26 Décembre 2025

L’Afrique centrale anticipe une dégradation des réserves et du taux de couverture extérieure, mais évite de freiner la croissance.

BEAC : hausse des taux pour protéger le franc CFA

L’Afrique centrale anticipe une dégradation des réserves et du taux de couverture extérieure, mais évite de freiner la croissance. L’Afrique centrale bouge, mais avec prudence. La BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) a relevé ses taux directeurs de 25 points de base le 15 décembre 2025, dans un contexte où le franc CFA voit sa couverture extérieure se réduire. Le taux des appels d’offres passe ainsi de 4,50 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal atteint désormais 6,25 %. Les ratios de réserves obligatoires, eux, restent inchangés. Le message du gouverneur Yvon Sana Bangui est clair : la priorité est de protéger la monnaie et de limiter les sorties de capitaux, sans asphyxier l’économie. La BEAC anticipe une dégradation du solde du compte courant, avec un déficit attendu de 2,9 % du PIB, et des réserves de change en baisse de 2,6 % à 6 377 milliards de F.CFA, soit 4,2 mois d’importations contre 4,9 mois en 2024. Résultat : le taux de couverture extérieure tombe à 67 %, un signal pour agir avant qu’il ne s’effrite davantage. Cette décision intervient alors que la zone Cemac affiche une croissance modérée : 2,4 % prévue pour 2025, contre 2,7 % en 2024, avec une inflation basse (2,2 %) et un déficit budgétaire ramené à 1,4 % du PIB. La BEAC joue donc la carte de la stabilité et de la résilience face à des chocs économiques potentiels, notamment via les cours des matières premières et les flux financiers. Mais tous les signaux ne sont pas au vert. Les créances douteuses des banques de la région ont explosé au Gabon (+31,4 %), tandis que le Cameroun voit une hausse de 14,5 %. À l’inverse, le Tchad et la République centrafricaine affichent un recul de ces créances. Ces tensions locales ajoutent un facteur de vigilance pour la banque centrale. Pour le gouverneur, l’objectif est double : freiner l’érosion des réserves et rassurer les marchés tout en maintenant la liquidité bancaire. En clair, la BEAC mise sur un ajustement mesuré pour éviter un resserrement brutal qui pèserait sur l’économie. Dans un environnement incertain, l’Afrique centrale choisit donc l’anticipation plutôt que la précipitation, afin de protéger son franc et la stabilité de la région.

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Récompensée à Paris, l’avocate historique alerte sur la situation politique et les libertés publiques au Cameroun

Cameroun : Alice Nkom, figure des droits humains face au pouvoir de Yaoundé

Récompensée à Paris, l’avocate historique alerte sur la situation politique et les libertés publiques au Cameroun. Avocate de renom et militante des droits humains, Alice Nkom demeure l’une des figures les plus connues de la société civile camerounaise. Première femme avocate du pays, elle a consacré près de six décennies à la défense des libertés fondamentales, notamment celles des personnes marginalisées, dont les minorités sexuelles. Son engagement lui vaut aujourd’hui une reconnaissance internationale, mais aussi des relations tendues avec les autorités de Yaoundé. De passage à Paris, Alice Nkom a reçu le prix Engel-du Tertre, décerné par l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) au Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC), organisation régionale qu’elle préside. Cette distinction salue le travail mené par le réseau en faveur de la protection des défenseurs des droits humains dans un contexte régional marqué par des restrictions croissantes des libertés publiques. Cette récompense intervient dans un climat politique sensible au Cameroun, marqué par la réélection contestée du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Le REDHAC a d’ailleurs été suspendu pendant plusieurs mois par les autorités camerounaises, une décision justifiée officiellement par des motifs administratifs, mais dénoncée par l’organisation comme une entrave à ses activités. Une voix critique mais institutionnelle Alice Nkom assume une position critique vis-à-vis du régime en place, qu’elle accuse d’affaiblir progressivement l’État de droit. Active politiquement, elle est aujourd’hui porte-parole de l’opposant Issa Tchiroma Bakary, qui revendique la victoire à la dernière élection présidentielle. Une implication qui situe clairement l’avocate dans le débat politique national, tout en nourrissant les critiques de ses détracteurs, qui l’accusent de brouiller la frontière entre militantisme des droits humains et engagement partisan. De son côté, le pouvoir camerounais met en avant la stabilité institutionnelle du pays et rejette les accusations de dérive autoritaire, soulignant les efforts engagés en matière de maintien de l’ordre, de cohésion nationale et de développement. Un débat au cœur de l’avenir du pays Pour Alice Nkom, la reconnaissance internationale reçue à Paris est avant tout l’occasion de porter un message d’alerte sur la situation des libertés, de la justice et de la gouvernance au Cameroun. Elle appelle à un dialogue politique inclusif et à une plus grande attention de la communauté internationale aux dynamiques internes du pays. Entre défense des droits humains, engagement politique assumé et tensions avec les autorités, le parcours d’Alice Nkom illustre les lignes de fracture qui traversent le Cameroun contemporain. Un débat complexe, où s’opposent exigences de stabilité, aspirations démocratiques et pressions sociales, et qui continue de façonner l’avenir politique du pays.

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Après la victoire du Cameroun face au Gabon (1-0) à la CAN 2025, Eto’o Fils veut recentrer le débat sur le terrain.

Samuel Eto’o face au piège du pouvoir : football, popularité et soupçons politiques au Cameroun

Entre terrain sportif et arène politique, la star des Lions indomptables tente de contenir une popularité devenue explosive. Samuel Eto’o n’a peut-être jamais été aussi loin des terrains, mais jamais aussi proche du centre du jeu camerounais. Réélu en novembre à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), l’ancien attaquant vedette se retrouve aujourd’hui prisonnier d’un paradoxe : sa popularité nationale, loin d’être un atout, est devenue son principal fardeau. Dans un entretien accordé à Le Monde Afrique, Eto’o Fils met des mots sur un malaise profond : « 99 % de mes problèmes viennent du fait que les gens pensent que je veux devenir chef d’État. » Une phrase lourde de sens dans un pays où le football n’est jamais loin de la politique, et où toute figure charismatique est immédiatement perçue comme un acteur potentiel du pouvoir. L’ombre de George Weah La comparaison n’est jamais explicitement revendiquée, mais elle plane. L’exemple de George Weah, passé du statut d’icône sportive à président du Liberia, nourrit fantasmes et suspicions. Eto’o Fils, lui, botte en touche. Il nie toute ambition présidentielle tout en reconnaissant que cette rumeur parasite son action quotidienne à la Fecafoot, créant blocages, résistances et lectures politiciennes de décisions pourtant sportives. « Même quand nos idées sont bonnes, certains les traduisent immédiatement sur le plan politique », déplore-t-il. Dans un Cameroun où l’État reste hypercentralisé et la suspicion institutionnelle élevée, diriger le football revient à marcher sur une ligne de crête. Une gouvernance sportive sous haute tension Son mandat à la tête de la Fecafoot est loin d’être un long fleuve tranquille. Changements de sélectionneur à la veille de la CAN 2025, accusations d’ingérence, absences remarquées de cadres comme André Onana ou Vincent Aboubakar : chaque décision est scrutée, commentée, parfois instrumentalisée. À cela s’ajoute un positionnement politique assumé : son soutien public au président Paul Biya, réélu pour un huitième mandat, a suscité de vifs débats. Eto’o Fils assume, tout en rappelant que le choix politique relève de l’intime et que nul ne peut parler au nom de tous les Camerounais. Quand le football devient un miroir du pouvoir Après la victoire du Cameroun face au Gabon (1-0) à la CAN 2025, Eto’o Fils veut recentrer le débat sur le terrain. Mais le contexte national rend l’exercice difficile. Au Cameroun, le football est un langage politique, un espace de projection des frustrations, des espoirs et des luttes de pouvoir. Samuel Eto’o incarne cette frontière trouble entre sport et politique. Qu’il le veuille ou non, son aura dépasse désormais le rectangle vert. Et tant que cette ambiguïté persistera, le président de la Fecafoot restera sous surveillance permanente – adulé par les foules, redouté par les cercles du pouvoir, et enfermé dans un rôle qu’il affirme ne pas vouloir endosser.

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Les frappes américaines menées le jour de Noël contre des positions de l’État islamique dans le nord-ouest du Nigeria marquent un tournant stratégique autant qu’un signal politique.

Frappes américaines au Nigeria : quand Trump projette la guerre globale sur le Sahel côtier

Sécurité, religion et puissance : Washington revient militairement en Afrique par Abuja. Les frappes américaines menées le jour de Noël contre des positions de l’État islamique dans le nord-ouest du Nigeria marquent un tournant stratégique autant qu’un signal politique. En revendiquant une opération « meurtrière » destinée à protéger les chrétiens, Donald Trump n’a pas seulement ordonné une action militaire ciblée : il a réinscrit l’Afrique dans sa grammaire sécuritaire mondiale, mêlant lutte antiterroriste, rhétorique civilisationnelle et démonstration de force. Une frappe militaire, un message politique Sur Truth Social, le président américain a choisi ses mots avec soin. Noël. Chrétiens. Terroristes. Punition. La narration est claire : l’Amérique protège, frappe et dissuade. Peu importe que la réalité nigériane soit infiniment plus complexe – violences multifactorielles, criminalité armée, conflits fonciers, jihadisme diffus – Trump II impose un récit binaire, taillé pour son électorat et pour affirmer son retour sur la scène internationale. Mais derrière l’emphase présidentielle, l’opération révèle une réalité plus subtile : les frappes ont été demandées, renseignées et validées par Abuja. Abuja acteur, non spectateur En confirmant avoir fourni les renseignements et donné son feu vert, le Nigeria assume pleinement cette coopération militaire. Le président Bola Tinubu et son gouvernement montrent qu’ils ne sont pas de simples bénéficiaires d’une intervention étrangère, mais des partenaires stratégiques actifs. Dans un contexte où les armées africaines cherchent à reprendre la main après les désengagements occidentaux et les coups d’État régionaux, Abuja fait un choix clair : coopérer avec Washington plutôt que subir l’insécurité chronique. Cette posture contraste fortement avec celle des régimes sahéliens qui ont rompu avec les partenaires occidentaux. Le Nigeria se positionne ainsi comme pôle de stabilité relative, interlocuteur crédible et pivot sécuritaire en Afrique de l’Ouest. Le retour discret de la guerre américaine en Afrique Ces frappes sont les premières sous la nouvelle présidence Trump, mais elles rappellent une constante : l’Afrique demeure un théâtre secondaire mais permanent de la guerre globale contre le terrorisme. AFRICOM agit, frappe, puis se retire du discours officiel, laissant la communication politique à la Maison-Blanche. Ce retour intervient dans un contexte de durcissement général de la politique américaine : restrictions de visas, classement du Nigeria parmi les pays « particulièrement préoccupants » en matière de liberté religieuse, recentrage sécuritaire de l’aide internationale. L’intervention militaire devient ainsi un levier parmi d’autres d’une stratégie plus large de pression et de sélection des partenaires. Religion : un angle explosif L’insistance de Trump sur la protection des chrétiens suscite malaise et inquiétudes. À Abuja comme chez de nombreux analystes, cette lecture confessionnelle est jugée dangereuse, car elle simplifie un conflit complexe et risque d’alimenter les fractures internes. Le gouvernement nigérian s’est empressé de rappeler que les victimes du terrorisme sont musulmanes comme chrétiennes, et que la lutte engagée n’a rien de religieux. Mais le mal est fait : la narration trumpienne exporte en Afrique les guerres culturelles américaines. Une coopération sous conditions Militairement efficace à court terme, politiquement risquée à long terme, cette coopération pose une question centrale : jusqu’où Abuja acceptera-t-il que sa lutte sécuritaire soit instrumentalisée par des agendas politiques extérieurs ? Et à l’inverse, jusqu’où Washington est-il prêt à s’engager au-delà de frappes ponctuelles sans stratégie régionale globale ? Une chose est sûre : avec ces frappes de Noël, le Nigeria redevient un maillon clé de la sécurité africaine vue de Washington. Et Donald Trump, en chef de guerre médiatique, a trouvé en Afrique un terrain où puissance, symbole et narration se rejoignent.

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À quelques heures de scrutins décisifs en Côte d’Ivoire et en Guinée, la Francophonie sort de sa réserve protocolaire.

Élections sous surveillance francophone : Abidjan et Conakry au banc d’essai diplomatique

Quand l’observation électorale devient un instrument de puissance. À quelques heures de scrutins décisifs en Côte d’Ivoire et en Guinée, la Francophonie sort de sa réserve protocolaire. En dépêchant des Missions électorales à Abidjan et Conakry, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ne se contente pas d’observer des urnes : elle réaffirme une présence politique dans une Afrique de l’Ouest traversée par les coups d’État, les transitions sous tension et la concurrence ouverte des puissances étrangères. Derrière la neutralité affichée, le message est clair : les élections restent un champ de bataille géopolitique. Abidjan, vitrine de stabilité ; Conakry, test de crédibilité En Côte d’Ivoire, les législatives du 27 décembre 2025 sont moins un enjeu de pouvoir qu’un examen de maturité institutionnelle. Le pays, moteur économique régional, sait que la crédibilité de ses processus électoraux conditionne la confiance des investisseurs, la stabilité sociale et son statut de partenaire privilégié des bailleurs internationaux. La présence de la Francophonie vise ici à désamorcer toute contestation post-électorale, dans un État dont l’histoire récente rappelle le coût politique de scrutins contestés. En Guinée, l’enjeu est d’une tout autre nature. L’élection présidentielle du 28 décembre 2025 doit sceller – ou non – la sortie de transition. Pour Conakry, l’observation francophone est une opportunité diplomatique : celle de montrer des gages de normalisation sans se soumettre frontalement aux injonctions plus dures de la CEDEAO ou de l’Union européenne. Pour l’OIF, c’est un pari risqué : accompagner sans cautionner, observer sans légitimer l’irréversible. La Francophonie, dernier médiateur acceptable ? À l’heure où les sanctions régionales perdent de leur efficacité et où les opinions publiques africaines se méfient des leçons de démocratie venues de l’extérieur, la Francophonie joue une carte singulière. Moins intrusive, plus feutrée, elle s’appuie sur la Déclaration de Bamako pour rappeler les standards électoraux tout en maintenant le dialogue. Ce positionnement intermédiaire fait de l’OIF l’un des rares acteurs encore audibles dans certains contextes politiques africains. Une diplomatie du « ni rupture ni chèque en blanc », qui contraste avec l’approche sécuritaire dominante des puissances occidentales. Observer, c’est aussi influencer Ne nous y trompons pas : l’observation électorale n’est jamais neutre. En Côte d’Ivoire comme en Guinée, les rapports, recommandations et déclarations préliminaires pèseront sur : Dans un monde où la légitimité politique conditionne l’accès aux ressources, le regard posé sur les urnes vaut parfois plus que le bulletin lui-même. Une bataille discrète pour l’avenir régional Face à la montée en puissance de nouveaux partenaires – Russie, Chine, Golfe – peu enclins à conditionner leur soutien à des normes démocratiques, la Francophonie tente de préserver un espace politique fondé sur des règles partagées. C’est une bataille silencieuse, moins spectaculaire que les déploiements militaires, mais tout aussi stratégique. Abidjan et Conakry ne jouent pas seulement une élection. Ils jouent leur place dans l’ordre régional à venir. Et la Francophonie, en arbitre discret, entend bien rappeler que la démocratie reste une monnaie géopolitique.

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La plainte déposée par Orano et l’ouverture, en plein cœur de l’hiver, d’une enquête du parquet de Paris pour « vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère » ne relèvent pas du simple contentieux industriel

Uranium du Niger : la plainte de Paris ou le symptôme d’une défaite stratégique

Quand Niamey inverse le rapport de force face à Orano et expose les failles françaises La plainte déposée par Orano et l’ouverture, en plein cœur de l’hiver, d’une enquête du parquet de Paris pour « vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère » ne relèvent pas du simple contentieux industriel. Elles marquent un tournant géopolitique majeur dans le bras de fer entre la France et le Niger, révélateur d’une perte d’influence profonde de Paris au Sahel. Depuis la prise de pouvoir militaire de juillet 2023, le groupe français – ex-Areva – a vu s’effondrer en quelques mois une présence vieille de plus d’un demi-siècle. Les mines de Somaïr, Cominak et Imouraren, piliers de l’approvisionnement français en uranium depuis les années 1970, ont été nationalisées par le régime du général Abdourahamane Tiani au nom du « droit légitime du peuple nigérien à exploiter ses ressources ». Une rupture brutale avec un modèle hérité de la Françafrique. L’affaire prend une dimension explosive avec la disparition présumée de 1 000 tonnes d’uranium civil, évaluées à 160 millions d’euros, du site d’Arlit. Les soupçons d’un transfert vers la Russie, via le Burkina Faso et possiblement le Togo, transforment un litige commercial en enjeu de sécurité internationale et d’intelligence économique. Paris redoute moins la perte financière que le basculement stratégique : voir une ressource clé de son parc nucléaire passer sous contrôle de puissances concurrentes. Un contentieux juridique aux chances limitées Sur le plan strictement juridique, les chances de succès de la plainte française restent incertaines. Certes, un tribunal arbitral a estimé que l’État nigérien ne pouvait ni vendre ni transférer l’uranium produit par la Somaïr. Mais dans les faits, le contrôle territorial, militaire et logistique appartient désormais à Niamey. Le droit international de l’investissement se heurte ici à une réalité politique : celle d’un État souverain assumant la rupture, prêt à supporter le coût judiciaire au nom d’un gain stratégique à long terme. L’ouverture de l’enquête à Paris apparaît ainsi autant comme un outil judiciaire que comme un signal politique : montrer que la France n’abandonne pas le terrain, maintenir une pression diplomatique et dissuader d’éventuels partenaires étrangers. Mais cette démarche révèle aussi une faiblesse : Paris agit désormais depuis l’extérieur, en réaction, là où Niamey impose le tempo. Le cœur du contentieux : le prix et la valeur stratégique de l’uranium Derrière le conflit, une question centrale : le prix de l’uranium nigérien. Pendant des décennies, la France a acheté le kilo d’uranium à des tarifs largement inférieurs aux cours mondiaux – autour de 30 à 40 dollars le kilo, contre des pics dépassant aujourd’hui 100 dollars sur le marché international. Pour Niamey, la nationalisation n’est pas qu’un acte politique : c’est une reconquête économique. Le Niger a désormais ouvertement affiché sa volonté de diversifier ses partenaires : Russie, Iran, Chine, et acteurs non occidentaux du nucléaire civil. Le mémorandum signé avec Rosatom en juillet s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit plus seulement de vendre de l’uranium, mais de changer de système d’alliances. Une stratégie du faible au fort Face à une France affaiblie diplomatiquement, isolée militairement après son retrait du Sahel et dépendante de l’uranium pour son parc nucléaire, le Niger déploie une stratégie asymétrique redoutablement efficace. En nationalisant, en communiquant sur la souveraineté, en judiciarisant à son tour le dossier (accusations de déchets radioactifs), Niamey retourne le narratif : l’exploitant devient l’accusé. Cette affaire dépasse Orano. Elle symbolise l’inversion du rapport de force Paris–Niamey, la fin d’un cycle et l’entrée du Niger dans une géoéconomie assumée des ressources. La plainte française, plus qu’une arme décisive, apparaît comme un aveu de perte de contrôle. Dans le nouveau Sahel, l’uranium n’est plus seulement une matière première : c’est une arme stratégique.

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Présents en Centrafrique depuis 2017, à la demande du président Faustin-Archange Touadéra, les combattants de Wagner ont profondément redéfini l’architecture sécuritaire du pays.

Centrafrique : Wagner en arbitre sécuritaire d’un scrutin sous haute tension

Entre promesse de paix électorale, dépendance militaire et zone grise géopolitique À l’approche d’un triple scrutin décisif – présidentielle, législatives et élections locales – la République centrafricaine s’apprête à voter sous la surveillance étroite des paramilitaires russes liés au groupe Wagner. Ces derniers se disent prêts à garantir des élections « pacifiques », tout en affirmant leur capacité à repousser toute tentative de déstabilisation. Une déclaration lourde de sens dans un pays où la sécurité électorale demeure un enjeu existentiel. Dans une réponse écrite à l’AFP, Alexander Ivanov, représentant des paramilitaires russes en Centrafrique, assure que les « spécialistes russes » prennent leur mission « très au sérieux ». Selon lui, le contexte sécuritaire permettrait, à ce stade, d’envisager un scrutin sans violences majeures. Mais derrière ce discours rassurant se dessine une réalité plus complexe : la centralité d’un acteur militaire étranger dans l’organisation implicite de la sécurité d’un processus démocratique national. Présents en Centrafrique depuis 2017, à la demande du président Faustin-Archange Touadéra, les combattants de Wagner ont profondément redéfini l’architecture sécuritaire du pays. Initialement déployés pour appuyer une armée nationale affaiblie et fragmentée, ils ont joué un rôle clé lors de la crise post-électorale de 2020, en repoussant, aux côtés de forces rwandaises, une coalition de groupes armés menaçant Bangui. Depuis, leur influence dépasse le strict cadre militaire. Cette présence s’accompagne toutefois de controverses majeures. De nombreuses organisations internationales accusent les paramilitaires de Wagner d’avoir commis de graves violations des droits humains – exécutions sommaires, tortures, disparitions – en Centrafrique comme ailleurs. Alexander Ivanov, lui-même sous sanctions américaines et européennes, affirme représenter une entité distincte, l’OUIS, tout en reconnaissant employer des combattants « très expérimentés » issus de Wagner. Une distinction jugée largement formelle par les chancelleries occidentales. Sur le terrain, la sécurité reste inégale. Ivanov reconnaît l’existence de zones frontalières instables, où des groupes rebelles demeurent actifs, justifiant un état d’alerte maximal des forces centrafricaines appuyées par les Russes. Dans ce contexte, le président sortant Faustin-Archange Touadéra, 68 ans, candidat à un troisième mandat, apparaît comme le grand favori, porté par un discours axé sur le retour progressif à la stabilité. Mais au-delà du scrutin immédiat, une question stratégique se pose : qui garantit réellement la souveraineté sécuritaire de la Centrafrique ? Depuis la mort d’Evguéni Prigojine en 2023, Moscou cherche à restructurer son dispositif africain via Africa Corps, sous tutelle plus directe du ministère russe de la Défense. Ivanov évite soigneusement le sujet, signe d’une transition encore opaque. Ainsi, si Wagner promet des élections « pacifiques », le scrutin centrafricain illustre surtout une réalité troublante : celle d’un État dont la stabilité démocratique repose, en grande partie, sur des forces armées étrangères, au cœur d’un jeu géopolitique qui dépasse largement les urnes.

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