Afrique & Monde

Cameroun/Le MINSEP confirme : Marc Brys reste aux commandes des Lions

Nouvelle péripétie dans le feuilleton du football camerounais. Le ministère des Sports (MINSEP) a officiellement confirmé que Marc Brys demeure sélectionneur national des Lions Indomptables, malgré la circulation d’une lettre de démission supposée, transmise à la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) le 23 juillet. Selon les autorités, ce document serait non authentifié et n’émane pas de l’intéressé. Une lettre trouble, un climat tendu Le 23 juillet, la Fécafoot affirme avoir reçu une lettre de démission de Marc Brys, document immédiatement relayé dans les médias. Mais quelques heures plus tard, le MINSEP dément l’authenticité de ce courrier, affirmant que Marc Brys « n’a jamais déposé ni signé de lettre de démission officielle », et reste donc « pleinement en fonction ». Cette nouvelle confusion alimente un climat de méfiance généralisée entre la fédération dirigée par Samuel Eto’o et le ministère, déjà opposés depuis des mois sur la légitimité de la nomination du technicien belge. Un conflit de gouvernance persistant Le cœur du conflit reste inchangé : Quelles conséquences sportives et institutionnelles ? Ce bras de fer institutionnel met en péril la stabilité des Lions à l’approche de la suite des éliminatoires pour la Coupe du monde 2026. Il affaiblit également la crédibilité internationale du Cameroun auprès de la CAF et de la FIFA, qui surveillent de près toute forme d’ingérence politique. À moyen terme, cette affaire pourrait provoquer : une possible sanction administrative ou suspension du Cameroun par la FIFA ; un affaiblissement du staff technique, privé de visibilité ; une polarisation de l’opinion publique entre pro-Fécafoot et pro-MINSEP. Le gouvernement camerounais semble décidé à maintenir sa ligne, affirmant que Marc Brys est « en mission de service public » et « protégé par les institutions de la République ». Sauf retournement inattendu ou médiation externe, le duel entre État et fédération risque de se poursuivre… avec, en ligne de mire, les performances de l’équipe sur le terrain. Au Cameroun, le football est bien plus qu’un sport, c’est un terrain de lutte pour le pouvoir, où la question du sélectionneur devient l’enjeu d’une bataille d’autorité entre les deux piliers du sport national. Noël Ndong

Cameroun/Le MINSEP confirme : Marc Brys reste aux commandes des Lions Read More »

UE-Chine

UE-Chine : un sommet pour éviter la rupture géoéconomique

Le sommet qui se tient aujourd’hui entre l’Union européenne et la Chine à Pékin, à l’occasion du 50e anniversaire de leurs relations diplomatiques, ressemble à un exercice d’équilibrisme diplomatique. Le sommet qui se tient aujourd’hui entre l’Union européenne et la Chine à Pékin, à l’occasion du 50e anniversaire de leurs relations diplomatiques, ressemble à un exercice d’équilibrisme diplomatique. Derrière les formules consensuelles et les poignées de main officielles, le climat est orageux. L’Europe et la Chine, deux géants économiques structurellement interdépendants, s’enlisent dans une logique de méfiance réciproque aux relents de guerre commerciale. Sur le plan géoéconomique, les déséquilibres sont flagrants : l’UE accuse un déficit commercial record de plus de 300 milliards d’euros vis-à-vis de Pékin, alimenté par l’inondation du marché européen par des produits chinois subventionnés, notamment les véhicules électriques et les équipements solaires. Face à cette offensive industrielle, Bruxelles a renforcé ses instruments de défense commerciale, imposant des droits de douane sur plusieurs secteurs stratégiques. La Chine, en retour, menace de taxer les produits agroalimentaires et pharmaceutiques européens, notamment français. Mais au-delà des chiffres, le cœur du problème réside dans l’absence de réciprocité. Alors que les entreprises chinoises prospèrent en Europe, les groupes européens déplorent toujours un accès limité au marché chinois et une compétition biaisée. Pékin défend son modèle, mais multiplie les appels à un « dialogue rationnel », tentant de contenir l’escalade protectionniste. Les conséquences d’un durcissement durable seraient lourdes : fragmentation accrue des chaînes de valeur, contraction des investissements croisés, et affaiblissement des ambitions climatiques globales. Car si un terrain d’entente existe, c’est bien celui du climat – sujet sur lequel une déclaration conjointe pourrait sauver la face du sommet. À défaut d’un tournant, ce sommet pourrait au mieux offrir un sursis : une pause dans la spirale de tensions, sans véritable inflexion stratégique. L’Europe, désormais lucide face à la dépendance technologique et commerciale, semble prête à durcir sa posture. Pékin, quant à lui, joue la montre dans un contexte de ralentissement économique. Le bras de fer est engagé – le sommet de Pékin n’en est peut-être que le prélude. Noël Ndong

UE-Chine : un sommet pour éviter la rupture géoéconomique Read More »

Patrimoine africain : Ils ont pillé l’Afrique, ils doivent rendre !

Trésors volés, justice en retard : la France promet enfin d’agir, mais l’Afrique n’en peut plus d’attendre. Des milliers d’objets d’art et de mémoire pillés durant la colonisation dorment encore dans les musées français. À ce jour, seulement 27 objets ont été restitués, dont 26 au Bénin. Pendant ce temps, le Cameroun, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, Madagascar et d’autres attendent que leurs richesses culturelles retrouvent leur terre d’origine. « La France est à la traîne », dénonce la chercheuse Saskia Cousin. En 2022, l’Allemagne a restitué 1 100 œuvres au Nigeria. Pendant ce temps, la France tergiverse. Le Cameroun, par exemple, réclame depuis des années les masques, statues et objets rituels emportés de force durant la période coloniale – sans succès. Le 30 juillet, un projet de loi “historique” devrait être présenté au conseil des ministres. Il permettrait la restitution de biens culturels par simple décret, sans passer par un vote parlementaire, jusqu’ici obligatoire. Une petite révolution, mais qui arrive bien tard. Certains restent sceptiques. « Ce n’est pas au Parlement d’écrire l’histoire, mais de réparer les fautes », rappelle le sénateur Pierre Ouzoulias, évoquant les restitutions de crânes à l’Algérie, dont 18 sur 24 n’avaient pas d’origine confirmée. L’Afrique ne veut plus attendre, ni de symboles mal ficelés. Le Cameroun et les autres nations exigent leurs biens, pas des débats sans fin. Noël Ndong

Patrimoine africain : Ils ont pillé l’Afrique, ils doivent rendre ! Read More »

L’Europe au carrefour africain : valeurs ou influence ?

Face à une Afrique en pleine transformation, l’Union européenne se retrouve à un moment critique. Alors que la Chine construit et que la Russie arme, Bruxelles peine à définir une voie claire, oscillant entre principes et pragmatisme.  Un rapport du Centre de Politique Européenne (CEP) met en garde : l’UE pourrait bien perdre l’Afrique, non pas faute de discours, mais faute de stratégie. Une Afrique convoitée, un terrain de rivalités géoéconomiques En 2024, la Chine a investi près de 11 milliards de dollars dans des infrastructures clés en Afrique – routes, lignes électriques, ports, data centers. La Russie, de son côté, a étendu son empreinte militaire en signant des accords de défense dans plus de 20 pays africains, tout en consolidant ses positions dans des zones en conflit. L’Union européenne, pourtant historiquement bien implantée via l’aide publique au développement, semble de plus en plus spectatrice, cantonnée à une posture normative centrée sur la démocratie, la bonne gouvernance et les droits humains. « L’Europe parle de valeurs, mais n’investit pas à la hauteur de ses ambitions », résume Eleonora Poli, économiste au CEP et coautrice du rapport Perdre l’Afrique ?. En clair, les principes ne suffisent plus, surtout quand les rivaux apportent des solutions concrètes. Une politique commerciale désalignée Le CEP critique l’inadéquation entre les discours européens et les attentes africaines. Si les Accords de Partenariat Économique (APE) ou les dialogues techniques existent, ils ne génèrent ni emploi ni valeur suffisante sur le continent. Or, deux domaines pourraient changer la donne : Du discours normatif à la stratégie partenariale Le CEP plaide pour une refonte profonde de l’approche européenne. Il ne s’agit plus de « former » l’Afrique à la norme européenne, mais de co-construire des projets basés sur le partage des risques et la création de valeur locale. Des outils concrets sont proposés : garanties de crédit à l’exportation, accords d’achat public, dialogues réglementaires bilatéraux, et fonds de co-investissement dans les chaînes de valeur africaines. « Ceux qui veulent gagner l’Afrique doivent cesser de parler pour elle, et commencer à bâtir avec elle », insiste André Wolf, coauteur du rapport. Une urgence stratégique Dans un contexte où l’Afrique cherche à diversifier ses alliances, l’Europe est confrontée à un choix existentiel : rester un acteur crédible ou disparaître du jeu africain. Le risque est réel : se voir reléguée au rang de puissance secondaire, au profit de partenaires perçus comme plus efficaces, moins intrusifs, et plus cohérents. Pour Eleonora Poli, « l’Afrique n’a plus besoin de donneurs de leçons, mais de co-bâtisseurs de solutions ». L’Europe doit sortir de l’ambiguïté. Si elle souhaite rester un acteur clé en Afrique, elle devra assumer une nouvelle posture : stratégique, collaborative, et ancrée dans les réalités économiques africaines. Il ne s’agit plus de savoir ce que l’Europe veut faire en Afrique, mais ce qu’elle veut être face à une Afrique qui, désormais, choisit ses partenaires. Noël Ndong

L’Europe au carrefour africain : valeurs ou influence ? Read More »

Gabon : le PDG au bord de l’implosion à l’approche des législatives

Exclusion des pro-Bongo, guerre de clans : la plus vieille formation politique du pays vacille à deux mois du scrutin À quelques mois des élections législatives et municipales prévues en septembre 2025, le Parti Démocratique Gabonais (PDG), longtemps machine électorale du régime Bongo, traverse une crise interne sans précédent. La nouvelle direction du parti a récemment interdit l’accès au siège aux cadres proches d’Ali Bongo, acte fort qui symbolise une rupture nette avec l’ancien pouvoir. Ce bras de fer pour le contrôle du PDG révèle un conflit de légitimité entre l’ancienne garde et la nouvelle direction issue de la transition. Ce climat délétère fragilise davantage une formation déjà affaiblie depuis la chute d’Ali Bongo en 2023. Des accusations de dérives autoritaires, d’exclusion et de règlements de comptes internes alimentent les tensions, menaçant l’unité du parti. Les conséquences politiques sont lourdes : cette désunion pourrait provoquer des candidatures parallèles, la démobilisation des bases locales, voire la scission du PDG. À deux mois d’un scrutin décisif pour le nouvel équilibre institutionnel du Gabon, ce chaos interne risque de reléguer le PDG au second plan, ouvrant un boulevard aux partis émergents et à la majorité de transition. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse une querelle de leadership : c’est l’avenir politique même de l’ex-parti au pouvoir qui est en jeu. Noël Ndong

Gabon : le PDG au bord de l’implosion à l’approche des législatives Read More »

Infrastructure au Cameroun

Infrastructure : le Cameroun et l’Afrique centrale face au défi de l’autofinancement

L’Afrique pourrait autofinancer son développement. C’est le message fort du State of Africa’s Infrastructure Report 2025 publié par l’Africa Finance Corporation (AFC). Le document met en lumière un potentiel colossal de plus de 4 000 milliards de dollars en capital domestique, et appelle à une mobilisation concertée. Une aubaine pour l’Afrique centrale, et notamment le Cameroun, où les besoins en énergie, transport, industrie et numérique restent urgents. Des ressources locales sous-utilisées Le rapport recense 1 100 milliards $ issus des fonds institutionnels (pensions, assurances, banques publiques, fonds souverains), 2 500 milliards $ d’actifs bancaires et 470 milliards $ de réserves de banques centrales. Pourtant, ces ressources sont massivement investies dans des actifs liquides peu risqués, loin des grands chantiers d’infrastructures. « Ce capital pourrait transformer l’Afrique, si on adapte nos politiques et nos instruments d’investissement », souligne Samaila Zubairu, PDG de l’AFC. Énergie : l’Afrique centrale à la traîne En 2024, le continent n’a ajouté que 6,5 GW de capacités électriques, bien loin des 48,6 GW des États-Unis. Le Cameroun, avec son potentiel hydroélectrique sous-exploité (comme les barrages de Nachtigal ou Memve’ele), incarne ce retard. L’AFC recommande une accélération par des interconnexions régionales, des réformes tarifaires, et la structuration de projets à grande échelle. Transports : la modernisation passe par les corridors Le Corridor de Lobito, reliant l’Angola à la RDC et à la Zambie, illustre une tendance régionale : la montée du rail privé. Avec 7 000 km de nouvelles lignes en projet sur le continent, l’Afrique centrale, où les infrastructures ferroviaires restent vieillissantes, pourrait bénéficier de cette dynamique. Les routes rurales, notamment au nord du Cameroun ou dans le Bassin du Congo, sont aussi identifiées comme des leviers de désenclavement stratégique. Industrie : réduire la dépendance aux importations L’AFC alerte : l’Afrique importe chaque année 300 milliards $ en acier, engrais et pétrole raffiné. Le Cameroun est particulièrement vulnérable sur les engrais (consommation moyenne de 15 kg/ha, très en dessous des 140 kg recommandés). Numérique : un levier de souveraineté et d’inclusion Avec les nouveaux câbles sous-marins comme 2Africa, le numérique devient un pilier stratégique. L’AFC appelle à étendre la fibre en zones rurales ; créer des data centers régionaux (à l’image du projet à Kribi) ; harmoniser les régulations (notamment sur la protection des données) ; promouvoir l’e-ID, les paiements mobiles et la formation numérique. Vers un modèle d’autonomie financière Face à la crise de la dette et à la raréfaction des financements extérieurs, l’autofinancement devient une nécessité. L’AFC évalue le déficit annuel en infrastructures à 400 milliards $. Pour combler ce fossé, trois recommandations : 1.     Réformer la réglementation des fonds institutionnels pour permettre l’investissement long terme, 2.     Mitiger les risques pour attirer ces capitaux vers les projets, 3.     Créer des véhicules d’investissement : PPP, fonds souverains, fonds thématiques. Un moment de bascule pour l’Afrique centrale Les outils sont là. Le capital aussi,  à mettre en mouvement les institutions et les dirigeants. Pour le Cameroun, pays charnière d’Afrique centrale, c’est l’occasion de capitaliser sur ses ressources et ses pôles structurants (Kribi, Douala, Garoua…) pour bâtir une base industrielle solide et durable. Reste à transformer cette impulsion, à travers la convergence des réformes, un climat des affaires amélioré, et la confiance des investisseurs locaux, pour redonner à l’Afrique centrale le sourire de son propre décollage. Noël Ndong

Infrastructure : le Cameroun et l’Afrique centrale face au défi de l’autofinancement Read More »

Le retrait des États-Unis de l’UNESCO : une fenêtre stratégique pour l’Afrique et la candidature de Firmin Édouard Matoko

Le retrait annoncé des États-Unis de l’UNESCO, prévu pour entrer en vigueur fin 2026, ouvre une phase charnière pour l’avenir de la gouvernance culturelle mondiale. Ce désengagement américain, à la fois symbolique et structurel, redéfinit les rapports de force au sein de l’organisation. Il crée un espace stratégique que des puissances moyennes et émergentes, en particulier africaines, cherchent désormais à investir. Dans ce contexte, la candidature du Congolais Firmin Édouard Matoko à la direction générale de l’UNESCO en novembre prochain, prend une dimension nouvelle, à la croisée de la diplomatie Sud-Sud, des enjeux géoéconomiques liés à la culture et de la reconfiguration du multilatéralisme mondial. Une recomposition diplomatique en cours Historiquement, les États-Unis ont pesé lourdement sur les orientations de l’UNESCO, tant par leur contribution budgétaire que par leur capacité d’influence sur les normes culturelles et éducatives globales. Leur retrait marque une perte d’équilibre traditionnel, au profit d’acteurs plus discrets mais déterminés à renforcer le poids du multilatéralisme inclusif. La Chine, l’Inde, les pays du Golfe et plusieurs États africains investissent aujourd’hui les arènes culturelles internationales comme levier de projection de puissance douce. Dans ce vide relatif laissé par Washington, la candidature de Firmin Édouard Matoko, fort de plus de trente ans d’expérience à l’UNESCO, s’impose comme une réponse légitime et stratégique à une demande croissante d’un leadership décentré, porté par les réalités du Sud global. Matoko a su incarner au sein de l’organisation la vision d’une Afrique actrice et non spectatrice, particulièrement à travers son mandat comme sous-directeur général pour la priorité Afrique et les relations extérieures. Une vision panafricaine adaptée aux enjeux globaux La vision défendue par Matoko repose sur une redéfinition des priorités éducatives, scientifiques et culturelles à l’aune des défis africains – mais également transversaux : transformation numérique, intelligence artificielle inclusive, préservation des savoirs endogènes, cohésion sociale, sécurité culturelle dans les zones fragiles. Son initiative phare, Africa Lab, vise à faire de l’Afrique un incubateur d’innovations éducatives et culturelles adaptables aux autres régions du monde. Il s’agit là d’une logique de « co-construction normative« , à rebours des approches descendantes souvent critiquées dans la gouvernance internationale. Le multilatéralisme culturel à l’épreuve des fractures globales L’élection du prochain directeur général, attendue pour fin 2025 à Samarcande, se tiendra dans un contexte de polarisation géopolitique croissante, marqué par les guerres informationnelles, le repli souverainiste, mais aussi la montée de revendications pour un multilatéralisme plus équitable. Dans ce contexte, l’UNESCO reste l’un des rares espaces onusiens où la diplomatie culturelle peut encore désamorcer certaines tensions, à condition d’être portée par une vision équilibrée, représentative et capable de s’adapter aux réalités du XXIe siècle. La candidature Matoko, en capitalisant sur la sortie américaine, peut ainsi incarner une alternative crédible à une gouvernance polarisée ou trop technocratique. Vers une reconfiguration du leadership mondial de l’UNESCO Au-delà de l’enjeu personnel, la possible élection d’un dirigeant africain à la tête de l’UNESCO aurait une portée historique. Elle marquerait l’aboutissement d’un processus de maturation diplomatique du continent africain dans les institutions multilatérales, mais aussi un rééquilibrage attendu du soft power mondial. Cette recomposition serait d’autant plus significative qu’elle pourrait renforcer des alliances structurelles entre pays du Sud, tout en consolidant les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et ceux de la coopération culturelle Sud-Sud. Le retrait des États-Unis de l’UNESCO ne signe pas un affaiblissement de l’organisation, mais plutôt un tournant. Il ouvre une brèche dans laquelle des leaderships alternatifs, porteurs d’une vision inclusive, peuvent émerger. La candidature de Firmin Édouard Matoko cristallise cette dynamique : elle représente à la fois une opportunité politique, une légitimité institutionnelle et une ambition stratégique pour faire de l’UNESCO un véritable moteur de la diplomatie culturelle mondiale, à l’ère post-occidentale. Noël Ndong

Le retrait des États-Unis de l’UNESCO : une fenêtre stratégique pour l’Afrique et la candidature de Firmin Édouard Matoko Read More »

Cameroun : Paul Biya supprime les lignes 65 et 94  – Vers une nouvelle ère de transparence ou simple manœuvre politique ?

Dans une décision sans précédent, le président camerounais Paul Biya a ordonné la suppression des lignes budgétaires 65 (dépenses communes de fonctionnement) et 94 (interventions en investissements) dès l’exercice 2026. Ces lignes, longtemps au cœur des critiques pour leur opacité, sont désormais au centre d’un vaste débat politique, économique et électoral, à l’approche de la présidentielle de 2025. Les lignes 65 et 94 : leviers d’opacité budgétaire Pendant plus d’une décennie, les lignes 65 et 94 ont permis de financer diverses dépenses publiques sans obligation claire de justification, ni visibilité publique. En 2022, un audit ordonné par la présidence a révélé que plus de 5 000 milliards de FCFA avaient été engagés entre 2010 et 2021 via ces canaux. Parmi les irrégularités relevées : Suppression actée et nouvelle dotation plafonnée Le chef de l’État a décidé de mettre fin définitivement à ces lignes budgétaires à compter de 2026. À leur place, une nouvelle ligne appelée « dotation spéciale » sera introduite, avec un plafond de 10 % des crédits du budget de l’État. Cette réforme a pour objectif de centraliser, justifier et rationaliser les dépenses non programmées, tout en réduisant les risques de corruption. Réactions de l’opposition : « Une victoire incomplète » La classe politique d’opposition, notamment le MRC de Maurice Kamto – candidat à l’élection présidentiel sous la bannière Manidem – et le PCRN de Cabral Libii, a accueilli favorablement l’annonce, mais déplore une absence de poursuites concrètes contre les responsables identifiés. Selon un communiqué du MRC : « Cette suppression est la preuve d’une mauvaise gestion longtemps dénoncée. Si elle n’est pas suivie d’enquêtes judiciaires et de sanctions exemplaires, elle restera un simple effet d’annonce ». L’opposition appelle également à plus de transparence sur les résultats de l’audit, à une publication des noms des agents impliqués, et à une réforme globale des mécanismes de contrôle budgétaire. Comparaisons régionales *Rwanda : Avec un indice de perception de la corruption élevé (57/100), le Rwanda est l’un des rares pays de la sous-région à avoir réussi à réduire significativement la corruption, grâce à la numérisation des services publics, des sanctions sévère et un engagement politique contre l’impunité. *RDC & RCA : En République Démocratique du Congo et en Centrafrique, les lignes budgétaires équivalentes sont souvent encore plus opaques, avec très peu de contrôle parlementaire ou citoyen. L’indice Open Budget Survey 2023 classe la RCA à 6/100, l’un des pires scores au monde. *Cameroun : Avec 50/100 au même indice, le Cameroun se situe au-dessus de la moyenne régionale, mais loin des standards internationaux. La suppression des lignes 65 et 94 pourrait permettre une remontée significative dans les classements internationaux, à condition que la réforme soit réelle, suivie et auditable. Implications pour l’élection présidentielle de 2025 * Certains observateurs, y voient une manœuvre politique pour désarmer les critiques internes (clans rivaux au sein du régime) ;montrer une image réformiste à la communauté internationale ; restaurer la légitimité du pouvoir avant l’élection prévue fin 2025. *Mobilisation de l’opposition : Des mouvements citoyens comme « 11 millions d’inscrits » visent à encourager l’enrôlement des jeunes sur les listes électorales. La réforme budgétaire pourrait alimenter leur discours, en montrant que le changement est possible si la pression citoyenne augmente. *Risque de désillusion : Si aucune suite judiciaire n’est donnée à l’audit et que les mêmes mécanismes de détournement se réinstallent ailleurs, cela pourrait aggraver le désenchantement politique, en particulier chez les jeunes, qui représentent près de 60 % de la population électorale, mais dont beaucoup restent non-inscrits. Rupture ou recyclage du système ? La suppression des lignes 65 et 94 représente une occasion historique de restaurer la transparence budgétaire au Cameroun. Elle constitue un signal fort, mais son efficacité dépendra de la volonté politique à poursuivre les fautifs ; de la réforme structurelle des mécanismes de contrôle. Dans le contexte sensible de la présidentielle de 2025, cette réforme budgétaire pourrait devenir un tournant décisif – soit en instaurant une nouvelle ère de gestion publique, soit en révélant une énième opération de communication sans suite. Noël Ndong

Cameroun : Paul Biya supprime les lignes 65 et 94  – Vers une nouvelle ère de transparence ou simple manœuvre politique ? Read More »

Économie bleue : le Gabon avance, le Cameroun cherche sa voie dans un Golfe de Guinée sous tension

En juillet 2025, le Gabon a officialisé sa stratégie nationale pour l’économie bleue, ambitionnant de structurer durablement ses secteurs maritime et halieutique. Présentée par la ministre de la Mer, cette feuille de route s’articule autour de six axes prioritaires : gouvernance, cadre juridique, infrastructures, surveillance, durabilité et coopération. « Le Gabon fait le choix d’un développement intégré et durable des ressources maritimes. C’est une réponse à la fois économique, sociale et environnementale », a souligné Laurence Ndong. Cameroun : un potentiel à structurer Le Cameroun, pourtant doté de 402 km de côtes et d’un potentiel halieutique estimé à 150 000 tonnes/an, ne dispose pas encore d’une stratégie d’économie bleue unifiée. Les efforts sont dispersés entre modernisation portuaire, accords bilatéraux de pêche, et projets côtiers ponctuels. Dr Hugues Nguemwo, expert en économie maritime basé à Douala, explique : « Il manque une vision intersectorielle, articulée à la planification nationale et aux enjeux climatiques et sécuritaires ». Ajoutant : « Le Gabon donne l’exemple d’une gouvernance cohérente. Le Cameroun gagnerait à s’en inspirer pour valoriser ses ressources et sécuriser son espace maritime ». Une région sous haute tension : les risques maritimes croissants Le Golfe de Guinée, qui s’étend de la Guinée au Congo, est devenu en une décennie l’épine dorsale maritime de l’Afrique de l’Ouest et centrale, mais aussi une zone à haut risque. Il concentre plus de 40 % des incidents de piraterie maritime en Afrique, selon l’Office maritime international (OMI, 2024). « La piraterie a évolué vers des formes plus organisées, impliquant parfois des complicités locales, et affectant les chaînes logistiques », note un rapport de l’Institut d’études de sécurité basé à Dakar. Autres menaces majeures : Face à cela, la coordination régionale demeure limitée, malgré la mise en place de mécanismes tels que le Code de conduite de Yaoundé (2013) et les centres régionaux de sécurité maritime (CRESMAO et CRESMAC). « Sans une coopération régionale renforcée et des stratégies nationales robustes, le potentiel économique de la mer restera vulnérable », alerte un officier de la Commission du Golfe de Guinée. Alors que le Gabon structure son économie bleue dans une approche proactive et durable, le Cameroun dispose d’atouts stratégiques mais manque encore d’un cadre politique intégré. Dans un Golfe de Guinée en proie à des risques croissants, la souveraineté maritime, la sécurité des ressources et l’attractivité économique dépendent désormais d’une vision partagée, sécurisée et écologiquement viable. Noël Ndong

Économie bleue : le Gabon avance, le Cameroun cherche sa voie dans un Golfe de Guinée sous tension Read More »

UNESCO : nouveau retrait des Etats-Unis, une fracture dans l’engagement multilatéral

Le gouvernement américain a annoncé un nouveau retrait de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), effectif au 31 décembre 2026. Il s’agit du troisième retrait historique des Etats-Unis depuis 1945 : après les départs de 1984  sous Reagan et 2018 sous Trump I , puis la réintégration en 2023 sous l’administration Biden. L’administration Trump II avance que l’UNESCO promeut des agendas « divisifs« , jugés contraires aux intérêts nationaux : soutien à la reconnaissance de l’État palestinien, biais anti-israélien, initiatives « DEI » (diversité, équité, inclusion) qualifiées de « woke« . Impact budgétaire et stratégique Les États-Unis contribuaient à environ 8 % du budget de l’UNESCO (contre 20‑22 % jusqu’en 2011), et leur départ entraînera une réduction notable des financements couverts, notamment en matière d’éducation, patrimoine et droits humains. Bien que moins dépendante qu’auparavant, l’agence subira néanmoins les effets sur certains programmes clés, notamment ceux soutenus historiquement par les États-Unis. Enjeux géopolitiques et diplomatiques Ce retrait s’inscrit dans la doctrine « America First », marquée par une défiance vis-à-vis des organisations multilatérales. Il reprend la logique de retrait d’autres entités internationales telles que l’OMS ou le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Des critiques mentionnent une tentative de neutralisation de l’influence croissante de la Chine au sein de l’UNESCO, notamment dans les domaines éducatifs et technologiques. En s’éloignant, les États-Unis perdent une position stratégique dans la légitimation des normes globales. Réactions et périmètre d’impact La directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a exprimé ses regrets tout en assurant que l’organisation resterait résiliente, renforcée par ses financements diversifiés. Pour les experts, ce retrait pourrait affaiblir la lutte contre les inégalités éducatives, la protection du patrimoine mondial, la mémoire de l’Holocauste, ou encore la liberté de la presse, domaines dans lesquels les États-Unis jouaient un rôle pivot. Noël Ndong

UNESCO : nouveau retrait des Etats-Unis, une fracture dans l’engagement multilatéral Read More »

Scroll to Top