Afrique & Monde

USA, Expulsions

États‑Unis : Eswatini, première escale pour cinq déportés « sans pays »

Dans le cadre d’un programme controversé de déportations vers des pays tiers, les États-Unis ont expulsé cinq individus condamnés pour crimes graves (meurtre, viol sur mineur) vers Eswatini, petit royaume d’Afrique australe de 1,2 million d’habitants. Ces personnes, originaires du Vietnam, de Jamaïque, de Cuba, du Yémen et du Laos, avaient vu leurs pays refuser leur réadmission, privant Washington de l’alternative classique de renvoi direct: d’où le recours inédit à une déportation vers un État tiers. À ce jour, cinq individus ont été expédiés vers Eswatini au cours de la deuxième quinzaine de juillet 2025. Il ne s’agit que de la deuxième opération en Afrique en juillet, après l’expulsion de huit hommes vers le Soudan du Sud quelques jours auparavant. Aucun autre vol vers Eswatini n’a été confirmé depuis – malgré des spéculations sur d’éventuelles autres coopérations classifiées. Conditions de détention : confinement strict Dès leur arrivée, les cinq ont été placés en isolement cellulaire, vraisemblablement au Matsapha Correctional Complex, prison de haute sécurité située près de Mbabane. Le gouvernement eswatinien considère ces détenus comme étant « en transit » et envisage une réexpédition progressive vers leurs pays d’origine, mais sans délai annoncé. Enjeux diplomatiques et géopolitiques La décision de Washington suit une décision de la Cour suprême américaine du 23 juin 2025, autorisant les déportations vers des pays tiers, même sans lien juridique ou familial. Eswatini est une monarchie. Plusieurs voix dénoncent un accord secret, probablement obtenu via des concessions politiques ou économiques américaines. Dimension stratégique, intelligence économique Ce procédé exprime une stratégie de territorialisation sécuritaire : ne pouvant pas renvoyer certaines catégories de migrants vers leurs pays d’origine, l’administration privilégie des États vulnérables mais coopératifs. Cela permet de maintenir un discours sécuritaire domestique tout en contournant les blocages diplomatiques classiques. Certains observateurs y voient une mise sous influence discrète : Eswatini (comme précédemment d’autres pays africains ou latino-américains) pourrait être incité à collaborer en échange d’avantages bilatéraux, inscrivant cette politique dans une logique d’intelligence économique globalisée. Risques juridiques et droits humains Les ONG alertent sur une possible violation du principe de non-refoulement : l’absence d’accès à un recours individuel, la détention prolongée en isolement, ainsi que l’opacité des accords sont perçus comme contraires au droit international. Essentiellement, en absence d’évaluations claires, des individus accusés de crimes, même graves, peuvent ne pas bénéficier d’un procès équitable ou d’une procédure transparente. Noël Ndong

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RDC – M23 : un cessez-le-feu fragile dans une guerre de trente ans

« La paix est un choix… une responsabilité à construire », a déclaré le ministre de l’Intérieur de la RDC. Un fragile espoir de paix refait surface à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Le gouvernement de Kinshasa et les représentants du groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, ont signé LE 19 juillet à Doha une déclaration d’intention en vue d’un cessez-le-feu permanent, prélude à un « accord de paix global ». Si le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, se dit « pleinement convaincu » que le pays est « proche de la paix », l’histoire récente invite à la prudence : les précédents accords de cessez-le-feu ont souvent été violés, parfois dans les semaines suivant leur signature. Depuis 30 ans, l’est du pays – région frontalière du Rwanda et de l’Ouganda, riche en or, coltan et cobalt – reste enlisé dans un conflit multidimensionnel, où s’entrelacent rivalités ethniques, enjeux économiques, influences régionales et faillite de l’État. Le retour du M23, mouvement politico-militaire déjà actif entre 2012 et 2013, a ravivé les tensions depuis fin 2021, avec une offensive éclair menée en appui de troupes rwandaises, selon Kinshasa et l’ONU. Face à une armée congolaise débordée, les combats ont provoqué des milliers de morts et plus d’un million de déplacés, accentuant une crise humanitaire aiguë. La déclaration de Doha prévoit une feuille de route pour la restauration de l’autorité de l’État dans les zones sous contrôle du M23. Kinshasa y voit une première étape vers un redéploiement administratif et sécuritaire, précisant que ce retrait se fera dans le cadre d’un processus négocié, ce qui a suscité des critiques au sein de l’opinion publique congolaise, impatiente de voir un retour immédiat des institutions. Malgré ce nouveau cadre diplomatique, les lignes de front n’ont pas bougé depuis février, et le terrain reste instable. Le M23 continue d’affronter une myriade de milices locales pro-Kinshasa, dans une logique de guerre asymétrique difficile à contenir. Cette guérilla permanente, conjuguée à l’implication d’acteurs non étatiques et de puissances voisines, complexifie toute issue militaire ou politique durable. Pour les autorités congolaises, la réussite du processus repose sur une double dynamique : un soutien populaire renforcé et des concessions mutuelles. « Nous voulons une paix définitive, une paix durable », a martelé le ministre de la Communication Patrick Muyaya, en appelant à un effort collectif de reconstruction. Si la signature de Doha constitue un jalon symbolique, le chemin vers la paix réelle demeure semé d’incertitudes. Les partenaires régionaux, l’Union africaine et les Nations unies seront scrutés quant à leur capacité à garantir la mise en œuvre et le respect des engagements. En RDC, où chaque cessez-le-feu a jusqu’ici précédé une nouvelle flambée de violences, la vigilance reste de mise. Noël Ndong

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La population mondiale à l'horizon 2100

10 milliards d’habitants ? Le monde au bord du basculement démographique

« L’humanité n’a jamais été aussi nombreuse… ni aussi proche du déclin », selon  le rapport des Nations unies sur la population mondiale, 2025. Alors que la planète se prépare à franchir le cap des 10 milliards d’habitants vers 2050, une vérité plus discrète s’impose dans les modèles démographiques des Nations unies : le pic de population mondiale pourrait être atteint plus tôt que prévu, suivi d’un déclin global dès la fin du siècle. En 2022, l’humanité comptait 8 milliards de personnes. D’ici à 2080, la courbe pourrait commencer à s’inverser, amorçant un retournement historique sans précédent. Une stagnation qui masque un basculement En vingt ans, la population mondiale a gagné deux milliards d’habitants. Les 60 prochaines années devraient produire le même résultat – mais à un rythme plus lent, signe d’un essoufflement. Le rapport onusien indique que la population mondiale diminuera de 13 millions de personnes d’ici à 2100, si les tendances actuelles se confirment. Le taux de natalité plonge, tandis que la mortalité repart à la hausse, aggravée par les pandémies, les conflits et le vieillissement. Vieillir plus vite que l’on ne naît Le tournant est déjà perceptible : en 2030, il y aura plus de personnes âgées de plus de 80 ans que d’enfants de moins d’un an. À l’échelle mondiale, les plus de 65 ans dépasseront les moins de 18 ans dès 2080, redéfinissant les priorités économiques, sociales et sanitaires des États. « Nous entrons dans une ère où la démographie devient un facteur de vulnérabilité stratégique », indique un analyste de l’Institut international des études démographiques (IIED). Des pays au seuil de saturation Un quart de l’humanité vit déjà dans des pays dits « démographiquement saturés », c’est-à-dire où les infrastructures, les ressources et l’environnement ne peuvent plus soutenir une croissance continue. Des mégapoles tentaculaires en Afrique, en Asie et en Amérique latine concentrent les défis du siècle : gestion de l’eau, urbanisation incontrôlée, alimentation, emploi. Conséquences économiques et stratégiques Le vieillissement global reconfigure les modèles économiques : réduction de la population active, explosion des dépenses de santé, crise des retraites, et redéploiement des investissements. Des pays comme le Japon, l’Italie, ou la Corée du Sud expérimentent déjà cette transition démographique à marche forcée, et certains experts estiment qu’elle pourrait affecter la compétitivité globale de ces économies d’ici 2050. L’intelligence économique à l’ère post-démographique À long terme, la démographie devient un outil d’anticipation stratégique. Les géants technologiques et industriels investissent dans l’automatisation, la robotique, l’intelligence artificielle pour compenser la raréfaction des forces vives. La guerre de demain pourrait aussi être une guerre de cerveaux, entre nations jeunes et vieillissantes, entre créativité démographique et épuisement social. L’humanité approche du sommet de sa courbe démographique. Derrière le chiffre symbolique des 10 milliards se profile une autre réalité : le monde entre dans une ère de décroissance silencieuse, porteuse d’opportunités écologiques… mais aussi de fragilités économiques et géopolitiques inédites. Noël Ndong

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Afrique centrale & Cameroun : une croissance démographique à double tranchant

Alors que la population mondiale devrait atteindre environ 10 milliards d’habitants d’ici 2050, l’Afrique centrale enregistre l’une des croissances les plus rapides au monde. Selon les projections démographiques actualisées de l’ONU (2024), la population de l’Afrique centrale atteindra près de 260 millions d’habitants en 2050, contre environ 183 millions en 2025. Cette région, qui regroupe notamment le Cameroun, le Tchad, la RCA, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et la RDC, sera un des foyers majeurs de la croissance africaine. Cameroun : un doublement en perspective Avec 28,6 millions d’habitants en 2025, le Cameroun pourrait franchir le cap des 50 millions à l’horizon 2050, si les tendances actuelles se maintiennent. Ce dynamisme s’explique par un taux de fécondité moyen de 4,3 enfants par femme, bien au-dessus de la moyenne mondiale (2,3). Le pays est aujourd’hui l’un des plus peuplés de la région, juste derrière la RDC. Dynamique urbaine et pression sur les infrastructures Plus de 60 % de la population camerounaise vivra en milieu urbain d’ici 2040, contre 57 % aujourd’hui. Les villes comme Douala, Yaoundé ou Garoua deviennent des pôles de pression démographique, avec une jeunesse massive (plus de 60 % ont moins de 25 ans) et des besoins accrus en éducation, santé, emploi et logement. Vers un rééquilibrage mondial Si le vieillissement s’accélère en Europe et en Asie – où les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 18 ans dès 2080-, l’Afrique centrale, elle, restera jeune et dynamique, mais confrontée à un défi d’insertion sociale et économique. « Cette jeunesse, c’est un dividende démographique, mais seulement si l’investissement dans le capital humain suit », avertit un expert démographe de la CEA. Le Cameroun et l’Afrique centrale s’inscrivent dans un futur où leur poids démographique pèsera lourd sur la scène économique et géopolitique. La vraie question n’est pas combien ils seront, mais dans quelles conditions ils vivront. Noël Ndong

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Cameroun : restitution des biens culturels, enjeux, jurisprudence et perspectives

Le Cameroun multiplie aujourd’hui les initiatives en faveur du rapatriement des biens culturels exportés pendant la colonisation – en particulier vers la France et l’Allemagne. Parmi les artefacts emblématiques visés se trouve le « Dzom So’o », masque initiatique Fang‑Beti conservé à Munich, objet central des négociations en cours entre Yaoundé et les autorités germanophones. Un comité interministériel, créé en 2022, coordonne ces démarches. Une délégation officielle a récemment visité Berlin, Stuttgart et Brême pour identifier plus de 40 000 objets camerounais en Allemagne, dont plus de 2 700 à Brême, et entamer les négociations de restitution. Cadre juridique international : conventions et prescription Le Cameroun s’appuie sur les conventions de 1970 (UNESCO) et de 1995 (UNIDROIT), ratifiées pour encadrer les demandes de restitution des biens « volés ou illicitement exportés ». Ces textes prévoient des obligations de diligence et un délai d’action légal (généralement entre trois et cinquante ans) pour engager des procédures de retour. Perceptions diplomatiques et contextes institutionnels Les Camerounais tels que le Prince Kum’a Ndumbe III dénoncent une gestion bureaucratique déséquilibrée du processus : le comité interministériel, jugé peu inclusif, serait dominé par des fonctionnaires, sans intégration suffisante des acteurs culturels et des communautés concernées. Enjeux géopolitiques, diplomatiques et de mémoire La restitution est à la fois un acte symbolique de reconnaissance et une exigence diplomatique. La France a entamé une réforme législative en 2020 pour faciliter les retours, mais a limité ses engagements à certaines anciennes colonies comme le Bénin et le Sénégal, laissant le Cameroun en marge. Malgré cela, un fonds franco-allemand de 2,1 millions d’euros soutient aujourd’hui des recherches de provenance sur les objets africains, priorisant les anciennes colonies allemandes (dont le Cameroun), dans le but d’éclairer les négociations à venir. La restitution des biens culturels camerounais est un enjeu juridique et diplomatique majeur. Le succès dépendra de la rigueur des inventaires, du respect des conventions internationales, et d’une approche inclusive et participative. Le chemin vers la restitution est encore long, mais la détermination de Yaoundé, alliée au mouvement global pour la mémoire décoloniale, ouvre une nouvelle ère dans la gestion du patrimoine africain. Noël Ndong

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Cameroun : l’État trace le mobile money pour asseoir sa souveraineté budgétaire

Dans un contexte de mutation numérique accélérée, le gouvernement camerounais déploie une nouvelle stratégie de traçabilité fiscale des flux issus du mobile money. Objectif : lutter contre les sous-déclarations, améliorer la transparence financière et sécuriser des recettes publiques indispensables. Une réforme qui, au-delà de sa dimension technique, revêt une portée géopolitique et économique régionale. Selon la BEAC, le Cameroun concentre à lui seul 71 % des volumes et 55 % de la valeur des transactions mobile money en zone CEMAC. En 2022, plus de 59 000 milliards FCFA ont transité par ces plateformes. Face à cet essor, un dispositif électronique de contrôle sera prochainement déployé pour interfacer les serveurs des opérateurs avec le fisc. La taxe forfaitaire de 4 FCFA par transaction, introduite dans la loi de finances 2025, pourrait générer 15 milliards FCFA supplémentaires pour le Trésor, tout en suscitant débats sur l’équilibre entre inclusion financière et pression fiscale. « Ce n’est pas seulement une mesure budgétaire, mais une stratégie de souveraineté économique », confie un conseiller à la présidence. En pleine reconfiguration des équilibres régionaux, le Cameroun veut afficher une gouvernance moderne et crédible. Cette réforme pourrait faire école dans une Afrique centrale encore largement dépendante de flux informels. À terme, elle pourrait repositionner le Cameroun comme pionnier d’une fiscalité numérique intelligente, équilibrée entre innovation, équité et développement. Noël Ndong

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Afrique centrale : entre ambitions numériques et réalignements stratégiques

L’annonce par le Tchad, le 18 juillet 2025, d’un investissement de 1,5 milliard de dollars dans le cadre de son programme « Tchad Connexion 2030 » marque un tournant pour l’Afrique centrale.  Cette stratégie numérique, visant à porter le taux de pénétration d’Internet à 30 % d’ici 2030 (contre 13,2 % actuellement), s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté technologique, de modernisation administrative et d’intégration régionale. En reliant N’Djamena au Niger, puis à la Libye et à l’Égypte, le Tchad affirme sa volonté de sortir de l’enclavement historique et de repositionner sa diplomatie régionale à travers les infrastructures numériques. C’est une réponse directe à l’effritement sécuritaire dans la région sahélienne, mais aussi à la fragmentation institutionnelle de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cameroun : un carrefour stratégique sous pression Le Cameroun, pivot naturel de la sous-région, pourrait bénéficier ou pâtir de cette nouvelle donne. Avec ses câbles sous-marins à Douala et Kribi, et une infrastructure télécom plus avancée, Yaoundé est idéalement placé pour devenir une plaque tournante régionale. Mais en l’absence de réformes ambitieuses sur la fiscalité numérique, l’attractivité pour les opérateurs reste modérée. L’introduction de la taxe sur le mobile money en 2022 avait déjà refroidi plusieurs investisseurs. Dans un contexte où le Tchad noue des liens technologiques nouveaux avec ses voisins du nord, le Cameroun doit reconsidérer sa position stratégique. Une interconnexion plus profonde avec la RCA, en phase de stabilisation politique après l’accord de N’Djamena, ou un partenariat renforcé avec le Gabon et la Guinée équatoriale, s’impose comme une nécessité géopolitique. Géopolitique du numérique et sécurité régionale Derrière l’expansion numérique se jouent aussi des enjeux de souveraineté sécuritaire. À mesure que les administrations se numérisent, les cybermenaces transfrontalières se multiplient. Le Cameroun, confronté aux menaces dans l’Extrême-Nord et aux instabilités à ses frontières orientales, voit dans le numérique un levier de sécurisation des communications civiles et militaires. « Celui qui contrôle les infrastructures numériques contrôle demain les flux d’information, la gouvernance, la sécurité et la mémoire collective », confie un haut responsable de la CEEAC, appelant à un pacte numérique régional commun. Noël Ndong

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Afrique centrale : entre désarmement fragile et réalignement stratégique

L’accord de paix signé le 19 juillet entre le gouvernement centrafricain et deux groupes armés majeurs (UPC et 3R), sous l’égide du Tchad et avec le soutien actif de l’Union africaine, pourrait marquer un tournant dans la géopolitique d’Afrique centrale.  La diplomatie régionale, longtemps marginalisée par la militarisation des conflits, reprend ainsi l’initiative. Mais les défis restent immenses. « C’est un jalon, pas une solution », tempère un haut fonctionnaire de la CEEAC. La RCA, plongée dans la guerre civile depuis 2013, reste un pays sous tension : plus de 3,1 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire (OCHA, 2024), et 60 % du territoire demeure hors de contrôle étatique, selon l’ONU. Le Cameroun : un acteur pivot malgré une posture prudente Voisin direct, le Cameroun joue un rôle ambivalent. Frontalière de la RCA sur plus de 900 km, cette puissance sous-régionale absorbe une part importante du coût humain du conflit : plus de 350 000 réfugiés centrafricains y vivent encore en 2025, selon le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Sur le plan militaire, Yaoundé coopère discrètement avec Bangui dans le domaine du renseignement et du contrôle des flux armés. Mais, empêtré dans ses propres tensions internes, le Cameroun privilégie une diplomatie de « stabilité minimale », sans s’engager frontalement dans la gouvernance régionale. Géoéconomiquement, la situation offre un paradoxe : les corridors Douala-Bangui et Kribi-Berbérati sont essentiels pour l’approvisionnement de la RCA, mais les insécurités récurrentes ralentissent les flux commerciaux. Des projets d’infrastructures stratégiques, tels que le bitumage de l’axe Béloko–Garoua-Boulaï, sont freinés faute de garanties sécuritaires sur le terrain. UA : diplomatie proactive mais attentes renforcées L’Union africaine tente de repositionner son rôle dans un environnement stratégique changeant, marqué par l’essoufflement de la MINUSCA, le retrait progressif des forces françaises et la montée en influence d’acteurs comme la Russie. La dissolution des groupes armés, saluée par le président de la Commission Mahmoud Ali Youssouf, intervient dans un contexte où l’UA cherche à faire valoir sa doctrine de « solutions africaines à des problèmes africains ». Mais le déficit de coordination entre pays membres, illustré récemment dans d’autres dossiers diplomatiques (Libye, Soudan, UNESCO), risque d’affaiblir cette dynamique. Pour réussir, la stratégie africaine devra intégrer justice transitionnelle, DDR (Désarmement, Démobilisation, Réintégration), et engagement budgétaire des États membres. Dans un contexte de recomposition régionale post-sécuritaire, l’accord de N’Djamena représente un test grandeur nature pour une Afrique centrale en quête de cohérence stratégique. La RCA veut passer du statut d’« État assisté » à celui d’acteur régional, le Cameroun devra choisir entre prudence diplomatique et leadership géopolitique, et l’Union africaine devra prouver qu’elle est capable de transformer des succès diplomatiques ponctuels en processus de paix durables. Noël Ndong

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Cameroun/Présidentielle 2025 : l’expérience face aux inexpériences

À l’approche de la présidentielle d’octobre 2025, le Cameroun entre dans une phase d’observation intense. Au centre des débats : la candidature de Paul Biya, 92 ans, au pouvoir depuis 1982. Longtemps critiqué par une partie de l’opinion, le président camerounais incarne toutefois, pour ses partisans comme pour une frange de la communauté internationale, une stabilité précieuse dans une sous-région troublée. « Le Cameroun reste l’un des rares États stables entre le Sahel, la Centrafrique et le golfe de Guinée. Ce n’est pas anodin », confie un diplomate européen. Face aux défis géopolitiques – insécurité transfrontalière, terrorisme de Boko Haram, tensions dans le NOSO -, Paul Biya a su préserver un État central fort et des équilibres institutionnels fonctionnels. Une opposition fragmentée, sous-expérimentée, et sans vision internationale À l’opposé, l’opposition camerounaise peine à convaincre sur le fond comme sur la forme. Cabral Libii, jeune figure politique, manque de profondeur programmatique et de réseau diplomatique, tandis que Maurice Kamto, plus aguerri, souffre d’un positionnement souvent perçu comme conflictuel, voire clivant. Issa Tchiroma Bakari et Bello Bouba Maïgari, quant à eux, sont vus comme des acteurs du passé, peu porteurs de renouveau. « Aucun de ces candidats ne propose de vision claire sur la place du Cameroun dans un monde multipolaire, ni sur les grandes transitions (climat, numérique, sécurité régionale) », analyse une source proche d’un bailleur multilatéral. En outre, l’absence d’unité dans l’opposition fragilise leur crédibilité : pas de coalition viable, pas de programme commun, et des ambitions personnelles souvent divergentes. Paul Biya : un bilan contrasté, mais un leadership incontestable Malgré certaines critiques – gouvernance centralisée, lenteur des réformes, faible renouvellement de l’élite politique -, le président camerounais affiche un bilan économique tangible. Les projets structurants (gaz à Kribi, autoroutes, barrages, port en eau profonde de Kribi, digitalisation des services publics) ont renforcé l’attractivité économique du pays, avec un taux de croissance moyen autour de 4 % ces dernières années. La communauté internationale, bien que vigilante sur les questions de gouvernance et de droits humains, reconnaît l’importance de la continuité stratégique dans un contexte de fragilité régionale. « Ce que nous demandons, c’est plus de transparence et d’inclusion, pas un saut dans l’inconnu », déclare un responsable de la Banque mondiale. Conseils stratégiques aux acteurs politiques Pour l’opposition, l’heure n’est plus aux slogans mais à la structuration. Elle doit : Au président Biya, l’avenir pourrait passer par : Leadership ou transition, mais avec vision La présidentielle de 2025 ne se résume pas à un affrontement entre ancien et nouveau. Elle cristallise un choix plus profond : celui de la stabilité maîtrisée ou du changement désordonné de notre pays. Dans ce jeu d’équilibres, Paul Biya, malgré son âge, conserve l’image d’un acteur central et rassurant, là où l’opposition n’a pas encore trouvé l’Homme de synthèse pour fédérer et projeter le Cameroun vers une nouvelle ère. Noël Ndong

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USA/Ascension de la Diaspora :  8 milliardaires d’origine africaine pèsent 413 milliards $ d’influence économique

413 milliards de dollars. C’est la somme vertigineuse que représentent les fortunes cumulées de huit milliardaires américains d’origine africaine, selon les derniers chiffres publiés par Forbes. Dans un pays qui compte 125 milliardaires d’origine étrangère, ces huit figures issues du continent africain incarnent une influence économique croissante, mais aussi une présence stratégique dans la finance, la tech, la santé, les infrastructures ou encore les médias. « Leur succès n’est pas que financier, il est aussi symbolique d’un changement d’époque où les diasporas deviennent des acteurs globaux », souligne Fiona Chao, économiste à la Brookings Institution. Une puissance incarnée par Elon Musk Le cas le plus emblématique est Elon Musk, originaire d’Afrique du Sud, aujourd’hui homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à 393 milliards de dollars. À lui seul, il représente 30 % de la richesse totale des milliardaires américains d’origine étrangère, selon Forbes. Ses entreprises, Tesla, SpaceX, Neuralink ou encore xAI, redéfinissent à la fois les mobilités, l’espace et l’intelligence artificielle. « L’Afrique du Sud m’a donné la résilience, l’Amérique m’a donné le terrain de jeu », a-t-il déclaré dans une interview accordée à Financial Times. Des parcours transnationaux, des leviers globaux Derrière Elon Musk, on retrouve Patrick Soon-Shiong (5,6 Mds $), entrepreneur en biotechnologie né en Afrique du Sud de parents chinois. Son invention de l’Abraxane, traitement contre plusieurs formes de cancer, illustre la puissance de l’innovation migrante. Suit Rodney Sacks (3,6 Mds $), juriste sud-africain devenu le roi des boissons énergétiques aux États-Unis avec Monster Beverage, une marque valorisée à près de 60 milliards de dollars. L’Égypte est représentée par Haim Saban (3,1 Mds $), investisseur et magnat des médias, connu pour avoir introduit les Power Rangers dans les foyers américains et dirigé Saban Capital Group, très actif dans le capital-risque et les fusions-acquisitions. Des Nigérians influents dans la finance et la tech Le Nigeria, première économie d’Afrique, compte deux noms sur cette liste : Le Maroc et le Kenya dans l’arène Le Marocain Marc Lasry (1,9 Mds $), fondateur du hedge fund Avenue Capital. Il a notamment été conseiller économique de Bill Clinton et a figuré dans le top 50 des figures les plus influentes de Wall Street. Enfin, Bharat Desai, né à Mombasa (Kenya), cofondateur de Syntel, entreprise de services technologiques revendue pour 3,4 milliards de dollars à Atos. Sa fortune est estimée à 1,6 milliard $. Une diaspora qui pèse sur les choix stratégiques Ces fortunes ne se limitent pas à leur portefeuille. Elles influencent les flux d’investissement vers l’Afrique, soutiennent des incubateurs technologiques, financent des programmes éducatifs, et modèlent les perceptions politiques. « Ces milliardaires sont les ambassadeurs silencieux d’un soft power afro-américain émergent, qui redéfinit la notion même d’influence économique », note l’analyste en intelligence économique, Fatou Diarra. Comparatif chiffré  (budget vs fortunes privées) Pays africain Budget annuel 2024-2025 (en USD) Comparaison Nigeria 41 milliards USD 10 fois inférieur aux 413 Mds $ Afrique du Sud 88 milliards USD ≈ 4,7 fois inférieur Égypte 131 milliards USD ≈ 3 fois inférieur Côte d’Ivoire 15,5 milliards USD ≈ 26 fois inférieur Kenya 23 milliards USD ≈ 18 fois inférieur Maroc 58 milliards USD ≈ 7 fois inférieur Cameroun 10,6 milliards USD ≈ 39 fois inférieur RDC 17 milliards USD ≈ 24 fois inférieur Mali 5,5 milliards USD ≈ 75 fois inférieur Burkina Faso 4,3 milliards USD ≈ 96 fois inférieur À 413 milliards de dollars, la fortune cumulée de ces 8 individus dépasse largement le budget combiné de plus de 30 pays africains. Elle équivaut à environ 28 % du PIB du continent africain (≈ 1 500 milliards $). Le seul Elon Musk (393 Mds $) possède une fortune plus élevée que les budgets de l’Égypte, du Nigeria et de l’Afrique du Sud réunis. Alors que l’Afrique ne compte actuellement qu’une vingtaine de milliardaires sur son sol. Diplomatie & géoéconomie « Ces chiffres soulignent à quel point la richesse des diasporas peut potentiellement transformer les économies africaines – si des mécanismes de transfert, d’investissement ou de partenariat étaient activés », a déclaré Omar Benjelloun, économiste du développement. La diaspora africaine en Occident, en particulier aux États-Unis, détient un pouvoir économique équivalent à des États. Cette concentration de capital chez les privés interroge sur le rôle potentiel de ces fortunes dans les politiques de développement, d’investissement stratégique ou de diplomatie économique Sud-Sud. Leur réussite reflète non seulement la force d’intégration des élites migrantes dans l’économie américaine, mais aussi le potentiel inexploité du capital humain africain dans les chaînes de valeur mondiales. Noël Ndong

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