22 Décembre 2025

Dans le même temps, Moscou a confirmé sa ligne diplomatique stricte : seuls les États souverains reconnus participent aux forums Afrique–Russie.

Forum Russie–Afrique au Caire : l’Afrique du Sud global à l’épreuve de la recomposition géopolitique mondiale

Entre quête de souveraineté stratégique, sécurité collective et réalités économiques, Moscou et les capitales africaines ajustent leurs lignes. Réunis les 19 et 20 décembre au Caire (Egypte) pour la deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie–Afrique, plus de cinquante délégations africaines ont livré un message clair : le continent entend peser davantage dans la gouvernance mondiale. Six ans après le sommet fondateur de Sotchi (2019), et dans un contexte de fragmentation accélérée de l’ordre international, cette rencontre marque une étape symbolique dans la maturation d’un partenariat inscrit dans la dynamique du Sud global. Pour la première fois organisée sur le sol africain, la conférence a cristallisé une revendication ancienne mais désormais assumée. « La voix de l’Afrique doit être influente et déterminante dans l’élaboration des grandes décisions mondiales », a martelé le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, rappelant les exigences de l’Union africaine issues du consensus d’Ezulwini : deux sièges permanents au Conseil de sécurité de l’ONU et une représentation renforcée dans les institutions financières internationales. Une convergence politique assumée (Sergueï Lavrov, Ministre russe des Affaires étrangères ) Du côté russe, le discours s’inscrit dans une continuité stratégique. Le patron de la diplomatie , Sergueï Lavrov a réaffirmé l’engagement de Moscou à soutenir la stabilité et la sécurité du continent, qualifiées de « conditions essentielles du développement durable ». La Russie se positionne ainsi comme un partenaire favorable à un multilatéralisme rééquilibré, dénonçant les séquelles du colonialisme et les ingérences extérieures jugées contre-productives. Cette convergence politique trouve un écho particulier dans plusieurs régions africaines confrontées à l’insécurité chronique. Moscou demeure le premier fournisseur d’armes du continent, représentant 21 % des importations africaines d’armements entre 2020 et 2024, selon le SIPRI [Stockholm International Peace Research Institute, un Institut international indépendant dédié à la recherche sur les conflits, les armements, le contrôle des armements et le désarmement], et multiplie les accords sécuritaires, notamment au Sahel, où les forces russes ont partiellement remplacé les contingents occidentaux. Le paradoxe économique russe en Afrique Mais derrière l’affichage politique, la réalité économique révèle un contraste frappant. Les échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique ont atteint 24 à 28 milliards de dollars en 2024, un volume modeste comparé aux 355 milliards de dollars de l’Union européenne ou aux 296 milliards de la Chine. De surcroît, près de 90 % de ces échanges concernent les exportations russes, dominées par les hydrocarbures, les céréales – notamment le blé – et les produits métallurgiques, principalement à destination de l’Afrique du Nord. Les investissements directs russes restent marginaux, et de nombreux projets annoncés ces dernières années n’ont pas vu le jour, freinés par les sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine et par des contraintes financières internes. « Ce partenariat est encore jeune ; il faut lui laisser le temps de grandir », a relativisé le chef de la diplomatie rwandais, Olivier Nduhungirehe, soulignant la nécessité de passer des intentions aux mécanismes opérationnels. Sécurité régionale et souveraineté africaine La conférence du Caire a également servi de plateforme à des rapprochements régionaux structurants. En marge des travaux, la CEDEAO et la Russie ont affiché leur volonté d’intensifier leur coopération sécuritaire face à l’expansion des groupes armés et aux fragilités institutionnelles en Afrique de l’Ouest. Partage de renseignement, formation des forces de sécurité, sécurisation des processus électoraux : autant de leviers évoqués pour stabiliser une région stratégique. Dans le même temps, Moscou a confirmé sa ligne diplomatique stricte : seuls les États souverains reconnus participent aux forums Afrique–Russie. Ce choix, assumé, vise à éviter les contentieux politiques et à préserver la lisibilité stratégique des partenariats, une approche largement soutenue par les capitales africaines soucieuses d’efficacité. Un partenariat à l’épreuve du réel Au-delà des discours, le Forum du Caire illustre une recomposition géostratégique en cours. L’Afrique, forte de son poids démographique et de ses ressources, entend diversifier ses alliances sans s’aligner. Pour la Russie, le continent représente à la fois un espace d’influence diplomatique, un levier géopolitique face à l’Occident et un marché encore largement sous-exploité. Reste un défi majeur : transformer une convergence idéologique et sécuritaire en un partenariat économique structurant, capable de soutenir l’Agenda 2063 de l’Union africaine. À défaut, la relation russo-africaine risque de demeurer asymétrique, puissante sur le plan symbolique, mais limitée dans sa portée développementale.

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Au Cameroun, le niveau d’endettement reste officiellement jugé soutenable par les institutions financières internationales.

Dette africaine : l’Afrique centrale en première ligne, le Cameroun sous surveillance

Pressions budgétaires, vulnérabilités structurelles et urgence de réformes financières. La crise de la dette publique africaine se manifeste avec une intensité particulière en Afrique centrale, une région où plusieurs États, dont le Cameroun, doivent composer avec des marges budgétaires de plus en plus étroites. Longtemps considérée comme relativement préservée, la zone fait désormais face à une accumulation de risques liés à l’endettement, dans un contexte de ralentissement économique, d’insécurité persistante et de besoins sociaux croissants. Au Cameroun, le niveau d’endettement reste officiellement jugé soutenable par les institutions financières internationales. Toutefois, la pression exercée par le service de la dette s’intensifie. Une part croissante des recettes publiques est consacrée au remboursement des échéances, limitant les capacités de financement des secteurs clés comme la santé, l’éducation et les infrastructures. La diversification progressive des sources de financement, notamment via des emprunts commerciaux et semi-concessionnels, accroît également l’exposition du pays aux risques de refinancement et aux variations des taux d’intérêt. La situation est plus critique dans certains pays voisins. En République du Congo, bien que le ratio dette/PIB ait reculé à 93,6 % en 2024, le poids du service de la dette reste considérable, absorbant près de la moitié des recettes budgétaires. Le Gabon et la Guinée équatoriale demeurent fortement dépendants des revenus pétroliers, les rendant vulnérables aux chocs exogènes. Le Tchad et la République centrafricaine, quant à eux, subissent les effets conjugués de l’instabilité sécuritaire et de la faiblesse de leurs bases fiscales. Cette fragilité régionale s’inscrit dans une dynamique continentale alarmante. Selon Clever Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), le stock de la dette extérieure du continent a atteint environ 1 860 milliards de dollars en 2024, contre près de 1 000 milliards moins de dix ans auparavant. Plus de vingt pays africains sont aujourd’hui en situation de surendettement ou exposés à un risque élevé de défaut. Les créanciers des États africains sont multiples : institutions multilatérales telles que la Banque mondiale, le FMI et la BAD, partenaires bilatéraux comme la Chine, mais aussi investisseurs privés sur les marchés internationaux. Ces derniers, de plus en plus sollicités, renchérissent le coût de la dette et réduisent la flexibilité budgétaire. Face à cette spirale, un groupe d’experts réunis sous l’égide du G20 a récemment plaidé pour un allègement coordonné de la dette africaine et une augmentation des investissements productifs. Pour Clever Gatete, « l’Afrique ne traverse pas seulement une crise de la dette, mais une crise du développement ». Pour l’Afrique centrale et le Cameroun, l’enjeu est désormais stratégique : transformer la gestion de la dette en levier de développement, sous peine de voir la stabilité économique et sociale durablement fragilisée.

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Confrontée à des restrictions budgétaires inédites, l’Agence française de développement (AFD) entame une profonde transformation de son modèle.

Aide au développement : l’AFD contrainte de revoir sa boussole africaine

Coupes budgétaires, recomposition géopolitique et recentrage stratégique d’une institution sous pression. L’année 2025 restera comme une annus horribilis pour l’aide publique au développement. Confrontée à des restrictions budgétaires inédites, l’Agence française de développement (AFD) entame une profonde transformation de son modèle. Dans un entretien accordé à L’Express, son chef économiste Thomas Melonio dresse un constat sans détour : « En 2026, l’Afrique ne pèsera plus que 30 % de nos activités », contre une place historiquement centrale dans l’action de l’agence. Cette inflexion stratégique s’inscrit dans un contexte international bouleversé. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a entraîné la suppression brutale de l’USAID, symbole d’un désengagement américain massif de l’aide au développement. En Europe, la dynamique est similaire. En France, le budget consacré à l’aide publique a été amputé de 37 % en 2025, avec de nouvelles réductions attendues. Pour l’AFD, ces décisions se traduisent par une contrainte existentielle : faire moins, autrement. Historiquement tournée vers l’Afrique, où elle finançait infrastructures, santé, éducation et climat, l’agence doit désormais arbitrer. La baisse relative du poids du continent ne signifie pas un retrait total, mais un ciblage plus strict des interventions, privilégiant les projets jugés stratégiques, bancables ou alignés avec les priorités diplomatiques françaises. « Il ne s’agit plus de couvrir tous les besoins, mais de maximiser l’impact », résume Thomas Melonio. Ce recentrage reflète aussi une évolution du paysage africain. Plusieurs pays revendiquent davantage d’autonomie, diversifient leurs partenaires — Chine, Golfe, Russie — et contestent parfois le cadre traditionnel de l’aide occidentale. Dans ce contexte, l’AFD doit composer avec des attentes nouvelles, une concurrence accrue et une légitimité parfois questionnée. Les conséquences sont lourdes. Pour de nombreux États africains, la contraction de l’aide européenne intervient alors que les besoins explosent, sous l’effet de la croissance démographique, du changement climatique et de l’instabilité sécuritaire. Le risque est celui d’un décrochage silencieux, où les projets sociaux et environnementaux deviennent les variables d’ajustement des politiques budgétaires du Nord. Au-delà de l’AFD, cette évolution pose une question plus large : l’aide au développement est-elle en train de devenir une variable secondaire dans un monde dominé par les priorités sécuritaires, industrielles et migratoires ? En actant la réduction du poids de l’Afrique dans ses activités, l’agence française illustre une tendance lourde : celle d’un désengagement progressif, contraint plus que choisi, d’un continent pourtant central pour les équilibres futurs.

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La Cour suprême du Cameroun a renvoyé au 15 janvier 2026 l’examen du pourvoi en cassation introduit par le leader séparatiste anglophone Sisiku Ayuk Tabe et neuf de ses co-accusés

Affaire Ayuk Tabe (Cameroun) : justice différée, équation politique entière

Entre possible grâce présidentielle, limites du séparatisme et enjeux régionaux. La Cour suprême du Cameroun a renvoyé au 15 janvier 2026 l’examen du pourvoi en cassation introduit par le leader séparatiste anglophone Sisiku Julius Ayuk Tabe et neuf de ses co-accusés. Une audience de pure forme, sans débat sur le fond, qui prolonge une attente judiciaire entamée depuis cinq ans et ravive les interrogations politiques autour du conflit anglophone. Condamnés en 2019 à la réclusion criminelle à perpétuité par le tribunal militaire de Yaoundé, puis confirmés en appel en 2020, les dirigeants ambazoniens restent au cœur d’un dossier à forte charge symbolique. Pour la défense et les organisations de droits humains, la lenteur de la procédure et le jugement de civils par une juridiction militaire continuent de poser la question du respect du procès équitable. Pour l’État, il s’agit d’un dossier sécuritaire majeur, lié à des accusations de terrorisme et de sécession. Dans ce contexte, la question d’une grâce présidentielle revient régulièrement dans le débat public. Juridiquement, elle est possible : la Constitution camerounaise confère au chef de l’État le pouvoir de grâce. Politiquement, toutefois, elle reste délicate. Une grâce pourrait être perçue comme un geste d’apaisement susceptible de favoriser un dialogue politique. À l’inverse, elle risque d’être interprétée par certains groupes armés comme un aveu de faiblesse, voire un encouragement à la poursuite de la lutte séparatiste. Son efficacité dépendrait donc d’un cadre politique plus large incluant désarmement et dialogue structuré. La détention prolongée des leaders ambazoniens a eu des conséquences ambivalentes. Si elle a affaibli la coordination politique du mouvement, elle n’a pas mis fin à la violence sur le terrain. Au contraire, la fragmentation des groupes armés a parfois accentué l’insécurité, compliquant toute négociation crédible. Sur le fond, les revendications ambazoniennes atteignent leurs limites juridiques dans le cadre de la République du Cameroun. L’indépendance unilatérale reste incompatible avec l’ordre constitutionnel et le droit international, tandis que les violences contre les civils ont progressivement érodé les soutiens internationaux du mouvement. En revanche, les revendications liées à la gouvernance locale, à la protection des spécificités linguistiques et à une décentralisation effective demeurent des leviers politiques encore ouverts. À l’échelle régionale, le conflit anglophone pèse sur la stabilité du Golfe de Guinée et des frontières avec le Nigeria, alimentant déplacements de populations, trafics transfrontaliers et tensions sécuritaires. L’issue du dossier Ayuk Tabe dépasse ainsi le strict cadre judiciaire : elle s’inscrit au cœur d’un enjeu national et régional où justice, politique et sécurité restent étroitement imbriquées.

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