2 janvier 2026

L’année 2025 confirme une dégradation globale de la stabilité politique et sécuritaire du continent africain.

Afrique : le cardinal Fridolin Ambongo : « la paix en Afrique dépend des Africains »

L’année 2025 confirme une dégradation globale de la stabilité politique et sécuritaire du continent africain. L’Afrique a été marquée par la banalisation des coups d’État et des transitions militaires, des élections contestées et violentes, la persistance de conflits armés liés aux ressources stratégiques, une montée des radicalismes armés, une crise de gouvernance systémique. Dans ce contexte, la parole du cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa en RDC et président du SCEAM, le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, agit comme un signal d’alerte stratégique : la paix africaine ne peut être durable sans réappropriation politique, morale et économique du destin du continent par les Africains eux-mêmes, face aux prédations internes et externes. 1. Afrique de l’Ouest : risque élevé de rupture institutionnelle Les pays clés concernés sont le Bénin, la Guinée-Bissau, la Guinée, la Côte d’Ivoire, et le Nigeria. Les facteurs de risque sont : les tentatives et réussites de coups d’État (Bénin, Guinée-Bissau) ; la normalisation des régimes militaires convertis en pouvoirs civils ; les scrutins verrouillés et exclusion de l’opposition ; et l’insécurité djihadiste persistante (Nigeria).  Ainsi, l’Afrique de l’Ouest demeure un espace de compétition sécuritaire et d’influence régionale, où les fragilités institutionnelles favorisent l’intervention indirecte d’acteurs régionaux, l’instrumentalisation de la frustration sociale par les militaires, l’expansion de groupes armés transnationaux. Le cardinal Ambongo situe le point d’alerte: « Tant que la redistribution des richesses se fera dans l’injustice, les coups d’État resteront une tentation permanente. » 2. Afrique centrale : conflit structurel et prédation des ressources Les pays clés concernés sont la RDC et le Cameroun, avec pour facteurs de risque : le conflit armé chronique à l’Est de la RDC (M23, acteurs régionaux), la crise post-électorale au Cameroun après la réélection de Paul Biya, la répression des contestations, radicalisation de certaines diasporas, les enlèvements et assassinats ciblant les chrétiens. La région constitue le cœur minéral stratégique du monde (cobalt, coltan, cuivre), au centre d’intérêts industriels mondiaux, de jeux d’influence régionaux, de complicités locales dans la captation des ressources. « L’Afrique est le puits des minerais stratégiques du monde, mais demeure le continent le plus pauvre : cette contradiction est une cause directe de la guerre », déclare le cardinal Fridolin Ambongo 3. Afrique de l’Est : instabilité politique et sécuritaire persistante Les pays clés concernés sont Soudan, Kenya, Tanzanie. Les facteurs de risque sont multiples : Guerre civile prolongée au Soudan (FSR vs armée), répression violente des manifestations sociales (Kenya), élections sans une vraie crédibilité démocratique (Tanzanie), restrictions des libertés fondamentales (Internet, couvre-feux).  Or la région est stratégique pour les routes commerciales (Mer Rouge), les équilibres sécuritaires du Moyen-Orient, les rivalités entre puissances régionales et internationales. Le risque majeur serait l’effondrement prolongé de l’État soudanais et effet domino régional (réfugiés, groupes armés). 4. Afrique australe : tensions sociales et diplomatiques Les pays clés concernés sont l’Afrique du Sud et l’Angola ; avec comme facteurs de risque des violences sociales liées au coût de la vie (Angola), des réformes agraires sensibles en Afrique du Sud, des tensions diplomatiques avec les États-Unis, l’instrumentalisation identitaire et raciale. Région historiquement plus stable, cependant, elle est confrontée à l’érosion du contrat social, des pressions économiques fortes, une reconfiguration des alliances internationales. 5. Facteurs transversaux de risque continental Les risques sont d’ordre structurel, notamment le recul démocratique généralisé, la militarisation du pouvoir, une jeunesse marginalisée et migrante, la radicalisation religieuse armée, la faiblesse de la gouvernance des ressources naturelles.  Le discours du prélat Fridolin Ambongo introduit une dimension rarement intégrée dans les analyses classiques : la crise africaine est aussi morale, éthique et endogène, et pas uniquement sécuritaire ou institutionnelle. 6. Perspectives 2026 : deux scénarios en vue -Scénario 1 : inertiel (probable) : la Poursuite des conflits ; la stabilisation autoritaire ; la dépendance accrue aux puissances extérieures. -Scénario 2 : rupture (souhaitable mais fragile) : la pression populaire structurée ; les réformes de gouvernance ; la réappropriation africaine des ressources ; le rôle accru des acteurs moraux et civils (Églises, société civile, diaspora constructive). Pour conclure, la paix en Afrique n’est plus uniquement une question de médiation internationale ou de sécurité militaire. Elle dépend désormais de la capacité des sociétés africaines à rompre avec la logique de prédation, interne comme externe. Comme le résume le cardinal Fridolin Ambongo : « La balle est dans notre camp. »

Afrique : le cardinal Fridolin Ambongo : « la paix en Afrique dépend des Africains » Read More »

Discours d’autorité dans un monde en rupture, choix de continuité pour une nation debout. Stabilité interne, souveraineté économique et guerre de l’information : lecture géopolitique d’un discours de pouvoir.

Cameroun : Paul Biya, l’État, la stabilité et la responsabilité historique

Discours d’autorité dans un monde en rupture, choix de continuité pour une nation debout. Stabilité interne, souveraineté économique et guerre de l’information : lecture géopolitique. À travers son discours post-prestation de serment, le président du Cameroun, à la veille de la nouvelle année 2026, le président de la République Paul Biya ne s’est pas contenté d’un exercice rituel. Il a livré une déclaration de doctrine, révélatrice de la manière dont le pouvoir camerounais entend se repositionner dans un environnement national fragilisé, régional instable et international de plus en plus conflictuel. Derrière les appels à l’unité et à la stabilité, se dessine une stratégie de survie étatique à l’ère des rivalités de puissances, de la guerre informationnelle et de la compétition pour les ressources. 1. Plan national : la stabilité comme pilier de la sécurité de l’État Sur le plan interne, le discours repose sur un triptyque clair : continuité, autorité, cohésion. En revendiquant une victoire électorale « éclatante » et en qualifiant les contestations de fait de « soubresauts irresponsables », Paul Biya verrouille le récit de la légitimité institutionnelle. Il ne s’agit pas seulement de politique intérieure, mais de sécurisation du centre de gravité de l’État. L’insistance sur la lutte contre l’impunité, la violence verbale, le repli identitaire et les atteintes à l’autorité publique traduit une lecture sécuritaire de la société camerounaise. Le message est sans ambiguïté : la stabilité prime sur toute autre considération, y compris au prix d’un durcissement de la gouvernance. Dans un contexte africain marqué par les coups d’État, les soulèvements sociaux et les crises post-électorales, le Cameroun cherche à se positionner comme un îlot de continuité étatique, valeur stratégique en soi. 2. Économie et géoéconomie : souveraineté énergétique et contrôle des secteurs critiques Sur le plan économique, le discours est révélateur d’une inflexion majeure : la reprise de contrôle stratégique sur des secteurs jugés vitaux. La décision d’instruire la reprise de la société ENEO dépasse la simple réforme sectorielle. Elle s’inscrit dans une logique de souveraineté énergétique, devenue un enjeu géoéconomique central à l’échelle mondiale. L’accent mis sur le barrage de Nachtigal, les centrales solaires dans le Nord, les réseaux de transport d’électricité, montre une volonté de sécuriser l’appareil productif, d’attirer les investissements industriels et de réduire la vulnérabilité énergétique, facteur de dépendance extérieure. Le discours assume par ailleurs une orthodoxie macroéconomique : préservation des équilibres, maîtrise de l’inflation, discipline budgétaire, avec l’appui des partenaires internationaux. Le Cameroun se positionne ainsi comme un État fréquentable pour les bailleurs, dans une région perçue comme à haut risque. 3. Intelligence économique : maîtrise du récit et guerre de l’information L’un des aspects les plus significatifs du discours du président de la République réside dans la bataille narrative. En dénonçant les « marchands d’illusions », Paul Biya cherche à décrédibiliser les contre-discours, notamment ceux portés par l’opposition et certaines franges de la diaspora. Cette posture s’inscrit dans une logique d’intelligence économique et informationnelle : contrôle du récit national, délégitimation des narratifs concurrents, neutralisation de l’impact des réseaux sociaux et des campagnes transnationales. Le pouvoir camerounais a clairement intégré que la stabilité ne se joue plus uniquement sur le terrain, mais aussi dans l’espace cognitif, où se forgent les perceptions des partenaires étrangers, des investisseurs et des institutions internationales. 4. Dimension régionale : le Cameroun comme pilier de l’Afrique centrale Sur le plan régional, le discours est implicitement stratégique. Le Cameroun, entouré de zones de forte instabilité (RDC, Tchad, RCA, Nigeria), se présente comme un verrou géopolitique de l’Afrique centrale. La lutte contre le terrorisme à l’Extrême-Nord, la gestion du conflit anglophone et la prévention des troubles post-électoraux sont autant de dossiers surveillés par les puissances régionales et internationales. La stabilité camerounaise est perçue comme un bien public régional. Toute fragilisation majeure aurait des effets domino sur la CEMAC, les corridors commerciaux et les dispositifs sécuritaires transfrontaliers. 5. Volet international : rassurer les partenaires, contenir les pressions À l’échelle internationale, Paul Biya adresse un message clair aux bailleurs, aux partenaires stratégiques et aux grandes puissances : le Cameroun reste gouvernable, les réformes avancent, l’État tient, les institutions fonctionnent. L’insistance sur les réformes structurelles menées « avec l’appui des partenaires internationaux » vise à préserver la confiance, dans un contexte où l’Afrique est redevenue un champ de rivalités entre puissances occidentales, Chine et Russie. Le discours évite soigneusement toute rhétorique de rupture ou d’alignement exclusif. Il privilégie une diplomatie de l’équilibre, fidèle à la tradition camerounaise de non-alignement pragmatique. 6. Politique sociale et jeunesse : prévention stratégique du risque interne L’annonce d’une enveloppe de 50 milliards FCFA dédiée à l’emploi des jeunes n’est pas anodine. Elle répond à une lecture stratégique du risque : chômage, frustration sociale et jeunesse urbaine constituent aujourd’hui l’un des principaux facteurs de déstabilisation politique en Afrique. En ciblant les jeunes et les femmes, le pouvoir cherche à désamorcer les foyers potentiels de contestation, tout en projetant une image de modernisation sociale. Il s’agit moins d’une réforme sociale que d’un investissement dans la stabilité future. Un discours de fin de cycle ou de verrouillage stratégique Au final, ce discours apparaît comme celui d’un pouvoir conscient d’entrer dans une zone de turbulences historiques. Paul Biya ne promet pas de rupture, mais revendique la continuité comme valeur stratégique suprême. Face à un continent en ébullition et à un monde fragmenté, le Cameroun mise sur la stabilité, la maîtrise de l’information et la souveraineté sectorielle. Reste une question centrale, non résolue par le discours : jusqu’où cette stratégie de contrôle et de continuité peut-elle absorber les pressions sociales, générationnelles et géopolitiques sans se transformer en facteur de fragilité ? C’est là que se jouera, au-delà des mots, la véritable équation du pouvoir camerounais dans les années à venir.

Cameroun : Paul Biya, l’État, la stabilité et la responsabilité historique Read More »

L’Afrique centrale, nouveau centre de gravité de la conflictualité mondiale

DOSSIER SPÉCIAL – AFRIQUE CENTRALE & GRANDES PUISSANCES

Ressources critiques, instabilités politiques et rivalités globales : anatomie d’un champ de bataille stratégique L’Afrique centrale, nouveau centre de gravité de la conflictualité mondiale En 2025, l’Afrique centrale n’est plus une périphérie des relations internationales. Elle est devenue un espace stratégique central, où se croisent enjeux énergétiques, sécuritaires, miniers, diplomatiques et informationnels. I. Une région au cœur des ressources stratégiques du XXIᵉ siècle De la République démocratique du Congo (RDC) au Cameroun, en passant par la Centrafrique, le Tchad et le bassin du Congo, la région concentre une combinaison explosive : abondance de ressources critiques, fragilité étatique chronique et pénétration accélérée des grandes puissances. Dans un monde marqué par la rivalité sino-occidentale, la guerre en Ukraine, la transition énergétique et la militarisation des chaînes d’approvisionnement, l’Afrique centrale s’impose comme un théâtre clé de la recomposition de l’ordre mondial. L’Afrique centrale détient une part décisive des ressources indispensables aux économies avancées : Ces ressources font de la région un pivot de la transition énergétique mondiale, tout en la condamnant à une instabilité structurelle. Comme le résume un analyste de la Banque mondiale : « Là où se concentrent les ressources critiques, la souveraineté devient fragile. » II. La Chine : puissance structurelle et partenaire incontournable La Chine est aujourd’hui l’acteur le plus enraciné en Afrique centrale. Leviers chinois : En RDC, plus de 60 % des actifs miniers industriels impliquant le cobalt et le cuivre sont liés à des entreprises chinoises. Pékin ne cherche pas l’influence médiatique, mais la sécurisation silencieuse de ses approvisionnements stratégiques. III. Les puissances occidentales : retour contraint et influence défensive États-Unis, France, Union européenne tentent de reconstruire une présence affaiblie, après deux décennies de recul relatif. Objectifs occidentaux : Mais leur approche reste marquée par une contradiction structurelle : discours normatif fort, capacité d’action limitée. En Afrique centrale, cette posture est souvent perçue comme intrusive ou sélective. IV. La Russie : influence asymétrique et stratégie de perturbation La Russie ne dispose pas des moyens économiques de la Chine, mais elle compense par une stratégie d’influence sécuritaire et informationnelle. Moscou exploite les failles étatiques et le ressentiment historique envers l’Occident pour se poser en allié politique de dernier recours, à coût relativement faible. V. Cameroun et Afrique centrale : stabilité apparente, vulnérabilité réelle ? Le Cameroun occupe une position charnière : pivot géographique, démographique et diplomatique de la région. Pourtant, la crise post-électorale de 2025, la pression sécuritaire (extrême-nord, zones anglophones) et la guerre informationnelle menée depuis la diaspora fragilisent cette centralité. Pour les grandes puissances, le Cameroun reste un acteur clé à stabiliser, car son basculement aurait un effet domino régional. « Quand le Cameroun vacille, c’est toute l’Afrique centrale qui tremble », confie un diplomate. VI. Guerre informationnelle et nouvelles lignes de front Au-delà des armes et des contrats miniers, l’Afrique centrale est désormais un champ de bataille informationnel : Cette dimension immatérielle est devenue centrale dans la stratégie des puissances, car elle conditionne l’acceptabilité internationale des régimes et des interventions. VII. Vers une reconfiguration géostratégique durable Trois tendances lourdes se dégagent : L’Afrique centrale, laboratoire du monde multipolaire L’Afrique centrale est aujourd’hui un condensé des tensions du XXIᵉ siècle : ressources critiques, États fragiles, puissances concurrentes, sociétés sous pression. Elle n’est ni marginale, ni passive. Elle est un laboratoire brut du monde multipolaire, où se joue une partie décisive de l’avenir géopolitique global. La question n’est plus de savoir si les grandes puissances s’y affrontent, mais qui contrôlera la valeur, la sécurité et le récit de cette région stratégique.

DOSSIER SPÉCIAL – AFRIQUE CENTRALE & GRANDES PUISSANCES Read More »

L’année 2025 restera comme l’une des plus instables du continent africain depuis une décennie.

Afrique 2025 : une année de fractures politiques, de révoltes sociales et de recompositions géostratégiques

L’année 2025 restera comme l’une des plus instables du continent africain depuis une décennie. Coups d’État, crises post-électorales, conflits armés persistants, révoltes sociales urbaines et tensions diplomatiques ont dessiné une Afrique traversée par des lignes de fracture multiples. De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique australe, en passant par la Corne de l’Afrique et l’Afrique centrale, les dynamiques de pouvoir ont été profondément ébranlées. Derrière la diversité des situations nationales, un même fil conducteur se dessine : l’érosion de la légitimité politique, la montée des revendications sociales et la centralité accrue des enjeux sécuritaires et géoéconomiques. Le retour du risque putschiste en Afrique de l’Ouest Bénin : le choc d’un coup d’État avorté Le 7 décembre 2025, le Bénin — longtemps présenté comme un îlot de stabilité démocratique — a été confronté à une tentative de coup d’État menée par un groupe se revendiquant du « Comité militaire de refondation ». Rapidement déjouée, l’opération a néanmoins révélé des fractures au sein de l’appareil sécuritaire. Le président Patrice Talon a sollicité un appui militaire du Nigeria, qui a déployé des moyens aériens et terrestres autour des positions des putschistes. Cet épisode marque un tournant : la sécurité du Bénin est désormais perçue comme un enjeu régional, dans un contexte de contagion des coups d’État sahéliens vers les États côtiers. Guinée-Bissau : l’instabilité chronique confirmée À l’inverse, le 26 novembre, la Guinée-Bissau a basculé. Un groupe militaire dirigé par Denis N’Canha a pris le pouvoir, suspendu le processus électoral et fermé les frontières. Le putsch est intervenu dans un climat de contestation post-électorale, après une présidentielle dont les résultats étaient fortement disputés. Ce nouvel épisode confirme le statut de la Guinée-Bissau comme État failli structurel, vulnérable aux interférences militaires et aux économies criminelles, avec des implications directes pour la sécurité maritime et régionale en Afrique de l’Ouest. Élections sous tension et crises de légitimité Tanzanie : la rue contre les urnes verrouillées Les élections générales du 29 octobre ont été marquées par l’exclusion de plusieurs figures de l’opposition. Les manifestations parties de Dar es Salaam se sont rapidement étendues au reste du pays. En réponse, le pouvoir a imposé un couvre-feu, restreint l’accès à Internet et déployé l’armée. Cette séquence illustre une tendance continentale : la militarisation de la gestion des crises électorales, au détriment des mécanismes civils de médiation. Cameroun : une crise post-électorale à haute intensité politique Au Cameroun, la présidentielle du 12 octobre et la proclamation contestée de la victoire de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, ont déclenché une crise politique majeure. Des manifestations ont éclaté à Yaoundé, Douala et dans plusieurs villes secondaires. Cette crise s’inscrit dans une double fragilité : vieillissement du leadership politique et pression croissante d’une population jeune, urbaine et connectée, renforcée par l’activisme de la diaspora. Armées arbitres du pouvoir : Madagascar, un basculement de plus À Madagascar, une contestation sociale née des coupures d’électricité et d’eau s’est transformée en soulèvement national. Après plusieurs semaines d’affrontements — 22 morts et des centaines de blessés — une partie de l’armée a basculé du côté des manifestants. Le 14 octobre, un régiment dirigé par le colonel Michael Randrianirina a annoncé la prise de pouvoir, après le départ d’Andry Rajoelina. L’événement confirme le rôle central des forces armées comme ultime arbitre politique dans plusieurs États africains fragilisés. Conflits armés : l’Afrique centrale et la Corne sous pression RDC : l’Est toujours hors de contrôle En République démocratique du Congo, l’année 2025 a été marquée par l’intensification des combats dans le Nord et le Sud-Kivu. Le groupe M23 a renforcé ses positions, provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes. La crise congolaise reste un conflit régionalisé, mêlant enjeux sécuritaires, rivalités étatiques et contrôle des ressources stratégiques (coltan, or, cobalt), avec un impact direct sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Soudan : la spirale de la violence Au Soudan, les affrontements entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) se sont poursuivis. Le 26 octobre, la prise de contrôle totale d’El-Fasher par les FSR a marqué une étape dramatique du conflit. Les images de massacres diffusées sur les réseaux sociaux ont renforcé l’isolement diplomatique du pays et souligné l’impuissance de la communauté internationale face à une guerre civile à fragmentation rapide. Révoltes sociales et crise du coût de la vie Angola : la rue contre les réformes économiques À Luanda, la hausse brutale du prix du diesel a déclenché, fin juillet, des manifestations meurtrières. Les grèves des chauffeurs de taxis et de bus ont paralysé la capitale. Le bilan officiel fait état de 30 morts et 277 blessés. Cette crise illustre un dilemme continental : réformes économiques sous contrainte budgétaire contre acceptabilité sociale fragile. Kenya : jeunesse, colère et répression En juin, le Kenya a été secoué par des manifestations massives contre le coût de la vie, le chômage et la corruption. La réponse sécuritaire — balles réelles et arrestations — a fait des dizaines de morts. Le Kenya, pourtant pilier de stabilité en Afrique de l’Est, montre les signes d’une fatigue sociale profonde, notamment chez les jeunes urbains. Afrique du Sud – États-Unis : une tension diplomatique inédite La réforme agraire sud-africaine a provoqué une crise diplomatique majeure avec les États-Unis. Donald Trump a accusé Pretoria de « génocide contre les blancs », suspendu l’aide américaine et boycotté le G20 de Johannesburg. Au-delà de la polémique, cet épisode révèle une fracture idéologique et géopolitique croissante entre l’Afrique du Sud et certains cercles politiques occidentaux, dans un contexte de recomposition des alliances globales. Une année charnière pour le continent Les décès d’anciens dirigeants emblématiques — Edgar Lungu en Zambie et Muhammadu Buhari au Nigeria — symbolisent la fin progressive d’une génération politique, alors que les transitions restent incertaines. En 2025, l’Afrique apparaît à la croisée des chemins : Plus qu’une succession de crises nationales, 2025 révèle une reconfiguration systémique du pouvoir en Afrique, dont les effets se feront sentir bien au-delà du continent.

Afrique 2025 : une année de fractures politiques, de révoltes sociales et de recompositions géostratégiques Read More »

Scroll to Top