La relation entre la France et l’Afrique est entrée dans une nouvelle phase, largement déterminée par des rapports de force géoéconomiques désormais assumés.

Afrique–France : la bataille géoéconomique est engagée

Entre recul de l’aide publique au développement et concurrence asiatique, Paris cherche à réinventer sa coopération économique avec l’Afrique. La relation entre la France et l’Afrique est entrée dans une nouvelle phase, largement déterminée par des rapports de force géoéconomiques désormais assumés. L’époque où l’influence française reposait sur l’histoire, la langue et les réseaux diplomatiques est révolue. Aujourd’hui, la coopération se mesure à l’aune des flux commerciaux, des capacités de financement et de la rapidité d’exécution des projets structurants. Sur ce terrain, le constat est sans appel. La part de marché de la France en Afrique est tombée à environ 4,2 %, contre près de 8 % il y a une dizaine d’années, tandis que la Chine concentre près de 17 % des échanges du continent. L’Inde, la Turquie et les pays du Golfe progressent également à un rythme soutenu. Dans le même temps, les entreprises françaises – environ 40 000 implantations sur le continent — peinent à transformer leur présence en leadership économique durable. Cette érosion intervient dans un contexte paradoxal de recul de l’aide publique au développement (APD) française. Après avoir culminé à plus de 0,55 % du RNB, l’APD est entrée dans une phase de contraction sous l’effet des contraintes budgétaires européennes et nationales. Pour de nombreux pays africains, cette baisse est perçue comme un désengagement, alors même que d’autres partenaires proposent des financements massifs, souvent adossés à des projets visibles d’infrastructures, d’énergie ou de transport. Or, en Afrique, la coopération est indissociable du développement. Les États africains recherchent moins des discours que des capitaux, des transferts de compétences et des chaînes de valeur locales. À cet égard, le modèle chinois — fondé sur le triptyque financement rapide, exécution directe et visibilité politique — s’est imposé comme une référence, même s’il suscite des inquiétudes sur l’endettement et la souveraineté économique. Conscient de ce décrochage, le président Emmanuel Macron plaide pour une refondation de la coopération économique française. Il a pointé une « timidité incompréhensible » des entreprises françaises et une réglementation dissuasive, appelant à des partenariats de grande envergure, intégrant la finance, l’innovation, l’énergie et la diaspora africaine en Europe comme levier d’influence. Le choix de Nairobi pour accueillir le prochain Sommet Afrique–France marque un tournant stratégique. Il traduit la volonté de Paris de sortir de son pré carré francophone et de s’inscrire dans une logique continentale, plus compétitive et plus pragmatique. Les thématiques retenues — financement climatique, transformation numérique, entrepreneuriat — répondent aux priorités africaines actuelles, mais leur crédibilité dépendra des moyens mobilisés. À l’heure où l’APD recule et où la concurrence s’intensifie, la France est confrontée à une équation délicate : passer d’une coopération héritée à une coopération de co-investissement, capable de soutenir la croissance africaine tout en servant ses propres intérêts stratégiques. Dans cette bataille géoéconomique, le temps joue contre l’immobilisme.

Afrique–France : la bataille géoéconomique est engagée Read More »