Cameroun – Commonwealth : la diplomatie économique de Yaoundé à l’épreuve de l’attractivité mondiale
Invité vedette du Commonwealth Trade and Investment Summit 2026, le Cameroun cherche à repositionner son rôle économique en Afrique centrale et dans les chaînes d’investissement du Commonwealth. La désignation du Cameroun comme « invité vedette » de la 5ᵉ édition du Commonwealth Trade and Investment Summit, prévue les 20 et 21 avril 2026 à Londres, marque une étape importante dans la stratégie de diplomatie économique de Yaoundé. L’invitation adressée au Premier ministre Joseph Dion Ngute par Lord Jonathan Marland, président du Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC), intervient dans un contexte où les États africains intensifient leur compétition pour attirer les investissements internationaux et capter les nouvelles chaînes de valeur mondiales. Avec 2,6 milliards d’habitants et près de 15 % du commerce mondial, l’espace du Commonwealth constitue un levier économique significatif pour les pays membres. Pour le Cameroun, membre depuis 1995, cette tribune londonienne représente une opportunité stratégique pour valoriser ses atouts géoéconomiques : position de hub logistique en Afrique centrale, accès au golfe de Guinée, et rôle de porte d’entrée vers un marché régional estimé à plus de 200 millions d’habitants incluant la CEMAC et la CEEAC. Le sommet, placé sous le thème « Commonwealth Solutions to Global Challenges », abordera des secteurs structurants pour la transformation économique mondiale : intelligence artificielle, transition énergétique, infrastructures, technologies de santé et industries créatives. Pour Yaoundé, l’enjeu est double : attirer des investissements directs étrangers (IDE) dans les infrastructures et l’énergie, tout en diversifiant une économie encore largement dépendante des matières premières. Selon les données de la CNUCED, les flux d’IDE vers le Cameroun oscillaient autour de 700 à 900 millions de dollars par an ces dernières années, un niveau jugé insuffisant pour soutenir les ambitions d’industrialisation du pays. La présence du Commonwealth Enterprise and Investment Council, qui revendique plus de 100 partenaires stratégiques dans 30 pays, renforce la dimension de réseautage économique du sommet. L’organisation facilite notamment des missions commerciales ciblées, des partenariats industriels et des initiatives d’investissement dans les marchés émergents. Le Cameroun abrite déjà un hub régional du CWEIC, ce qui confirme son positionnement comme plateforme économique pour l’Afrique centrale. Au-delà de l’attractivité économique, la participation camerounaise s’inscrit dans une diplomatie d’influence visant à renforcer la visibilité internationale du pays dans un contexte de recomposition des alliances économiques. Face à la montée en puissance de nouveaux acteurs comme la Chine, la Turquie ou les pays du Golfe en Afrique, le Commonwealth apparaît pour Yaoundé comme un espace complémentaire permettant de diversifier ses partenaires stratégiques. La réussite de cette vitrine internationale dépendra toutefois de la capacité du Cameroun à rassurer les investisseurs sur des enjeux structurels : climat des affaires, gouvernance économique, stabilité sécuritaire et modernisation des infrastructures. Autant de facteurs déterminants pour transformer l’exposition diplomatique de Londres en investissements concrets et durables dans l’économie camerounaise et, plus largement, dans l’espace d’Afrique centrale.
