6 janvier 2026

Le Cameroun ne manque pas de financements. Il fait face à un défi d’absorption, que les autorités économiques s’efforcent désormais de traiter comme une priorité stratégique.

Dette du Cameroun : des financements disponibles, un défi d’exécution que l’État s’emploie à corriger

Le Cameroun ne manque pas de financements. Il fait face à un défi d’absorption, que les autorités économiques s’efforcent désormais de traiter comme une priorité stratégique. Au 30 septembre 2025, le pays disposait de 5 641,9 milliards de FCFA de financements extérieurs engagés mais non encore décaissés ou autorisés mais non signés, selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA). Ce volume, équivalent à près d’une année et demie d’endettement budgétaire, témoigne moins d’un assèchement des ressources que de la confiance persistante des partenaires techniques et financiers envers l’État camerounais. Pour le ministre de l’Économie, Louis Paul Motaze, ces chiffres traduisent avant tout un choix assumé de prudence macroéconomique. Le Cameroun a continué de sécuriser des financements concessionnels et semi-concessionnels à long terme, tout en maintenant la soutenabilité de sa dette dans un environnement international marqué par la hausse des taux, la contraction de l’aide publique au développement et la concurrence accrue entre pays émergents pour l’accès au capital. L’essentiel de ce stock — 4 714,7 milliards de FCFA — correspond à des soldes engagés non décaissés (SEND). Si près de 63 % sont classés « à contraintes », le ministère de l’Économie souligne que ces blocages relèvent majoritairement de facteurs opérationnels et transversaux : procédures d’expropriation, mobilisation des fonds de contrepartie, exigences de conformité des bailleurs, ou encore insuffisance de maturité technique de certains projets hérités de cycles antérieurs. Dans ce contexte, la priorité du ministère n’est pas d’accélérer mécaniquement les décaissements, mais de sécuriser l’efficacité économique des projets, afin d’éviter les dérives de coûts, les infrastructures inachevées ou les dettes improductives. Cette approche explique la volonté affichée par Louis Paul Motaze de renforcer la préparation en amont, d’annuler les financements obsolètes et de recentrer les portefeuilles sur des projets à fort impact. Le cas de la Cameroon Development Corporation (CDC) illustre cette logique de remise à plat. Les financements agricoles en attente, d’un montant d’environ 50 milliards de FCFA, s’inscrivent dans une stratégie de relance prudente d’un acteur fragilisé par des contraintes sécuritaires et sociales. L’objectif est désormais de garantir la viabilité industrielle et commerciale des projets avant tout décaissement effectif. Sur le plan macroéconomique, cette rigueur a permis au Cameroun de contenir le service de la dette, malgré un environnement défavorable, et de préserver sa crédibilité auprès du FMI, de la Banque mondiale et des partenaires bilatéraux. Pour le ministère de l’Économie, l’enjeu est clair : transformer progressivement les engagements financiers en croissance réelle, sans compromettre la stabilité budgétaire. Le défi camerounais n’est donc pas celui de l’accès aux financements, mais celui de leur exécution maîtrisée. Un chantier complexe, que Louis Paul Motaze aborde comme une réforme de fond de l’État investisseur, condition essentielle pour que la dette devienne enfin un levier durable de développement.

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Dans son discours de vœux à la nation du 31 décembre 2025, le président de la République, Paul Biya, a annoncé la mise en œuvre « dès cette année » d’un programme spécial de réhabilitation des axes routiers dégradés, intégrant également la construction de nouvelles routes.

Routes camerounaises : le pari stratégique de Paul Biya face à l’urgence infrastructurelle

Dans son discours de vœux à la nation du 31 décembre 2025, le président de la République, Paul Biya, a annoncé la mise en œuvre « dès cette année » d’un programme spécial de réhabilitation des axes routiers dégradés, intégrant également la construction de nouvelles routes. Une déclaration à forte portée politique et stratégique, tant l’état du réseau routier constitue aujourd’hui l’un des principaux goulets d’étranglement du développement économique camerounais. Selon le chef de l’État, ce programme vise à « améliorer la mobilité urbaine et interurbaine, ainsi que l’accès aux bassins de production ». Derrière cette formulation, se dessine un enjeu central : désenclaver l’économie, fluidifier les échanges internes et renforcer l’intégration des territoires productifs aux marchés nationaux et régionaux. Un réseau routier en état critique Les chiffres du ministère des Travaux publics confirment l’ampleur du défi. Sur plus de 121 000 km de routes que compte le Cameroun, près de 75 % (91 404,7 km) sont jugés en état médiocre ou mauvais. Seuls 25 % du réseau sont considérés comme étant en bon ou moyen état. Cette dégradation chronique a un impact direct sur la compétitivité du pays : hausse des coûts logistiques, allongement des délais de transport, insécurité routière accrue. L’axe Yaoundé–Douala, colonne vertébrale économique du pays, en est l’illustration la plus emblématique. Parcourir les 230 km reliant la capitale politique à la capitale économique nécessite désormais 5 à 6 heures, un temps de trajet incompatible avec les standards d’une économie émergente. D’autres corridors stratégiques, tels que Édéa–Kribi, Garoua–Ngaoundéré ou Douala–Bafoussam, figurent également parmi les plus dégradés. Un bilan 2025 en demi-teinte En 2025, l’État camerounais a bitumé 384 km de routes, alors que l’objectif annuel était fixé à 754 km. Un résultat qui traduit à la fois les contraintes financières, les lourdeurs d’exécution et les difficultés de gouvernance du secteur. Le Fonds routier estimait pourtant à 1 097 milliards de F CFA les besoins annuels pour l’entretien du réseau national, contre seulement 100 milliards de F CFA effectivement programmés. Ce déséquilibre structurel entre besoins et ressources pose la question centrale du financement du nouveau programme présidentiel. Sans mécanismes innovants et sans mobilisation accrue des partenaires techniques et financiers, l’initiative risque de se heurter aux mêmes limites que les précédentes. Une dimension géostratégique assumée Dans cette perspective, le recours aux partenaires étrangers apparaît probable. Lors de sa visite officielle à Pékin le 4 septembre 2024, Paul Biya avait déjà appelé à une intensification des investissements chinois dans les infrastructures routières. Ce positionnement s’inscrit dans une logique géostratégique : renforcer les infrastructures pour consolider le rôle du Cameroun comme hub logistique de l’Afrique centrale, au cœur des échanges CEMAC et du corridor sous-régional. Au-delà des routes, c’est la capacité de l’État à traduire une volonté politique forte en résultats tangibles qui sera scrutée. Le programme spécial annoncé en 2026 pourrait ainsi devenir un test majeur de crédibilité économique et de gouvernance, à un moment où les attentes sociales et productives sont particulièrement élevées.

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Avec 310 milliards d’euros d’emprunts prévus en 2026, la France franchit un seuil critique.

310 milliards d’euros : la dette française, nouveau front géoéconomique et stratégique

Avec 310 milliards d’euros d’emprunts prévus en 2026, la France franchit un seuil critique. La France s’apprête à lever 310 milliards d’euros sur les marchés en 2026, un montant inédit qui dépasse largement la seule problématique budgétaire. À ce niveau, la dette devient un objet de puissance, un facteur de vulnérabilité stratégique et un marqueur du repositionnement français dans un environnement international de plus en plus conflictuel. Sur le plan géoéconomique, ce volume d’endettement place Paris dans une compétition directe avec les grandes économies avancées pour l’accès au capital. Dans un contexte de taux durablement élevés et de fragmentation financière mondiale, la soutenabilité de la dette française dépend désormais autant de la confiance des marchés que de la crédibilité politique. Chaque émission obligataire devient un test de réputation macroéconomique, observé par les investisseurs souverains, les fonds asiatiques et les banques centrales étrangères. La dette devient également un enjeu géopolitique. La France, puissance diplomatique et militaire, voit sa marge de manœuvre contrainte par la nécessité de rassurer ses créanciers. Cette dépendance financière pèse indirectement sur ses positions internationales, qu’il s’agisse du financement de l’effort de défense, de sa posture dans les crises internationales ou de sa capacité à maintenir une autonomie stratégique européenne face aux États-Unis et à la Chine. Sur le plan géostratégique, l’endettement massif intervient alors que Paris doit simultanément financer la transition énergétique, la réindustrialisation, le réarmement militaire et la cohésion sociale. L’arbitrage entre dépenses civiles, militaires et industrielles devient un exercice de haute stratégie, où chaque euro engagé traduit une hiérarchie implicite des priorités nationales. Du point de vue de l’intelligence économique, la dette française constitue aussi une surface d’exposition. Les données budgétaires, les trajectoires d’emprunt et la dépendance aux investisseurs étrangers alimentent les analyses stratégiques des puissances concurrentes. La perception d’un affaiblissement financier peut devenir un levier d’influence, voire de pression, dans les négociations commerciales, industrielles ou diplomatiques. L’impact se fait sentir jusque dans la politique d’aide publique au développement. La France, acteur historique de l’APD, notamment en Afrique, se trouve confrontée à un dilemme : maintenir son engagement financier pour préserver son influence ou réduire ses enveloppes sous contrainte budgétaire, au risque de laisser le champ libre à d’autres puissances, Chine, Russie ou pays du Golfe. Dans plusieurs États africains, la baisse ou la réorientation de l’aide française est déjà perçue comme un signal politique autant que financier. À 310 milliards d’euros, la dette française n’est plus seulement un instrument de financement. Elle devient un front stratégique, où se jouent la crédibilité internationale, l’autonomie de décision et la place de la France dans la recomposition des équilibres mondiaux.

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Réélu avec 76,15 %, le président centrafricain s’appuie sur les gains sécuritaires et un réalignement stratégique vers la Russie pour inscrire son troisième mandat dans la durée.

Centrafrique : Touadéra consolide le pouvoir, Moscou consolide l’influence

Réélu avec 76,15 %, le président centrafricain s’appuie sur les gains sécuritaires et un réalignement stratégique vers la Russie pour inscrire son troisième mandat dans la durée. Une victoire sans surprise pour le président sortant, au pouvoir depuis 2016, mais lourde d’enjeux politiques, sécuritaires et géostratégiques pour ce pays enclavé au cœur de l’Afrique centrale. Ce scrutin s’inscrit dans un cadre institutionnel profondément remanié. Le référendum constitutionnel de 2023 a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels et porté leur durée à sept ans, ouvrant la voie à cette nouvelle candidature. À 68 ans, l’ancien professeur de mathématiques consolide ainsi un pouvoir déjà fortement centralisé. La sécurité comme socle de légitimation La campagne de Faustin-Archange Touadéra a été largement construite autour du thème de la restauration de la sécurité, un argument décisif dans un pays marqué par plus d’une décennie de conflits armés. Le chef de l’État met en avant la reconquête de vastes territoires auparavant contrôlés par des groupes rebelles et la signature d’accords de paix locaux. Ces résultats sont étroitement liés à ses alliances sécuritaires non conventionnelles, notamment avec des contractants russes issus de la restructuration du groupe Wagner, ainsi qu’avec des forces rwandaises déployées en appui à l’armée centrafricaine. Cette architecture sécuritaire hybride a profondément modifié l’équilibre des forces sur le terrain, marginalisant les groupes armés les plus structurés. Une recomposition géostratégique assumée Au-delà de la sécurité intérieure, la réélection de Touadéra consacre le basculement stratégique de Bangui vers de nouveaux partenaires. La Russie s’est imposée comme un acteur central en RCA, renforçant son influence dans un pays doté de ressources stratégiques majeures : or, diamants, lithium et uranium. Cet accès privilégié aux ressources minières confère à Moscou un levier géoéconomique dans une région où les puissances occidentales ont vu leur présence se réduire. Pour la Centrafrique, ce partenariat est présenté par le pouvoir comme un échange pragmatique : sécurité et soutien politique contre concessions économiques. Une légitimité électorale contestée Sur le plan politique, le scrutin s’est déroulé globalement dans le calme, selon les observateurs internationaux, notamment l’Union africaine et la MINUSCA, malgré une insécurité persistante dans certaines zones de l’est du pays. Toutefois, cette apparente stabilité masque des fractures démocratiques profondes. La principale coalition d’opposition, le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), a boycotté l’élection, dénonçant un processus jugé inéquitable. D’autres figures de l’opposition, dont Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra, ont évoqué des restrictions de campagne et des entraves aux déplacements en province. Perspectives régionales et enjeux à venir À court terme, la validation des résultats par la Cour constitutionnelle, attendue d’ici le 20 janvier, sera déterminante pour la stabilité politique. À moyen terme, le défi pour Touadéra consistera à transformer les gains sécuritaires en reprise économique durable, dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde. La Centrafrique apparaît plus que jamais comme un laboratoire géopolitique en Afrique centrale, où s’entremêlent enjeux de souveraineté, compétition des puissances et quête de stabilité. La reconduction de Touadéra prolonge cette trajectoire singulière, au prix d’un isolement diplomatique relatif vis-à-vis de certains partenaires traditionnels, mais avec l’ambition affichée d’un État enfin pacifié.

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