Des enjeux considérables pour le Cameroun

Finance climatique : le bassin du Congo, un géant écologique en quête de justice financière

Deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie, le bassin du Congo constitue l’un des principaux remparts contre le changement climatique. Pourtant, malgré son rôle stratégique dans la régulation du climat mondial, cette région ne reçoit qu’une infime partie des financements internationaux destinés à la protection des forêts.

Au Cameroun, les acteurs de terrain dénoncent un paradoxe : les engagements se multiplient dans les grandes conférences climatiques, mais les moyens peinent à parvenir aux communautés qui protègent quotidiennement cet écosystème vital.

La finance climatique désigne l’ensemble des ressources mobilisées pour lutter contre le changement climatique, réduire les émissions de gaz à effet de serre et aider les populations à s’adapter à ses effets. Elle provient des États, des banques de développement, des fonds internationaux, des institutions financières et du secteur privé.

Le bassin du Congo, un pilier de la finance climatique mondiale

Dans cette architecture mondiale, le bassin du Congo occupe une place stratégique. Réparti sur six pays d’Afrique centrale – Cameroun, Congo, République démocratique du Congo, Gabon, République centrafricaine et Guinée équatoriale –, il couvre près de 270 millions d’hectares de forêts tropicales et abrite plus de 60 millions d’habitants.

Selon les estimations scientifiques, ce massif forestier stocke environ 70 milliards de tonnes de carbone, régule les précipitations jusqu’au Sahel et représente près de 18 % des forêts tropicales mondiales. Pourtant, cette importance écologique contraste avec la faiblesse des financements qui lui sont consacrés.

Le paradoxe des financements : beaucoup de promesses, peu de résultats

Depuis la COP15 de Copenhague en 2009, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour soutenir les pays en développement. À cela s’ajoutent le Fonds vert pour le climat (FVC) et plusieurs initiatives internationales.

Pourtant, selon la Coalition pour les Forêts du Bassin du Congo (CBFP), moins de 3 % des financements climat mondiaux consacrés aux forêts bénéficient à la région. Alors qu’elle joue un rôle essentiel dans l’équilibre climatique mondial, elle demeure largement sous-financée, alimentant un sentiment d’injustice chez les États et les organisations locales.

La réalité du terrain : des acteurs locaux souvent exclus

Au Cameroun, cette insuffisance est vécue au quotidien par les organisations de la société civile. Les ONG dénoncent des procédures d’accès complexes, exigeant des études techniques, des audits et des capacités administratives dont disposent rarement les structures locales.

Boris Ngomoné, coordonnateur de l’ONG Forêts et Développement, indique que seuls deux des dix-huit dossiers déposés depuis 2016 ont obtenu un financement, pour moins de 150 000 dollars.

La COMIFAC reconnaît que moins de 15 % des financements climat transitent directement par les institutions des pays du bassin, la majorité étant gérée par des agences onusiennes, des ONG internationales ou des banques multilatérales. Les communautés locales, premières protectrices des forêts, restent ainsi les dernières bénéficiaires.

Des enjeux considérables pour le Cameroun

Pour le Cameroun, préserver le bassin du Congo dépasse la seule question environnementale. Les forêts soutiennent les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, les ressources en eau et l’équilibre des écosystèmes.

Mais les pressions s’accentuent. Déforestation, exploitation illégale du bois, expansion agricole, braconnage et changement climatique fragilisent ce patrimoine naturel. Selon le WWF, plus de 500 000 hectares de forêts disparaissent chaque année dans le bassin. Les inondations survenues dans le Nyong-et-Kellé en 2024 illustrent également la vulnérabilité croissante des territoires.

Des actions engagées mais encore insuffisantes

La COMIFAC poursuit son plan régional de mobilisation des financements climat, tandis que le Fonds vert pour le climat prépare quatre projets d’environ 180 millions de dollars pour l’Afrique centrale, incluant un volet d’adaptation des communautés forestières.

Au Cameroun, plusieurs ONG développent des initiatives d’agroforesterie, de restauration des paysages, de lutte contre le braconnage et de gestion communautaire. Toutefois, ces projets restent limités par leur envergure et les exigences administratives des bailleurs. Quelles perspectives pour une finance climatique plus équitable ?

Face à cette situation, plusieurs organisations proposent la création d’un Fonds du Bassin du Congo offrant un accès direct aux États, aux collectivités et aux organisations communautaires. L’objectif est de simplifier les procédures, de réduire les intermédiaires et de financer des programmes de plus grande ampleur.

Pour le Cameroun, cette réforme renforcerait les capacités nationales et favoriserait une meilleure implication des acteurs locaux. Au-delà des montants mobilisés, le véritable défi reste celui de la gouvernance. Tant que les engagements internationaux ne se traduiront pas par des financements accessibles et adaptés aux réalités du terrain, le « poumon vert » de l’Afrique continuera d’assurer une mission mondiale avec des moyens insuffisants.

Simon Emmanuel MINYEM

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