Afrique & Monde

France-Guinée équatoriale : Duel Juridique à La Haye pour un Hôtel Particulier

Le mardi 15 juillet, la France et la Guinée équatoriale se sont retrouvés devant la Cour internationale de justice (CIJ) à La Haye, marquant un tournant significatif dans la bataille juridique entourant un hôtel particulier parisien, estimé à plus de 100 millions d’euros.  La Guinée équatoriale a sollicité des ordonnances d’urgence, affirmant avoir été spoliée de son bien immobilier par les autorités françaises. Cette confrontation est le résultat d’une condamnation pénale du vice-président équatoguinéen, Teodoro Nguema Obiang Mangue, communément appelé Teodorin. En 2021, ce dernier avait été condamné à trois ans de prison avec sursis et à une amende de 30 millions d’euros pour corruption, ce qui a conduit à la saisie de l’immeuble par la France au titre d’une loi sur la lutte contre les biens mal acquis. « La France a agi légalement en vertu de la loi pour combattre la corruption« , déclarent certains observateurs occidentaux,. Cependant, la Guinée équatoriale voit cette saisie comme une ingérence dans ses affaires internes. « Nous exigeons un accès immédiat et complet à notre propriété« , a clamé un porte-parole du gouvernement équatoguinéen. Un Bien immobilier au coeur de la diplomatie La question de la nature juridique de l’immeuble fait également surface. Malabo soutient qu’il s’agit d’une ambassade, violant ainsi la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. En revanche, Paris maintient que cet immeuble n’est qu’une résidence privée, une position qui avait déjà été validée par la CIJ en 2016. La décision de la CIJ, attendue, pourrait influencer la dynamique des relations franco-équato-guinéennes. Non seulement elle pourrait déterminer l’avenir de la propriété de l’avenue Foch, mais elle pourrait également avoir des implications plus larges sur les droits diplomatiques à l’échelle internationale. Impact politique et économique Ce cas soulève des questions plus larges sur la gouvernance des ressources naturelles en Afrique. Alors que la Guinée équatoriale s’efforce de se défaire de son image occidentale de régime corrompu, cette bataille juridique revêt une dimension stratégique. Le pays, riche en pétrole, cherche à attirer des investissements étrangers tout en consolidant son image sur la scène mondiale. Cette affaire met également en lumière les défis auxquels sont confrontés les États en matière de justice internationale et d’application des décisions, illustrant la nécessité d’un engagement plus fort à l’échelle mondiale pour faire appliquer la gouvernance et protéger les droits de l’homme. Les décisions de la CIJ, bien qu’elles soient contraignantes, dépendent souvent de la volonté des États à les mettre en œuvre. Le verdict de la CIJ pourrait redéfinir non seulement les relations entre la France et la Guinée équatoriale, mais aussi influencer la manière dont la communauté internationale aborde la gouvernance et la responsabilité des dirigeants dans la gestion de leurs pays. Noël Ndong

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Cameroun : Emmanuel Kundé s’en est allé, un héritage stratégique pour l’Afrique

Disparu le 16 mai 2025 à l’âge de 69 ans, Emmanuel Kundé ne fut pas seulement un grand footballeur. Emmanuel Kundé fut un acteur-clé du rayonnement du Cameroun, de l’Afrique et d’un soft power sportif qui a su conjuguer talent, discipline et fierté nationale. Le 12 juillet 2025, Kakak, – près de Ndom, dans le département de la Sanaga maritime – a accueilli les obsèques d’une légende. Emmanuel Kundé, – qui signifie l’indépendance – deux fois champion d’Afrique (1984, 1988), héros du mondial 1990, s’est éteint à Yaoundé le 16 mai. « Il incarnait l’âme d’un football africain conquérant, digne et discipliné », confie Michel Kaham, son ancien coéquipier. Présents aux funérailles : Roger Milla, Samuel Eto’o, figures d’une même dynastie de football patriote. Né en 1956, formé au Canon de Yaoundé, Emmanuel Kundé, s’impose dès les années 1970 comme défenseur central au style sobre mais décisif. Il incarne une Afrique montante sur la scène sportive mondiale. Son penalty contre l’Angleterre en quart de finale du Mondial 1990 en Italie – devant 70 000 spectateurs et des milliards de téléspectateurs – est entré dans l’histoire. Pour la première fois, une équipe africaine atteignait ce stade de la compétition. Ce geste n’était pas seulement sportif : il était géopolitique. Un symbole du soft power camerounais Dans les années 1980-90, alors que l’Afrique peine à exister politiquement sur la scène internationale, des figures comme Kundé Emmanuel, offrent une autre image du continent : celle de la performance, du mérite, de la maîtrise. Le football devient une vitrine diplomatique. L’impact d’un Kundé dans l’imaginaire collectif est comparable à celui d’un Mandela dans le rugby : unificateur, respecté au-delà des frontières. Un héritage pour la jeunesse et l’économie du sport Après sa carrière, Emmanuel Kundé entraîne, transmet, structure. À une époque où l’intelligence économique passe aussi par l’exportation des talents et le rayonnement des ligues nationales, sa trajectoire inspire une politique sportive plus structurée. Le Cameroun, aujourd’hui exportateur de joueurs et organisateur de compétitions, lui doit une part de cette crédibilité. Emmanuel Kundé fut plus qu’un défenseur : un diplomate du terrain, un bâtisseur de respect, un ambassadeur d’un Cameroun qui voulait exister par le mérite. Sa disparition referme une époque, mais son influence, elle, continue d’irriguer les enjeux politiques, culturels et économiques du sport africain contemporain. Noël Ndong

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Cameroun : Paul Biya candidat pour un 8e mandat,  continuité stratégique dans un contexte régional instable

Entre stabilité institutionnelle, vision régalienne et appuis internationaux discrets, Yaoundé joue la carte de l’expérience. À 92 ans, le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a confirmé sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Une décision qui, selon ses partisans et une frange de la communauté internationale, incarne la continuité politique et la stabilité institutionnelle dans un environnement régional fragilisé par des coups d’État, des insurrections djihadistes et des crises de gouvernance. « Mon devoir est de préserver l’unité, la paix et les acquis de la République », a déclaré le chef de l’État dans une allocution sobre, diffusée depuis le palais d’Etoudi. Un choix de stabilité dans un environnement à haut risque Le Cameroun, frontalier du Tchad, de la République centrafricaine et du Nigeria, reste un pilier stratégique en Afrique centrale, en particulier dans la lutte contre Boko Haram, les réseaux criminels transfrontaliers et les mouvements séparatistes. Face à l’instabilité rampante dans la sous-région, Paul Biya se positionne comme le garant d’un État fort, diplomatiquement aligné et militairement structuré. « La continuité à Yaoundé est essentielle pour préserver l’équilibre régional », confie un diplomate européen sous couvert d’anonymat. La position mesurée des partenaires internationaux La France n’a pas officiellement commenté la candidature, mais Paris entretient des relations « pragmatiques » avec Yaoundé, saluant « la stabilité d’un partenaire clé ». Le Quai d’Orsay rappelle « la nécessité d’un processus électoral transparent et pacifique ». L’Union européenne, qui finance des programmes de gouvernance et de décentralisation, prône la « participation inclusive » et se dit attentive à l’environnement pré-électoral, tout en reconnaissant l’importance du rôle du Cameroun dans la lutte antiterroriste régionale. Quant aux États-Unis, s’ils restent critiques sur la situation des droits humains, ils soulignent l’intérêt stratégique du Cameroun dans la région du Golfe de Guinée. Le Département d’État plaide pour « un climat électoral libre et sécurisé », sans remettre en cause la légitimité de la candidature de Paul Biya. Gouvernance et trajectoire économique sous contrôle Avec une croissance attendue à 3,7 % en 2025 (Banque mondiale), des projets énergétiques majeurs en cours (GNL, barrages), et une monnaie arrimée à l’euro via la BEAC, le Cameroun reste économiquement résilient malgré les défis. Sous Biya, le pays a entamé une politique de décentralisation progressive et renforcé sa coopération militaire avec la France, l’Allemagne, Israël et les États-Unis. « Ce pays tient debout grâce à une diplomatie constante et un leadership calme, dans un monde agité », résume un analyste de l’International Crisis Group. Un enjeu de souveraineté maîtrisée Pour les partisans de Paul Biya, sa nouvelle candidature s’inscrit dans une vision de stabilité maîtrisée, refusant les transitions forcées ou les bouleversements institutionnels brusques. La candidature de Paul Biya n’est pas qu’un enjeu national, c’est un signal adressé à une région et à une communauté internationale en quête de points d’ancrage. Face aux incertitudes africaines, Yaoundé mise sur la stabilité, l’expérience et le contrôle des équilibres internes. Une stratégie qui, pour ses soutiens, a permis au Cameroun d’éviter les effondrements observés ailleurs. Chiffres clés : Noël Ndong 

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France-Afrique : la fin d’une tutelle, l’heure d’un partenariat adulte ?

Entre désillusions postcoloniales et espoirs de refondation, Paris est sommé de redéfinir sa place dans une Afrique plurielle, stratégique et souveraine. Alors que la France retire ses dernières bases militaires au Sahel et au Sénégal, la relation franco-africaine traverse une crise de légitimité inédite. Trois siècles d’histoire, faits de domination, d’alliances, de mémoire partagée, semblent aujourd’hui peser plus qu’ils ne rapprochent. « Ce n’est pas la présence de la France que nous rejetons, c’est son incapacité à nous voir comme égaux », confie un diplomate. D’un lien historique à une perte d’influence accélérée Avec plus de 4 500 soldats déployés dans le Sahel en 2020, la France a longtemps été perçue comme le garant sécuritaire de la région. Mais depuis 2021, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la Centrafrique ont rompu avec Paris, l’accusant d’ingérence politique et d’échec sécuritaire. Les critiques, alimentées par des campagnes russes et un ressentiment endogène, traduisent une jeunesse africaine en quête de souveraineté. « La France est confrontée à une génération qui n’a pas connu la colonisation, mais qui en subit les séquelles symboliques », analyse un chercheur de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Coopération ou dépendance ? La France reste le 2e investisseur en Afrique subsaharienne, après la Chine, et consacre près d’un tiers de son aide publique au continent. Pourtant, cette aide est de plus en plus perçue comme asymétrique. Un étudiant étranger sur trois en France est africain, mais la coopération éducative reste marquée par une logique descendante. Vers une refondation crédible ? Le chef d’Etat français, Emmanuel Macron a promis une « nouvelle relation » fondée sur la transparence, la co-construction et le respect des souverainetés africaines. Mais la Françafrique continue de hanter les esprits, et l’heure n’est plus aux symboles mais aux actes. « Il faut que la France accepte d’être un partenaire parmi d’autres, dans un continent désormais multipolaire », estime une analyste africaine à l’UA. Noël Ndong

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Afrique du Sud : l’ancien président Jacob Zuma en visite au Maroc

Après la crise du Covid-19, l’Afrique sera confrontée à une réalité nouvelle. Compter plus sur ses propres ressources que sur l’aide au développement pour faire face aux séquelles laissées par la pandémie. L’ancien Premier ministre du Burkina Faso, Tertius Zongo, directeur de la chaire Sahel de la Fondation pour les études et la recherche sur le développement international (Ferdi) et Emmanuel Pinto Moreira, directeur de recherche à la Banque africaine de développement (Bad), font le point. Emmanuel Pinto Moreira appelle à une autre mondialisation. A court terme, il s’interroge sur le ciblage des personnes les plus pauvres, souligne la difficulté de confiner des populations qui travaillent dans l’informel – prioritaires en matière d’aides. À plus long terme, il pense que cette crise va donner l’opportunité à une forme de « déglobalisation », en termes de blocs (Chine, Europe et Occident, Afrique, etc.). A cet égard, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représente « une opportunité intéressante », souligne-t-il, « à condition qu’elle soit bien menée : taxation commune, politiques de libéralisations communes, etc ». Tertius Zongo souligne pour sa part que l’Afrique est diverse. C’est le cas de la région du Sahel, confrontée à l’insécurité et à la pauvreté. Ce qui ne permet pas d’assurer le développement. Il rappelle que l’aide au développement n’a jamais créé le développement – elle l’accompagne simplement – néanmoins, « il s’agit de parer au plus urgent, face aux difficultés budgétaires des pays africains ». Ces facteurs de fragilité sont enracinés dans les pays sahéliens. Et la paix est un bien public qui impose d’agir, indique l’ancien Premier. « Mais comment-agir ? « , poursuit-il. Il propose de « croiser les différents regards afin de définir les points sur lesquels il faut avancer ». « Les politiques économiques n’ont jamais pris en compte les facteurs de fragilité de l’Afrique. Il faut améliorer la réflexion sur l’économie-politique de nos pays ; il faut s’appuyer davantage sur l’histoire de nos sociétés. Cette question n’est jamais posée ainsi », ajoute-t-il. Pour que l’aide soit efficace, plusieurs conditions doivent être remplies. A savoir, une approche collégiale, une association de tous les acteurs, une innovation en matière d’acteurs, « ne faisant plus appel systématiquement au grandes institutions ou aux grandes entreprises, en associant les ONG et les collectivités locales, en aidant les pays à rester maîtres de leur politique« . L’urgence, pour Tertius Zongo, revient à sauver des vies, en renforçant les systèmes de santé. Il faut aussi garder l’économie en état de marche, garantir le bon fonctionnement des services publics, et parvenir à « planter les graines d’une résilience future ». Sur le plan politique, il plaide pour un équilibre entre la liberté et la sécurité. Pour conclure; « il faut éteindre rapidement les velléités nationalistes qui affaiblissent les efforts de panafricanisme, accélérer la coopération et l’intégration régionale. » Noël Ndong

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