20 Décembre 2025

Malgré un vote unanime au Conseil de sécurité, la reconduction de la mission onusienne révèle des fractures profondes entre puissances et une redéfinition du rôle africain dans la gestion des crises.

RDC : la MONUSCO prolongée, le multilatéralisme sous tension

Malgré un vote unanime au Conseil de sécurité, la reconduction de la mission onusienne révèle des fractures profondes entre puissances et une redéfinition du rôle africain dans la gestion des crises. Le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé de prolonger d’un an le mandat de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), dans un contexte sécuritaire toujours critique dans l’est du pays. Adoptée à l’unanimité par les quinze membres, la résolution masque toutefois des divergences diplomatiques croissantes sur la nature, les limites et l’utilité stratégique de la mission. Sur le terrain, la situation reste alarmante. Les violences persistantes impliquant le mouvement rebelle M23, l’armée congolaise et divers groupes armés continuent de provoquer déplacements massifs de populations et instabilité régionale, dans une zone au cœur des équilibres sécuritaires des Grands Lacs. Selon l’ONU, plus de 6,5 millions de personnes sont déplacées internes en RDC, un chiffre parmi les plus élevés au monde. Derrière le consensus formel, les débats au Conseil ont révélé une opposition nette entre les puissances occidentales et le duo sino-russe. Les États-Unis ont accusé le Rwanda de soutenir le M23, appelant à un rôle plus actif de la MONUSCO dans l’appui aux initiatives de cessez-le-feu issues des discussions menées à Washington et à Doha. La France, rédactrice du texte, a défendu une approche pragmatique visant à préserver le cœur du mandat tout en l’adaptant aux dynamiques diplomatiques en cours. À l’inverse, la Russie et la Chine ont dénoncé ce qu’elles considèrent comme une politisation excessive de la mission. Moscou a évoqué un « compromis difficile », tandis que Pékin a mis en garde contre toute instrumentalisation de la MONUSCO au service d’agendas extérieurs au cadre onusien, plaidant pour une interprétation stricte du principe de souveraineté. Les membres africains du Conseil, réunis au sein du groupe A3 Plus, ont tenté de rééquilibrer le débat. Ils ont insisté sur la nécessité d’un leadership africain renforcé, mettant en avant les efforts de médiation de l’Union africaine et des organisations régionales, notamment les initiatives pilotées par le Togo. Cette position traduit une volonté croissante du continent de peser davantage dans la résolution de ses propres crises. La résolution maintient les effectifs actuels de la MONUSCO et ses missions principales de protection des civils et d’appui aux autorités congolaises, tout en prévoyant un soutien encadré à un éventuel cessez-le-feu. Elle ouvre aussi la voie à des ajustements futurs du mandat, en fonction de l’évolution sécuritaire. Dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues, la prolongation de la MONUSCO illustre les limites mais aussi la persistance du multilatéralisme onusien face aux crises complexes. Pour la RDC, l’enjeu reste majeur : transformer ce consensus fragile en avancées concrètes pour la paix.

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Sous la coupole de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, à Paris, le 19 décembre 2025, le Professeur Maurice Kamto, juriste de renommée internationale et figure politique camerounaise, s’est vu décerner le Prix Boutros Boutros-Ghali.

Distinction : Maurice Kamto honoré du Prix Boutros Boutros-Ghali

À Paris, le juriste camerounais plaide pour l’État de droit et le multilatéralisme à l’heure de l’érosion des normes internationales. Sous la coupole de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, à Paris, le 19 décembre 2025, le Professeur Maurice Kamto, juriste de renommée internationale et figure politique camerounaise, s’est vu décerner le Prix Boutros Boutros-Ghali. Une distinction prestigieuse qui récompense des contributions majeures à la promotion du droit international, du multilatéralisme et de la gouvernance mondiale. Empêché d’assister à la cérémonie pour des « circonstances dirimantes », le lauréat a pris la parole par message audiovisuel. Dans son intervention, Maurice Kamto a rendu hommage à la mémoire de l’ancien Secrétaire général des Nations unies, Boutros Boutros-Ghali, qu’il a présenté comme l’un des artisans d’une vision universaliste du multilatéralisme, attentive aux aspirations du Sud global. Il a évoqué plusieurs rencontres marquantes avec le diplomate égyptien, notamment au Caire à la fin des années 1980 et à l’Académie de droit international de La Haye, soulignant l’influence durable des Agendas pour la paix et le développement sur sa propre réflexion. Au-delà de la reconnaissance personnelle, le professeur Kamto a inscrit cette distinction dans un contexte international qu’il juge marqué par une multiplication des crises, une remise en cause des institutions multilatérales et une application parfois sélective des normes juridiques. Sans s’attarder sur des situations nationales spécifiques, il a appelé à un renforcement du droit international comme cadre commun, capable de limiter les rapports de force et de restaurer la confiance entre États. Son discours a également pris une dimension plus civique, en dédiant ce prix à la jeunesse africaine et, plus largement, à tous ceux qui œuvrent pour l’État de droit. Il a insisté sur la responsabilité des juristes, des intellectuels et des responsables publics à maintenir vivantes les valeurs de justice, de liberté et de responsabilité institutionnelle. Attribué conjointement au professeur tunisien Yadh Ben Achour, le Prix Boutros Boutros-Ghali souligne la place croissante des penseurs africains dans les débats globaux sur la gouvernance mondiale. Dans un ordre international en recomposition, cette reconnaissance rappelle que le droit et le multilatéralisme demeurent, malgré leurs fragilités, des repères essentiels face aux incertitudes contemporaines.

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Avec le lancement du futur terminal hydrocarbures, Yaoundé envoie un signal de stabilité économique et géostratégique au Golfe de Guinée.

Port de Kribi : le Cameroun muscle sa stratégie énergétique dans un contexte post-électoral sous tension

Avec le lancement du futur terminal hydrocarbures, Yaoundé envoie un signal de stabilité économique et géostratégique au Golfe de Guinée. Une étape décisive vient d’être franchie pour le Port Autonome de Kribi (PAK). Le 18 décembre 2025, un protocole d’accord tripartite a été signé entre le PAK, la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP) et le consortium PARLYM/EJN, ouvrant la voie à la construction d’un terminal hydrocarbures de nouvelle génération. Au-delà de l’infrastructure, ce projet s’inscrit dans une séquence politique et économique sensible pour le Cameroun, quelques semaines après une élection présidentielle contestée, marquée par des tensions sociales et sécuritaires. Pensé comme une plateforme logistique intégrée, le futur terminal comprendra un quai pétrolier en eaux profondes capable d’accueillir des navires de fort tonnage, des cuves de stockage à haute capacité et un réseau de pipelines interconnectés. L’objectif est clair : réduire les délais d’attente en mer, abaisser les coûts de transport et renforcer la sécurité d’approvisionnement en hydrocarbures d’un pays dont près de 80 % de l’énergie dépend encore des produits pétroliers importés. Dans un contexte international marqué par la volatilité des prix du brut et les recompositions géopolitiques liées aux crises en mer Rouge, en Ukraine et au Moyen-Orient, le Cameroun cherche à consolider ses marges de manœuvre. « L’augmentation des capacités de stockage permettra de constituer des réserves stratégiques et de mieux absorber les chocs externes », souligne un cadre du secteur énergétique à Douala. À terme, le terminal pourrait positionner Kribi comme un hub énergétique régional, au service non seulement du Cameroun, mais aussi de pays enclavés d’Afrique centrale comme le Tchad ou la RCA. Sur le plan macroéconomique, l’enjeu est majeur. Avec une croissance estimée autour de 4 % en 2025 et une dette publique proche de 45 % du PIB, le Cameroun est sous pression pour accélérer ses investissements structurants, tout en rassurant partenaires financiers et bailleurs internationaux. Le projet de Kribi s’inscrit dans cette logique de crédibilisation, à un moment où la gouvernance post-électorale est scrutée de près par les investisseurs. Le protocole signé prévoit une phase préparatoire de douze mois, dédiée aux études techniques et à la consolidation du modèle économique avant les décisions finales d’investissement. Cette prudence traduit aussi une volonté de sécuriser le projet face aux risques politiques et opérationnels. Dans un Golfe de Guinée traversé par des enjeux sécuritaires, énergétiques et commerciaux croissants, le terminal hydrocarbures de Kribi apparaît ainsi comme un pari stratégique : celui de faire de l’infrastructure un levier de stabilité, de souveraineté énergétique et de projection régionale pour un Cameroun en quête de normalisation politique et de relance économique.

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La Foire de l’employabilité rurale mobilise 30 villages autour de l’agriculture, de la culture et de l’entrepreneuriat local.

Cameroun : Ngambé, laboratoire de l’employabilité rurale

La Foire de l’employabilité rurale mobilise 30 villages autour de l’agriculture, de la culture et de l’entrepreneuriat local. Du 11 au 13 décembre 2025, la localité de Ngambé, dans le département de la Sanaga-Maritime (région du Littoral), a accueilli la deuxième édition de la Foire de l’Employabilité Rurale (FER). L’événement a rassemblé près de 30 villages autour d’un objectif commun : renforcer l’agriculture, valoriser les savoir-faire locaux et promouvoir l’emploi en milieu rural. Organisée par l’association Jeunesse Volontaire et Engagée pour la Promotion de l’Intellect (JVEPI) au Centre Jeunes JVEPI-FOMACK, cette édition s’est inscrite dans une dynamique plus inclusive et opérationnelle. Pendant trois jours, producteurs, jeunes, femmes rurales, chefs traditionnels et experts ont pris part à neuf ateliers pratiques et six conférences animées par une quinzaine de spécialistes. Les filières agricoles clés — manioc, cacao, plantain, maïs et palmier à huile — ont occupé une place centrale. Selon Ivan Trésor Mbock, coordonnateur du Centre Jeunes JVEPI-FOMACK, la foire vise à démontrer que le monde rural peut constituer un véritable espace d’opportunités économiques. Dans un contexte marqué par un taux de chômage avoisinant 40 %, touchant principalement les jeunes de 15 à 34 ans, la FER se présente comme une réponse concrète au défi de l’emploi, en cohérence avec la Stratégie Nationale de Développement 2020–2030 (SND30). Au-delà de l’amélioration des rendements agricoles, les échanges ont porté sur la transformation locale, la structuration des chaînes de valeur et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de limiter l’exode rural en accompagnant les jeunes dans des projets viables, adaptés aux réalités locales. La foire a également intégré une dimension culturelle et environnementale, avec des danses traditionnelles, des expositions artisanales et des discussions sur la gestion durable des ressources naturelles, notamment forestières. Ces moments ont contribué à renforcer la cohésion sociale et le dialogue intercommunautaire. L’édition 2025 s’est fixé des objectifs mesurables : former 240 jeunes et femmes, accompagner plus de 500 porteurs de projets, mettre en place un dispositif de micro-financement et contribuer à la création d’au moins 150 emplois directs et indirects. Six chaînes de valeur locales prioritaires ont été identifiées, allant de l’agriculture aux industries culturelles, en passant par les TIC et la pharmacopée. Fort du succès de l’édition 2024, qui avait touché plus de 1 000 bénéficiaires indirects, la FER de Ngambé confirme son ambition de devenir un rendez-vous structurant pour le développement local. Les organisateurs entendent désormais inscrire les résolutions issues de cette édition dans des actions concrètes dès janvier 2026, afin de faire de la ruralité un véritable levier de croissance et d’emploi durable au Cameroun.

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À Nwa, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, la vaccination ne se limite pas à une opération de santé publique

Au Cameroun, vacciner en zone de conflit commence par négocier la sécurité

Une journée avec Kongnyu Emmanuel, entre analyse des risques, checkpoints armés et confiance communautaire. À Nwa, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, la vaccination ne se limite pas à une opération de santé publique. Elle est aussi un exercice permanent d’analyse sécuritaire et de négociation d’accès. Depuis le déclenchement de la crise sociopolitique en 2016, atteindre les enfants non vaccinés suppose d’abord de comprendre les dynamiques locales et d’anticiper les risques. À 5 h 30, Kongnyu Emmanuel, responsable du district sanitaire de Nwa, est déjà à l’écoute. Téléphone à la main, il capte les alertes transmises par des leaders communautaires, des responsables religieux et des mobilisateurs locaux. Un signalement fait état de tirs dans une aire sanitaire voisine. Emmanuel multiplie les appels afin de recouper l’information et d’évaluer l’évolution de la situation. Ce dispositif d’alerte communautaire repose sur un travail patient de cartographie des acteurs locaux. Avec l’appui des Cameroon Baptist Convention Health Services (CBCHS), présents dans les dix régions du pays, Emmanuel et son équipe ont identifié des relais de confiance dans chaque communauté. Ces derniers sont formés à transmettre des informations sécuritaires sans s’exposer. Les données recueillies sont croisées avec celles de l’International NGO Safety Organisation (INSO), afin d’orienter les décisions opérationnelles. « L’autorisation sécuritaire fait partie de notre routine quotidienne. La situation peut changer très vite, parfois d’un village à l’autre », explique Emmanuel. Ce jour-là, la localité de Ntem est jugée accessible, bien que classée à haut risque. À l’aube, l’équipe – un vaccinateur, une infirmière et un agent de dépistage nutritionnel – charge vaccins, compléments nutritionnels et moustiquaires avant de partir à moto. À un checkpoint tenu par un groupe armé non étatique, Emmanuel se présente comme travailleur humanitaire du CBCHS. La connaissance de l’itinéraire et la crédibilité locale permettent d’obtenir le passage. La vaccination se tient au domicile du chef de quartier, un lieu reconnu comme neutre. L’approche est volontairement discrète : aucune annonce prolongée, une mobilisation rapide, une session programmée un « country Sunday », lorsque les habitants sont présents au village. En trois heures, 46 enfants reçoivent des vaccins et des services intégrés : consultations, dépistage nutritionnel et sensibilisation sanitaire. Sitôt la session terminée, l’équipe se retire. À 14 h, elle est de retour en zone sûre pour le débriefing et la vérification de la chaîne du froid. Mis en œuvre dans le cadre du programme VERHUS, financé par Gavi, ce modèle montre que, dans les contextes de conflit, la vaccination devient aussi un levier de confiance et de présence humanitaire durable. « Aucune journée ne se ressemble. Tout repose sur l’analyse collective et l’adaptation constante », conclut Emmanuel.

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