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Présidentielle 2025 au Cameroun : Paul Biya propose un statut spécial pour les partis représentés au Parlement

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2025, le président Paul Biya a annoncé une réforme visant à instituer un statut juridique spécifique pour les partis politiques représentés au Parlement camerounais. Cette mesure, présentée comme un engagement de sa nouvelle plateforme politique, s’inscrit dans une volonté affichée de consolider les libertés et la démocratie dans le pays. Une reconnaissance officielle pour les partis parlementaires L’idée centrale est de créer un cadre légal ou réglementaire qui reconnaît et organise le rôle des partis disposant d’élus à l’Assemblée nationale ou au Sénat. Ce statut pourrait offrir des facilités accrues en matière de fonctionnement institutionnel, de reconnaissance politique, ainsi que de droits renforcés liés à leur représentativité nationale (financement, accès aux médias publics, participation au dialogue politique, etc.). Cette proposition vise, selon le chef de l’État, à encourager le pluralisme responsable, tout en structurant davantage la scène politique nationale. Les enjeux pour le système politique camerounais Risque d’exclusion ou de verrouillage politique Selon les critères retenus, certains partis pourraient se sentir marginalisés ou défavorisés. Si le statut accorde trop d’avantages aux partis déjà installés, cela pourrait être perçu comme une tentative de verrouiller l’accès au pouvoir. Une réforme à surveiller de près Alors que le Cameroun se dirige vers un nouveau cycle électoral, cette initiative présidentielle pose des questions importantes sur l’équilibre entre ouverture démocratique et structuration institutionnelle. Elle marque en tout cas un tournant potentiel dans l’organisation du pluralisme politique camerounais.

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Pêche illégale : Le Cameroun face au défi de sa souveraineté maritime

Alors que l’accord mondial sur les subventions à la pêche entre en vigueur, Yaoundé voit s’ouvrir une fenêtre stratégique pour restaurer le contrôle de ses eaux et redéfinir sa position dans la gouvernance des océans. À l’heure où l’accord de l’OMC interdisant les subventions à la pêche illégale entre en vigueur (15 septembre 2025), le Cameroun, fort de ses 402 km de littoral et d’un potentiel halieutique majeur mais en déclin, fait face à une équation stratégique : ratifier pour réguler ou rester spectateur d’un pillage maritime endémique. Un océan de pertes économiques Selon les autorités camerounaises, la pêche illicite représente une hémorragie économique évaluée à 100 milliards de FCFA (environ 152 millions d’euros) par an. « Ce n’est pas qu’une perte de poissons, c’est une perte de souveraineté, de revenus et de stabilité », confie un cadre du MINEPIA sous couvert d’anonymat. Le fléau est alimenté par la présence persistante de flottes industrielles étrangères, notamment chinoises, turques et européennes, opérant parfois sous couvert de licences floues ou de complicités locales. Le golfe de Guinée, zone grise sécuritaire, est devenu un théâtre d’opérations pour des navires usant de techniques destructrices et échappant à tout contrôle. Une filière stratégique sous tension Le secteur halieutique est pourtant vital pour le Cameroun : il représente 5 % du PIB agricole, 200 000 emplois directs, et fournit jusqu’à 60 % des protéines animales dans les régions côtières, selon la FAO. Mais la pêche artisanale, qui assure l’essentiel de la production locale, est marginalisée. Faute d’investissements, de systèmes de conservation, et d’accès équitable aux ressources, les communautés locales s’essoufflent face à la concurrence industrielle. Une ratification stratégique… encore en suspens Bien que l’accord de l’OMC interdise les aides aux navires illégaux et promette plus de transparence, le Cameroun n’a pas encore ratifié le texte. Un paradoxe pour un pays directement concerné. Le défi est technique mais aussi institutionnel. La surveillance maritime reste embryonnaire, malgré la création du Centre national de surveillance des pêches (CNSP), qui opère avec des moyens limités. Le recueil de données, indispensable pour réclamer une application équitable de l’accord, reste lacunaire. Pourtant, des mécanismes de soutien existent. L’OMC a prévu un fonds d’assistance de 18 millions de dollars destiné à accompagner les pays en développement dans la mise en œuvre du texte. Une manne qui reste inexploitée par Yaoundé. Le levier d’un repositionnement géopolitique Derrière la question halieutique, c’est une lecture géopolitique qui s’impose. En pleine recomposition des équilibres en Afrique centrale, et alors que le Golfe de Guinée concentre trafics, piraterie, flux migratoires et enjeux énergétiques, la maîtrise des ressources maritimes devient un enjeu de puissance. « La ratification de l’accord pourrait servir de levier pour renégocier les licences de pêche avec des États tiers ou renforcer le contrôle de la Zone Économique Exclusive (ZEE) », explique Dr Nadine Ngo Nlend, experte en gouvernance maritime à l’Université de Douala. Elle appelle à une approche coordonnée au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) pour faire front commun face aux pressions extérieures. Une souveraineté bleue à reconquérir Au-delà des poissons, c’est donc la souveraineté économique, alimentaire et stratégique du Cameroun qui se joue. La ratification de l’accord de l’OMC, couplée à un renforcement institutionnel et diplomatique, pourrait marquer un tournant. Mais à condition que le pays ne se contente pas d’un simple geste symbolique. L’enjeu est d’articuler intelligence économique, diplomatie environnementale et sécurisation des ressources – dans une région où l’océan reste trop souvent la dernière frontière du droit. Encadré : Les chiffres clés de la pêche au Cameroun Pour Yaoundé, l’accord mondial sur les subventions à la pêche n’est pas qu’une contrainte normative. C’est une arme diplomatique et économique qu’il reste à saisir – pour sortir de la marginalité maritime et reprendre la main sur un bien commun vital : ses océans.

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Trump II et l’Afrique : vers une décennie d’indifférence stratégique ?

Lors de l’Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump a prononcé un discours virulent clashant aussi bien l’ONU que ses alliés européens. Il a exhorté le monde à embrasser son agenda souverainiste : frontières fortes, recul des politiques climatiques et maintien d’une identité « occidentale » face à ce qu’il appelle une « invasion migratoire ». « Votre héritage est en train d’être détruit… vos pays vont en enfer », a-t-il lancé aux dirigeants européens. Il a également dénoncé le « monstre à deux queues » formé par l’immigration et les politiques énergétiques vertes, qu’il assimile à un danger existentiel pour les nations. Sur le plan géopolitique et stratégique 1. Avec ce ton plus frontal, le président américain affiche un rejet assumé du multilatéralisme et des normes universelles, appelant les États à suivre l’exemple américain pour « protéger leurs frontières et leur identité ». Cette posture s’inscrit dans un tournant où les États-Unis se positionnent comme modèle d’un ordre international fragmenté, redéfini selon des logiques nationalistes. 2. Au cœur de son message, l’Europe est la cible centrale. Il accuse les gouvernements d’avoir cédé à la « correction politique » au détriment de la sécurité et du peuple.  En matière énergétique, il dénonce les transitions écologiques qu’il qualifie de « scam » – une attaque directe aux engagements du Pacte vert européen. Risques pour l’Afrique et l’espace migratoire global Pression migratoire réorientée. En prêchant l’« arrêt des invasions » et des migrations hors contrôle, Trump II accentue une vision sécuritaire de l’immigration qui pourrait encourager des politiques de rejet strictes à l’encontre des migrants africains. 1.Affaiblissement de l’ONU et des aides au développement. En accusant l’organisation de financer des « attaques contre les frontières », il justifie potentiellement des réductions d’appui international aux pays en développement. 2.Compétition d’influence. Cette agressivité idéologique pourrait amplifier la polarisation entre puissances mondiales (Chine, Russie, États-Unis) dans les zones où l’Afrique est déjà un théâtre d’influence stratégique. Enjeux économiques et d’intelligence politique Avec cette offensive verbale à l’ONU, Donald Trump propose un modèle dur de gouvernance mondialisée, centré sur le refus de l’immigration et le rejet des urgences climatiques. Pour l’Afrique, cette posture accentue les tensions migratoires, menace l’aide internationale et redéfinit les espaces d’influence diplomatique.  La question désormais : l’Afrique choisira-t-elle d’entrer dans ce nouvel ordre ou de construire une voie souveraine, pivotée sur ses propres priorités ?

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Cameroun – Présidentielle 2025 : entre cadre légal, pluralisme politique et quête d’unité nationale

À quelques semaines de l’élection présidentielle prévue le 12 octobre 2025, les autorités camerounaises rappellent les principes régissant le processus électoral. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a tenu à clarifier le rôle d’Elections Cameroon (ELECAM) et les limites juridiques des candidatures dites « consensuelles » ou issues d’alliances post-dépôt.Lors d’une tournée administrative dans la région du Littoral, Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, a apporté des précisions sur le fonctionnement du processus électoral en cours. Dans un contexte politique marqué par des discussions sur une possible candidature unique de l’opposition, le ministre a rappelé le cadre légal encadrant l’élection présidentielle.« Les alliances, candidats consensuels ou candidats uniques ne sont pas reconnus par ELECAM », a-t-il déclaré, soulignant que les candidatures collectives ou les désistements politiques n’ont pas de portée juridique une fois les candidatures validées. Un cadre juridique clair, un débat politique toujours ouvert Elections Cameroon (ELECAM), organe chargé de l’organisation et de la supervision des élections, a confirmé la validation définitive de 12 candidatures. Selon les règles en vigueur, les alliances entre partis ou candidatures communes devaient être conclues avant la date limite de dépôt. Passé ce délai, toute tentative de fusion politique ou de retrait stratégique ne peut être prise en compte par ELECAM. Cette clarification vise à renforcer la transparence du processus électoral, en rappelant que la loi électorale prime sur les arrangements politiques informels, tout en laissant à chaque parti ou candidat la liberté de se positionner sur le plan stratégique. Une élection sous surveillance nationale et internationale La présidentielle de 2025 intervient dans un contexte national complexe, mais stable. Mais le Cameroun entre dans une période cruciale pour son avenir institutionnel. Bien que le président sortant n’ait pas encore officiellement déclaré s’il se représente, l’architecture du pouvoir reste largement structurée autour du parti au pouvoir, le RDPC. Les autorités affirment leur volonté de garantir un scrutin pacifique, pluraliste et conforme aux standards nationaux. Plusieurs missions d’observation, notamment de l’Union africaine, de la CEEAC et de partenaires techniques comme l’OIF, sont attendues pour superviser le déroulement des opérations électorales. Enjeux de gouvernance, stabilité et sécurité Sur le plan sécuritaire, le gouvernement reste mobilisé face aux défis persistants : tensions dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, poches d’instabilité dans l’Extrême-Nord, et nécessité de renforcer la cohésion nationale. L’élection présidentielle est perçue comme une étape importante dans le processus de consolidation de l’État et du vivre-ensemble, inscrit dans la vision gouvernementale. « L’État veille à ce que toutes les candidatures soient traitées avec équité, dans le respect de la loi », a souligné un responsable administratif à Douala. Une dynamique économique en toile de fond Avec une croissance projetée à 4,1 % en 2025 (Banque mondiale), le Cameroun conserve son potentiel en tant qu’acteur clé de l’Afrique centrale. L’enjeu de la présidentielle dépasse la seule dimension politique : elle est étroitement liée à la stabilité économique, à l’attractivité du pays pour les investissements étrangers, et à la mise en œuvre des réformes structurelles en cours. Les partenaires internationaux, tout en prônant la souveraineté du processus électoral, encouragent un climat d’inclusivité, de dialogue et de respect des droits civiques, dans une région souvent soumise à des tensions sociopolitiques. « Il est essentiel que chaque acteur respecte les règles du jeu démocratique, pour permettre au peuple camerounais de s’exprimer dans un cadre transparent et apaisé », confie un diplomate.

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Paul Biya s’envole pour l’Europe : retraite stratégique ou manœuvre d’équilibriste avant le scrutin du 12 octobre ?

À moins de trois semaines d’un scrutin présidentiel capital au Cameroun, le président Paul Biya, 92 ans, a quitté Yaoundé le dimanche 21 septembre pour ce que le Cabinet civil qualifie sobrement de « court séjour privé en Europe ». Officiellement banal. Officieusement, cette absence soulève un faisceau de questions géopolitiques, économiques et institutionnelles, à l’heure où le pays aborde une phase électorale à hauts risques. « Ce type de voyage, à quelques jours d’un scrutin majeur, est tout sauf anodin », confie un diplomate européen. « Cela peut aussi indiquer une volonté de contrôler les agendas hors des regards camerounais ». Une délégation verrouillée, un agenda discret Accompagné de son épouse Chantal Biya, le président a voyagé avec une délégation resserrée, à haute valeur symbolique : Samuel Mvondo Ayolo, Directeur du Cabinet Civil ; Vice-Amiral Joseph Fouda, Conseiller spécial à la Présidence ; Simon Pierre Bikele, Chef du Protocole d’État. Aucune indication n’a été donnée sur la destination exacte, ni sur la durée réelle du séjour. L’ambiguïté du format « privé » ouvre la voie à toutes les hypothèses : contrôle diplomatique discret, consultations médicales, ou encore sécurisation de soutiens internationaux. Contexte politique : tensions, crispations et incertitudes L’élection présidentielle du 12 octobre 2025, à laquelle Paul Biya est candidat pour un 8e mandat, s’annonce sous tension : Une opposition fracturée mais active, dénonçant un processus verrouillé ; Une crise anglophone persistante, mais en basse intensité; Des spéculations récurrentes sur l’état de santé du président. Une absence au timing stratégique Ce départ du territoire, à la veille d’un scrutin sensible, envoie plusieurs signaux : 1. Stature présidentielle à l’international :Rencontrer des partenaires étrangers ou des investisseurs dans un cadre non-public pourrait conforter une image de chef d’État toujours central, légitime, et opérationnel. Le président chercherait ainsi à montrer qu’il reste un interlocuteur crédible, malgré son âge avancé et les appels internes au renouveau. 2. Message de continuité institutionnelle :La présence de son cercle restreint dans la délégation montre que le cœur du système reste verrouillé et compact. 3. Manœuvre diplomatique silencieuse :La formulation « court séjour privé » est un outil de flexibilité politique : elle permet des ajustements discrets selon l’agenda, notamment en cas de rencontres bilatérales ou négociations sensibles (sécuritaires, économiques ou électorales). 4. Mise à distance de la pression intérieure : Hors du territoire, le président Paul Biya évite la pression directe de l’opinion, des journalistes locaux, ou des oppositions. Réactions diplomatiques & signaux internationaux Même sans déclaration officielle majeure, les chancelleries occidentales suivent ce déplacement avec attention : 1. France : Paris, puissance traditionnelle en zone CFA, suit « avec intérêt » l’évolution de la situation. Des sources diplomatiques indiquent que le Quai d’Orsay attend des clarifications sur l’agenda présidentiel, la santé du chef de l’État et la tenue effective d’un scrutin crédible. 2. Union européenne : Bruxelles a appelé Yaoundé à garantir « des élections libres, transparentes, et inclusives », avec accès des médias et observation internationale. La suite du séjour présidentiel pourrait conditionner l’attitude de l’UE en matière d’aide et de coopération post-électorale. 3. ONG internationales : Human Rights Watch et Freedom House dénoncent les restrictions à la presse, la répression dans les régions anglophones et les détentions arbitraires. Une dénonciation qui ne reflète pas toujours la réalité sur le terrain. A ce jour, aucune partie, aucune région du Cameroun n’est en ébullition. 4. Diasporas et oppositions camerounaises : Certaines, surtout très minoritaires, critiques, réclament des explications publiques sur la finalité réelle de ce déplacement et interpellent la communauté internationale. 5. Chine, Turquie, Émirats : Acteurs économiques majeurs au Cameroun, ces puissances non-occidentales pourraient voir dans cette visite une opportunité de renforcer leur présence. Enjeux sécuritaires, économiques et géopolitiques 1. Sécurité intérieure :Une sécurité intérieure renforcée, entre les mains du ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Ji, combinée à la coordination sécuritaire, – ministère de la Défense, DGSN -, dans les zones sensibles (Nord, Extrême-Nord, régions anglophones), où l’armée mène des opérations contre Boko Haram et les milices séparatistes. 2. Économie sous tension : Les marchés et bailleurs de fonds internationaux suivent l’évolution politique avec prudence. En cas d’absence prolongée ou de tensions électorales, la prime de risque souveraine du Cameroun pourrait augmenter, et certains investisseurs suspendre leurs engagements. Géopolitique régionale Le Cameroun reste un pivot stratégique en Afrique centrale, entre instabilité en Centrafrique, fragilité au Tchad et tensions dans le golfe de Guinée. Les partenaires internationaux veillent à la stabilité de Yaoundé pour éviter une contagion régionale. Risques et incertitudes 1. Rumeurs de vacance du pouvoir : Une absence mal gérée pourrait amplifier les doutes sur la capacité de Paul Biya à gouverner, voire à mener une campagne électorale active. 2. Tensions internes au sein du régime : En cas de flottement, des rivalités pourraient émerger entre les barons du pouvoir, notamment dans l’armée et le gouvernement. 3. Recul diplomatique : Un mutisme prolongé ou une mauvaise communication avec les alliés occidentaux pourrait fragiliser les appuis traditionnels du régime. Le « court séjour privé » de Paul Biya en Europe, à trois semaines d’un scrutin crucial, n’est ni neutre ni sans portée stratégique. Derrière la prudence sémantique, se dessinent des calculs de légitimité, des manœuvres diplomatiques discrètes, et des messages adressés tant aux partenaires étrangers qu’aux acteurs internes. Si le Cameroun entre dans une zone de fébrilité, cette fébrilité reste bien contrôlée et surveillée, et « contenable ».

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Édéa : Carrefour industriel du Cameroun entre héritage colonial et ambitions modernes

Située au cœur du triangle stratégique Kribi–Édéa–Douala, la ville d’Édéa, dans la région du Littoral, est bien plus qu’un simple nœud logistique. Elle est le témoin silencieux de plus d’un siècle de transformations industrielles, politiques et sociales qui ont marqué l’histoire du Cameroun moderne. Un passé colonial fondateur Initialement peuplée par les peuples Bakoko et Bassa, Édéa tire son nom du mot « E’dea (Adiè) », signifiant « terre des ancêtres ». C’est au tournant du XXe siècle que la ville entre pleinement dans l’histoire coloniale. Sous le protectorat allemand (1884-1916), Édéa devient un point stratégique d’accès vers l’arrière-pays camerounais. Les colons allemands y bâtissent des infrastructures clés, dont le célèbre pont de la Sanaga, encore appelé « pont allemand » , construit en 1911. Ce pont métallique en arc à tablier suspendu est l’un des symboles de l’ingénierie allemande en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, assurant à la fois la circulation routière et ferroviaire, jusqu’au début des années 1980. Pont allemand « lancé » en 1911 à Edéa Si les archives ne permettent pas de confirmer avec certitude le nom du tout premier Allemand à s’installer à Édéa, il est établi que la ville a servi de base aux premières missions techniques et administratives du pouvoir colonial allemand dans la région. Le site exact d’implantation des premiers colons est localisé autour de l’actuel quartier Koukouè, aujourd’hui zone industrielle émergente. Le barrage d’Édéa : colonne vertébrale énergétique du pays L’un des plus grands tournants industriels de la ville a lieu avec la construction du barrage hydroélectrique d’Édéa sur le fleuve Sanaga, mis en service en 1954. Construit pour fournir l’énergie nécessaire à l’usine d’aluminium Alucam, ce barrage est vite devenu un pilier de la politique énergétique nationale. Il fournit aujourd’hui encore une part significative de l’électricité utilisée non seulement dans l’industrie, mais aussi dans les ménages à travers le pays. Le complexe hydroélectrique comprend également une centrale électrique d’une puissance initiale de 264 MW, qui a été progressivement modernisée. Ce projet, l’un des plus ambitieux de l’époque coloniale tardive, a permis à Édéa d’être parmi les premières villes d’Afrique centrale à bénéficier d’une électrification à grande échelle. Edéa, berceau de l’industrialisation Dans la même dynamique, l’État camerounais crée en 1976 la Cellulose du Cameroun (Cellucam), usine géante de pâte à papier, officiellement inaugurée le 18 mars 1981 par le président Ahmadou Ahidjo. Avec près de 2 000 emplois directs et plus de 5 000 emplois indirects, Cellucam devient un pilier de l’économie locale. Cependant, des pannes techniques, un incendie majeur en 1982 et une mauvaise gestion précipitent sa faillite. Aujourd’hui, l’État ambitionne de relancer le site via une technopole forêt-bois, portée par la SCIEB, pour transformer la région en hub industriel du bois. Une ville en mutation : entre héritage et modernisation Plus d’un siècle après l’arrivée des Allemands, Édéa continue de se réinventer. L’inauguration de la cimenterie Central Africa Cement (CAC), le 19 septembre 2025, financée à hauteur de 12 milliards FCFA, marque une nouvelle ère industrielle. L’unité produira 1 million de tonnes de ciment par an, exploitant les gisements locaux de calcaire et de pouzzolane, réduisant ainsi la dépendance aux importations. Cette initiative s’inscrit dans la politique nationale d’import-substitution, alignée sur la Vision 2035 du Cameroun, et devrait générer plus de 120 emplois directs et plusieurs centaines d’emplois indirects. Elle relance également le plaidoyer des autorités locales, qui réclament la création d’une zone franche industrielle, la réhabilitation du réseau routier, l’accès à l’eau potable, à l’électricité, et la relance du projet de port sec à Mbegne. Une centralité géopolitique et économique régionale Située à la croisée des grandes infrastructures nationales – rail, route, fleuve, énergie – Édéa est aujourd’hui appelée à devenir un hub industriel et logistique majeur de la sous-région. Avec la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), la ville peut capitaliser sur sa position géographique pour devenir un centre de compétitivité régionale, à condition d’investir durablement dans ses infrastructures et dans le respect des normes sociales et environnementales. En résumé

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Bassa Power /l’Assiko vs Makouné : la bataille culturelle de deux danses sur la scène internationale

Assiko Deux danses, une identité : le peuple Bassa du Cameroun voit ses traditions convoitées, projetant l’Assiko et le Makouné dans une rivalité douce au cœur de la diplomatie culturelle africaine. Makounè Au croisement de la musique, du patrimoine immatériel et de la diplomatie culturelle, deux danses emblématiques du peuple Bassa-Mpoo-Bati, l’Assiko et le Makouné, s’imposent comme de puissants vecteurs d’influence africaine sur la scène mondiale. Tandis que l’une séduit les grandes scènes francophones, l’autre fait son chemin dans les universités afrodescendantes et les festivals panafricains. Assiko, Makouné : Deux danses, deux âmes du peuple bassa L’Assiko, popularisée par le mythique Jean Bikoko Aladin dans les années 1950, est une danse de résistance et d’élégance. Pieds nus, pagne serré, le danseur affronte la gravité en cadence, souvent au son de la guitare sèche et d’un rythme syncopé frappé sur une lame de fer et une bouteille. Elle est devenue un emblème de la culture Bassa dans les diasporas. Le Makouné, plus ancien et ritualisé, s’enracine dans les cérémonies communautaires et la danse collective.   Portée par des percussions plus graves et des pas circulaires évoquant la terre, la spiritualité et la cohésion du clan, cette danse connaît un regain d’intérêt dans les centres culturels notamment de Douala et Kribi. « Le Makouné est l’ADN rituel, l’Assiko est l’expression sociale. Ce sont les deux faces d’un peuple resté debout malgré l’histoire coloniale », analyse Pr. Armand N. Nkou, anthropologue à l’Université de Yaoundé I. Assiko, Makouné : Une rivalité à l’export, enjeu de soft power culturel Depuis 2022, l’Assiko a été inscrit dans plusieurs festivals européens (Paris, Marseille, Genève, Bruxelles, Berlin Madrid, Montréal), avec des troupes bassa en résidence artistique. En 2024, il a généré plus de 800 000 € de retombées culturelles indirectes, selon le Ministère camerounais des Arts et de la Culture. Le Makouné, quant à lui, a été intégré dans plusieurs programmes universitaires afrodescendants aux États-Unis et en Afrique du Sud, notamment à l’université Howard et à Cape Town. Des chorégraphes y voient une matrice originelle comparable au Mapouka ivoirien, au Kizomba angolais ou aux danses bantoues du Kasaï. « Ce qui se joue, c’est la bataille symbolique pour inscrire un héritage dans la conscience africaine globale », explique Grace Obado, chercheuse en diplomatie culturelle à Nairobi. Géopolitique du patrimoine : vers une reconnaissance à l’UNESCO ? Le Cameroun envisage de proposer l’Assiko à l’inscription sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2026, un projet porté par des acteurs comme l’Institut National des Arts du Cameroun (INAC) et l’Association Bassa en Mouvement. Mais certains intellectuels plaident pour une reconnaissance conjointe. C’est le cas de Nicole Ebanda, historienne de l’art : « Le Makouné et l’Assiko sont les jambes d’un même corps. Les dissocier, c’est affaiblir la narration culturelle de l’Afrique centrale ». Vers une politique culturelle régionale ? Avec plus de 2,5 millions de Bassa au Cameroun, et une diaspora en France, aux États-Unis en Allemagne, au Canada et au Gabon, la valorisation de ces danses dépasse le simple folklore. Elle touche à la diplomatie culturelle, à la mémoire postcoloniale et à l’intelligence économique du patrimoine. Pour Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, « l’Afrique ne doit pas se contenter de danser. Elle doit savoir pourquoi elle danse, et comment danser peut devenir un levier économique, identitaire et géopolitique ». Noël Ndong

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Alucam redémarre : un nouveau souffle pour Edéa et l’industrie camerounaise

Après des mois d’agonie financière, l’usine d’Aluminium d’Edéa, cœur industriel du pays, reprend vie. Grâce à un nouveau partenariat privé, l’entreprise publique Alucam entame une relance majeure, redonnant espoir aux populations locales et à toute une région qui vit au rythme de l’aluminium depuis des décennies. Une usine qui redémarre enfin Fondée en 1957, Alucam a longtemps fait la fierté du Cameroun. Mais depuis le départ de Rio Tinto en 2014, dettes, sous-investissements et chute de production ont plongé l’usine dans une crise profonde. En 2024, elle ne tournait qu’à 30 % de sa capacité. Aujourd’hui, l’État ouvre ses portes à un partenaire industriel étranger, prêt à investir plus de 150 millions d’euros (environ 100 milliards de FCFA) sur 5 ans pour moderniser les installations, relancer la production, et créer des emplois durables. « Ce n’est pas juste un sauvetage, c’est une renaissance », se réjouit un agent technique de l’usine. Des emplois pour Edéa, un avenir pour les jeunes Le plan prévoit plus de 2 000 emplois directs et indirects dans la région. Une nouvelle qui tombe à pic dans une ville marquée par le chômage et la précarité. Les activités vont s’étendre : production d’aluminium, maintenance, logistique, formation… « On veut que nos enfants travaillent ici, qu’ils restent à Edéa et qu’ils aient un avenir », confie une commerçante. Un projet national aux ambitions régionales Cette relance va réduire les importations coûteuses, relancer les exportations régionales, et mieux valoriser les ressources locales comme l’énergie hydroélectrique et la bauxite. À moyen terme, Alucam pourrait devenir un acteur clé en Afrique centrale. « Le Cameroun retrouve un outil stratégique, grâce à un partenariat équilibré, loin de l’exploitation brutale des ressources », analyse un économiste à Yaoundé. Stratégie et intelligence économique L’opération témoigne d’une montée en puissance des logiques d’intelligence économique dans les cercles décisionnels camerounais, face à la compétition chinoise et aux visées russes croissantes sur les matières premières africaines. « Ce n’est pas une simple recapitalisation, c’est une reconquête industrielle », analyse un consultant en géoéconomie basé à Paris.

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Pont de Bongor : l’Afrique centrale relie ses fractures

À la frontière entre le Cameroun et le Tchad, sur le fleuve Logone, le pont de Bongor est plus qu’une infrastructure. Long de 620 mètres, construit avec l’appui financier de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), il incarne une volonté politique commune : fluidifier les échanges, renforcer la coopération et sécuriser un corridor vital. « Ce pont est un trait d’union entre nos peuples, mais aussi un levier stratégique pour le commerce régional », a déclaré Dr. Tahir Hamid Nguilin, ministre tchadien de l’Économie, lors de la cérémonie inaugurale. Une réponse aux déficits logistiques et à l’enclavement Le pont de Bongor relie directement les villes de Yagoua (Cameroun) et Bongor (Tchad), dans une zone où les échanges étaient jusqu’ici entravés par l’absence de passage permanent. Le projet s’inscrit dans le Programme de facilitation des transports sur le corridor Douala-Ndjamena, axe majeur pour les importations tchadiennes. Plus de 35 % des marchandises tchadiennes transitent encore par le port de Douala. Avec cet ouvrage, les délais logistiques devraient baisser de 40 % et le coût du transport de 25 %, selon les estimations de la Cemac. Un coup d’accélérateur pour les échanges bilatéraux, estimés à plus de 150 milliards FCFA par an, mais freinés par la vétusté des infrastructures. Plan stratégique et sécuritaire Dans un contexte de risques transfrontaliers (trafics, insécurité dans le bassin du lac Tchad, tensions intercommunautaires), le pont de Bongor offre également un outil de gouvernance sécuritaire partagée. Il permet un meilleur contrôle des flux, tout en soutenant la mobilité encadrée des populations. « Le développement est aussi une réponse à l’insécurité », rappelle un diplomate de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Vers une intégration physique et politique Ce projet incarne la nouvelle diplomatie des infrastructures en Afrique centrale. Il renforce les objectifs de la ZLECAf, tout en consolidant une coopération bilatérale parfois éprouvée. Pour Yaoundé et N’Djamena, le pont de Bongor est une passerelle vers plus de résilience, de commerce… et de stabilité.

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Intégration : le réveil du lac Tchad, pari du Cameroun

Longtemps symbole du désastre climatique africain, le lac Tchad surprend aujourd’hui par son renouveau. Sa remontée spectaculaire ouvre une brèche stratégique pour le Cameroun, entre redéploiement territorial, sécurité régionale et diplomatie hydrique. Après des décennies de recul alarmant – plus de 90 % de perte de surface depuis les années 1960, le lac Tchad connaît depuis trois ans une expansion inattendue, portée par une pluviométrie accrue, selon les climatologues de la CBLT. Ce retournement, qui redessine les équilibres du bassin sahélien, suscite autant d’espoirs que de défis pour les populations riveraines, et pour les États concernés. Du côté camerounais, cette résurgence offre une fenêtre de transformation pour l’Extrême-Nord, région marginalisée et longtemps en proie à l’insécurité. « Ce qui était un désastre devient peut-être notre plus grande chance », commente un haut fonctionnaire à Maroua. Reconversion agricole et innovation territoriale Les terres agricoles inondées autour de Makari, Blangoua ou Hile Alifa rappellent la fragilité des équilibres humains face au climat. Pourtant, l’État camerounais, en coordination avec la CBLT et plusieurs bailleurs, explore la voie des polders, ces digues agricoles inspirées du modèle néerlandais. Objectif : reconquérir les terres fertiles englouties et relancer une agriculture irriguée, adaptée aux nouvelles dynamiques hydrologiques. Renaissance de la pêche, enjeu économique et social Le retour des eaux a également revitalisé les stocks halieutiques, après des années de pénurie. Mais la nouvelle configuration du lac bouleverse les pratiques traditionnelles. Zones de pêche redessinées, navigation risquée, perte de repères : les pêcheurs doivent se réinventer. Un programme d’accompagnement technique, financé par la FAO, est en préparation pour structurer une filière pêche durable et résiliente. Un enjeu sécuritaire majeur pour le Cameroun Au-delà de l’économie, la stabilisation du bassin est un impératif sécuritaire. La présence de Boko Haram dans les zones lacustres reste une menace. Or, relancer l’économie locale, réinstaller les déplacés et reconstruire les services de base constitue la meilleure réponse face à l’extrémisme violent. La montée du lac est donc aussi une opportunité de rétablir l’autorité de l’État dans une zone longtemps hors de contrôle. Diplomatie de l’eau : le Cameroun repositionné En tant que membre actif de la Commission du bassin du lac Tchad, le Cameroun a une carte à jouer dans la gouvernance hydrique régionale. Des projets d’envergure, comme le transfert d’eau depuis l’Oubangui ou la valorisation des écosystèmes lacustres, pourraient faire de Yaoundé un acteur-clé de la diplomatie climatique sahélienne.  « Ce n’est pas seulement un lac qui revient, c’est toute une géographie politique et économique qui est à redessiner », souligne un expert du Centre africain pour les politiques climatiques. Le retour du lac Tchad n’est pas une fin en soi. Pour le Cameroun, il s’agit désormais de transformer une anomalie climatique en projet stratégique de développement, de sécurité et de souveraineté territoriale durable.

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