18 Décembre 2025

État pivot à la jonction de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, le Cameroun demeure l’un des piliers de la stratégie française sur le continent.

Cameroun–France : l’AFD à l’épreuve du test post-électoral

Stabilité politique, crédibilité institutionnelle et projets structurants : comment la séquence électorale rebat les cartes du partenariat franco-camerounais. État pivot à la jonction de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, le Cameroun demeure l’un des piliers de la stratégie française sur le continent. Mais la séquence post-électorale ouverte après la présidentielle de 2025, marquée par des contestations, des arrestations et une crispation du climat politique, introduit une variable d’incertitude dans une relation historiquement dense, au premier rang de laquelle figure l’Agence française de développement (AFD). Présente depuis plus de soixante ans, l’AFD est l’un des principaux partenaires financiers du Cameroun. À travers le Contrat de désendettement et de développement (C2D), plus de 1 100 milliards de FCFA ont été mobilisés depuis 2006 pour l’éducation, les infrastructures, l’agriculture et la gouvernance. Ce partenariat s’est récemment renforcé autour de projets structurants : le programme Capitales régionales, l’initiative Sporcap, le Programme de lutte contre les inondations de Douala et Yaoundé (PLIDY, 150 millions d’euros) ou encore le barrage hydroélectrique de Nachtigal, stratégique pour la transition énergétique et la compétitivité industrielle. Toutefois, la crispation post-électorale pose un dilemme classique pour Paris et ses instruments financiers : préserver la stabilité d’un État clé de la Cemac tout en affirmant un discours sur la gouvernance, l’État de droit et l’inclusivité politique. Officiellement, la France continue de privilégier une approche de « partenariat pragmatique », misant sur la continuité des projets et la protection des investissements de long terme. En coulisses, les bailleurs observent néanmoins avec attention l’évolution du climat politique, conscient que la stabilité institutionnelle conditionne l’efficacité des programmes de développement. Sur le plan géoéconomique, un durcissement durable de la situation politique pourrait ralentir l’exécution de certains projets, notamment urbains et territoriaux, qui reposent sur l’adhésion des populations et la coordination des acteurs locaux. Il pourrait également peser sur l’attractivité du Cameroun, déjà confronté à un chômage élevé des jeunes et à des inégalités territoriales marquées, malgré une croissance autour de 3,5 à 4 %. Pour l’AFD, l’enjeu est d’éviter l’écueil d’une coopération perçue comme déconnectée des réalités sociales. « La question n’est pas de suspendre, mais de réinterroger l’impact et la gouvernance des projets », confie un observateur du développement. Dans ce contexte, les volets liés au capital humain, à l’emploi des jeunes et à la résilience urbaine prennent une dimension politique implicite. À moyen terme, la relation Cameroun–France se jouera sur un équilibre subtil : maintenir l’ancrage stratégique dans un pays clé, tout en adaptant l’action de l’AFD à un environnement politique « contesté » par une certaine opposition. Plus que jamais, le Cameroun apparaît comme un laboratoire où développement, stabilité et légitimité politique sont étroitement liés.

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Le second de Polycarpe Banlog s’ouvre dans un contexte politique sensible, marqué par les tensions post-électorales et de fortes attentes des populations.

Cameroun : Polycarpe Banlog réélu à la tête du Conseil Régional du Littoral -Entre continuité et défis majeurs

Le mardi 16 décembre 2025, les Conseillers régionaux du Littoral ont renouvelé leur confiance à Polycarpe Banlog, réélu président du Conseil avec un score écrasant de 82 voix sur 87 votants. Le second de Polycarpe Banlog s’ouvre dans un contexte politique sensible, marqué par les tensions post-électorales et de fortes attentes des populations. Un plébiscite pour la continuité La réélection de Polycarpe Banlog témoigne de la confiance de ses pairs et de la reconnaissance de son premier mandat jugé positif malgré les défis liés à sa prise de fonction. Sur 90 votants inscrits, 87 ont participé au scrutin, et 82 ont exprimé leur soutien au Président sortant, contre 5 bulletins nuls. Ce résultat constitue un véritable plébiscite pour la continuité dans la gouvernance du Littoral. Des attentes fortes et un contexte tendu Le second mandat de Polycarpe Banlog arrive dans un contexte complexe. La région du Littoral a été marquée par une vive contestation des résultats des présidentielles, avec des dégâts matériels importants, des pertes en vies humaines et plusieurs arrestations. Dans ce climat, les populations et les militantes du parti attendent des réalisations concrètes qui permettront de restaurer la confiance et de préparer efficacement les élections municipales et législatives prévues en 2026. (Polycarpe Banlog, Président du Conseil régional du littoral, félicité par le préfet de la SM) Des défis pour un mandat ambitieux Le Conseil Régional et son Président réélu doivent conjuguer continuité et innovation. Les attentes portent sur le renforcement des infrastructures, l’amélioration de la gouvernance des ressources régionales, la création d’opportunités pour les jeunes et l’autonomisation des femmes. Polycarpe Banlog devra démontrer que son leadership peut traduire ses ambitions politiques en actions tangibles pour le développement économique et social du Littoral, tout en apaisant les tensions et en rassurant les populations. Un accueil populaire enthousiaste À son retour à Edéa, le Président Banlog a été accueilli et félicité par une foule d’élus, d’élites et de citoyens. Ce soutien populaire témoigne de l’espoir suscité par son second mandat et de la confiance placée dans sa capacité à transformer les attentes en résultats concrets. Polycarpe Banlog, entre continuité politique et exigence d’apaisement – Originaire de Nyanon, dans le département de la Sanaga-Maritime, Polycarpe Banlog s’est imposé comme l’un des acteurs clés de la gouvernance territoriale dans le Littoral. – Deux fois maire de la commune de Nyanon, puis député de 2013 à 2020, il a progressivement consolidé son ancrage politique au sein du RDPC. – En 2020, il accède à la présidence du Conseil régional du Littoral, fonction à laquelle il est réélu en décembre 2025. – Ce second mandat s’ouvre toutefois dans un climat sensible. La région a été fortement touchée par les contestations post-électorales liées à la présidentielle, avec des dégâts matériels, des pertes humaines et des arrestations. – Dans ce contexte, Polycarpe Banlog est attendu sur des réponses concrètes : relance économique, amélioration des services de base et restauration de la confiance entre institutions et populations. – À l’approche des élections municipales et législatives de 2026, sa capacité à allier continuité politique, efficacité administrative et apaisement social sera déterminante pour l’avenir du Littoral. Simon Emmanuel Minyem

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Cameroun : Election des présidents de conseils régionaux – Le signal d’alarme venu du Sud

Les conseils de plein droit tenus le 16 décembre 2025 dans les dix régions du Cameroun, censés consacrer la stabilité institutionnelle et la discipline partisane, ont au contraire révélé de profondes fractures politiques. Entre reconductions massives, absence criante de femmes et de jeunes, et fronde spectaculaire dans la région du Sud, ces élections ouvrent une séquence politique lourde d’enseignements à quelques mois des municipales et législatives de 2026. Les conseils de plein droit se sont tenus simultanément le mardi 16 décembre 2025 dans les chefs-lieux des dix régions du Cameroun, avec pour mission principale la désignation des membres des exécutifs régionaux. À l’issue des travaux, sept (07) présidents sortants ont été reconduits, contre trois nouveaux élus. Une reconduction massive qui interroge le renouvellement politique Un premier constat s’impose : aucune femme, aucun jeune parmi les dix présidents de conseils régionaux. Plus préoccupant encore, la moyenne d’âge dépasse largement la soixantaine, traduisant une continuité politique assumée, mais en contradiction flagrante avec les discours officiels sur le renouvellement de la classe dirigeante. Ce tableau est d’autant plus saisissant qu’il s’inscrit dans une tendance plus large : La région du Sud : la rupture inattendue Contre toute attente, la région du Sud, fief politique et région d’origine du président Paul Biya, a été le théâtre de la plus grande surprise politique de ces conseils. Alors que le Comité central du RDPC avait déployé des émissaires dans toutes les régions afin de veiller au strict respect des consignes de vote, les conseillers régionaux du Sud ont ouvertement défié la hiérarchie du parti. En refusant de se soumettre aux directives imposant Antoine Bikoro comme candidat unique à sa propre succession, Éric Gervais Ndo et ses alliés ont infligé un camouflet sans précédent à l’appareil du parti. Le verdict des urnes est sans appel : 66 voix pour le candidat contestataire contre 22 pour le président sortant. Un acte politique fort, symptomatique d’une volonté de changement qui traverse désormais jusque dans les rangs du parti au pouvoir. (Eric Gervais Ndo, élu Président du Conseil régional du Sud) Un fossé grandissant entre le sommet du RDPC et la base militante Le vote du Sud met crûment en lumière le déphasage profond entre la direction centrale du RDPC et sa base militante. Là où le sommet privilégie la discipline, la continuité et le contrôle, la base exprime un ras-le-bol face à l’imposition systématique des candidatures. Ce désaveu public du Comité central ne peut plus être interprété comme un simple accident politique. Il s’agit d’une sonnette d’alarme, à quelques mois seulement des élections municipales et législatives prévues en 2026. Les directives présidentielles mises à l’épreuve (Pr Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du RDPC et Eric Gervais Ndo) Dans son discours de politique générale du 6 novembre 2025, prononcé lors de sa dernière prestation de serment, Paul Biya avait clairement affirmé que les femmes et les jeunes constitueraient la priorité de ce mandat. Or, les résultats issus des conseils de plein droit traduisent une réalité diamétralement opposée. Cette situation soulève une question centrale : le chef de l’État est-il en capacité de faire effectivement respecter ses orientations au sein de son propre parti ? L’incapacité du RDPC à traduire ces directives en actes concrets interroge la cohérence de l’action politique et fragilise la crédibilité du discours officiel. Décentralisation ou recentralisation du pouvoir ? Ces élections posent également un problème de fond dans un contexte de décentralisation constitutionnelle. Comment expliquer cette tendance persistante à la centralisation des décisions, à l’imposition des candidatures et à la marginalisation des dynamiques locales, alors même que les régions sont censées être des espaces d’autonomie politique ? Le cas du Sud montre que la décentralisation ne peut fonctionner sans une réelle prise en compte des aspirations locales et sans respect du libre choix des élus régionaux. Attentes, enjeux et défis à l’horizon 2026 Les conseils de plein droit de décembre 2025 laissent entrevoir plusieurs défis majeurs : Une séquence politique révélatrice L’élection des présidents de conseils régionaux n’aura pas seulement servi à renouveler des exécutifs locaux. Elle aura surtout révélé les tensions internes, les contradictions du système politique et l’aspiration croissante au changement. Le vote du Sud restera comme un marqueur fort de cette séquence : celui d’une base militante qui ose désormais dire non. Reste à savoir si ce message sera entendu ou ignoré, au risque d’un divorce politique plus profond à l’approche des échéances électorales de 2026. Simon Emmanuel Minyem

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