. Dans ce contexte, la reconnaissance israélienne apparaît comme un mouvement d’anticipation stratégique, visant à sécuriser des points d’appui dans une zone devenue centrale depuis les crises en mer Rouge, les attaques contre le trafic maritime et la montée des rivalités navales impliquant l’Iran, les États-Unis et leurs alliés. Intelligence économique et diplomatie transactionnelle Sur le plan géoéconomique, le Somaliland offre un terrain encore peu exploité, mais à fort potentiel : ports, logistique, sécurité maritime, infrastructures, données stratégiques. En s’ouvrant à Israël, les autorités de Hargeisa misent sur un partenariat technologique et sécuritaire, notamment dans les domaines de la cybersécurité, du renseignement et des infrastructures critiques. Cette reconnaissance s’inscrit également dans une logique de diplomatie transactionnelle, où la légitimité politique s’échange contre des alliances stratégiques. En retour, Israël consolide son réseau de partenaires non arabes dans la région, à l’image de sa stratégie menée depuis les accords d’Abraham. Une fracture Nord-Sud et un défi au multilatéralisme Au Conseil de sécurité, la réunion d’urgence n’a fait que confirmer une tendance lourde : l’érosion du consensus multilatéral. Tandis que l’ONU réaffirme son attachement à l’unité somalienne, sa capacité à contraindre ou dissuader les décisions unilatérales apparaît limitée. Pour de nombreux pays africains et du Sud global, cette affaire illustre une application à géométrie variable du droit international, alimentant un sentiment de défiance vis-à-vis des grandes puissances et de l’ordre international libéral. Enjeux géoculturels et bataille des récits Au-delà des États, la bataille se joue aussi sur le terrain symbolique. Le Somaliland met en avant son modèle de stabilité relative, ses élections, ses institutions et son identité politique distincte, cherchant à construire un récit de légitimité étatique face à une Somalie perçue comme chroniquement instable. Cette dynamique pose une question centrale pour l’Afrique : la reconnaissance internationale doit-elle primer sur l’efficacité institutionnelle ou sur la légalité territoriale ? Un tournant aux conséquences durables À court terme, la reconnaissance du Somaliland par Israël accentue les tensions diplomatiques. À moyen et long terme, elle pourrait redessiner les alliances en Afrique de l’Est, renforcer la militarisation du golfe d’Aden et accroître la compétition entre puissances pour le contrôle des points névralgiques du commerce mondial. Plus qu’un simple geste politique, cette décision s’impose comme un signal stratégique fort, révélateur d’un monde où les rapports de force, les intérêts économiques et la sécurité priment de plus en plus sur les principes, et où l’Afrique se retrouve, une fois encore, au cœur des recompositions géopolitiques globales.

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