Décembre 2025

Après la victoire du Cameroun face au Gabon (1-0) à la CAN 2025, Eto’o Fils veut recentrer le débat sur le terrain.

Samuel Eto’o face au piège du pouvoir : football, popularité et soupçons politiques au Cameroun

Entre terrain sportif et arène politique, la star des Lions indomptables tente de contenir une popularité devenue explosive. Samuel Eto’o n’a peut-être jamais été aussi loin des terrains, mais jamais aussi proche du centre du jeu camerounais. Réélu en novembre à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), l’ancien attaquant vedette se retrouve aujourd’hui prisonnier d’un paradoxe : sa popularité nationale, loin d’être un atout, est devenue son principal fardeau. Dans un entretien accordé à Le Monde Afrique, Eto’o Fils met des mots sur un malaise profond : « 99 % de mes problèmes viennent du fait que les gens pensent que je veux devenir chef d’État. » Une phrase lourde de sens dans un pays où le football n’est jamais loin de la politique, et où toute figure charismatique est immédiatement perçue comme un acteur potentiel du pouvoir. L’ombre de George Weah La comparaison n’est jamais explicitement revendiquée, mais elle plane. L’exemple de George Weah, passé du statut d’icône sportive à président du Liberia, nourrit fantasmes et suspicions. Eto’o Fils, lui, botte en touche. Il nie toute ambition présidentielle tout en reconnaissant que cette rumeur parasite son action quotidienne à la Fecafoot, créant blocages, résistances et lectures politiciennes de décisions pourtant sportives. « Même quand nos idées sont bonnes, certains les traduisent immédiatement sur le plan politique », déplore-t-il. Dans un Cameroun où l’État reste hypercentralisé et la suspicion institutionnelle élevée, diriger le football revient à marcher sur une ligne de crête. Une gouvernance sportive sous haute tension Son mandat à la tête de la Fecafoot est loin d’être un long fleuve tranquille. Changements de sélectionneur à la veille de la CAN 2025, accusations d’ingérence, absences remarquées de cadres comme André Onana ou Vincent Aboubakar : chaque décision est scrutée, commentée, parfois instrumentalisée. À cela s’ajoute un positionnement politique assumé : son soutien public au président Paul Biya, réélu pour un huitième mandat, a suscité de vifs débats. Eto’o Fils assume, tout en rappelant que le choix politique relève de l’intime et que nul ne peut parler au nom de tous les Camerounais. Quand le football devient un miroir du pouvoir Après la victoire du Cameroun face au Gabon (1-0) à la CAN 2025, Eto’o Fils veut recentrer le débat sur le terrain. Mais le contexte national rend l’exercice difficile. Au Cameroun, le football est un langage politique, un espace de projection des frustrations, des espoirs et des luttes de pouvoir. Samuel Eto’o incarne cette frontière trouble entre sport et politique. Qu’il le veuille ou non, son aura dépasse désormais le rectangle vert. Et tant que cette ambiguïté persistera, le président de la Fecafoot restera sous surveillance permanente – adulé par les foules, redouté par les cercles du pouvoir, et enfermé dans un rôle qu’il affirme ne pas vouloir endosser.

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Les frappes américaines menées le jour de Noël contre des positions de l’État islamique dans le nord-ouest du Nigeria marquent un tournant stratégique autant qu’un signal politique.

Frappes américaines au Nigeria : quand Trump projette la guerre globale sur le Sahel côtier

Sécurité, religion et puissance : Washington revient militairement en Afrique par Abuja. Les frappes américaines menées le jour de Noël contre des positions de l’État islamique dans le nord-ouest du Nigeria marquent un tournant stratégique autant qu’un signal politique. En revendiquant une opération « meurtrière » destinée à protéger les chrétiens, Donald Trump n’a pas seulement ordonné une action militaire ciblée : il a réinscrit l’Afrique dans sa grammaire sécuritaire mondiale, mêlant lutte antiterroriste, rhétorique civilisationnelle et démonstration de force. Une frappe militaire, un message politique Sur Truth Social, le président américain a choisi ses mots avec soin. Noël. Chrétiens. Terroristes. Punition. La narration est claire : l’Amérique protège, frappe et dissuade. Peu importe que la réalité nigériane soit infiniment plus complexe – violences multifactorielles, criminalité armée, conflits fonciers, jihadisme diffus – Trump II impose un récit binaire, taillé pour son électorat et pour affirmer son retour sur la scène internationale. Mais derrière l’emphase présidentielle, l’opération révèle une réalité plus subtile : les frappes ont été demandées, renseignées et validées par Abuja. Abuja acteur, non spectateur En confirmant avoir fourni les renseignements et donné son feu vert, le Nigeria assume pleinement cette coopération militaire. Le président Bola Tinubu et son gouvernement montrent qu’ils ne sont pas de simples bénéficiaires d’une intervention étrangère, mais des partenaires stratégiques actifs. Dans un contexte où les armées africaines cherchent à reprendre la main après les désengagements occidentaux et les coups d’État régionaux, Abuja fait un choix clair : coopérer avec Washington plutôt que subir l’insécurité chronique. Cette posture contraste fortement avec celle des régimes sahéliens qui ont rompu avec les partenaires occidentaux. Le Nigeria se positionne ainsi comme pôle de stabilité relative, interlocuteur crédible et pivot sécuritaire en Afrique de l’Ouest. Le retour discret de la guerre américaine en Afrique Ces frappes sont les premières sous la nouvelle présidence Trump, mais elles rappellent une constante : l’Afrique demeure un théâtre secondaire mais permanent de la guerre globale contre le terrorisme. AFRICOM agit, frappe, puis se retire du discours officiel, laissant la communication politique à la Maison-Blanche. Ce retour intervient dans un contexte de durcissement général de la politique américaine : restrictions de visas, classement du Nigeria parmi les pays « particulièrement préoccupants » en matière de liberté religieuse, recentrage sécuritaire de l’aide internationale. L’intervention militaire devient ainsi un levier parmi d’autres d’une stratégie plus large de pression et de sélection des partenaires. Religion : un angle explosif L’insistance de Trump sur la protection des chrétiens suscite malaise et inquiétudes. À Abuja comme chez de nombreux analystes, cette lecture confessionnelle est jugée dangereuse, car elle simplifie un conflit complexe et risque d’alimenter les fractures internes. Le gouvernement nigérian s’est empressé de rappeler que les victimes du terrorisme sont musulmanes comme chrétiennes, et que la lutte engagée n’a rien de religieux. Mais le mal est fait : la narration trumpienne exporte en Afrique les guerres culturelles américaines. Une coopération sous conditions Militairement efficace à court terme, politiquement risquée à long terme, cette coopération pose une question centrale : jusqu’où Abuja acceptera-t-il que sa lutte sécuritaire soit instrumentalisée par des agendas politiques extérieurs ? Et à l’inverse, jusqu’où Washington est-il prêt à s’engager au-delà de frappes ponctuelles sans stratégie régionale globale ? Une chose est sûre : avec ces frappes de Noël, le Nigeria redevient un maillon clé de la sécurité africaine vue de Washington. Et Donald Trump, en chef de guerre médiatique, a trouvé en Afrique un terrain où puissance, symbole et narration se rejoignent.

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À quelques heures de scrutins décisifs en Côte d’Ivoire et en Guinée, la Francophonie sort de sa réserve protocolaire.

Élections sous surveillance francophone : Abidjan et Conakry au banc d’essai diplomatique

Quand l’observation électorale devient un instrument de puissance. À quelques heures de scrutins décisifs en Côte d’Ivoire et en Guinée, la Francophonie sort de sa réserve protocolaire. En dépêchant des Missions électorales à Abidjan et Conakry, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ne se contente pas d’observer des urnes : elle réaffirme une présence politique dans une Afrique de l’Ouest traversée par les coups d’État, les transitions sous tension et la concurrence ouverte des puissances étrangères. Derrière la neutralité affichée, le message est clair : les élections restent un champ de bataille géopolitique. Abidjan, vitrine de stabilité ; Conakry, test de crédibilité En Côte d’Ivoire, les législatives du 27 décembre 2025 sont moins un enjeu de pouvoir qu’un examen de maturité institutionnelle. Le pays, moteur économique régional, sait que la crédibilité de ses processus électoraux conditionne la confiance des investisseurs, la stabilité sociale et son statut de partenaire privilégié des bailleurs internationaux. La présence de la Francophonie vise ici à désamorcer toute contestation post-électorale, dans un État dont l’histoire récente rappelle le coût politique de scrutins contestés. En Guinée, l’enjeu est d’une tout autre nature. L’élection présidentielle du 28 décembre 2025 doit sceller – ou non – la sortie de transition. Pour Conakry, l’observation francophone est une opportunité diplomatique : celle de montrer des gages de normalisation sans se soumettre frontalement aux injonctions plus dures de la CEDEAO ou de l’Union européenne. Pour l’OIF, c’est un pari risqué : accompagner sans cautionner, observer sans légitimer l’irréversible. La Francophonie, dernier médiateur acceptable ? À l’heure où les sanctions régionales perdent de leur efficacité et où les opinions publiques africaines se méfient des leçons de démocratie venues de l’extérieur, la Francophonie joue une carte singulière. Moins intrusive, plus feutrée, elle s’appuie sur la Déclaration de Bamako pour rappeler les standards électoraux tout en maintenant le dialogue. Ce positionnement intermédiaire fait de l’OIF l’un des rares acteurs encore audibles dans certains contextes politiques africains. Une diplomatie du « ni rupture ni chèque en blanc », qui contraste avec l’approche sécuritaire dominante des puissances occidentales. Observer, c’est aussi influencer Ne nous y trompons pas : l’observation électorale n’est jamais neutre. En Côte d’Ivoire comme en Guinée, les rapports, recommandations et déclarations préliminaires pèseront sur : Dans un monde où la légitimité politique conditionne l’accès aux ressources, le regard posé sur les urnes vaut parfois plus que le bulletin lui-même. Une bataille discrète pour l’avenir régional Face à la montée en puissance de nouveaux partenaires – Russie, Chine, Golfe – peu enclins à conditionner leur soutien à des normes démocratiques, la Francophonie tente de préserver un espace politique fondé sur des règles partagées. C’est une bataille silencieuse, moins spectaculaire que les déploiements militaires, mais tout aussi stratégique. Abidjan et Conakry ne jouent pas seulement une élection. Ils jouent leur place dans l’ordre régional à venir. Et la Francophonie, en arbitre discret, entend bien rappeler que la démocratie reste une monnaie géopolitique.

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La plainte déposée par Orano et l’ouverture, en plein cœur de l’hiver, d’une enquête du parquet de Paris pour « vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère » ne relèvent pas du simple contentieux industriel

Uranium du Niger : la plainte de Paris ou le symptôme d’une défaite stratégique

Quand Niamey inverse le rapport de force face à Orano et expose les failles françaises La plainte déposée par Orano et l’ouverture, en plein cœur de l’hiver, d’une enquête du parquet de Paris pour « vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère » ne relèvent pas du simple contentieux industriel. Elles marquent un tournant géopolitique majeur dans le bras de fer entre la France et le Niger, révélateur d’une perte d’influence profonde de Paris au Sahel. Depuis la prise de pouvoir militaire de juillet 2023, le groupe français – ex-Areva – a vu s’effondrer en quelques mois une présence vieille de plus d’un demi-siècle. Les mines de Somaïr, Cominak et Imouraren, piliers de l’approvisionnement français en uranium depuis les années 1970, ont été nationalisées par le régime du général Abdourahamane Tiani au nom du « droit légitime du peuple nigérien à exploiter ses ressources ». Une rupture brutale avec un modèle hérité de la Françafrique. L’affaire prend une dimension explosive avec la disparition présumée de 1 000 tonnes d’uranium civil, évaluées à 160 millions d’euros, du site d’Arlit. Les soupçons d’un transfert vers la Russie, via le Burkina Faso et possiblement le Togo, transforment un litige commercial en enjeu de sécurité internationale et d’intelligence économique. Paris redoute moins la perte financière que le basculement stratégique : voir une ressource clé de son parc nucléaire passer sous contrôle de puissances concurrentes. Un contentieux juridique aux chances limitées Sur le plan strictement juridique, les chances de succès de la plainte française restent incertaines. Certes, un tribunal arbitral a estimé que l’État nigérien ne pouvait ni vendre ni transférer l’uranium produit par la Somaïr. Mais dans les faits, le contrôle territorial, militaire et logistique appartient désormais à Niamey. Le droit international de l’investissement se heurte ici à une réalité politique : celle d’un État souverain assumant la rupture, prêt à supporter le coût judiciaire au nom d’un gain stratégique à long terme. L’ouverture de l’enquête à Paris apparaît ainsi autant comme un outil judiciaire que comme un signal politique : montrer que la France n’abandonne pas le terrain, maintenir une pression diplomatique et dissuader d’éventuels partenaires étrangers. Mais cette démarche révèle aussi une faiblesse : Paris agit désormais depuis l’extérieur, en réaction, là où Niamey impose le tempo. Le cœur du contentieux : le prix et la valeur stratégique de l’uranium Derrière le conflit, une question centrale : le prix de l’uranium nigérien. Pendant des décennies, la France a acheté le kilo d’uranium à des tarifs largement inférieurs aux cours mondiaux – autour de 30 à 40 dollars le kilo, contre des pics dépassant aujourd’hui 100 dollars sur le marché international. Pour Niamey, la nationalisation n’est pas qu’un acte politique : c’est une reconquête économique. Le Niger a désormais ouvertement affiché sa volonté de diversifier ses partenaires : Russie, Iran, Chine, et acteurs non occidentaux du nucléaire civil. Le mémorandum signé avec Rosatom en juillet s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit plus seulement de vendre de l’uranium, mais de changer de système d’alliances. Une stratégie du faible au fort Face à une France affaiblie diplomatiquement, isolée militairement après son retrait du Sahel et dépendante de l’uranium pour son parc nucléaire, le Niger déploie une stratégie asymétrique redoutablement efficace. En nationalisant, en communiquant sur la souveraineté, en judiciarisant à son tour le dossier (accusations de déchets radioactifs), Niamey retourne le narratif : l’exploitant devient l’accusé. Cette affaire dépasse Orano. Elle symbolise l’inversion du rapport de force Paris–Niamey, la fin d’un cycle et l’entrée du Niger dans une géoéconomie assumée des ressources. La plainte française, plus qu’une arme décisive, apparaît comme un aveu de perte de contrôle. Dans le nouveau Sahel, l’uranium n’est plus seulement une matière première : c’est une arme stratégique.

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Présents en Centrafrique depuis 2017, à la demande du président Faustin-Archange Touadéra, les combattants de Wagner ont profondément redéfini l’architecture sécuritaire du pays.

Centrafrique : Wagner en arbitre sécuritaire d’un scrutin sous haute tension

Entre promesse de paix électorale, dépendance militaire et zone grise géopolitique À l’approche d’un triple scrutin décisif – présidentielle, législatives et élections locales – la République centrafricaine s’apprête à voter sous la surveillance étroite des paramilitaires russes liés au groupe Wagner. Ces derniers se disent prêts à garantir des élections « pacifiques », tout en affirmant leur capacité à repousser toute tentative de déstabilisation. Une déclaration lourde de sens dans un pays où la sécurité électorale demeure un enjeu existentiel. Dans une réponse écrite à l’AFP, Alexander Ivanov, représentant des paramilitaires russes en Centrafrique, assure que les « spécialistes russes » prennent leur mission « très au sérieux ». Selon lui, le contexte sécuritaire permettrait, à ce stade, d’envisager un scrutin sans violences majeures. Mais derrière ce discours rassurant se dessine une réalité plus complexe : la centralité d’un acteur militaire étranger dans l’organisation implicite de la sécurité d’un processus démocratique national. Présents en Centrafrique depuis 2017, à la demande du président Faustin-Archange Touadéra, les combattants de Wagner ont profondément redéfini l’architecture sécuritaire du pays. Initialement déployés pour appuyer une armée nationale affaiblie et fragmentée, ils ont joué un rôle clé lors de la crise post-électorale de 2020, en repoussant, aux côtés de forces rwandaises, une coalition de groupes armés menaçant Bangui. Depuis, leur influence dépasse le strict cadre militaire. Cette présence s’accompagne toutefois de controverses majeures. De nombreuses organisations internationales accusent les paramilitaires de Wagner d’avoir commis de graves violations des droits humains – exécutions sommaires, tortures, disparitions – en Centrafrique comme ailleurs. Alexander Ivanov, lui-même sous sanctions américaines et européennes, affirme représenter une entité distincte, l’OUIS, tout en reconnaissant employer des combattants « très expérimentés » issus de Wagner. Une distinction jugée largement formelle par les chancelleries occidentales. Sur le terrain, la sécurité reste inégale. Ivanov reconnaît l’existence de zones frontalières instables, où des groupes rebelles demeurent actifs, justifiant un état d’alerte maximal des forces centrafricaines appuyées par les Russes. Dans ce contexte, le président sortant Faustin-Archange Touadéra, 68 ans, candidat à un troisième mandat, apparaît comme le grand favori, porté par un discours axé sur le retour progressif à la stabilité. Mais au-delà du scrutin immédiat, une question stratégique se pose : qui garantit réellement la souveraineté sécuritaire de la Centrafrique ? Depuis la mort d’Evguéni Prigojine en 2023, Moscou cherche à restructurer son dispositif africain via Africa Corps, sous tutelle plus directe du ministère russe de la Défense. Ivanov évite soigneusement le sujet, signe d’une transition encore opaque. Ainsi, si Wagner promet des élections « pacifiques », le scrutin centrafricain illustre surtout une réalité troublante : celle d’un État dont la stabilité démocratique repose, en grande partie, sur des forces armées étrangères, au cœur d’un jeu géopolitique qui dépasse largement les urnes.

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Le campus de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Douala à Édéa a accueilli, le mardi 23 décembre, une cérémonie de parrainage d’étudiants par Harvest Asset Management, acteur spécialisé des marchés financiers.

Cameroun : la ville d’Édéa à l’heure du choix stratégique

Quand l’IUT devient un levier géoéconomique contre le chômage et l’exode des jeunes. Le campus de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Douala à Édéa a accueilli, le mardi 23 décembre, une cérémonie de parrainage d’étudiants par Harvest Asset Management, acteur spécialisé des marchés financiers. Au-delà du geste académique, l’événement a mis en lumière un enjeu bien plus large : la capacité d’Édéa à transformer l’implantation de l’IUT en moteur économique, social et géostratégique. Pour le Pr Jacques Etame, directeur de l’IUT, le message est clair : l’université ne peut plus être une tour d’ivoire. La mutation de certaines filières, à l’image de Banque et Finance devenue Ingénierie financière, traduit une orientation résolument pratique, alignée sur les besoins du marché et les standards internationaux. L’ambition affichée est de faire du campus d’Édéa un campus d’application de l’économie universitaire, où savoirs, innovation et entreprises se rencontrent. (La ville d’Edéa) Deux projets pilotes incarnent cette vision : le transport des étudiants et les logements universitaires. Des initiatives structurantes, capables de générer des emplois locaux, d’attirer des investisseurs et de créer un écosystème économique autour du campus. Un potentiel que les étudiants eux-mêmes disent percevoir, à l’image de la présidente de l’Association des étudiants, qui souligne une meilleure appropriation des réalités professionnelles. Mais le constat est sans appel : la ville d’Édéa tarde à s’approprier l’IUT. Ni initiatives locales visibles, ni réponse structurée des collectivités territoriales décentralisées, alors même que le site est excentré et que la pression sur le logement est réelle. Une inertie préoccupante, alors qu’Édéa dispose d’atouts géostratégiques majeurs : carrefour entre Douala et Yaoundé, proximité de Kribi et de son port en eau profonde, tissu industriel historique et bassin de main-d’œuvre jeune. (Zone industrielle d’Edéa, le coeur du Cameroun) Dans un contexte marqué par le chômage des diplômés et l’exode massif des jeunes vers Douala, Yaoundé, l’Europe ou l’Amérique du Nord, l’IUT d’Édéa représente une alternative crédible. Il peut contribuer à fixer les compétences, à dynamiser le marché local de l’emploi et à repositionner la ville dans la chaîne de valeur nationale et régionale. Conscient de cet enjeu, le Pr Jacques Etame a annoncé l’organisation prochaine d’un Café-débat “Universités–Territoires”, réunissant collectivités, partenaires économiques et opérateurs privés. L’objectif : transformer une décision gouvernementale en niches d’opportunités concrètes. À Édéa, l’université est là. Reste à savoir si la ville saisira cette chance stratégique… ou la laissera passer.

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Sur l’avortement, les opinions se partagent.

Afrique et Cameroun : liberté des femmes, l’avortement divise toujours

Entre droits reconnus et tabous persistants, le continent avance sur la maternité et le mariage, mais reste scindé sur l’interruption de grossesse. Au Cameroun et dans toute l’Afrique, les femmes gagnent du terrain sur leurs droits. Elles peuvent désormais choisir leur mariage et décider du nombre d’enfants qu’elles auront. Mais sur l’avortement, c’est une autre histoire. C’est ce que révèle l’enquête Afrobarometer, menée entre 2024 et 2025 auprès de 51 000 personnes dans 38 pays africains. Selon l’étude, 75 % des Africains estiment que les femmes doivent décider quand se marier, et 62 % quand et combien d’enfants avoir. Les femmes elles-mêmes sont plus nombreuses à soutenir cette liberté. La scolarité des jeunes mères est largement défendue. Huit citoyens sur dix jugent que les filles enceintes ou déjà mères doivent pouvoir poursuivre leurs études. L’éducation à la sexualité à l’école recueille également un large soutien, avec plus de 70 % d’avis favorables. L’accès aux contraceptifs divise encore. 58 % des Africains sont favorables à ce que toute personne sexuellement active y ait accès, quel que soit son statut marital, et 53 % quel que soit l’âge. Mais dans les zones rurales et chez les moins instruits, le scepticisme reste fort. Sur l’avortement, les opinions se partagent. Une majorité (63 %) accepte l’interruption de grossesse si la santé ou la vie de la femme est en danger. En cas de viol ou d’inceste, seulement 48 % trouvent l’avortement justifiable. Et si la femme ne veut pas d’enfant ou manque de ressources, 65 à 69 % s’y opposent. Au Sénégal, la situation des violences basées sur le genre illustre un paradoxe. Près d’un tiers des citoyens voient fréquemment des violences contre les filles. Les violences conjugales et verbales restent courantes. Les victimes hésitent à porter plainte par peur ou par pression sociale. Au Cameroun, le scénario est similaire. Les droits progressent, mais la société reste partagée sur l’avortement. Violences sexuelles et discriminations persistent. L’enquête souligne l’urgence de renforcer la protection des femmes et leur autonomie, tout en respectant les sensibilités locales. L’Afrique avance. Mais certains combats sont loin d’être gagnés. Peut-être que le continent africain n’est pas prêt mené tous les combats à la fois. Surtout lorsqu’ils s’associent à l’éthique et à la spiritualité. C’est le cas de l’avortement.

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La BDEAC à l’épreuve de la modernisation

Afrique centrale : la BDEAC structure le levier des partenariats public-privé

En lançant l’élaboration d’un cadre normatif dédié aux PPP, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale cherche à sécuriser les investissements, renforcer l’attractivité régionale et affirmer une souveraineté financière collective. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a franchi une étape stratégique en lançant un appel d’offres international pour recruter un cabinet chargé d’élaborer un cadre normatif applicable aux financements en partenariat public-privé (PPP). Cette initiative s’inscrit dans le Plan stratégique 2023-2027 de l’institution, baptisé « AZOBE », adopté par l’Assemblée générale des actionnaires le 22 décembre 2022. À travers cette démarche, la BDEAC entend renforcer son rôle de catalyseur du développement économique et de l’intégration régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources publiques, la pression sécuritaire et la compétition accrue pour les capitaux internationaux. Les PPP comme outil de souveraineté économique Le plan « AZOBE » identifie explicitement les partenariats public-privé comme un levier central pour financer les infrastructures structurantes : énergie, transports, eau, télécommunications, santé ou encore équipements urbains. Pour les États de la Cemac, confrontés à des marges budgétaires limitées et à une dette publique sous surveillance, les PPP apparaissent comme une alternative stratégique permettant de mobiliser des financements privés tout en poursuivant des objectifs de développement. Mais jusqu’ici, l’absence d’un cadre normatif harmonisé à l’échelle régionale constituait un frein majeur. Les règles variaient selon les pays, générant des incertitudes juridiques, des risques financiers élevés et une faible bancabilité des projets. « L’enjeu est de sécuriser à la fois les États et les investisseurs », confie un cadre de la BDEAC, soulignant la nécessité de standardiser les pratiques. Sécuriser, harmoniser, attirer Le futur cadre normatif devra définir des règles claires en matière de structuration financière, de partage des risques, de gouvernance des projets et de mécanismes de contrôle. Il s’agira également d’intégrer des exigences de transparence, de traçabilité des flux financiers et d’évaluation des impacts économiques et sociaux. Pour la BDEAC, l’objectif est double : améliorer l’efficacité des investissements publics et renforcer l’attractivité de l’Afrique centrale auprès des investisseurs institutionnels, des fonds souverains et des partenaires du Sud global. Dans un environnement international marqué par la rivalité entre grandes puissances et la recomposition des chaînes de valeur, la région cherche à se positionner comme un espace crédible et sécurisé pour les investissements de long terme. Un enjeu géostratégique régional Au-delà des considérations économiques, la structuration des PPP revêt une dimension géostratégique. Les infrastructures financées conditionnent la sécurité énergétique, la connectivité régionale et la résilience des États face aux crises. Routes, ports, réseaux électriques ou systèmes numériques sont désormais perçus comme des actifs stratégiques, au croisement du développement, de la sécurité et de la souveraineté. Dans une région exposée à des défis sécuritaires transfrontaliers — du golfe de Guinée au bassin du lac Tchad —, la capacité à financer et maîtriser des projets structurants est également un facteur de stabilité. « Les infrastructures sont des outils de paix autant que de croissance », résume un analyste régional. La BDEAC à l’épreuve de la modernisation En se dotant d’un cadre normatif PPP, la BDEAC poursuit sa transformation en institution financière moderne, alignée sur les standards internationaux tout en défendant les intérêts spécifiques de ses États membres. L’initiative vise aussi à préserver l’équilibre financier de la Banque, en encadrant mieux les risques associés à des montages complexes. À terme, ce cadre pourrait devenir une référence régionale, voire un instrument d’influence normative pour l’Afrique centrale, dans un environnement où les règles du financement du développement sont largement façonnées en dehors du continent. À travers ce chantier, la BDEAC envoie un signal clair : l’Afrique centrale entend structurer elle-même les conditions de son développement, en combinant coopération public-privé, rigueur institutionnelle et affirmation de sa souveraineté économique.

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Les ambassadeurs de la sous-région posent les jalons d’une intégration régionale renforcée en Europe.

Diaspora : À Berlin, l’Afrique centrale affirme sa cohésion diplomatique

Les ambassadeurs de la sous-région posent les jalons d’une intégration régionale renforcée en Europe. Dans un contexte international marqué par le durcissement des rapports de force, la fragmentation des alliances et la recomposition des priorités géopolitiques, les pays d’Afrique centrale cherchent à parler d’une voix plus cohérente et plus audible sur la scène mondiale. C’est dans cet esprit que, 22 décembre à Berlin, Son Excellence Madame Edith Itoua, ambassadrice de la République du Congo en Allemagne, a réuni ses homologues du Cameroun, du Gabon et de la République démocratique du Congo. Au-delà du cadre convivial de fin d’année, cette rencontre revêt une portée politique et stratégique. Elle illustre la volonté des représentations diplomatiques de la sous-région de renforcer leur concertation, d’approfondir leur coordination diplomatique et de jeter les bases d’une intégration régionale plus opérationnelle, notamment dans leurs relations avec l’Allemagne et, plus largement, avec l’Union européenne. Les échanges ont porté sur les enjeux communs auxquels l’Afrique centrale est confrontée : sécurité régionale, stabilité politique, attractivité économique, transition énergétique, gestion des ressources stratégiques et coopération académique. Dans un environnement européen de plus en plus attentif aux questions de sécurité, d’approvisionnement et de partenariats fiables, les diplomates ont souligné l’importance pour la sous-région de se positionner comme un espace stratégique cohérent, porteur de solutions et de stabilité. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de diplomatie régionale proactive, visant à dépasser les approches strictement nationales pour promouvoir des positions concertées sur les dossiers d’intérêt commun. Elle traduit également la volonté de renforcer la visibilité politique de l’Afrique centrale en Europe, en mettant en avant ses complémentarités économiques, son potentiel humain et son rôle clé dans les équilibres géopolitiques africains. Les participants ont exprimé leur souhait de pérenniser ce cadre de concertation, en l’élargissant progressivement à d’autres pays et partenaires stratégiques. À terme, ce type de rencontres pourrait contribuer à structurer un véritable pôle diplomatique d’Afrique centrale en Europe, capable de soutenir les objectifs d’intégration régionale portés par la CEMAC et la CEEAC. À Berlin, l’Afrique centrale n’a pas seulement célébré la fin d’année : elle a esquissé les contours d’une diplomatie collective, plus lisible, plus influente et résolument tournée vers l’avenir.

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Ministre camerounais de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire

LCT Cameroun 4.0 : l’administration se digitalise à grande vitesse

Le Cameroun franchit un nouveau cap dans la modernisation de son État. Avec un financement de 4,6 milliards de F CFA accordé par la République de Corée, trois centres de formation dédiés à la transformation numérique des fonctionnaires vont voir le jour. Objectif : doter l’administration de compétences digitales pointues et accélérer la livraison de services publics rapides, efficaces et transparents. Trois centres, trois missions Dévoilés le 16 décembre 2025 à Yaoundé, ces centres sont stratégiques. L’ENAM formera administrateurs et magistrats à la gouvernance numérique. SUP’PTIC concentrera ses enseignements sur les systèmes d’information et la cybersécurité. L’ISMP renforcera le management public digitalisé. Ensemble, ils créeront une filière complète de compétences numériques pour l’État, capable de transformer les pratiques traditionnelles et de moderniser la fonction publique. Un hub pour exposer l’innovation Le projet prévoit également la création d’un Centre d’exposition e-Government. Véritable vitrine technologique, ce hub présentera plateformes, solutions et innovations développées par l’administration. L’objectif : diffuser la culture digitale, stimuler l’innovation et rapprocher l’État des citoyens et des start-ups du secteur numérique. E-Gov’A 2026 : la vitrine africaine du digital public Le programme sera présenté officiellement au Salon E Gov’A, qui se tiendra du 14 au 16 mai 2026 à Yaoundé. Le thème « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless » traduit l’ambition : montrer comment le numérique peut transformer l’administration, réduire les délais et améliorer la qualité des services publics. Décideurs publics, experts, entreprises et institutions de développement y seront réunis pour partager innovations et bonnes pratiques. Une coopération stratégique alignée sur la SND30 Pour le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, ces centres sont au cœur de la vision SND30 : « une administration moderne, efficace et productive est indispensable à l’émergence du Cameroun ». L’ambassadeur de Corée, Nam Ki-Wook, a souligné que ce projet constitue « un levier majeur pour moderniser les systèmes administratifs et renforcer la croissance durable ». Cap sur l’État du futur Avec ces centres et ce hub, le Cameroun ne se contente plus de suivre la vague de digitalisation. Il veut devenir un exemple en Afrique centrale, un État connecté et performant, capable de répondre aux besoins d’une population jeune, urbaine et exigeante. La transformation numérique n’est plus une option : elle devient l’outil central pour construire un État 4.0.

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