19 février 2026

Une vaste opération internationale coordonnée par Interpol a conduit à l’interpellation de 651 cybercriminels présumés à travers plusieurs pays africains.

Cybercriminalité en Afrique : 651 « brouteurs » interpellés, le Cameroun en première ligne

Une opération d’Interpol révèle l’ampleur des réseaux numériques criminels et met en lumière le rôle central de la DGSN camerounaise. Une vaste opération internationale coordonnée par Interpol a conduit à l’interpellation de 651 cybercriminels présumés à travers plusieurs pays africains. Surnommés « brouteurs », ces acteurs spécialisés dans les escroqueries en ligne opéraient via des arnaques sentimentales, de fausses opportunités d’investissement, des usurpations d’identité ou encore des compromissions de comptes professionnels. Parmi les pays concernés, le Cameroun figure en tête en nombre d’arrestations, signalant à la fois l’ampleur du phénomène et l’intensification de la riposte sécuritaire. Au cœur de cette dynamique, la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN) a joué un rôle stratégique. À travers ses unités spécialisées en cybercriminalité et en police scientifique, elle a conduit des enquêtes techniques approfondies : traçage d’adresses IP, infiltration numérique, exploitation de données téléphoniques et coopération avec des plateformes internationales. Les opérations ont permis la saisie de centaines d’ordinateurs, de téléphones, de cartes SIM, ainsi que l’identification de flux financiers transitant par des circuits complexes, parfois via des cryptomonnaies. Une menace transnationale structurée Les réseaux démantelés ne relevaient pas d’initiatives isolées, mais d’organisations hiérarchisées, fonctionnant en cellules spécialisées : recruteurs, opérateurs, gestionnaires de comptes et intermédiaires financiers. Les victimes, majoritairement situées en Europe et en Amérique du Nord, étaient ciblées via les réseaux sociaux et des plateformes de messagerie. Cette dimension transfrontalière explique l’implication directe d’Interpol et la coordination entre services de police africains. Sur le plan géoéconomique, la cybercriminalité représente une menace pour l’attractivité du continent. Elle fragilise la confiance des investisseurs, complique les relations bancaires internationales et expose les pays concernés à des mécanismes de surveillance financière renforcée. Le Cameroun face à un double défi Pour le Cameroun, l’enjeu est double. D’un côté, ces arrestations démontrent la montée en puissance des capacités opérationnelles de la DGSN et la volonté des autorités de protéger l’écosystème numérique national. De l’autre, elles mettent en lumière la vulnérabilité socio-économique d’une partie de la jeunesse, attirée par l’appât du gain rapide dans un contexte de chômage persistant. La réponse ne peut être uniquement répressive. Les autorités plaident pour une stratégie intégrée : renforcement du cadre juridique, coopération internationale durable, éducation numérique et politiques d’insertion professionnelle dans les métiers du digital légal. L’opération ayant conduit à 651 interpellations constitue un signal fort. Pour le Cameroun et ses partenaires africains, la bataille contre la cybercriminalité s’inscrit désormais au cœur des enjeux de souveraineté numérique, de sécurité économique et de crédibilité internationale.

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L’annonce, le 17 février, par l’Union européenne de plus de 80 millions d’euros d’aide humanitaire confirme l’ampleur régionale de la crise.

Grands Lacs : l’épicentre stratégique qui redessine l’Afrique centrale

De l’est de la RDC aux capitales régionales, une crise systémique aux implications géopolitiques continentales. L’est de la République démocratique du Congo (RDC) n’est plus seulement une crise nationale : il est devenu le baromètre sécuritaire et stratégique de toute la région des Grands Lacs. Frontalier du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, cet espace riche en coltan, cobalt et or constitue un carrefour où se croisent intérêts économiques mondiaux, rivalités régionales et enjeux de souveraineté. L’annonce, le 17 février, par l’Union européenne de plus de 80 millions d’euros d’aide humanitaire confirme l’ampleur régionale de la crise. Sur ce montant, 68 millions sont destinés à la RDC et 13,2 millions aux pays voisins pour la gestion des réfugiés et la préparation aux catastrophes. Plus de 21 millions de Congolais nécessitent une assistance et 28 millions souffrent d’insécurité alimentaire, des chiffres qui exercent une pression directe sur les États frontaliers. La résurgence du Mouvement du 23 mars (M23) depuis 2021 a transformé l’équation sécuritaire régionale. La prise de Goma et Bukavu en 2025 a modifié les équilibres militaires et ravivé les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali. L’implication présumée du Rwanda, les inquiétudes sécuritaires de l’Ouganda et l’afflux de réfugiés vers le Burundi créent un effet domino susceptible de déstabiliser durablement l’Afrique centrale et orientale. Géoéconomiquement, les minerais stratégiques des Kivu alimentent les chaînes de valeur mondiales liées aux technologies vertes et numériques. Le contrôle des corridors miniers devient ainsi un instrument d’influence dans la compétition internationale pour les ressources critiques. Cette dimension attire l’attention de puissances extérieures et renforce la militarisation des zones d’extraction. Diplomatiquement, la médiation de l’Angola, les accords signés à Doha et à Washington illustrent une volonté de désescalade. Toutefois, l’absence d’architecture régionale de sécurité pleinement intégrée limite leur efficacité. Au-delà de la RDC, c’est la stabilité de toute la région des Grands Lacs qui est en jeu. Sans coopération sécuritaire renforcée, gouvernance transparente des ressources et investissements structurants, la crise congolaise continuera d’alimenter un cycle régional de tensions, redessinant les rapports de force africains pour la prochaine décennie.

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