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Scrutin manuel, soupçons numériques : le paradoxe électoral camerounais

Proclamation anticipée, accusations de fraude et lenteurs numériques alimentent l’incertitude. Deux semaines avant l’annonce officielle des résultats de la présidentielle, le candidat de l’opposition Issa Tchiroma Bakary s’est proclamé vainqueur, défiant ainsi la loi camerounaise qui réserve cette prérogative au Conseil constitutionnel. « Le peuple a choisi, et ce choix doit être respecté », a-t-il affirmé sur les réseaux sociaux, dénonçant un « crime électoral » à Bafoussam et des pressions exercées sur ses représentants. Légalement, seule l’instance constitutionnelle peut proclamer les résultats. Toute déclaration unilatérale est considérée comme illégale. En 2018, une initiative similaire du candidat Maurice Kamto avait conduit à son arrestation. Numérisation absente, compilation lente Malgré la disponibilité des technologies de transmission rapide et sécurisée des résultats (IA, blockchain, systèmes automatisés), le Cameroun continue de compiler les procès-verbaux manuellement, parfois dans des zones isolées. Issa Tchiroma Bakary profite de ce retard, d’autant plus que le taux de participation n’a pas encore été communiqué. « Les outils numériques sont sous-utilisés, ce qui nuit à la transparence et à la confiance », note un expert électoral étranger. Stabilité politique et enjeux géostratégiques Le Cameroun reste un pays clé en Afrique centrale, frontalier du Nigeria et engagé dans la lutte contre Boko Haram. Tout dérapage post-électoral pourrait déstabiliser la région. Le RDPC appelle à la retenue, assurant que le processus s’est déroulé dans le calme et la légalité. Le Conseil constitutionnel devrait proclamer les résultats au plus tard le 26 octobre. Jusqu’à cette date, le Cameroun retient son souffle. « Ce n’est pas seulement une élection, c’est un test de stabilité pour toute la sous-région », analyse un diplomate européen. À suivre :  la publication des résultats officiels par le Conseil constitutionnel ; les réactions des acteurs internationaux (UA, CEEAC, partenaires bilatéraux, les Risques de manifestations et instabilité sécuritaire ; l’impact sur l’économie et les investissements étrangers.

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Centrafrique : 10.000 rebelles désarmés grâce au processus DDR

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a annoncé que 10.000 anciens rebelles ont été désarmés au cours des dernières années dans le cadre du programme DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration). Ce processus a également permis de récupérer 30.000 armes. Ces avancées ont été rendues possibles par la collaboration entre le gouvernement centrafricain et ses partenaires internationaux, notamment dans le cadre de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation nationale (APPR) signé en 2019. Lors de la 11e session du Comité stratégique du DDRR à Bangui, le président a indiqué que : 11 des 14 groupes armés signataires de l’APPR ont dissous leurs mouvements ; Les deux autres groupes majeurs restants, l’UPC (Unité pour la paix en Centrafrique) et les 3R (Retour, Réclamation et Réhabilitation), sont en voie de dissolution dans le cadre de l’Accord de N’Djamena. Faustin – Archange Touadéra a salué ces progrès comme un signe clair d’évolution vers une paix durable, en insistant sur l’importance de la sécurité, de l’unité nationale et du respect des engagements. La Centrafrique a été marquée par des années de conflits armés ; Le programme DDRR vise à désarmer les combattants, à démobiliser les groupes armés, et à réinsérer les ex-combattants dans la société. Ces chiffres montrent une avancée majeure pour la stabilisation du pays. La dissolution presque complète des groupes armés marque une étape clé dans la sortie de crise.

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Madagascar : Emmanuel Macron garde le silence sur l’exfiltation de Rajoelina

Alors que des rumeurs d’exfiltration du président Rajoelina circulent, Paris appelle au respect de l’ordre constitutionnel dans un pays au bord de l’implosion politique. Une exfiltration sous hypothèse, une île sous tension. Alors que Madagascar s’enfonce dans une crise politico-militaire sans précédent depuis la fin de la Transition de 2009, les spéculations autour d’une éventuelle exfiltration du président Andry Rajoelina par un avion militaire français depuis l’île Sainte-Marie agitent les milieux diplomatiques. Interrogé en marge du sommet pour la paix à Charm el-Cheikh, Emmanuel Macron a botté en touche : « Je ne confirme rien aujourd’hui », a-t-il déclaré, tout en exprimant sa « grande préoccupation » face à la situation dans la Grande Île. Ce refus de confirmer, en langage diplomatique, vaut souvent reconnaissance implicite d’un soutien logistique discret. Une crise multidimensionnelle : sociale, militaire, institutionnelle Le mouvement Génération Z, déclenché le 25 septembre sur fond de pénuries d’eau et d’électricité, a rapidement muté en contestation politique radicale, ciblant directement la légitimité du président malgache. Malgré la dissolution du gouvernement et la nomination d’un cabinet militarisé, la colère populaire s’amplifie. La fracture désormais visible au sein de l’armée – matérialisée par l’insubordination du CAPSAT (unité stratégique) – a transformé la crise en affrontement civilo-militaire. Cette unité a unilatéralement nommé un nouveau chef d’état-major, le général Démosthène Pikulas, défiant l’autorité présidentielle. Pour la présidence, « il s’agit d’une tentative de coup de force ». Réactions régionales : entre inquiétude et prévention L’Union Africaine, par la voix de Mahmoud All Youssouf, a exprimé sa « profonde inquiétude » et appelé « civils et militaires à la retenue, au dialogue, et au respect de la Constitution ». La SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) a convoqué une réunion d’urgence, tandis que les chefs d’État des Comores, de Maurice et d’Afrique du Sud se sont alignés sur une position commune : « préserver l’ordre constitutionnel à Madagascar est une priorité régionale ». Une crise prolongée aurait des effets domino sur la stabiliité de cette région de l’ocean indien. Enjeux géoéconomiques : la stabilité, clef de l’attractivité Madagascar, positionnée stratégiquement sur les grandes routes maritimes indo-pacifiques, est également convoitée pour ses ressources minières stratégiques : nickel, graphite, cobalt, terres rares. Près de 750 millions de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) sont actuellement gelés ou menacés. Le secteur du tourisme, qui reprenait après la pandémie, est à nouveau à l’arrêt. L’agriculture d’exportation (vanille, litchis), principale source de devises, subit également les perturbations. Une jeunesse en éveil, un pouvoir en déclin Le président français Emmanuel Macron a tenu à saluer le rôle des jeunes dans cette crise : « Une jeunesse politisée, qui veut vivre mieux, c’est une très bonne chose ». Mais il met en garde contre toute récupération par des « factions militaires » ou des « ingérences étrangères ». En écho, le collectif Gen Z, qui organise des rassemblements pacifiques Place du 13 mai, annonce une « concertation nationale » dans les prochains jours. Un point de bascule pour la région La crise malgache dépasse largement le cadre national. Elle interroge la résilience des États insulaires face aux chocs internes et externes : pénuries, corruption, tensions militaires, jeunesse mobilisée. Elle questionne aussi la capacité des institutions africaines à prévenir les dérives autoritaires ou les coups d’État rampants. Entre silence stratégique et diplomatie de crise L’exfiltration non confirmée d’Andry Rajoelina pourrait marquer la fin d’un cycle politique ouvert en 2009. La France, traditionnellement influente à Madagascar, semble jouer la carte de la prudence, tandis que l’UA tente de reprendre la main. La fenêtre pour une désescalade existe, mais elle se referme rapidement. « Le pire n’est jamais certain, mais il devient probable quand le silence devient stratégie », glisse un diplomate européen.

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Nicolas Sarkozy incarcéré : Une onde de choc judiciaire à portée mondiale

« L’image d’un ancien chef d’État sous les verrous bouscule les fondements symboliques de la démocratie européenne », selon Dr. Éléonore Galland, spécialiste en droit international et transitions démocratiques Un séisme judiciaire sans précédent Le 21 octobre 2025, pour la première fois dans l’histoire de la République française – et de l’Union européenne – un ancien président élu démocratiquement sera incarcéré dans une prison de droit commun. Nicolas Sarkozy, chef de l’État de 2007 à 2012, entamera une peine de cinq ans de prison ferme à la maison d’arrêt de la Santé, à Paris, après avoir été reconnu coupable de corruption passive, financement illégal de campagne électorale et association de malfaiteurs dans le cadre de l’affaire dite « libyenne« . Sa condamnation, confirmée le 25 septembre dernier malgré son appel, intervient après plus d’une décennie de procédures judiciaires complexes impliquant des réseaux financiers transnationaux, des transferts d’espèces occultes et la chute de régimes autoritaires au Moyen-Orient. Cette affaire, connectée à la chute du colonel Kadhafi en 2011, mêle enjeux de politique étrangère, finance offshore, et influence diplomatique. Une détention sous haute sécurité, sans privilèges apparents Nicolas Sarkozy sera incarcéré dans le quartier des personnes vulnérables (QPV) de la prison de la Santé, un espace conçu pour protéger les détenus à risque élevé – personnalités politiques, figures médiatiques ou anciens hauts fonctionnaires. Comme d’autres avant lui (Patrick Balkany ou Claude Guéant), il sera isolé du reste des détenus, dans une cellule de 9 m² équipée d’une douche, d’un réfrigérateur et d’une télévision, conformément aux standards post-rénovation. Selon l’administration pénitentiaire, ce n’est pas un régime de faveur, mais une nécessité sécuritaire. L’ancien président aura droit à trois visites familiales par semaine, des parloirs avec ses avocats, une promenade quotidienne d’une heure dans une cour séparée, et sera surveillé lors de tous ses déplacements internes. Une incarcération aux effets systémiques Cette détention dépasse le simple cadre pénal. Sur le plan géopolitique, elle fragilise l’image de la France comme bastion de la stabilité démocratique. Pour plusieurs observateurs internationaux, la sanction judiciaire d’un ex-chef d’État occidental pour des faits de corruption liés à des puissances étrangères est un avertissement sur les vulnérabilités institutionnelles en Europe, notamment face aux logiques de soft power financier et d’ingérences. Sur le plan économique, l’affaire met en lumière les zones grises du financement politique international, où convergent services de renseignement, multinationales et intérêts pétroliers. L’affaire Sarkozy soulève également des questions sur la gestion post-conflit en Libye et sur les responsabilités occidentales dans les transitions autoritaires. La République face à elle-même Politiquement, cette incarcération symbolise le retour d’une justice indépendante, capable de juger même les plus puissants. Mais elle marque aussi une fracture dans la confiance envers les élites, et pourrait nourrir la défiance populiste à l’approche des élections européennes de 2026. À droite, certains dénoncent une « instrumentalisation politique » de la justice. À gauche, on y voit la victoire d’un État de droit réaffirmé. En toile de fond, cette affaire pose une question stratégique majeure : jusqu’où une démocratie peut-elle juger ses anciens dirigeants sans fragiliser sa propre légitimité ? « L’incarcération de Sarkozy n’est pas seulement un acte judiciaire ; c’est un signal d’alarme lancé aux démocraties occidentales sur la nécessité d’une transparence structurelle dans le financement politique » ? souligne Alexandre Adler, politologue et ancien conseiller en stratégie internationale Prochaine échéance : La cour d’appel devra statuer sur une éventuelle demande de libération conditionnelle dans un délai de deux mois. L’issue pourrait influencer durablement la perception du pouvoir judiciaire français dans le monde.

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L’Afrique, moteur stratégique du XXIe siècle : Antonio Guterres appelle à une mobilisation globale

Dans un appel diplomatique mais sans ambiguïté, António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, a exhorté la communauté internationale à changer d’échelle dans sa relation avec l’Afrique. C’était lors du forum « Une Afrique imparable », organisé avec l’Union Africaine. Pour lui, le continent doit être reconnu non plus comme une zone à soutenir, mais comme un acteur central des équilibres économiques, énergétiques et géopolitiques du XXIe siècle. « L’Afrique recèle un potentiel immense. Il est temps de transformer cette promesse en un moteur de prospérité durable, inclusive et mondiale », a-t-il déclaré à New York. Face aux urgences démographique, climatique et sécuritaire, Guterres a tracé trois axes de transformation : Réforme systémique : l’Afrique et le nouvel ordre mondial Le discours de Guterres va au-delà des projets techniques. Il interpelle directement les règles du jeu économique mondial, affirmant que sans réforme des institutions de Bretton Woods, il sera impossible de financer cette transformation. Il a appelé à soulager la dette africaine, à éviter les crises systémiques, et surtout à accroître la représentation de l’Afrique au sein des instances de gouvernance mondiale, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU. « Le système financier international doit refléter le monde d’aujourd’hui, pas les rapports de force du siècle dernier ». L’Afrique, enjeu stratégique global En arrière-plan, le discours souligne une vérité géostratégique : l’Afrique devient un champ de projection majeur des rivalités internationales (États-Unis, Chine, Russie, Turquie, etc.), notamment autour des ressources, des terres rares, des corridors énergétiques et du contrôle numérique. Mais au lieu de subir, le continent pourrait devenir coproducteur d’un multilatéralisme repensé, basé sur l’équité et la co-souveraineté. « Investir en Afrique n’est pas un acte de solidarité. C’est un acte de clairvoyance stratégique ».

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Sécurité, énergie, jeunesse : Paul Biya réaffirme son emprise stratégique sur le Nord

À cinq jours de la présidentielle du 12 octobre 2025, le président Paul Biya a lancé depuis Maroua un message fort : cap sur l’économie, la jeunesse et la stabilité. Dans une région stratégique et convoitée, le chef de l’État joue la carte du développement contre les vents contraires d’une opposition montante. Un chef d’État-candidat en pleine reconquête Ce 7 octobre 2025, c’est un Paul Biya résolument offensif qui a foulé le sol brûlant de Maroua, capitale politique de l’Extrême-Nord, pour y livrer un discours à double tranchant : bilan et promesses. Candidat à un huitième mandat à 92 ans, le chef de l’État a fait de cette sortie une vitrine diplomatique et électorale majeure. « Beaucoup a été fait, mais le meilleur est à venir », a-t-il lancé devant des milliers de partisans rassemblés au stade Lamido Yaya Dairou. Dans une région aussi stratégique qu’instable, marquée par les incursions de Boko Haram et un taux de pauvreté dépassant 60 %, ce déplacement n’est pas une simple formalité protocolaire. Il s’agit d’une opération de reconquête politique où se joue, en creux, la crédibilité d’un pouvoir en place depuis 43 ans. Développement, infrastructures et énergie : le triptyque du discours présidentiel En appelant à un Cameroun de « productivité et d’opportunités », Paul Biya a recentré son discours autour de l’économie réelle. L’annonce de la mise en chantier imminente des axes stratégiques Mora–Dabanga–Kousseri et Garoua-Goundéré — dans une région enclavée – vise à restaurer la connectivité territoriale, fondement de la croissance locale. Le président a également salué la montée en puissance du barrage hydroélectrique de Nachtigal et l’élargissement du réseau solaire, affirmant que « la sécurité énergétique est une condition non négociable de l’industrialisation ». Objectif : faire du septentrion un hub énergétique, logistique et agro-industriel. Selon les chiffres du ministère de l’Économie, le Cameroun a investi plus de 2 000 milliards de FCFA dans les infrastructures en dix ans, avec près de 10 700 km de routes bitumées, un chiffre cité par Paul Biya lui-même à Maroua. Sécurité et stabilité : la clé de voûte de la stratégie présidentielle Le discours présidentiel n’a pas éludé la question sécuritaire. Paul Biya a salué les « succès incontestables de nos forces de défense » face à Boko Haram. Pourtant, la région reste sous tension : plus de 734 000 personnes y vivent en insécurité alimentaire (OCHA, décembre 2024), et les récentes inondations ont affecté 459 000 autres, détruisant habitations, cultures et cheptels. Face à cette situation, le président promet une réponse intégrée : militaro-humanitaire, mais aussi économique, avec le lancement de projets agricoles et de résilience climatique. « Sans paix, pas de développement. Et sans développement, la paix reste fragile », a-t-il martelé. La jeunesse comme levier stratégique Dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 35 ans, la jeunesse est la cible clé de la rhétorique présidentielle. À Maroua, Paul Biya a promis la réforme du Fonds national de l’emploi, le renforcement de la formation professionnelle et la facilitation du financement des projets jeunes. « Je ne prendrai aucun repos tant que des progrès significatifs n’auront pas été réalisés », a-t-il insisté, promettant des milliers d’emplois à travers les secteurs agricoles, artisanaux et numériques. Ce message s’adresse à une jeunesse souvent marginalisée, mais électoralement décisive. Un message d’unité nationale sous tension politique Alors que les régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) et l’Extrême-Nord sont toujours classées zones économiquement sinistrées, le président Biya a réaffirmé « la nécessité d’un Cameroun uni, paisible, moderne et prospère ». Un message d’unité nationale lancé dans un contexte où la cohésion territoriale est mise à rude épreuve. Mais cette volonté de stabilité se heurte à une réalité politique mouvante. Deux ex-alliés poids lourds du président, Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maïgari, désormais candidats, menacent l’hégémonie du RDPC dans le Septentrion. La clameur « Tchiroma Président ! » lancée par des élèves au passage du cortège présidentiel a cristallisé un malaise latent. Un signe que la dynamique de terrain pourrait échapper au contrôle de Yaoundé. Entre soft power interne et guerre d’influence Cette visite de Paul Biya à Maroua, au-delà de sa charge symbolique, est aussi une manœuvre d’intelligence politique. Elle vise à restaurer un capital de confiance dans un électorat stratégique, à rassurer les bailleurs internationaux et à maintenir le cap d’un Cameroun attractif pour les investisseurs. Sur le plan économique, le pays dispose de réserves minières encore sous-exploitées et d’un potentiel agropastoral considérable. La stabilité politique est donc un argument central pour maintenir les investissements étrangers, en particulier chinois, français et turcs, dans les infrastructures, les mines et l’énergie. Un pari risqué mais assumé À Maroua, Paul Biya a tenté de redéfinir la campagne sur ses propres termes : bilan, sécurité, développement. Mais dans un contexte d’émergence de figures alternatives, de fractures sociales persistantes et de fatigue démocratique, la réélection du doyen des chefs d’État africains repose sur un fragile équilibre entre l’ordre établi et l’appel au renouveau. À quelques jours du scrutin du 12 octobre, le septennat promis par Paul Biya ressemble autant à une offre de continuité qu’à une démonstration de force diplomatique face à une opposition qui monte et une jeunesse en attente. Encadré – Chiffres clés :

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Les Émirats arabes unis en Afrique centrale : une stratégie d’influence ciblée, le cas du Cameroun

L’influence croissante des Émirats arabes unis (EAU) en Afrique ne se limite plus aux grandes puissances régionales ou aux zones côtières stratégiques.  L’Afrique centrale, longtemps marginalisée dans les dynamiques d’investissements globaux, devient à son tour une zone d’intérêt croissant pour Abou Dhabi. Ce recentrage géographique illustre une ambition claire : étendre leur empreinte à des régions encore peu disputées, tout en sécurisant des ressources et des leviers d’influence politique. Le Cameroun, avec sa position géostratégique entre l’Afrique de l’Ouest et centrale, attire de plus en plus l’attention émiratie. En 2024, des discussions ont été amorcées autour de projets dans les domaines portuaire, énergétique et agricole. Les Émirats envisagent notamment de moderniser des infrastructures logistiques, via DP World, et d’investir dans l’agriculture irriguée dans le Nord-Cameroun, région confrontée à l’insécurité alimentaire et aux effets du changement climatique. Ce type d’initiative renforce non seulement leur image de partenaire du développement, mais aussi leur présence dans des zones frontalières sensibles, où se jouent des enjeux de sécurité transnationale (extrémisme violent, trafics). Au niveau régional, les Émirats ont conclu en 2025 un partenariat économique global (CEPA) avec la République centrafricaine, assorti de projets miniers et d’investissements dans les infrastructures. En parallèle, des initiatives sont en préparation autour du Plan national de développement du Tchad, avec l’organisation d’une table ronde à Abou Dhabi. Cette diplomatie économique vise à positionner les Émirats comme des facilitateurs de stabilité dans une région marquée par l’instabilité politique et le désengagement progressif des bailleurs traditionnels. Sur le plan géoéconomique, ces investissements permettent aux EAU de sécuriser des chaînes d’approvisionnement critiques (or, uranium, agriculture) tout en diversifiant leurs propres relais de croissance. La région, en particulier le Cameroun, constitue un marché en expansion, encore peu saturé, et un point d’ancrage logistique entre Golfe de Guinée et zones sahéliennes. Enfin, la stratégie des Émirats s’inscrit dans un vide géopolitique croissant. Le retrait progressif de la France, la prudence de la Chine, et les limites de l’engagement américain ouvrent un espace que les Émirats investissent avec rapidité et pragmatisme. Pour les États d’Afrique centrale, notamment le Cameroun, ces partenariats offrent des opportunités financières et diplomatiques, mais posent aussi la question de la soutenabilité sociale, environnementale et politique de cette nouvelle dépendance.

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Cameroun/Présidentielle 2025 : 8 millions de voix en jeu, le compte à rebours est lancé

À quelques jours de l’élection présidentielle prévue le 12 octobre 2025, le chiffre est désormais officiel. À quelques jours de l’élection présidentielle prévue le 12 octobre 2025, le chiffre est désormais officiel. Cette annonce saluée par certains comme un gage de transparence, suscite également attentes dans un climat politique tendu. Conformément aux articles 96 et 97 du Code électoral, le Directeur général des Élections, Dr Erik Essousse, a rendu publiques les listes des électeurs et des bureaux de vote dans chaque commune, ainsi qu’auprès des ambassades et consulats à l’étranger. 31 652 bureaux de vote ont été répertoriés à travers le territoire, et 34 296 électeurs sont inscrits à l’étranger dans 107 bureaux. Cette transparence est essentielle pour éviter les soupçons », souligne un observateur électoral à Yaoundé. Cette publication vise à renforcer la confiance dans le processus électoral, souvent sujet à controverse au Cameroun. Pour Christian Essomba Okah, président de la Commission d’impression du matériel électoral, cela permet aussi d’écarter tout risque de bureaux de vote fictifs. Du côté des états-majors politiques, ces listes sont un outil stratégique : elles permettent de cibler les zones à fort potentiel électoral et de mieux planifier les campagnes de terrain. Pour les observateurs nationaux et internationaux, ces données sont également cruciales pour surveiller le déroulement du scrutin. « L’opinion publique doit savoir combien d’électeurs sont inscrits par commune, et où voter », explique Patrick Pagbe, chef service des listes à Elecam. Les électeurs peuvent consulter ces listes dans les antennes communales ou en ligne via les plateformes numériques d’Elecam – une modernisation saluée, dans un pays où l’accès à l’information électorale a longtemps été jugé opaque. Alors que les tensions préélectorales montent, la publication anticipée des listes vise à prévenir toute contestation post-électorale. Cette ouverture suffira-t-elle à garantir la crédibilité du scrutin et l’acceptation de ses résultats par tous les acteurs politiques ?

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Cameroun et Érythrée : les deux absents du soutien africain à la Palestine

Alors que 52 des 54 États africains ont reconnu l’État palestinien, le silence persistant du Cameroun et de l’Érythrée interroge. Derrière cette abstention diplomatique se dessinent des logiques sécuritaires, historiques et géopolitiques bien spécifiques. Depuis la proclamation de l’indépendance palestinienne à Alger en 1988, la cause palestinienne bénéficie d’un large soutien sur le continent africain. Ce soutien s’inscrit dans une tradition politique de solidarité tiers-mondiste et panafricaniste, incarnée par des figures comme Thomas Sankara, Julius Nyerere ou Nelson Mandela. Plus récemment, la reconnaissance officielle de l’État palestinien par plusieurs pays occidentaux (Irlande, Espagne, Norvège, etc). a contribué à remettre la question au centre des débats diplomatiques mondiaux. Pourtant, au sein de l’Union africaine, deux pays dérogent à cette ligne de solidarité affichée : le Cameroun et l’Érythrée. Leur silence, loin d’être anecdotique, met en lumière une autre lecture de la diplomatie contemporaine africaine : celle des intérêts nationaux. Cameroun : la realpolitik sécuritaire Au Cameroun, la non-reconnaissance de l’État palestinien s’explique en grande partie par la solidité du partenariat sécuritaire avec Israël. Depuis plus de trois décennies, Israël forme et équipe les forces spéciales camerounaises, notamment les unités engagées contre Boko Haram dans le nord et les groupes séparatistes anglophones dans l’ouest. Ce soutien militaire est vital pour le régime de Paul Biya, confronté à plusieurs foyers d’instabilité internes. Reconnaître un État palestinien aujourd’hui serait perçu comme un geste diplomatique risqué, susceptible d’irriter un partenaire stratégique majeur, et d’envoyer un message ambigu aux mouvements séparatistes qui pourraient y voir un précédent ou un soutien implicite à leurs revendications. Comme le souligne David Otto, analyste sécuritaire basé à Genève : « Yaoundé redoute de donner des arguments à ceux qui contestent l’unité nationale, dans un contexte où le régime insiste sur le caractère indivisible du Cameroun ». Érythrée : le poids des rancunes historiques Dans le cas érythréen, l’abstention est davantage alimentée par un contentieux historique que par des considérations sécuritaires contemporaines. Durant les années 1980, alors que l’Érythrée menait sa lutte pour l’indépendance contre l’Éthiopie, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat s’était rangée du côté d’Addis-Abeba. Un choix perçu comme une trahison par les combattants érythréens, qui s’en sont longtemps souvenus. Depuis son indépendance en 1993, l’Érythrée cultive une diplomatie singulière, isolationniste et parfois provocatrice, souvent en rupture avec les positions de l’Union africaine. Son silence vis-à-vis de la Palestine semble s’inscrire dans cette tradition d’indépendance assumée, voire revendiquée, vis-à-vis des grands consensus diplomatiques. Une solidarité africaine aux contours moins homogènes L’abstention du Cameroun et de l’Érythrée ne signifie pas une hostilité ouverte à l’égard de la Palestine. Elle illustre plutôt la complexité croissante des positionnements diplomatiques en Afrique, à l’heure où les logiques de solidarité panafricaine cèdent le pas à des calculs d’intérêts nationaux, sécuritaires ou historiques. Dans un monde multipolaire en recomposition, où chaque alliance compte, la reconnaissance d’un État – aussi symbolique soit-elle  – devient un acte diplomatique hautement stratégique.

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Cameroun – Crise anglophone : trêve surprise après les excuses d’Issa Tchiroma

Un geste politique inattendu ravive l’espoir d’un apaisement temporaire dans les régions anglophones du Cameroun, après près de neuf ans de conflit. Le leader séparatiste ambazonien Mark Bareta a annoncé ce 4 octobre la suspension des opérations de « villes mortes » (lockdown) du 6 au 14 octobre, une trêve rarissime dans cette crise marquée par la violence et l’impasse politique. Cette décision fait suite aux excuses publiques spectaculaires d’Issa Tchiroma Bakary, ancien porte-parole du gouvernement et actuel candidat à l’élection présidentielle du 12 octobre. Lors d’un rassemblement au cœur de Bamenda, dans la région du Nord-Ouest, Issa Tchiroma a reconnu son rôle dans la négation du problème anglophone. « Je suis profondément désolé d’avoir nié l’existence du problème anglophone. Maintenant, je vous le demande, populations de Bamenda : acceptez-vous mes excuses ? », a-t-il lancé devant une foule dense, réunie au carrefour City Chemist. Cette déclaration de repentance, rare dans la vie politique camerounaise, a été saluée par un « oui » retentissant de la foule. Elle a également été jugée « courageuse » par plusieurs analystes, dans un pays où les discours de reconnaissance envers les griefs anglophones sont souvent perçus comme des actes de défiance vis-à-vis du pouvoir central. La réponse de Mark Bareta ne s’est pas fait attendre. Le leader ambazonien a décrété une trêve humanitaire de neuf jours, justifiée par le besoin de soulager les populations durement éprouvées par trois semaines consécutives de paralysie. Pendant cette période, les écoles, les commerces et les services publics devraient pouvoir fonctionner normalement. Cette ouverture intervient à quelques jours d’un scrutin présidentiel tendu, dans un climat de méfiance et de sécurité renforcée. Reste à savoir si cette trêve, bien que limitée dans le temps, pourrait ouvrir la voie à un dialogue plus large, ou si elle restera un épisode isolé dans un conflit qui a déjà fait des milliers de morts et déplacé plus d’un million de personnes depuis 2016.

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