Le vaccin antipaludique, un acquis à confirmer dans la durée

OMS Afrique : À Addis-Abeba, le Cameroun défend ses acquis

À la 76ᵉsession du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, tenue du 25 au 28 août 2026 à Addis-Abeba, le Cameroun a porté plusieurs dossiers stratégiques : ressources humaines en santé, nutrition infantile et lutte contre le paludisme.

Une présence diplomatique active, mais dont la portée doit être appréciée à l’aune d’une question essentielle : les avancées présentées au niveau continental traduisent-elles une amélioration suffisamment profonde et durable du système de santé camerounais ?

Une participation qui cible les priorités africaines

La délégation camerounaise n’a pas été absente des grands débats de cette session consacrée à l’avenir sanitaire du continent. Les discussions ont notamment porté sur l’agenda africain des ressources humaines en santé pour 2026-2035, le développement de la petite enfance, le financement de la santé et la régulation des produits médicaux.

Dans ce cadre, le Cameroun a défendu la création d’un observatoire africain des ressources humaines en santé et présenté son propre plan national. Une proposition pertinente dans un continent confronté à une pénurie persistante de personnels qualifiés.

Mais le plaidoyer continental ne dispense pas d’un examen des réalités nationales : disponibilité des médecins et infirmiers, répartition territoriale des personnels, conditions de travail et capacité à retenir les compétences constituent encore des défis déterminants.

L’enjeu sera donc de transformer cette proposition régionale en mécanisme opérationnel et, surtout, de traduire les engagements africains en amélioration concrète de l’offre de soins au Cameroun.

Nutrition : des progrès, mais un bilan à deux vitesses

Le Cameroun a également mis en avant la réduction de l’émaciation des enfants de moins de cinq ans à 4,3 % et une couverture vaccinale dépassant 90 %. Ces indicateurs constituent des signaux positifs.

Cependant, la présentation ministérielle elle-même reconnaît l’existence de difficultés persistantes, notamment concernant le retard de croissance, l’allaitement maternel exclusif et certaines couvertures vaccinales. Cette situation invite à éviter une lecture trop triomphaliste.

La demande adressée à l’OMS et aux partenaires pour accompagner l’élaboration d’une Politique nationale de nutrition et d’un plan multisectoriel apparaît dès lors importante. Elle révèle aussi que le dispositif national reste à consolider.

La nutrition ne relève en effet pas du seul ministère de la Santé : agriculture, eau, assainissement, éducation, protection sociale et lutte contre la pauvreté déterminent largement les résultats nutritionnels.

Le vaccin antipaludique, un acquis à confirmer dans la durée

Le Cameroun pouvait difficilement ignorer son statut de pionnier africain dans l’introduction du vaccin contre le paludisme dans la vaccination systématique, en janvier 2024. La délégation a mis en avant la progression de la couverture vaccinale et la baisse des cas dans les zones concernées, en insistant sur la combinaison du vaccin avec la chaîne du froid, la formation des personnels et la mobilisation communautaire.

Cette stratégie intégrée constitue probablement l’un des points forts de la participation camerounaise. Mais une baisse observée dans certaines zones ne saurait, à elle seule, établir une victoire contre le paludisme. La maladie reste fortement liée aux conditions de vie, à l’accès aux soins, à la disponibilité des moyens de prévention et à la rapidité de prise en charge.

Le véritable test sera donc la capacité à maintenir les couvertures vaccinales, à documenter les effets sur la mortalité et la morbidité et à éviter que les progrès ne restent concentrés dans certaines zones.

De la diplomatie sanitaire à l’obligation de résultats

Au total, la participation du Cameroun à Addis-Abeba est diplomatiquement significative. Le pays a porté des propositions, valorisé certaines expériences nationales et sollicité l’appui de ses partenaires sur des dossiers prioritaires.

Mais l’exercice révèle aussi une exigence nouvelle : ne plus seulement présenter des programmes, mais démontrer leurs résultats. L’OMS a d’ailleurs placé cette session sous le signe de nouvelles stratégies régionales portant notamment sur les personnels de santé, le développement de la petite enfance, le financement et la régulation des produits médicaux.

Pour le Cameroun, le véritable bilan de cette participation ne se jouera donc pas dans les salles de conférence d’Addis-Abeba. Il se mesurera dans les hôpitaux, les centres de santé et les communautés : disponibilité des personnels, accès effectif aux soins, nutrition des enfants, couverture vaccinale et recul durable du paludisme.

La diplomatie sanitaire camerounaise a marqué des points à Addis-Abeba. Il lui reste désormais à convertir cette visibilité internationale en résultats sanitaires mesurables à l’intérieur du pays.

Simon Emmanuel Minyem

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