Cameroun–Russie : l’ombre de la guerre d’Ukraine sur la jeunesse africaine
Recrutements, pertes humaines et vulnérabilités socio-économiques : un enjeu géopolitique aux répercussions continentales Un rapport publié par All Eyes on Wagner met en lumière une réalité préoccupante : l’engagement croissant de ressortissants africains dans les rangs des forces russes depuis 2023. Sur 1 417 Africains recrutés, 355 seraient camerounais, plaçant le Cameroun en tête des contingents subsahariens recensés, devant le Ghana (234). Plus alarmant encore, 94 Camerounais auraient trouvé la mort, pour un taux de mortalité supérieur à 22 %. L’appât du gain et la vulnérabilité sociale Les motivations semblent d’abord économiques. Dans un contexte de chômage persistant des jeunes – estimé à plus de 30 % en milieu urbain – les promesses salariales russes apparaissent attractives. Les recrues se verraient proposer des rémunérations mensuelles oscillant entre 1 500 et 2 000 dollars, soit l’équivalent de plusieurs années de revenu moyen au Cameroun, assorties de primes et, parfois, de promesses de naturalisation. À ces incitations financières s’ajoutent des facteurs psychologiques : quête d’ascension sociale rapide, sentiment d’impasse économique, influence des réseaux sociaux. Certains cas évoquent également des recrutements indirects via des contrats de travail requalifiés en engagements militaires. Un choc humain et climatique La réalité du front est toutefois radicalement différente. Les combattants africains sont confrontés à la rigueur extrême du climat russe et ukrainien, avec des températures pouvant descendre sous –20 °C. Isolement culturel, barrière linguistique, solitude et conditions de combat intensives accentuent la vulnérabilité. Pour beaucoup, l’expérience se transforme en désillusion brutale. Le coût humain pèse lourdement sur les familles et sur l’image internationale du Cameroun. Ces décès alimentent un débat national sur la responsabilité des intermédiaires, la régulation des départs et la protection des citoyens à l’étranger. Conséquences géopolitiques et régionales À l’échelle africaine, cette dynamique soulève plusieurs enjeux. Elle illustre l’influence croissante de Moscou sur certaines franges de la jeunesse du continent, mais révèle aussi les fragilités structurelles des économies africaines. L’exportation de combattants vers un conflit extra-africain constitue un précédent aux implications diplomatiques sensibles. Comment y mettre fin ? La réponse passe par trois leviers : Au-delà du drame humain, ces 94 décès rappellent que les fractures socio-économiques africaines peuvent devenir des vecteurs d’instrumentalisation géopolitique. Pour le Cameroun comme pour le continent, l’enjeu est désormais de transformer cette tragédie en électrochoc stratégique.
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