15 janvier 2026

L’année 2026 s’impose comme une séquence politique déterminante au Cameroun, avec la probable organisation simultanée des élections législatives et municipales.

Cameroun : 2026, l’épreuve du calendrier électoral

L’année 2026 s’impose comme une séquence politique déterminante au Cameroun, avec la probable organisation simultanée des élections législatives et municipales. Initialement prévues pour février 2025, ces consultations ont été reportées à la suite de deux prorogations successives des mandats électifs, décidées par l’exécutif, reconfigurant en profondeur le calendrier institutionnel du pays. Par décret du 24 juillet 2024, le président de la République a prorogé jusqu’au 31 mai 2026 le mandat des conseillers municipaux, dont l’échéance arrivait à terme en février 2025. Quelques mois plus tard, après consultation des bureaux des deux chambres du Parlement, le mandat des 180 députés a également été prolongé jusqu’au 30 mars 2026. Ces décisions s’inscrivent dans les prérogatives constitutionnelles du chef de l’État, conçues pour garantir la continuité de l’action publique en cas de nécessité. Toutefois, le cadre juridique n’offre pas la même latitude pour les deux scrutins. Si la prorogation du mandat des députés n’est pas expressément plafonnée par la loi, celle des conseillers municipaux est strictement encadrée par l’article 179 du code électoral, qui limite la durée cumulée de prorogation à 18 mois. Or, la prolongation décidée en juillet 2024 couvre déjà 15 mois. En conséquence, une marge maximale de trois mois subsiste, rendant l’organisation des élections municipales juridiquement incontournable en 2026. Deux scénarios principaux se dessinent. En l’absence de nouvelle prorogation, l’obligation de convoquer le corps électoral au plus tard vingt jours avant la fin des mandats conduirait à un scrutin organisé le dimanche 10 mai 2026. En cas d’utilisation de la marge résiduelle de trois mois prévue par la loi, les municipales pourraient être repoussées au dimanche 10 août 2026. Au-delà de cette date, toute prorogation supplémentaire exposerait le processus à des contestations juridiques et politiques accrues. La pratique institutionnelle camerounaise, qui a historiquement privilégié l’organisation conjointe des élections législatives et municipales, renforce l’hypothèse d’un couplage des deux scrutins. Dans cette perspective, les législatives devraient s’aligner sur le calendrier des municipales, concentrant ainsi l’ensemble du renouvellement électoral national sur une même échéance, en mai ou en août 2026. Sur le plan politique, ces élections interviendront dans un contexte marqué par une recomposition progressive des forces partisanes, une pression sociale persistante sur les questions de gouvernance locale et de représentation, ainsi qu’une attente forte en matière de transparence électorale. Pour les autorités, l’enjeu consiste à préserver l’équilibre entre stabilité institutionnelle et respect du cadre légal, dans un environnement régional et international où la question des processus électoraux demeure hautement sensible. À l’échelle internationale, l’attention portée à ces scrutins dépasse le strict cadre camerounais. Dans une Afrique centrale confrontée à des transitions politiques parfois heurtées, le déroulement des élections de 2026 sera perçu comme un indicateur de la capacité du Cameroun à gérer des ajustements institutionnels sans rupture. Plus largement, il s’agira d’un test de crédibilité pour l’État camerounais, tant vis-à-vis de ses partenaires extérieurs que de son opinion publique, à un moment où la stabilité politique reste un atout stratégique majeur dans une région fragilisée.

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Parallèlement, l’expiration de l’AGOA en septembre 2025, sans véritable alternative régionale, affaiblit l’accès préférentiel des produits africains au marché américain.

Relations internationales : America First, Africa last ?

Entre unilatéralisme assumé, repli sécuritaire et concurrence chinoise, les États-Unis redéfinissent leur présence sur le continent africain. Le début de la seconde administration Trump marque une inflexion nette de la politique étrangère américaine, dont les répercussions sur l’Afrique, bien que peu médiatisées, sont profondes. Fidèle à la doctrine « America First », Washington opère un recentrage assumé sur ses priorités intérieures — sécurité des frontières, souveraineté nationale, compétitivité économique — au détriment d’un engagement international structurant, notamment en matière d’aide au développement et de diplomatie multilatérale. Pour le continent africain, cette évolution se traduit par un désengagement progressif mais stratégique, aux conséquences géopolitiques durables. Une diplomatie africaine marginalisée L’Afrique demeure une priorité secondaire dans l’agenda diplomatique américain. Contrairement aux administrations Obama ou Biden, aucun sommet États-Unis–Afrique n’a été organisé, et l’engagement présidentiel direct reste limité. Washington privilégie désormais une diplomatie bilatérale ciblée, souvent pilotée depuis la Maison-Blanche, au détriment des organisations régionales africaines telles que l’Union africaine ou la CEDEAO. Cette approche contraste fortement avec celle de la Chine, qui investit massivement les cadres multilatéraux africains pour y consolider son influence politique et économique. Cette diplomatie transactionnelle s’illustre par des initiatives ponctuelles, comme la médiation américaine entre le Rwanda et la RDC ou les accords liés aux ressources stratégiques. Elle marque cependant un recul clair de la promotion des valeurs démocratiques et des droits humains, longtemps constitutives du discours diplomatique américain en Afrique. Le choc géoéconomique : fin de l’aide, incertitudes commerciales Le démantèlement de l’USAID en 2025 constitue un tournant majeur. Pour plusieurs pays africains, l’aide américaine représentait plus de 20 % de l’aide publique au développement reçue. Sa suppression brutale fragilise des secteurs clés — santé, sécurité alimentaire, gouvernance — et accentue les vulnérabilités macroéconomiques. Des estimations évoquent plusieurs millions de personnes supplémentaires basculant dans l’extrême pauvreté à l’horizon 2030. Parallèlement, l’expiration de l’AGOA en septembre 2025, sans véritable alternative régionale, affaiblit l’accès préférentiel des produits africains au marché américain. L’approche commerciale de Washington privilégie désormais des accords bilatéraux étroits, souvent liés à des enjeux stratégiques précis – minerais critiques, technologies numériques, infrastructures à double usage. Cette « diplomatie minérale » s’inscrit dans une logique d’intelligence économique visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines face à la Chine. Toutefois, les politiques tarifaires imprévisibles de l’administration Trump compliquent la projection des économies africaines, peu armées face aux guerres commerciales entre grandes puissances. Sécurité et retrait militaire : le partage du fardeau Sur le plan sécuritaire, la continuité est frappante. L’Afrique n’est pas considérée comme un théâtre stratégique prioritaire pour le Pentagone, focalisé sur la rivalité avec la Chine et la Russie. Le retrait progressif des forces américaines, illustré par la fermeture de la dernière base au Niger en 2024, confirme cette tendance. Les États-Unis encouragent désormais un « partage du fardeau », invitant les armées africaines à assurer leur propre sécurité. Les dispositifs multilatéraux, comme le G5 Sahel ou la MINUSMA, se sont effondrés sans solution de remplacement crédible. Si certains partenariats militaires persistent – exercices conjoints, programme de partenariat d’État (SPP) – ils restent principalement axés sur la formation et non sur l’engagement opérationnel. Ce désengagement crée un vide sécuritaire que d’autres acteurs tentent de combler. La Russie, bien que limitée par la guerre en Ukraine, et surtout la Chine, renforcent leur présence indirecte via des entreprises de sécurité privées, des infrastructures critiques et des coopérations sécuritaires discrètes. Enjeux migratoires et diplomatie coercitive Un axe central de la politique africaine de Washington concerne désormais la lutte contre l’immigration clandestine. Les accords d’expulsion de ressortissants de pays tiers vers certains États africains traduisent une diplomatie plus coercitive, suscitant de vives critiques des organisations de défense des droits humains. Pour certains gouvernements africains, ces accords deviennent néanmoins des leviers d’accès politique et économique auprès de l’administration américaine. Perspectives : vers une Afrique plus stratégique qu’il n’y paraît Si l’Afrique ne constitue pas une priorité immédiate pour Washington, l’ignorer serait une erreur stratégique. Le continent concentre une croissance démographique sans équivalent, des ressources critiques indispensables à la transition énergétique et un poids culturel croissant dans le soft power mondial. Dans un système international de plus en plus multipolaire, la compétition pour l’influence en Afrique s’intensifie. La doctrine Trump II acte la fin d’un engagement fondé sur l’aide et le multilatéralisme, au profit d’une relation fondamentalement transactionnelle. Pour les États africains, ce basculement pose un défi majeur : transformer le retrait américain en opportunité de diversification des partenariats, de renforcement de la gouvernance et de consolidation de leur autonomie stratégique. Pour les États-Unis, le risque est clair : céder durablement du terrain dans une région appelée à jouer un rôle central dans l’équilibre géopolitique du XXIᵉ siècle.

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