Cacao : triomphe industriel, colère dans les plantations
Alors que les autorités camerounaises célèbrent une performance historique avec plus de 80 % des fèves transformées localement, une tout autre réalité se dessine dans les villages cacaoyers. En quelques mois, le prix du kilogramme s’est effondré, passant d’environ 5 000 à près de 1 000 FCFA, plongeant des milliers de producteurs dans l’incompréhension et la colère. Entre statistiques triomphantes et plantations en détresse, la filière cacao camerounaise révèle un paradoxe inquiétant : jamais l’industrie n’a semblé aussi prospère, et pourtant jamais les planteurs ne se sont sentis aussi abandonnés. Le Cameroun met en avant une performance rarement atteinte dans l’économie cacaoyère mondiale. Selon les données communiquées par le ministère du Commerce, plus de 80 % des fèves produites dans le pays seraient désormais transformées localement. Une réussite industrielle revendiquée par l’État Le paysage industriel s’est en effet considérablement densifié ces dernières années. Plusieurs opérateurs dominent aujourd’hui la transformation : À ce dispositif devrait bientôt s’ajouter une nouvelle unité industrielle. Le 27 février 2026, les ministres du Commerce et de l’Agriculture ont procédé à la pose de la première pierre de l’usine de broyage Samen Industry à Barré Bakem , dans le Moungo. Sur le terrain, la chute brutale du prix A plusieurs centaines de kilomètres des salles de conférence ministérielles, la réalité vécue par les producteurs est radicalement différente. Dans les principaux bassins de production – Centre, Sud, Littoral ou Sud-Ouest – les planteurs assistent à un effondrement brutal du prix du cacao. Le kilogramme, qui se négociait autour de 5 000 FCFA l’année dernière, est tombé aux environs de 1 000 FCFA dans plusieurs localités. Un choc économique pour des milliers de familles rurales dont les revenus dépendent presque exclusivement de cette culture. Dans le département du Mbam-et-Kim, proche de Ntui, un producteur résume l’incompréhension générale : « L’année dernière on nous disait que le cacao n’avait jamais autant rapporté au Cameroun. Aujourd’hui on nous propose 1 000 francs le kilo. Comment peut-on expliquer une chute pareille ? » Les fèves stockées dans les maisons Face à ces prix jugés dérisoires, certains planteurs ont choisi de ne plus vendre leurs récoltes. Un producteur du département de la Lékié explique : « Nous préférons garder le cacao à la maison. Peut-être que le prix va remonter. À 1 000 francs, ce n’est même plus rentable de vendre ». Cette stratégie d’attente comporte pourtant des risques : détérioration des fèves, pertes de qualité et absence de liquidités pour les familles. Plus inquiétant encore, une frange radicalisée de producteurs commence à envisager l’abandon pur et simple de la culture. Un producteur du département de la Mvila confie : « Nous avons passé des années à entretenir ces plantations. Si le cacao ne nourrit plus nos familles, à quoi bon continuer ? » L’incompréhension face au discours officiel Ce qui alimente le plus la frustration des planteurs est le contraste entre les annonces officielles et leur réalité quotidienne. Alors que l’État met en avant, l’augmentation de la transformation locale, la progression des exportations de pâte et de beurre de cacao, et l’entrée du Cameroun dans le top 10 mondial des exportateurs de produits dérivés, les producteurs disent ne percevoir aucune amélioration de leurs revenus. Un planteur de la région du Littoral résume ce sentiment : « On nous dit que le cacao rapporte beaucoup d’argent au pays. Mais cet argent, nous ne le voyons pas. » Les attentes des producteurs Dans les villages cacaoyers, les attentes vis-à-vis des autorités sont désormais clairement exprimées : Plusieurs coopératives souhaitent également une plus grande transparence dans la formation des prix et une meilleure régulation du circuit de commercialisation. Le silence du gouvernement Pour l’instant, aucune réaction officielle forte n’a été enregistrée face à la chute du prix dans les bassins de production. Ce silence alimente l’inquiétude dans les campagnes. Car derrière les statistiques de transformation et les classements internationaux, ce sont des centaines de milliers de familles rurales qui vivent du cacao au Cameroun. Simon Emmanuel MINYEM
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