Uncategorized

L’annonce, le 17 février, par l’Union européenne de plus de 80 millions d’euros d’aide humanitaire confirme l’ampleur régionale de la crise.

Grands Lacs : l’épicentre stratégique qui redessine l’Afrique centrale

De l’est de la RDC aux capitales régionales, une crise systémique aux implications géopolitiques continentales. L’est de la République démocratique du Congo (RDC) n’est plus seulement une crise nationale : il est devenu le baromètre sécuritaire et stratégique de toute la région des Grands Lacs. Frontalier du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, cet espace riche en coltan, cobalt et or constitue un carrefour où se croisent intérêts économiques mondiaux, rivalités régionales et enjeux de souveraineté. L’annonce, le 17 février, par l’Union européenne de plus de 80 millions d’euros d’aide humanitaire confirme l’ampleur régionale de la crise. Sur ce montant, 68 millions sont destinés à la RDC et 13,2 millions aux pays voisins pour la gestion des réfugiés et la préparation aux catastrophes. Plus de 21 millions de Congolais nécessitent une assistance et 28 millions souffrent d’insécurité alimentaire, des chiffres qui exercent une pression directe sur les États frontaliers. La résurgence du Mouvement du 23 mars (M23) depuis 2021 a transformé l’équation sécuritaire régionale. La prise de Goma et Bukavu en 2025 a modifié les équilibres militaires et ravivé les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali. L’implication présumée du Rwanda, les inquiétudes sécuritaires de l’Ouganda et l’afflux de réfugiés vers le Burundi créent un effet domino susceptible de déstabiliser durablement l’Afrique centrale et orientale. Géoéconomiquement, les minerais stratégiques des Kivu alimentent les chaînes de valeur mondiales liées aux technologies vertes et numériques. Le contrôle des corridors miniers devient ainsi un instrument d’influence dans la compétition internationale pour les ressources critiques. Cette dimension attire l’attention de puissances extérieures et renforce la militarisation des zones d’extraction. Diplomatiquement, la médiation de l’Angola, les accords signés à Doha et à Washington illustrent une volonté de désescalade. Toutefois, l’absence d’architecture régionale de sécurité pleinement intégrée limite leur efficacité. Au-delà de la RDC, c’est la stabilité de toute la région des Grands Lacs qui est en jeu. Sans coopération sécuritaire renforcée, gouvernance transparente des ressources et investissements structurants, la crise congolaise continuera d’alimenter un cycle régional de tensions, redessinant les rapports de force africains pour la prochaine décennie.

Grands Lacs : l’épicentre stratégique qui redessine l’Afrique centrale Read More »

Centrafrique : Faustin-Archange Touadéra, l’équilibriste du cœur de l’Afrique

À l’approche de la présidentielle du 28 décembre, le chef de l’État centrafricain affirme sa confiance en une victoire, tout en tentant de maintenir l’équilibre entre Paris et Moscou, dans un contexte régional marqué par la montée des tensions et l’instabilité du Soudan au Tchad. À quelques semaines du scrutin du 28 décembre, Faustin-Archange Touadéra aborde la campagne avec assurance. Dans un entretien à France 24, le président centrafricain déclare avoir « confiance » en sa réélection, évoquant les progrès du désarmement et la « stabilisation progressive » du pays. Onze des quatorze groupes armés ont accepté de déposer les armes », assure-t-il, citant les discussions en cours avec le MPC d’Al-Khatib, encore actif dans le nord du pays. Élu en 2016 et réélu en 2020, Faustin Touadéra met en avant la réconciliation et la reconstruction comme piliers de son bilan. Mais sur le terrain, la situation reste fragile. Selon les Nations unies, près de 60 % du territoire demeure sous l’influence de groupes armés, et plus de 3,4 millions de Centrafricains — soit la moitié de la population — dépendent toujours de l’aide humanitaire. Les violences intercommunautaires, les trafics transfrontaliers et la pauvreté structurelle alimentent un climat d’incertitude à la veille du vote. Face à une opposition divisée, dont une partie appelle au boycott, le président estime qu’elle « n’est pas constructive » et « n’est pas suivie par la population ». Plusieurs figures de la société civile dénoncent toutefois un processus verrouillé, évoquant un risque de scrutin « sans véritable compétition ». L’Union africaine et l’ONU appellent à garantir « des élections crédibles, inclusives et sécurisées », alors que certaines préfectures restent inaccessibles aux observateurs internationaux. Entre Paris et Moscou : une diplomatie d’équilibriste Sur le plan international, Touadéra s’efforce de ménager ses deux principaux partenaires : la France et la Russie. Après plusieurs années de tensions, le dialogue franco-centrafricain a repris en avril 2024. « Les choses se passent très bien avec Paris, nous avons mis en place une feuille de route », déclare le président. Ce rapprochement traduit une volonté de normaliser les relations bilatérales après une période dominée par l’influence russe. Depuis 2018, des centaines d’instructeurs liés au groupe Wagner — aujourd’hui réorganisé sous le nom Africa Corps — assurent la formation et la protection du régime. Interrogé sur un nouvel accord militaire avec Moscou, Touadéra reste évasif : « Ce n’est pas sur votre plateau que je vais m’étaler sur ces questions. Par courtoisie envers nos partenaires ». Et d’ajouter, en forme de réponse politique : « Je ne suis l’otage de personne ». Derrière la prudence diplomatique se joue un enjeu géoéconomique crucial : le contrôle des ressources minières, notamment l’or et les diamants. Ces richesses, qui représentent près de 40 % des exportations officielles, alimentent aussi des circuits de contrebande transfrontalière vers le Soudan, le Cameroun et le Tchad. Pour plusieurs observateurs, la Centrafrique s’est imposée comme un maillon du vaste réseau d’intérêts économiques et sécuritaires russes en Afrique centrale. Un environnement régional sous tension Au-delà de ses frontières, Bangui évolue dans un environnement régional instable. La guerre au Soudan, que Touadéra décrit comme « une source d’inquiétude sécuritaire majeure », favorise la circulation d’armes et de combattants vers le nord de la Centrafrique. Le Tchad voisin, dirigé par Mahamat Idriss Déby, redoute une contagion de l’instabilité, tandis que le Cameroun continue de faire face à des tensions dans ses régions anglophones. Dans ce contexte, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) peine à jouer un rôle de stabilisation. Les rivalités politiques internes — notamment entre Kinshasa, Libreville et Brazzaville — limitent sa capacité à agir. La fragilité centrafricaine devient ainsi le reflet d’une Afrique centrale fragmentée, où les transitions politiques, les trafics et la compétition des puissances extérieures s’entrecroisent. Les bailleurs internationaux — Banque mondiale, FMI, Union européenne — maintiennent leur soutien, mais sous conditions : bonne gouvernance, transparence dans les recettes minières et respect des droits politiques. Confiant, Faustin-Archange Touadéra cherche à apparaître comme l’homme fort d’un État sous tutelle partielle, mais en quête de souveraineté. Entre ambitions électorales et contraintes géostratégiques, le président centrafricain avance sur un fil ténu — celui d’un pouvoir fragile dans une région sous tension, où chaque élection devient un test de stabilité continentale.

Centrafrique : Faustin-Archange Touadéra, l’équilibriste du cœur de l’Afrique Read More »

MWC25 à Kigali : l’Afrique revendique sa place dans l’innovation digitale mondiale

Du 21 au 23 octobre 2025, Kigali est devenu la capitale africaine du numérique avec l’accueil du Mobile World Congress (MWC25), rendez-vous stratégique pour une transformation digitale inclusive sur le continent C’est une Afrique en transition numérique qui se donne rendez-vous au Kigali Convention Centre. Organisé par la GSMA, le Mobile World Congress 2025 – édition Afrique réunira pendant trois jours un large éventail d’acteurs publics et privés : gouvernements, opérateurs télécoms, start-ups, institutions financières, géants technologiques et bailleurs internationaux. « MWC Kigali sera l’occasion de définir ensemble comment les technologies peuvent soutenir la croissance et l’inclusion en Afrique », a souligné Vivek Badrinath, directeur général de la GSMA. Une dynamique continentale, un hub régional Le choix du Rwanda n’est pas anodin. Kigali incarne la volonté politique d’un pays qui investit massivement dans ses infrastructures digitales, son écosystème start-up, et dans l’attractivité technologique. La stratégie rwandaise vise à faire du pays un hub numérique panafricain, à l’image de ce que Nairobi représente pour l’Afrique de l’Est. Mais malgré ces efforts, l’Afrique reste confrontée à un fossé numérique préoccupant : selon l’UIT, des millions d’Africains restent exclus du numérique faute de couverture, de connectivité abordable ou de compétences. Un levier économique sous-exploité Le numérique pèse déjà lourd : 8,1 % du PIB de l’Afrique subsaharienne en 2022, soit 170 milliards de dollars, selon la GSMA. Ce chiffre pourrait atteindre 205 milliards en 2030, porté par la croissance des services mobiles, de l’e-commerce, de l’e-santé et de l’inclusion financière. Plus de 400 millions d’utilisateurs ont déjà adopté les services financiers mobiles en Afrique. Le taux de pénétration des smartphones est lui aussi en hausse : de 49 % en 2022, il devrait atteindre 61 % d’ici 2030. Un chiffre qui alimente l’essor d’un écosystème technologique où se croisent 5G, IA, Internet des objets, blockchain et cloud. Un sommet stratégique et multilatéral La participation d’acteurs clés comme Huawei, Meta, MTN, Orange, Qualcomm, Airtel, Telcoin, mais aussi de startups africaines et de personnalités comme Kate Kallot (Amini) ou Doreen Bogdan-Martin (UIT), illustre la diversité des voix présentes à Kigali. « L’Afrique doit tirer parti des technologies pour répondre aux besoins en matière de santé, d’éducation et de finance », a rappelé Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l’UIT. L’ambition de la GSMA est claire : faire de MWC Kigali une plateforme de gouvernance numérique africaine, capable d’influencer les débats globaux sur la régulation, l’innovation responsable, la cybersécurité et l’inclusion. Enjeux géopolitiques et d’intelligence économique Ce forum intervient à un moment où l’Afrique devient un terrain stratégique pour les puissances technologiques mondiales. Alors que la concurrence entre acteurs chinois, européens, américains et émiratis s’intensifie, le MWC25 offre une opportunité rare aux pays africains de négocier leur souveraineté numérique, de sécuriser leurs données, et de positionner leurs innovations dans les chaînes de valeur mondiales. « Nous voulons que MWC Kigali soit le lieu où les décideurs politiques et les acteurs privés définissent ensemble l’avenir numérique de l’Afrique », a déclaré Lara Dewar, directrice marketing de la GSMA. MWC25 à Kigali marque une nouvelle étape dans l’affirmation de l’Afrique comme acteur légitime de l’économie numérique mondiale. Entre promesse d’inclusion et bataille d’influence, le continent est à la croisée des chemins : récepteur de technologies ou architecte de son propre destin digital ?

MWC25 à Kigali : l’Afrique revendique sa place dans l’innovation digitale mondiale Read More »

Cameroun : La mine de fer de Bipindi officiellement inaugurée, un tournant stratégique pour l’économie nationale

Le Cameroun a franchi une étape majeure dans la valorisation de ses ressources minières. Le 22 septembre 2025, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a inauguré, au nom du président Paul Biya, la mine de fer de Bipindi Grand-Zambi, dans la région du Sud. Un projet structurant porté par G-Stone, filiale du groupe Bocom de l’industriel camerounais Dieudonné Bougne, qui suscite d’immenses attentes économiques et sociales. « C’est une étape stratégique pour l’avenir industriel du Cameroun », a déclaré le chef du gouvernement lors de la cérémonie. Et pour cause : avec une production projetée de 6 millions de tonnes de concentré de fer par an sur une durée de vie estimée à 56 ans, et une valeur du gisement évaluée à 33,3 milliards de dollars, ce projet pourrait devenir l’un des plus grands moteurs de croissance du pays. Des retombées économiques massives attendues Les projections officielles tablent sur 5 000 emplois directs à terme et des milliers d’emplois indirects, tandis que l’État percevra environ 10 % du chiffre d’affaires, en plus des impôts, taxes et dividendes. Mais au-delà des chiffres, le gouvernement évoque un « levier de transformation sociale » : routes, écoles, hôpitaux et infrastructures dans une région longtemps en marge des grands projets d’investissement. Actuellement, plus de 500 travailleurs camerounais sont déjà employés sur le site. « Chaque tonne de fer extraite devient le reflet d’un rêve collectif », a résumé un responsable local, saluant une dynamique d’émergence « portée par les Camerounais, pour les Camerounais ». Un projet aux dimensions géopolitiques et industrielles La mine de Bipindi intervient dans un contexte africain où plusieurs pays cherchent à reprendre le contrôle de leurs chaînes de valeur minières, tout en attirant des partenaires privés nationaux plutôt que des multinationales étrangères. Le fait qu’un groupe camerounais soit à la manœuvre est perçu comme un signal fort en matière de souveraineté économique. Reste à voir comment seront gérées les questions environnementales, les infrastructures de transport et la redistribution équitable des richesses. Mais une chose est claire : Bipindi Grand-Zambi pourrait devenir un pivot minier stratégique pour le Cameroun et un modèle de partenariat public-privé africain réussi.

Cameroun : La mine de fer de Bipindi officiellement inaugurée, un tournant stratégique pour l’économie nationale Read More »

Banques communautaires : le moteur méconnu de la finance au Cameroun

Dans un paysage financier où les grandes banques traditionnelles semblent hors de portée pour nombre de Camerounais, émergent des forces souvent invisibles : les banques communautaires. Parmi elles, le Community Credit Company (CCC Plc) s’impose comme un acteur central, associant inclusion, proximité et innovation. CCC Plc : croissance, réseau et service Créée en novembre 1998 en tant que coopérative, transformée en société anonyme, CCC Plc est aujourd’hui une institution de microfinance de deuxième catégorie, réglementée par la COBAC, et active au Cameroun depuis plus de 24 ans. Une institution orientée client… mais fragile CCC se distingue par sa proximité, sa disponibilité de services gratuits, et ses innovations numériques. Toutefois, la pression réglementaire et les coûts de conformité restent élevés pour un acteur de cette taille. « Nous sommes traités comme des banques commerciales, alors que nous opérons avec les moyens du bord et pour des publics à très faible revenu », regrette un dirigeant du secteur microfinance. Comparaison : CCC vs CCA‑Bank — deux modèles complémentaires Institution CCC Plc CCA‑Bank Création 1998 comme coopérative, microfinance 1997 coopérative, devenue banque universelle en 2018 Réseau 18 succursales ≈ 54 agences (2024) et 60+ ATM Clientèle > 120 000 comptes 533 400 clients servis (2022) Actifs – 862 M USD (2022) Leadership DG : Ngoh Walters Tebid DG : Marguerite Fonkwen Atanga Le Crédit Communautaire d’Afrique Bank (CCA‑Bank), bien que né des principes de la microfinance, est devenu un acteur établi du secteur bancaire. Il affiche des performances solides, notamment via : Perspectives : vers une synergie entre proximité et institution CCC incarne l’inclusion financière de proximité : accessible, proche, flexible. CCA‑Bank représente la solidité institutionnelle, la diversification de services, et un accès aux financements internationaux. Pour les experts, l’avenir est dans une hybridation réussie : renforcer la capacité locale (CCC) tout en facilitant leur intégration au système bancaire formel (CCA‑Bank). « L’inclusion financière ne peut pas reposer uniquement sur les banques classiques. Les banques communautaires sont une réponse locale, agile et efficace aux défis de l’accès au financement », rappelle une spécialiste du secteur. Au Cameroun et en Afrique centrale, les banques communautaires comme CCC Plc jouent un rôle vital pour des millions de clients invisibilisés par le système bancaire traditionnel. Pour tirer pleinement parti de leur potentiel, il conviendra de décongestionner les contraintes réglementaires, accompagner la digitalisation, et favoriser les partenariats intelligents entre acteurs communautaires et banques universelles. C’est ainsi que se construit une finance réellement inclusive, durable et résiliente.

Banques communautaires : le moteur méconnu de la finance au Cameroun Read More »

Remittances : la manne invisible qui redessine l’économie africaine

Les transferts de fonds des diasporas africaines dépassent désormais l’aide publique au développement et l’investissement direct étranger. Et pourtant, leur potentiel structurel reste largement inexploité. Enquête sur un levier économique sous-estimé. 168 milliards de dollars. C’est le montant que pourraient atteindre les transferts de fonds vers l’Afrique d’ici 2043, selon une étude prospective de l’Institut pour les Études de Sécurité (ISS). Si ce scénario se concrétise, il placerait les remittances comme l’un des principaux moteurs du développement économique du continent, loin devant l’aide internationale et parfois même les investissements directs étrangers. Et pourtant, cette manne financière reste encore mal canalisée, peu intégrée aux circuits formels, et surtout politiquement sous-exploitée. Une source de financement stable… mais négligée En 2024, les envois de fonds des diasporas africaines ont atteint un niveau record de 95 milliards de dollars. Ces flux, répartis entre consommation familiale, dépenses de santé, frais scolaires et microprojets économiques, représentent 5,1 % du PIB africain contre 3,6 % en 2010. Dans des pays comme le Kenya, la Gambie, ou encore le Nigeria, les remittances représentent un filet de sécurité sociale parallèle. En Somalie, au Libéria ou au Soudan du Sud, elles atteignent parfois plus de 10 % du PIB, devenant un pilier économique vital dans des contextes d’effondrement étatique ou de dépendance humanitaire. Mais contrairement à l’investissement direct étranger – concentré sur les infrastructures, les matières premières ou les zones urbaines – les transferts de fonds irriguent directement les ménages, en milieu rural comme urbain, et répondent à des besoins quotidiens immédiats. Pourquoi cette puissance financière reste informelle Malgré leur poids économique, près de la moitié des remittances circulent encore en dehors des circuits bancaires formels. En cause : les coûts élevés de transfert (jusqu’à 8 % en moyenne sur le continent), des réseaux financiers peu accessibles, notamment en zones rurales, et une méfiance historique vis-à-vis des institutions bancaires. Les systèmes informels, les hawalas, ou les transferts en espèces persistent, rendant ces flux difficiles à tracer, hors de portée des politiques fiscales, et peu mobilisables pour l’investissement structurant. Fintech, mobile money et ambitions panafricaines Un vent de changement souffle pourtant. Grâce à la montée en puissance des fintech africaines et des services de mobile money, les transferts transfrontaliers deviennent plus rapides, moins chers et plus accessibles. Des plateformes comme M-Pesa, Wave, Chipper Cash ou Eversend redéfinissent les circuits traditionnels. À l’échelle continentale, le système de paiement PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System), soutenu par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), vise à unifier les corridors de transfert, en réduisant la dépendance au dollar et aux systèmes de compensation occidentaux. Mais malgré ces innovations, peu de pays africains ont mis en place une véritable stratégie nationale sur les remittances, au-delà de simples statistiques. Le double défi : canaliser sans contrôler L’enjeu n’est pas seulement technique. Il est politique et géoéconomique. Certaines nations expérimentent des obligations « diaspora », ou des incitations fiscales à l’investissement communautaire, notamment dans l’immobilier ou les PME. D’autres étudient la création de fonds d’épargne transnationaux ou de polices d’assurance adossées aux envois réguliers. Mais la tentation du contrôle étatique, notamment par la fiscalité ou la régulation excessive, pourrait décourager les diasporas. À cela s’ajoute le risque d’exposition aux chocs économiques mondiaux : inflation, récession dans les pays d’accueil (Europe, États-Unis, Golfe), ou instabilité monétaire. La cybersécurité devient également un enjeu critique à mesure que les flux se numérisent. Intra-Afrique : une dynamique méconnue mais en plein essor Fait notable : près de 20 milliards de dollars de transferts intra-africains ont été enregistrés en 2023. Cette évolution traduit l’essor des migrations régionales Sud-Sud, et le rôle croissant des pays comme l’Afrique du Sud, le Gabon ou la Côte d’Ivoire comme nouvelles terres d’accueil de travailleurs ouest et centrafricains. C’est aussi une opportunité : penser la migration africaine non plus comme un problème, mais comme une ressource économique structurante. Transformer l’informel en pouvoir économique Les remittances ne doivent plus être vues comme un « revenu de secours », mais comme un levier stratégique de transformation économique. Pour cela, les États africains doivent : À l’heure où l’aide internationale s’essouffle et où les dettes explosent, les diasporas africaines pourraient bien représenter le capital politique et économique le plus fiable du continent. À condition de leur tendre la main.

Remittances : la manne invisible qui redessine l’économie africaine Read More »

Scroll to Top