janvier 2026

Le Cameroun ne manque pas de financements. Il fait face à un défi d’absorption, que les autorités économiques s’efforcent désormais de traiter comme une priorité stratégique.

Dette du Cameroun : des financements disponibles, un défi d’exécution que l’État s’emploie à corriger

Le Cameroun ne manque pas de financements. Il fait face à un défi d’absorption, que les autorités économiques s’efforcent désormais de traiter comme une priorité stratégique. Au 30 septembre 2025, le pays disposait de 5 641,9 milliards de FCFA de financements extérieurs engagés mais non encore décaissés ou autorisés mais non signés, selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA). Ce volume, équivalent à près d’une année et demie d’endettement budgétaire, témoigne moins d’un assèchement des ressources que de la confiance persistante des partenaires techniques et financiers envers l’État camerounais. Pour le ministre de l’Économie, Louis Paul Motaze, ces chiffres traduisent avant tout un choix assumé de prudence macroéconomique. Le Cameroun a continué de sécuriser des financements concessionnels et semi-concessionnels à long terme, tout en maintenant la soutenabilité de sa dette dans un environnement international marqué par la hausse des taux, la contraction de l’aide publique au développement et la concurrence accrue entre pays émergents pour l’accès au capital. L’essentiel de ce stock — 4 714,7 milliards de FCFA — correspond à des soldes engagés non décaissés (SEND). Si près de 63 % sont classés « à contraintes », le ministère de l’Économie souligne que ces blocages relèvent majoritairement de facteurs opérationnels et transversaux : procédures d’expropriation, mobilisation des fonds de contrepartie, exigences de conformité des bailleurs, ou encore insuffisance de maturité technique de certains projets hérités de cycles antérieurs. Dans ce contexte, la priorité du ministère n’est pas d’accélérer mécaniquement les décaissements, mais de sécuriser l’efficacité économique des projets, afin d’éviter les dérives de coûts, les infrastructures inachevées ou les dettes improductives. Cette approche explique la volonté affichée par Louis Paul Motaze de renforcer la préparation en amont, d’annuler les financements obsolètes et de recentrer les portefeuilles sur des projets à fort impact. Le cas de la Cameroon Development Corporation (CDC) illustre cette logique de remise à plat. Les financements agricoles en attente, d’un montant d’environ 50 milliards de FCFA, s’inscrivent dans une stratégie de relance prudente d’un acteur fragilisé par des contraintes sécuritaires et sociales. L’objectif est désormais de garantir la viabilité industrielle et commerciale des projets avant tout décaissement effectif. Sur le plan macroéconomique, cette rigueur a permis au Cameroun de contenir le service de la dette, malgré un environnement défavorable, et de préserver sa crédibilité auprès du FMI, de la Banque mondiale et des partenaires bilatéraux. Pour le ministère de l’Économie, l’enjeu est clair : transformer progressivement les engagements financiers en croissance réelle, sans compromettre la stabilité budgétaire. Le défi camerounais n’est donc pas celui de l’accès aux financements, mais celui de leur exécution maîtrisée. Un chantier complexe, que Louis Paul Motaze aborde comme une réforme de fond de l’État investisseur, condition essentielle pour que la dette devienne enfin un levier durable de développement.

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Dans son discours de vœux à la nation du 31 décembre 2025, le président de la République, Paul Biya, a annoncé la mise en œuvre « dès cette année » d’un programme spécial de réhabilitation des axes routiers dégradés, intégrant également la construction de nouvelles routes.

Routes camerounaises : le pari stratégique de Paul Biya face à l’urgence infrastructurelle

Dans son discours de vœux à la nation du 31 décembre 2025, le président de la République, Paul Biya, a annoncé la mise en œuvre « dès cette année » d’un programme spécial de réhabilitation des axes routiers dégradés, intégrant également la construction de nouvelles routes. Une déclaration à forte portée politique et stratégique, tant l’état du réseau routier constitue aujourd’hui l’un des principaux goulets d’étranglement du développement économique camerounais. Selon le chef de l’État, ce programme vise à « améliorer la mobilité urbaine et interurbaine, ainsi que l’accès aux bassins de production ». Derrière cette formulation, se dessine un enjeu central : désenclaver l’économie, fluidifier les échanges internes et renforcer l’intégration des territoires productifs aux marchés nationaux et régionaux. Un réseau routier en état critique Les chiffres du ministère des Travaux publics confirment l’ampleur du défi. Sur plus de 121 000 km de routes que compte le Cameroun, près de 75 % (91 404,7 km) sont jugés en état médiocre ou mauvais. Seuls 25 % du réseau sont considérés comme étant en bon ou moyen état. Cette dégradation chronique a un impact direct sur la compétitivité du pays : hausse des coûts logistiques, allongement des délais de transport, insécurité routière accrue. L’axe Yaoundé–Douala, colonne vertébrale économique du pays, en est l’illustration la plus emblématique. Parcourir les 230 km reliant la capitale politique à la capitale économique nécessite désormais 5 à 6 heures, un temps de trajet incompatible avec les standards d’une économie émergente. D’autres corridors stratégiques, tels que Édéa–Kribi, Garoua–Ngaoundéré ou Douala–Bafoussam, figurent également parmi les plus dégradés. Un bilan 2025 en demi-teinte En 2025, l’État camerounais a bitumé 384 km de routes, alors que l’objectif annuel était fixé à 754 km. Un résultat qui traduit à la fois les contraintes financières, les lourdeurs d’exécution et les difficultés de gouvernance du secteur. Le Fonds routier estimait pourtant à 1 097 milliards de F CFA les besoins annuels pour l’entretien du réseau national, contre seulement 100 milliards de F CFA effectivement programmés. Ce déséquilibre structurel entre besoins et ressources pose la question centrale du financement du nouveau programme présidentiel. Sans mécanismes innovants et sans mobilisation accrue des partenaires techniques et financiers, l’initiative risque de se heurter aux mêmes limites que les précédentes. Une dimension géostratégique assumée Dans cette perspective, le recours aux partenaires étrangers apparaît probable. Lors de sa visite officielle à Pékin le 4 septembre 2024, Paul Biya avait déjà appelé à une intensification des investissements chinois dans les infrastructures routières. Ce positionnement s’inscrit dans une logique géostratégique : renforcer les infrastructures pour consolider le rôle du Cameroun comme hub logistique de l’Afrique centrale, au cœur des échanges CEMAC et du corridor sous-régional. Au-delà des routes, c’est la capacité de l’État à traduire une volonté politique forte en résultats tangibles qui sera scrutée. Le programme spécial annoncé en 2026 pourrait ainsi devenir un test majeur de crédibilité économique et de gouvernance, à un moment où les attentes sociales et productives sont particulièrement élevées.

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Avec 310 milliards d’euros d’emprunts prévus en 2026, la France franchit un seuil critique.

310 milliards d’euros : la dette française, nouveau front géoéconomique et stratégique

Avec 310 milliards d’euros d’emprunts prévus en 2026, la France franchit un seuil critique. La France s’apprête à lever 310 milliards d’euros sur les marchés en 2026, un montant inédit qui dépasse largement la seule problématique budgétaire. À ce niveau, la dette devient un objet de puissance, un facteur de vulnérabilité stratégique et un marqueur du repositionnement français dans un environnement international de plus en plus conflictuel. Sur le plan géoéconomique, ce volume d’endettement place Paris dans une compétition directe avec les grandes économies avancées pour l’accès au capital. Dans un contexte de taux durablement élevés et de fragmentation financière mondiale, la soutenabilité de la dette française dépend désormais autant de la confiance des marchés que de la crédibilité politique. Chaque émission obligataire devient un test de réputation macroéconomique, observé par les investisseurs souverains, les fonds asiatiques et les banques centrales étrangères. La dette devient également un enjeu géopolitique. La France, puissance diplomatique et militaire, voit sa marge de manœuvre contrainte par la nécessité de rassurer ses créanciers. Cette dépendance financière pèse indirectement sur ses positions internationales, qu’il s’agisse du financement de l’effort de défense, de sa posture dans les crises internationales ou de sa capacité à maintenir une autonomie stratégique européenne face aux États-Unis et à la Chine. Sur le plan géostratégique, l’endettement massif intervient alors que Paris doit simultanément financer la transition énergétique, la réindustrialisation, le réarmement militaire et la cohésion sociale. L’arbitrage entre dépenses civiles, militaires et industrielles devient un exercice de haute stratégie, où chaque euro engagé traduit une hiérarchie implicite des priorités nationales. Du point de vue de l’intelligence économique, la dette française constitue aussi une surface d’exposition. Les données budgétaires, les trajectoires d’emprunt et la dépendance aux investisseurs étrangers alimentent les analyses stratégiques des puissances concurrentes. La perception d’un affaiblissement financier peut devenir un levier d’influence, voire de pression, dans les négociations commerciales, industrielles ou diplomatiques. L’impact se fait sentir jusque dans la politique d’aide publique au développement. La France, acteur historique de l’APD, notamment en Afrique, se trouve confrontée à un dilemme : maintenir son engagement financier pour préserver son influence ou réduire ses enveloppes sous contrainte budgétaire, au risque de laisser le champ libre à d’autres puissances, Chine, Russie ou pays du Golfe. Dans plusieurs États africains, la baisse ou la réorientation de l’aide française est déjà perçue comme un signal politique autant que financier. À 310 milliards d’euros, la dette française n’est plus seulement un instrument de financement. Elle devient un front stratégique, où se jouent la crédibilité internationale, l’autonomie de décision et la place de la France dans la recomposition des équilibres mondiaux.

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Réélu avec 76,15 %, le président centrafricain s’appuie sur les gains sécuritaires et un réalignement stratégique vers la Russie pour inscrire son troisième mandat dans la durée.

Centrafrique : Touadéra consolide le pouvoir, Moscou consolide l’influence

Réélu avec 76,15 %, le président centrafricain s’appuie sur les gains sécuritaires et un réalignement stratégique vers la Russie pour inscrire son troisième mandat dans la durée. Une victoire sans surprise pour le président sortant, au pouvoir depuis 2016, mais lourde d’enjeux politiques, sécuritaires et géostratégiques pour ce pays enclavé au cœur de l’Afrique centrale. Ce scrutin s’inscrit dans un cadre institutionnel profondément remanié. Le référendum constitutionnel de 2023 a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels et porté leur durée à sept ans, ouvrant la voie à cette nouvelle candidature. À 68 ans, l’ancien professeur de mathématiques consolide ainsi un pouvoir déjà fortement centralisé. La sécurité comme socle de légitimation La campagne de Faustin-Archange Touadéra a été largement construite autour du thème de la restauration de la sécurité, un argument décisif dans un pays marqué par plus d’une décennie de conflits armés. Le chef de l’État met en avant la reconquête de vastes territoires auparavant contrôlés par des groupes rebelles et la signature d’accords de paix locaux. Ces résultats sont étroitement liés à ses alliances sécuritaires non conventionnelles, notamment avec des contractants russes issus de la restructuration du groupe Wagner, ainsi qu’avec des forces rwandaises déployées en appui à l’armée centrafricaine. Cette architecture sécuritaire hybride a profondément modifié l’équilibre des forces sur le terrain, marginalisant les groupes armés les plus structurés. Une recomposition géostratégique assumée Au-delà de la sécurité intérieure, la réélection de Touadéra consacre le basculement stratégique de Bangui vers de nouveaux partenaires. La Russie s’est imposée comme un acteur central en RCA, renforçant son influence dans un pays doté de ressources stratégiques majeures : or, diamants, lithium et uranium. Cet accès privilégié aux ressources minières confère à Moscou un levier géoéconomique dans une région où les puissances occidentales ont vu leur présence se réduire. Pour la Centrafrique, ce partenariat est présenté par le pouvoir comme un échange pragmatique : sécurité et soutien politique contre concessions économiques. Une légitimité électorale contestée Sur le plan politique, le scrutin s’est déroulé globalement dans le calme, selon les observateurs internationaux, notamment l’Union africaine et la MINUSCA, malgré une insécurité persistante dans certaines zones de l’est du pays. Toutefois, cette apparente stabilité masque des fractures démocratiques profondes. La principale coalition d’opposition, le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), a boycotté l’élection, dénonçant un processus jugé inéquitable. D’autres figures de l’opposition, dont Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra, ont évoqué des restrictions de campagne et des entraves aux déplacements en province. Perspectives régionales et enjeux à venir À court terme, la validation des résultats par la Cour constitutionnelle, attendue d’ici le 20 janvier, sera déterminante pour la stabilité politique. À moyen terme, le défi pour Touadéra consistera à transformer les gains sécuritaires en reprise économique durable, dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde. La Centrafrique apparaît plus que jamais comme un laboratoire géopolitique en Afrique centrale, où s’entremêlent enjeux de souveraineté, compétition des puissances et quête de stabilité. La reconduction de Touadéra prolonge cette trajectoire singulière, au prix d’un isolement diplomatique relatif vis-à-vis de certains partenaires traditionnels, mais avec l’ambition affichée d’un État enfin pacifié.

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L’intelligence artificielle pourrait générer près de 1.000 milliards de dollars de valeur ajoutée pour l’économie africaine d’ici 2035.

Intelligence artificielle en Afrique centrale : le Cameroun au cœur d’un levier stratégique de transformation économique

L’intelligence artificielle pourrait générer près de 1.000 milliards de dollars de valeur ajoutée pour l’économie africaine d’ici 2035. Mais cette projection continentale masque de fortes disparités régionales. En Afrique centrale, et particulièrement au Cameroun, l’IA apparaît moins comme une rupture technologique que comme un outil de rattrapage structurel, capable d’amplifier des dynamiques économiques existantes et de corriger des fragilités chroniques. Selon le rapport Africa’s AI Productivity Gain de la Banque africaine de développement (BAD), près de 58 % des gains attendus se concentreraient dans cinq secteurs clés : agriculture, commerce, industrie, finance et santé. Ces secteurs correspondent précisément aux piliers productifs du Cameroun et de la sous-région CEMAC, ce qui confère au pays une position centrale dans la trajectoire régionale de l’IA. Le Cameroun, nœud économique et numérique de l’Afrique centrale Avec son poids démographique, la diversité de son économie et son rôle de plateforme logistique et financière en Afrique centrale, le Cameroun se distingue comme le principal point d’entrée des gains de productivité liés à l’IA dans la sous-région. Les infrastructures numériques relativement plus développées que dans les pays voisins, la montée en puissance des services mobiles et la centralité de Douala dans les flux commerciaux régionaux renforcent cette position. Dans ce contexte, l’IA ne constitue pas une innovation exogène, mais un levier d’optimisation des chaînes de valeur régionales, reliant agriculture, commerce, industrie et services. Agriculture : un multiplicateur de souveraineté alimentaire Avec près de 20 % des gains attendus à l’échelle africaine, l’agriculture est le principal réservoir de valeur ajoutée liée à l’IA. Pour le Cameroun et l’Afrique centrale, cet enjeu est stratégique. Le secteur agricole emploie encore une part majeure de la population active, tout en restant marqué par une faible productivité et une forte vulnérabilité climatique. L’intelligence artificielle intervient ici comme un outil de souveraineté alimentaire. L’exploitation des données climatiques, satellitaires et agronomiques permet d’anticiper les aléas, d’optimiser l’usage des intrants et de réduire des pertes post-récolte qui dépassent souvent 30 %, notamment dans les bassins de production enclavés. Au Cameroun, où coexistent agriculture vivrière, cultures de rente et agro-industrie, l’IA peut améliorer la coordination entre producteurs, transformateurs et marchés urbains, renforçant ainsi l’intégration régionale et la stabilité des revenus ruraux. Commerce : structurer l’informel et sécuriser les flux régionaux Le commerce de gros et de détail capterait 14 % des gains liés à l’IA, soit environ 140 milliards de dollars à l’échelle africaine. Cette projection trouve un écho direct au Cameroun, dont l’économie repose largement sur un commerce informel, mais structurant pour les échanges sous-régionaux. L’IA agit ici comme un outil de rationalisation et de formalisation progressive. En analysant les flux de ventes, les comportements de consommation et les circuits logistiques, elle permet d’optimiser les stocks, de sécuriser les approvisionnements et de réduire les coûts de transaction. Dans des villes comme Douala et Yaoundé, la généralisation des paiements numériques offre un socle opérationnel permettant à l’IA de renforcer la traçabilité des échanges et l’accès au crédit des micro-entrepreneurs, avec des effets directs sur la résilience économique urbaine. Industrie et transformation locale : un enjeu de compétitivité régionale Le secteur industriel représente 9 % des gains attendus, soit près de 90 milliards de dollars. Pour le Cameroun, qui ambitionne de renforcer la transformation locale de ses matières premières, l’IA constitue un instrument de compétitivité plutôt qu’un facteur de substitution de l’emploi. Maintenance prédictive, gestion intelligente de l’énergie, contrôle qualité automatisé et modélisation des chaînes de production permettent d’améliorer la fiabilité des équipements et de réduire les coûts opérationnels. Ces leviers sont essentiels dans un contexte où les industries camerounaises doivent composer avec des coûts logistiques élevés et des infrastructures énergétiques encore en transition. L’IA devient ainsi un accélérateur de l’industrialisation régionale, susceptible de renforcer la position du Cameroun comme hub manufacturier en Afrique centrale. Finance : inclusion et stabilité dans l’espace CEMAC Avec 8 % des gains attendus, la finance joue un rôle transversal dans la diffusion des effets de l’IA. Au Cameroun, où les services financiers mobiles se sont rapidement développés, l’IA permet d’exploiter des données alternatives pour élargir l’accès au crédit, en particulier pour les acteurs de l’économie informelle. Cette capacité à mieux évaluer le risque, en dehors des critères bancaires traditionnels, favorise l’inclusion financière et soutient la croissance des PME. À l’échelle de la CEMAC, elle contribue également à renforcer la stabilité financière régionale, en améliorant la détection de la fraude et la conformité réglementaire. Santé : un impact social et sécuritaire Le secteur de la santé représenterait 7 % des gains liés à l’IA, soit environ 70 milliards de dollars à l’échelle africaine. Pour le Cameroun et ses voisins, l’enjeu dépasse la seule dimension économique. L’IA permet d’optimiser la gestion des ressources médicales, d’améliorer le diagnostic et de renforcer la couverture sanitaire dans les zones rurales et transfrontalières. Dans une région marquée par des tensions sécuritaires et des flux de populations, l’amélioration des systèmes de santé contribue directement à la stabilité sociale et territoriale. Une opportunité stratégique conditionnée Pris ensemble, ces cinq secteurs concentrent près de 58 % des gains de productivité liés à l’IA, confirmant que la transformation numérique du Cameroun et de l’Afrique centrale passera par les fonctions économiques essentielles. Mais la Banque africaine de développement insiste sur un point clé : sans investissements massifs dans les infrastructures numériques, la formation des compétences et la gouvernance des données, ces gains resteront potentiels. Pour le Cameroun, l’IA n’est pas seulement un enjeu technologique, mais un choix stratégique de développement, de souveraineté économique et d’influence régionale.

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L’année 2025 confirme une dégradation globale de la stabilité politique et sécuritaire du continent africain.

Afrique : le cardinal Fridolin Ambongo : « la paix en Afrique dépend des Africains »

L’année 2025 confirme une dégradation globale de la stabilité politique et sécuritaire du continent africain. L’Afrique a été marquée par la banalisation des coups d’État et des transitions militaires, des élections contestées et violentes, la persistance de conflits armés liés aux ressources stratégiques, une montée des radicalismes armés, une crise de gouvernance systémique. Dans ce contexte, la parole du cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa en RDC et président du SCEAM, le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, agit comme un signal d’alerte stratégique : la paix africaine ne peut être durable sans réappropriation politique, morale et économique du destin du continent par les Africains eux-mêmes, face aux prédations internes et externes. 1. Afrique de l’Ouest : risque élevé de rupture institutionnelle Les pays clés concernés sont le Bénin, la Guinée-Bissau, la Guinée, la Côte d’Ivoire, et le Nigeria. Les facteurs de risque sont : les tentatives et réussites de coups d’État (Bénin, Guinée-Bissau) ; la normalisation des régimes militaires convertis en pouvoirs civils ; les scrutins verrouillés et exclusion de l’opposition ; et l’insécurité djihadiste persistante (Nigeria).  Ainsi, l’Afrique de l’Ouest demeure un espace de compétition sécuritaire et d’influence régionale, où les fragilités institutionnelles favorisent l’intervention indirecte d’acteurs régionaux, l’instrumentalisation de la frustration sociale par les militaires, l’expansion de groupes armés transnationaux. Le cardinal Ambongo situe le point d’alerte: « Tant que la redistribution des richesses se fera dans l’injustice, les coups d’État resteront une tentation permanente. » 2. Afrique centrale : conflit structurel et prédation des ressources Les pays clés concernés sont la RDC et le Cameroun, avec pour facteurs de risque : le conflit armé chronique à l’Est de la RDC (M23, acteurs régionaux), la crise post-électorale au Cameroun après la réélection de Paul Biya, la répression des contestations, radicalisation de certaines diasporas, les enlèvements et assassinats ciblant les chrétiens. La région constitue le cœur minéral stratégique du monde (cobalt, coltan, cuivre), au centre d’intérêts industriels mondiaux, de jeux d’influence régionaux, de complicités locales dans la captation des ressources. « L’Afrique est le puits des minerais stratégiques du monde, mais demeure le continent le plus pauvre : cette contradiction est une cause directe de la guerre », déclare le cardinal Fridolin Ambongo 3. Afrique de l’Est : instabilité politique et sécuritaire persistante Les pays clés concernés sont Soudan, Kenya, Tanzanie. Les facteurs de risque sont multiples : Guerre civile prolongée au Soudan (FSR vs armée), répression violente des manifestations sociales (Kenya), élections sans une vraie crédibilité démocratique (Tanzanie), restrictions des libertés fondamentales (Internet, couvre-feux).  Or la région est stratégique pour les routes commerciales (Mer Rouge), les équilibres sécuritaires du Moyen-Orient, les rivalités entre puissances régionales et internationales. Le risque majeur serait l’effondrement prolongé de l’État soudanais et effet domino régional (réfugiés, groupes armés). 4. Afrique australe : tensions sociales et diplomatiques Les pays clés concernés sont l’Afrique du Sud et l’Angola ; avec comme facteurs de risque des violences sociales liées au coût de la vie (Angola), des réformes agraires sensibles en Afrique du Sud, des tensions diplomatiques avec les États-Unis, l’instrumentalisation identitaire et raciale. Région historiquement plus stable, cependant, elle est confrontée à l’érosion du contrat social, des pressions économiques fortes, une reconfiguration des alliances internationales. 5. Facteurs transversaux de risque continental Les risques sont d’ordre structurel, notamment le recul démocratique généralisé, la militarisation du pouvoir, une jeunesse marginalisée et migrante, la radicalisation religieuse armée, la faiblesse de la gouvernance des ressources naturelles.  Le discours du prélat Fridolin Ambongo introduit une dimension rarement intégrée dans les analyses classiques : la crise africaine est aussi morale, éthique et endogène, et pas uniquement sécuritaire ou institutionnelle. 6. Perspectives 2026 : deux scénarios en vue -Scénario 1 : inertiel (probable) : la Poursuite des conflits ; la stabilisation autoritaire ; la dépendance accrue aux puissances extérieures. -Scénario 2 : rupture (souhaitable mais fragile) : la pression populaire structurée ; les réformes de gouvernance ; la réappropriation africaine des ressources ; le rôle accru des acteurs moraux et civils (Églises, société civile, diaspora constructive). Pour conclure, la paix en Afrique n’est plus uniquement une question de médiation internationale ou de sécurité militaire. Elle dépend désormais de la capacité des sociétés africaines à rompre avec la logique de prédation, interne comme externe. Comme le résume le cardinal Fridolin Ambongo : « La balle est dans notre camp. »

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Discours d’autorité dans un monde en rupture, choix de continuité pour une nation debout. Stabilité interne, souveraineté économique et guerre de l’information : lecture géopolitique d’un discours de pouvoir.

Cameroun : Paul Biya, l’État, la stabilité et la responsabilité historique

Discours d’autorité dans un monde en rupture, choix de continuité pour une nation debout. Stabilité interne, souveraineté économique et guerre de l’information : lecture géopolitique. À travers son discours post-prestation de serment, le président du Cameroun, à la veille de la nouvelle année 2026, le président de la République Paul Biya ne s’est pas contenté d’un exercice rituel. Il a livré une déclaration de doctrine, révélatrice de la manière dont le pouvoir camerounais entend se repositionner dans un environnement national fragilisé, régional instable et international de plus en plus conflictuel. Derrière les appels à l’unité et à la stabilité, se dessine une stratégie de survie étatique à l’ère des rivalités de puissances, de la guerre informationnelle et de la compétition pour les ressources. 1. Plan national : la stabilité comme pilier de la sécurité de l’État Sur le plan interne, le discours repose sur un triptyque clair : continuité, autorité, cohésion. En revendiquant une victoire électorale « éclatante » et en qualifiant les contestations de fait de « soubresauts irresponsables », Paul Biya verrouille le récit de la légitimité institutionnelle. Il ne s’agit pas seulement de politique intérieure, mais de sécurisation du centre de gravité de l’État. L’insistance sur la lutte contre l’impunité, la violence verbale, le repli identitaire et les atteintes à l’autorité publique traduit une lecture sécuritaire de la société camerounaise. Le message est sans ambiguïté : la stabilité prime sur toute autre considération, y compris au prix d’un durcissement de la gouvernance. Dans un contexte africain marqué par les coups d’État, les soulèvements sociaux et les crises post-électorales, le Cameroun cherche à se positionner comme un îlot de continuité étatique, valeur stratégique en soi. 2. Économie et géoéconomie : souveraineté énergétique et contrôle des secteurs critiques Sur le plan économique, le discours est révélateur d’une inflexion majeure : la reprise de contrôle stratégique sur des secteurs jugés vitaux. La décision d’instruire la reprise de la société ENEO dépasse la simple réforme sectorielle. Elle s’inscrit dans une logique de souveraineté énergétique, devenue un enjeu géoéconomique central à l’échelle mondiale. L’accent mis sur le barrage de Nachtigal, les centrales solaires dans le Nord, les réseaux de transport d’électricité, montre une volonté de sécuriser l’appareil productif, d’attirer les investissements industriels et de réduire la vulnérabilité énergétique, facteur de dépendance extérieure. Le discours assume par ailleurs une orthodoxie macroéconomique : préservation des équilibres, maîtrise de l’inflation, discipline budgétaire, avec l’appui des partenaires internationaux. Le Cameroun se positionne ainsi comme un État fréquentable pour les bailleurs, dans une région perçue comme à haut risque. 3. Intelligence économique : maîtrise du récit et guerre de l’information L’un des aspects les plus significatifs du discours du président de la République réside dans la bataille narrative. En dénonçant les « marchands d’illusions », Paul Biya cherche à décrédibiliser les contre-discours, notamment ceux portés par l’opposition et certaines franges de la diaspora. Cette posture s’inscrit dans une logique d’intelligence économique et informationnelle : contrôle du récit national, délégitimation des narratifs concurrents, neutralisation de l’impact des réseaux sociaux et des campagnes transnationales. Le pouvoir camerounais a clairement intégré que la stabilité ne se joue plus uniquement sur le terrain, mais aussi dans l’espace cognitif, où se forgent les perceptions des partenaires étrangers, des investisseurs et des institutions internationales. 4. Dimension régionale : le Cameroun comme pilier de l’Afrique centrale Sur le plan régional, le discours est implicitement stratégique. Le Cameroun, entouré de zones de forte instabilité (RDC, Tchad, RCA, Nigeria), se présente comme un verrou géopolitique de l’Afrique centrale. La lutte contre le terrorisme à l’Extrême-Nord, la gestion du conflit anglophone et la prévention des troubles post-électoraux sont autant de dossiers surveillés par les puissances régionales et internationales. La stabilité camerounaise est perçue comme un bien public régional. Toute fragilisation majeure aurait des effets domino sur la CEMAC, les corridors commerciaux et les dispositifs sécuritaires transfrontaliers. 5. Volet international : rassurer les partenaires, contenir les pressions À l’échelle internationale, Paul Biya adresse un message clair aux bailleurs, aux partenaires stratégiques et aux grandes puissances : le Cameroun reste gouvernable, les réformes avancent, l’État tient, les institutions fonctionnent. L’insistance sur les réformes structurelles menées « avec l’appui des partenaires internationaux » vise à préserver la confiance, dans un contexte où l’Afrique est redevenue un champ de rivalités entre puissances occidentales, Chine et Russie. Le discours évite soigneusement toute rhétorique de rupture ou d’alignement exclusif. Il privilégie une diplomatie de l’équilibre, fidèle à la tradition camerounaise de non-alignement pragmatique. 6. Politique sociale et jeunesse : prévention stratégique du risque interne L’annonce d’une enveloppe de 50 milliards FCFA dédiée à l’emploi des jeunes n’est pas anodine. Elle répond à une lecture stratégique du risque : chômage, frustration sociale et jeunesse urbaine constituent aujourd’hui l’un des principaux facteurs de déstabilisation politique en Afrique. En ciblant les jeunes et les femmes, le pouvoir cherche à désamorcer les foyers potentiels de contestation, tout en projetant une image de modernisation sociale. Il s’agit moins d’une réforme sociale que d’un investissement dans la stabilité future. Un discours de fin de cycle ou de verrouillage stratégique Au final, ce discours apparaît comme celui d’un pouvoir conscient d’entrer dans une zone de turbulences historiques. Paul Biya ne promet pas de rupture, mais revendique la continuité comme valeur stratégique suprême. Face à un continent en ébullition et à un monde fragmenté, le Cameroun mise sur la stabilité, la maîtrise de l’information et la souveraineté sectorielle. Reste une question centrale, non résolue par le discours : jusqu’où cette stratégie de contrôle et de continuité peut-elle absorber les pressions sociales, générationnelles et géopolitiques sans se transformer en facteur de fragilité ? C’est là que se jouera, au-delà des mots, la véritable équation du pouvoir camerounais dans les années à venir.

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L’Afrique centrale, nouveau centre de gravité de la conflictualité mondiale

DOSSIER SPÉCIAL – AFRIQUE CENTRALE & GRANDES PUISSANCES

Ressources critiques, instabilités politiques et rivalités globales : anatomie d’un champ de bataille stratégique L’Afrique centrale, nouveau centre de gravité de la conflictualité mondiale En 2025, l’Afrique centrale n’est plus une périphérie des relations internationales. Elle est devenue un espace stratégique central, où se croisent enjeux énergétiques, sécuritaires, miniers, diplomatiques et informationnels. I. Une région au cœur des ressources stratégiques du XXIᵉ siècle De la République démocratique du Congo (RDC) au Cameroun, en passant par la Centrafrique, le Tchad et le bassin du Congo, la région concentre une combinaison explosive : abondance de ressources critiques, fragilité étatique chronique et pénétration accélérée des grandes puissances. Dans un monde marqué par la rivalité sino-occidentale, la guerre en Ukraine, la transition énergétique et la militarisation des chaînes d’approvisionnement, l’Afrique centrale s’impose comme un théâtre clé de la recomposition de l’ordre mondial. L’Afrique centrale détient une part décisive des ressources indispensables aux économies avancées : Ces ressources font de la région un pivot de la transition énergétique mondiale, tout en la condamnant à une instabilité structurelle. Comme le résume un analyste de la Banque mondiale : « Là où se concentrent les ressources critiques, la souveraineté devient fragile. » II. La Chine : puissance structurelle et partenaire incontournable La Chine est aujourd’hui l’acteur le plus enraciné en Afrique centrale. Leviers chinois : En RDC, plus de 60 % des actifs miniers industriels impliquant le cobalt et le cuivre sont liés à des entreprises chinoises. Pékin ne cherche pas l’influence médiatique, mais la sécurisation silencieuse de ses approvisionnements stratégiques. III. Les puissances occidentales : retour contraint et influence défensive États-Unis, France, Union européenne tentent de reconstruire une présence affaiblie, après deux décennies de recul relatif. Objectifs occidentaux : Mais leur approche reste marquée par une contradiction structurelle : discours normatif fort, capacité d’action limitée. En Afrique centrale, cette posture est souvent perçue comme intrusive ou sélective. IV. La Russie : influence asymétrique et stratégie de perturbation La Russie ne dispose pas des moyens économiques de la Chine, mais elle compense par une stratégie d’influence sécuritaire et informationnelle. Moscou exploite les failles étatiques et le ressentiment historique envers l’Occident pour se poser en allié politique de dernier recours, à coût relativement faible. V. Cameroun et Afrique centrale : stabilité apparente, vulnérabilité réelle ? Le Cameroun occupe une position charnière : pivot géographique, démographique et diplomatique de la région. Pourtant, la crise post-électorale de 2025, la pression sécuritaire (extrême-nord, zones anglophones) et la guerre informationnelle menée depuis la diaspora fragilisent cette centralité. Pour les grandes puissances, le Cameroun reste un acteur clé à stabiliser, car son basculement aurait un effet domino régional. « Quand le Cameroun vacille, c’est toute l’Afrique centrale qui tremble », confie un diplomate. VI. Guerre informationnelle et nouvelles lignes de front Au-delà des armes et des contrats miniers, l’Afrique centrale est désormais un champ de bataille informationnel : Cette dimension immatérielle est devenue centrale dans la stratégie des puissances, car elle conditionne l’acceptabilité internationale des régimes et des interventions. VII. Vers une reconfiguration géostratégique durable Trois tendances lourdes se dégagent : L’Afrique centrale, laboratoire du monde multipolaire L’Afrique centrale est aujourd’hui un condensé des tensions du XXIᵉ siècle : ressources critiques, États fragiles, puissances concurrentes, sociétés sous pression. Elle n’est ni marginale, ni passive. Elle est un laboratoire brut du monde multipolaire, où se joue une partie décisive de l’avenir géopolitique global. La question n’est plus de savoir si les grandes puissances s’y affrontent, mais qui contrôlera la valeur, la sécurité et le récit de cette région stratégique.

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L’année 2025 restera comme l’une des plus instables du continent africain depuis une décennie.

Afrique 2025 : une année de fractures politiques, de révoltes sociales et de recompositions géostratégiques

L’année 2025 restera comme l’une des plus instables du continent africain depuis une décennie. Coups d’État, crises post-électorales, conflits armés persistants, révoltes sociales urbaines et tensions diplomatiques ont dessiné une Afrique traversée par des lignes de fracture multiples. De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique australe, en passant par la Corne de l’Afrique et l’Afrique centrale, les dynamiques de pouvoir ont été profondément ébranlées. Derrière la diversité des situations nationales, un même fil conducteur se dessine : l’érosion de la légitimité politique, la montée des revendications sociales et la centralité accrue des enjeux sécuritaires et géoéconomiques. Le retour du risque putschiste en Afrique de l’Ouest Bénin : le choc d’un coup d’État avorté Le 7 décembre 2025, le Bénin — longtemps présenté comme un îlot de stabilité démocratique — a été confronté à une tentative de coup d’État menée par un groupe se revendiquant du « Comité militaire de refondation ». Rapidement déjouée, l’opération a néanmoins révélé des fractures au sein de l’appareil sécuritaire. Le président Patrice Talon a sollicité un appui militaire du Nigeria, qui a déployé des moyens aériens et terrestres autour des positions des putschistes. Cet épisode marque un tournant : la sécurité du Bénin est désormais perçue comme un enjeu régional, dans un contexte de contagion des coups d’État sahéliens vers les États côtiers. Guinée-Bissau : l’instabilité chronique confirmée À l’inverse, le 26 novembre, la Guinée-Bissau a basculé. Un groupe militaire dirigé par Denis N’Canha a pris le pouvoir, suspendu le processus électoral et fermé les frontières. Le putsch est intervenu dans un climat de contestation post-électorale, après une présidentielle dont les résultats étaient fortement disputés. Ce nouvel épisode confirme le statut de la Guinée-Bissau comme État failli structurel, vulnérable aux interférences militaires et aux économies criminelles, avec des implications directes pour la sécurité maritime et régionale en Afrique de l’Ouest. Élections sous tension et crises de légitimité Tanzanie : la rue contre les urnes verrouillées Les élections générales du 29 octobre ont été marquées par l’exclusion de plusieurs figures de l’opposition. Les manifestations parties de Dar es Salaam se sont rapidement étendues au reste du pays. En réponse, le pouvoir a imposé un couvre-feu, restreint l’accès à Internet et déployé l’armée. Cette séquence illustre une tendance continentale : la militarisation de la gestion des crises électorales, au détriment des mécanismes civils de médiation. Cameroun : une crise post-électorale à haute intensité politique Au Cameroun, la présidentielle du 12 octobre et la proclamation contestée de la victoire de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, ont déclenché une crise politique majeure. Des manifestations ont éclaté à Yaoundé, Douala et dans plusieurs villes secondaires. Cette crise s’inscrit dans une double fragilité : vieillissement du leadership politique et pression croissante d’une population jeune, urbaine et connectée, renforcée par l’activisme de la diaspora. Armées arbitres du pouvoir : Madagascar, un basculement de plus À Madagascar, une contestation sociale née des coupures d’électricité et d’eau s’est transformée en soulèvement national. Après plusieurs semaines d’affrontements — 22 morts et des centaines de blessés — une partie de l’armée a basculé du côté des manifestants. Le 14 octobre, un régiment dirigé par le colonel Michael Randrianirina a annoncé la prise de pouvoir, après le départ d’Andry Rajoelina. L’événement confirme le rôle central des forces armées comme ultime arbitre politique dans plusieurs États africains fragilisés. Conflits armés : l’Afrique centrale et la Corne sous pression RDC : l’Est toujours hors de contrôle En République démocratique du Congo, l’année 2025 a été marquée par l’intensification des combats dans le Nord et le Sud-Kivu. Le groupe M23 a renforcé ses positions, provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes. La crise congolaise reste un conflit régionalisé, mêlant enjeux sécuritaires, rivalités étatiques et contrôle des ressources stratégiques (coltan, or, cobalt), avec un impact direct sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Soudan : la spirale de la violence Au Soudan, les affrontements entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) se sont poursuivis. Le 26 octobre, la prise de contrôle totale d’El-Fasher par les FSR a marqué une étape dramatique du conflit. Les images de massacres diffusées sur les réseaux sociaux ont renforcé l’isolement diplomatique du pays et souligné l’impuissance de la communauté internationale face à une guerre civile à fragmentation rapide. Révoltes sociales et crise du coût de la vie Angola : la rue contre les réformes économiques À Luanda, la hausse brutale du prix du diesel a déclenché, fin juillet, des manifestations meurtrières. Les grèves des chauffeurs de taxis et de bus ont paralysé la capitale. Le bilan officiel fait état de 30 morts et 277 blessés. Cette crise illustre un dilemme continental : réformes économiques sous contrainte budgétaire contre acceptabilité sociale fragile. Kenya : jeunesse, colère et répression En juin, le Kenya a été secoué par des manifestations massives contre le coût de la vie, le chômage et la corruption. La réponse sécuritaire — balles réelles et arrestations — a fait des dizaines de morts. Le Kenya, pourtant pilier de stabilité en Afrique de l’Est, montre les signes d’une fatigue sociale profonde, notamment chez les jeunes urbains. Afrique du Sud – États-Unis : une tension diplomatique inédite La réforme agraire sud-africaine a provoqué une crise diplomatique majeure avec les États-Unis. Donald Trump a accusé Pretoria de « génocide contre les blancs », suspendu l’aide américaine et boycotté le G20 de Johannesburg. Au-delà de la polémique, cet épisode révèle une fracture idéologique et géopolitique croissante entre l’Afrique du Sud et certains cercles politiques occidentaux, dans un contexte de recomposition des alliances globales. Une année charnière pour le continent Les décès d’anciens dirigeants emblématiques — Edgar Lungu en Zambie et Muhammadu Buhari au Nigeria — symbolisent la fin progressive d’une génération politique, alors que les transitions restent incertaines. En 2025, l’Afrique apparaît à la croisée des chemins : Plus qu’une succession de crises nationales, 2025 révèle une reconfiguration systémique du pouvoir en Afrique, dont les effets se feront sentir bien au-delà du continent.

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