Culture & Patrimoine

La plainte déposée par Orano et l’ouverture, en plein cœur de l’hiver, d’une enquête du parquet de Paris pour « vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère » ne relèvent pas du simple contentieux industriel

Uranium du Niger : la plainte de Paris ou le symptôme d’une défaite stratégique

Quand Niamey inverse le rapport de force face Ă  Orano et expose les failles françaises La plainte dĂ©posĂ©e par Orano et l’ouverture, en plein cĹ“ur de l’hiver, d’une enquĂŞte du parquet de Paris pour « vol en bande organisĂ©e au profit d’une puissance Ă©trangère » ne relèvent pas du simple contentieux industriel. Elles marquent un tournant gĂ©opolitique majeur dans le bras de fer entre la France et le Niger, rĂ©vĂ©lateur d’une perte d’influence profonde de Paris au Sahel. Depuis la prise de pouvoir militaire de juillet 2023, le groupe français – ex-Areva – a vu s’effondrer en quelques mois une prĂ©sence vieille de plus d’un demi-siècle. Les mines de SomaĂŻr, Cominak et Imouraren, piliers de l’approvisionnement français en uranium depuis les annĂ©es 1970, ont Ă©tĂ© nationalisĂ©es par le rĂ©gime du gĂ©nĂ©ral Abdourahamane Tiani au nom du « droit lĂ©gitime du peuple nigĂ©rien Ă  exploiter ses ressources ». Une rupture brutale avec un modèle hĂ©ritĂ© de la Françafrique. L’affaire prend une dimension explosive avec la disparition prĂ©sumĂ©e de 1 000 tonnes d’uranium civil, Ă©valuĂ©es Ă  160 millions d’euros, du site d’Arlit. Les soupçons d’un transfert vers la Russie, via le Burkina Faso et possiblement le Togo, transforment un litige commercial en enjeu de sĂ©curitĂ© internationale et d’intelligence Ă©conomique. Paris redoute moins la perte financière que le basculement stratĂ©gique : voir une ressource clĂ© de son parc nuclĂ©aire passer sous contrĂ´le de puissances concurrentes. Un contentieux juridique aux chances limitĂ©es Sur le plan strictement juridique, les chances de succès de la plainte française restent incertaines. Certes, un tribunal arbitral a estimĂ© que l’État nigĂ©rien ne pouvait ni vendre ni transfĂ©rer l’uranium produit par la SomaĂŻr. Mais dans les faits, le contrĂ´le territorial, militaire et logistique appartient dĂ©sormais Ă  Niamey. Le droit international de l’investissement se heurte ici Ă  une rĂ©alitĂ© politique : celle d’un État souverain assumant la rupture, prĂŞt Ă  supporter le coĂ»t judiciaire au nom d’un gain stratĂ©gique Ă  long terme. L’ouverture de l’enquĂŞte Ă  Paris apparaĂ®t ainsi autant comme un outil judiciaire que comme un signal politique : montrer que la France n’abandonne pas le terrain, maintenir une pression diplomatique et dissuader d’éventuels partenaires Ă©trangers. Mais cette dĂ©marche rĂ©vèle aussi une faiblesse : Paris agit dĂ©sormais depuis l’extĂ©rieur, en rĂ©action, lĂ  oĂą Niamey impose le tempo. Le cĹ“ur du contentieux : le prix et la valeur stratĂ©gique de l’uranium Derrière le conflit, une question centrale : le prix de l’uranium nigĂ©rien. Pendant des dĂ©cennies, la France a achetĂ© le kilo d’uranium Ă  des tarifs largement infĂ©rieurs aux cours mondiaux – autour de 30 Ă  40 dollars le kilo, contre des pics dĂ©passant aujourd’hui 100 dollars sur le marchĂ© international. Pour Niamey, la nationalisation n’est pas qu’un acte politique : c’est une reconquĂŞte Ă©conomique. Le Niger a dĂ©sormais ouvertement affichĂ© sa volontĂ© de diversifier ses partenaires : Russie, Iran, Chine, et acteurs non occidentaux du nuclĂ©aire civil. Le mĂ©morandum signĂ© avec Rosatom en juillet s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit plus seulement de vendre de l’uranium, mais de changer de système d’alliances. Une stratĂ©gie du faible au fort Face Ă  une France affaiblie diplomatiquement, isolĂ©e militairement après son retrait du Sahel et dĂ©pendante de l’uranium pour son parc nuclĂ©aire, le Niger dĂ©ploie une stratĂ©gie asymĂ©trique redoutablement efficace. En nationalisant, en communiquant sur la souverainetĂ©, en judiciarisant Ă  son tour le dossier (accusations de dĂ©chets radioactifs), Niamey retourne le narratif : l’exploitant devient l’accusĂ©. Cette affaire dĂ©passe Orano. Elle symbolise l’inversion du rapport de force Paris–Niamey, la fin d’un cycle et l’entrĂ©e du Niger dans une gĂ©oĂ©conomie assumĂ©e des ressources. La plainte française, plus qu’une arme dĂ©cisive, apparaĂ®t comme un aveu de perte de contrĂ´le. Dans le nouveau Sahel, l’uranium n’est plus seulement une matière première : c’est une arme stratĂ©gique.

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Présents en Centrafrique depuis 2017, à la demande du président Faustin-Archange Touadéra, les combattants de Wagner ont profondément redéfini l’architecture sécuritaire du pays.

Centrafrique : Wagner en arbitre sécuritaire d’un scrutin sous haute tension

Entre promesse de paix Ă©lectorale, dĂ©pendance militaire et zone grise gĂ©opolitique Ă€ l’approche d’un triple scrutin dĂ©cisif – prĂ©sidentielle, lĂ©gislatives et Ă©lections locales – la RĂ©publique centrafricaine s’apprĂŞte Ă  voter sous la surveillance Ă©troite des paramilitaires russes liĂ©s au groupe Wagner. Ces derniers se disent prĂŞts Ă  garantir des Ă©lections « pacifiques », tout en affirmant leur capacitĂ© Ă  repousser toute tentative de dĂ©stabilisation. Une dĂ©claration lourde de sens dans un pays oĂą la sĂ©curitĂ© Ă©lectorale demeure un enjeu existentiel. Dans une rĂ©ponse Ă©crite Ă  l’AFP, Alexander Ivanov, reprĂ©sentant des paramilitaires russes en Centrafrique, assure que les « spĂ©cialistes russes » prennent leur mission « très au sĂ©rieux ». Selon lui, le contexte sĂ©curitaire permettrait, Ă  ce stade, d’envisager un scrutin sans violences majeures. Mais derrière ce discours rassurant se dessine une rĂ©alitĂ© plus complexe : la centralitĂ© d’un acteur militaire Ă©tranger dans l’organisation implicite de la sĂ©curitĂ© d’un processus dĂ©mocratique national. PrĂ©sents en Centrafrique depuis 2017, Ă  la demande du prĂ©sident Faustin-Archange TouadĂ©ra, les combattants de Wagner ont profondĂ©ment redĂ©fini l’architecture sĂ©curitaire du pays. Initialement dĂ©ployĂ©s pour appuyer une armĂ©e nationale affaiblie et fragmentĂ©e, ils ont jouĂ© un rĂ´le clĂ© lors de la crise post-Ă©lectorale de 2020, en repoussant, aux cĂ´tĂ©s de forces rwandaises, une coalition de groupes armĂ©s menaçant Bangui. Depuis, leur influence dĂ©passe le strict cadre militaire. Cette prĂ©sence s’accompagne toutefois de controverses majeures. De nombreuses organisations internationales accusent les paramilitaires de Wagner d’avoir commis de graves violations des droits humains – exĂ©cutions sommaires, tortures, disparitions – en Centrafrique comme ailleurs. Alexander Ivanov, lui-mĂŞme sous sanctions amĂ©ricaines et europĂ©ennes, affirme reprĂ©senter une entitĂ© distincte, l’OUIS, tout en reconnaissant employer des combattants « très expĂ©rimentĂ©s » issus de Wagner. Une distinction jugĂ©e largement formelle par les chancelleries occidentales. Sur le terrain, la sĂ©curitĂ© reste inĂ©gale. Ivanov reconnaĂ®t l’existence de zones frontalières instables, oĂą des groupes rebelles demeurent actifs, justifiant un Ă©tat d’alerte maximal des forces centrafricaines appuyĂ©es par les Russes. Dans ce contexte, le prĂ©sident sortant Faustin-Archange TouadĂ©ra, 68 ans, candidat Ă  un troisième mandat, apparaĂ®t comme le grand favori, portĂ© par un discours axĂ© sur le retour progressif Ă  la stabilitĂ©. Mais au-delĂ  du scrutin immĂ©diat, une question stratĂ©gique se pose : qui garantit rĂ©ellement la souverainetĂ© sĂ©curitaire de la Centrafrique ? Depuis la mort d’EvguĂ©ni Prigojine en 2023, Moscou cherche Ă  restructurer son dispositif africain via Africa Corps, sous tutelle plus directe du ministère russe de la DĂ©fense. Ivanov Ă©vite soigneusement le sujet, signe d’une transition encore opaque. Ainsi, si Wagner promet des Ă©lections « pacifiques », le scrutin centrafricain illustre surtout une rĂ©alitĂ© troublante : celle d’un État dont la stabilitĂ© dĂ©mocratique repose, en grande partie, sur des forces armĂ©es Ă©trangères, au cĹ“ur d’un jeu gĂ©opolitique qui dĂ©passe largement les urnes.

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Le campus de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Douala à Édéa a accueilli, le mardi 23 décembre, une cérémonie de parrainage d’étudiants par Harvest Asset Management, acteur spécialisé des marchés financiers.

Cameroun : la ville d’ÉdĂ©a Ă  l’heure du choix stratĂ©gique

Quand l’IUT devient un levier gĂ©oĂ©conomique contre le chĂ´mage et l’exode des jeunes. Le campus de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Douala Ă  ÉdĂ©a a accueilli, le mardi 23 dĂ©cembre, une cĂ©rĂ©monie de parrainage d’étudiants par Harvest Asset Management, acteur spĂ©cialisĂ© des marchĂ©s financiers. Au-delĂ  du geste acadĂ©mique, l’évĂ©nement a mis en lumière un enjeu bien plus large : la capacitĂ© d’ÉdĂ©a Ă  transformer l’implantation de l’IUT en moteur Ă©conomique, social et gĂ©ostratĂ©gique. Pour le Pr Jacques Etame, directeur de l’IUT, le message est clair : l’universitĂ© ne peut plus ĂŞtre une tour d’ivoire. La mutation de certaines filières, Ă  l’image de Banque et Finance devenue IngĂ©nierie financière, traduit une orientation rĂ©solument pratique, alignĂ©e sur les besoins du marchĂ© et les standards internationaux. L’ambition affichĂ©e est de faire du campus d’ÉdĂ©a un campus d’application de l’économie universitaire, oĂą savoirs, innovation et entreprises se rencontrent. (La ville d’EdĂ©a) Deux projets pilotes incarnent cette vision : le transport des Ă©tudiants et les logements universitaires. Des initiatives structurantes, capables de gĂ©nĂ©rer des emplois locaux, d’attirer des investisseurs et de crĂ©er un Ă©cosystème Ă©conomique autour du campus. Un potentiel que les Ă©tudiants eux-mĂŞmes disent percevoir, Ă  l’image de la prĂ©sidente de l’Association des Ă©tudiants, qui souligne une meilleure appropriation des rĂ©alitĂ©s professionnelles. Mais le constat est sans appel : la ville d’ÉdĂ©a tarde Ă  s’approprier l’IUT. Ni initiatives locales visibles, ni rĂ©ponse structurĂ©e des collectivitĂ©s territoriales dĂ©centralisĂ©es, alors mĂŞme que le site est excentrĂ© et que la pression sur le logement est rĂ©elle. Une inertie prĂ©occupante, alors qu’ÉdĂ©a dispose d’atouts gĂ©ostratĂ©giques majeurs : carrefour entre Douala et YaoundĂ©, proximitĂ© de Kribi et de son port en eau profonde, tissu industriel historique et bassin de main-d’œuvre jeune. (Zone industrielle d’EdĂ©a, le coeur du Cameroun) Dans un contexte marquĂ© par le chĂ´mage des diplĂ´mĂ©s et l’exode massif des jeunes vers Douala, YaoundĂ©, l’Europe ou l’AmĂ©rique du Nord, l’IUT d’ÉdĂ©a reprĂ©sente une alternative crĂ©dible. Il peut contribuer Ă  fixer les compĂ©tences, Ă  dynamiser le marchĂ© local de l’emploi et Ă  repositionner la ville dans la chaĂ®ne de valeur nationale et rĂ©gionale. Conscient de cet enjeu, le Pr Jacques Etame a annoncĂ© l’organisation prochaine d’un CafĂ©-dĂ©bat “UniversitĂ©s–Territoires”, rĂ©unissant collectivitĂ©s, partenaires Ă©conomiques et opĂ©rateurs privĂ©s. L’objectif : transformer une dĂ©cision gouvernementale en niches d’opportunitĂ©s concrètes. Ă€ ÉdĂ©a, l’universitĂ© est lĂ . Reste Ă  savoir si la ville saisira cette chance stratĂ©gique… ou la laissera passer.

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Sur l’avortement, les opinions se partagent.

Afrique et Cameroun : liberté des femmes, l’avortement divise toujours

Entre droits reconnus et tabous persistants, le continent avance sur la maternitĂ© et le mariage, mais reste scindĂ© sur l’interruption de grossesse. Au Cameroun et dans toute l’Afrique, les femmes gagnent du terrain sur leurs droits. Elles peuvent dĂ©sormais choisir leur mariage et dĂ©cider du nombre d’enfants qu’elles auront. Mais sur l’avortement, c’est une autre histoire. C’est ce que rĂ©vèle l’enquĂŞte Afrobarometer, menĂ©e entre 2024 et 2025 auprès de 51 000 personnes dans 38 pays africains. Selon l’étude, 75 % des Africains estiment que les femmes doivent dĂ©cider quand se marier, et 62 % quand et combien d’enfants avoir. Les femmes elles-mĂŞmes sont plus nombreuses Ă  soutenir cette libertĂ©. La scolaritĂ© des jeunes mères est largement dĂ©fendue. Huit citoyens sur dix jugent que les filles enceintes ou dĂ©jĂ  mères doivent pouvoir poursuivre leurs Ă©tudes. L’éducation Ă  la sexualitĂ© Ă  l’école recueille Ă©galement un large soutien, avec plus de 70 % d’avis favorables. L’accès aux contraceptifs divise encore. 58 % des Africains sont favorables Ă  ce que toute personne sexuellement active y ait accès, quel que soit son statut marital, et 53 % quel que soit l’âge. Mais dans les zones rurales et chez les moins instruits, le scepticisme reste fort. Sur l’avortement, les opinions se partagent. Une majoritĂ© (63 %) accepte l’interruption de grossesse si la santĂ© ou la vie de la femme est en danger. En cas de viol ou d’inceste, seulement 48 % trouvent l’avortement justifiable. Et si la femme ne veut pas d’enfant ou manque de ressources, 65 Ă  69 % s’y opposent. Au SĂ©nĂ©gal, la situation des violences basĂ©es sur le genre illustre un paradoxe. Près d’un tiers des citoyens voient frĂ©quemment des violences contre les filles. Les violences conjugales et verbales restent courantes. Les victimes hĂ©sitent Ă  porter plainte par peur ou par pression sociale. Au Cameroun, le scĂ©nario est similaire. Les droits progressent, mais la sociĂ©tĂ© reste partagĂ©e sur l’avortement. Violences sexuelles et discriminations persistent. L’enquĂŞte souligne l’urgence de renforcer la protection des femmes et leur autonomie, tout en respectant les sensibilitĂ©s locales. L’Afrique avance. Mais certains combats sont loin d’être gagnĂ©s. Peut-ĂŞtre que le continent africain n’est pas prĂŞt menĂ© tous les combats Ă  la fois. Surtout lorsqu’ils s’associent Ă  l’Ă©thique et Ă  la spiritualitĂ©. C’est le cas de l’avortement.

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La BDEAC à l’épreuve de la modernisation

Afrique centrale : la BDEAC structure le levier des partenariats public-privé

En lançant l’élaboration d’un cadre normatif dédié aux PPP, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale cherche à sécuriser les investissements, renforcer l’attractivité régionale et affirmer une souveraineté financière collective. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a franchi une étape stratégique en lançant un appel d’offres international pour recruter un cabinet chargé d’élaborer un cadre normatif applicable aux financements en partenariat public-privé (PPP). Cette initiative s’inscrit dans le Plan stratégique 2023-2027 de l’institution, baptisé « AZOBE », adopté par l’Assemblée générale des actionnaires le 22 décembre 2022. À travers cette démarche, la BDEAC entend renforcer son rôle de catalyseur du développement économique et de l’intégration régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources publiques, la pression sécuritaire et la compétition accrue pour les capitaux internationaux. Les PPP comme outil de souveraineté économique Le plan « AZOBE » identifie explicitement les partenariats public-privé comme un levier central pour financer les infrastructures structurantes : énergie, transports, eau, télécommunications, santé ou encore équipements urbains. Pour les États de la Cemac, confrontés à des marges budgétaires limitées et à une dette publique sous surveillance, les PPP apparaissent comme une alternative stratégique permettant de mobiliser des financements privés tout en poursuivant des objectifs de développement. Mais jusqu’ici, l’absence d’un cadre normatif harmonisé à l’échelle régionale constituait un frein majeur. Les règles variaient selon les pays, générant des incertitudes juridiques, des risques financiers élevés et une faible bancabilité des projets. « L’enjeu est de sécuriser à la fois les États et les investisseurs », confie un cadre de la BDEAC, soulignant la nécessité de standardiser les pratiques. Sécuriser, harmoniser, attirer Le futur cadre normatif devra définir des règles claires en matière de structuration financière, de partage des risques, de gouvernance des projets et de mécanismes de contrôle. Il s’agira également d’intégrer des exigences de transparence, de traçabilité des flux financiers et d’évaluation des impacts économiques et sociaux. Pour la BDEAC, l’objectif est double : améliorer l’efficacité des investissements publics et renforcer l’attractivité de l’Afrique centrale auprès des investisseurs institutionnels, des fonds souverains et des partenaires du Sud global. Dans un environnement international marqué par la rivalité entre grandes puissances et la recomposition des chaînes de valeur, la région cherche à se positionner comme un espace crédible et sécurisé pour les investissements de long terme. Un enjeu géostratégique régional Au-delà des considérations économiques, la structuration des PPP revêt une dimension géostratégique. Les infrastructures financées conditionnent la sécurité énergétique, la connectivité régionale et la résilience des États face aux crises. Routes, ports, réseaux électriques ou systèmes numériques sont désormais perçus comme des actifs stratégiques, au croisement du développement, de la sécurité et de la souveraineté. Dans une région exposée à des défis sécuritaires transfrontaliers — du golfe de Guinée au bassin du lac Tchad —, la capacité à financer et maîtriser des projets structurants est également un facteur de stabilité. « Les infrastructures sont des outils de paix autant que de croissance », résume un analyste régional. La BDEAC à l’épreuve de la modernisation En se dotant d’un cadre normatif PPP, la BDEAC poursuit sa transformation en institution financière moderne, alignée sur les standards internationaux tout en défendant les intérêts spécifiques de ses États membres. L’initiative vise aussi à préserver l’équilibre financier de la Banque, en encadrant mieux les risques associés à des montages complexes. À terme, ce cadre pourrait devenir une référence régionale, voire un instrument d’influence normative pour l’Afrique centrale, dans un environnement où les règles du financement du développement sont largement façonnées en dehors du continent. À travers ce chantier, la BDEAC envoie un signal clair : l’Afrique centrale entend structurer elle-même les conditions de son développement, en combinant coopération public-privé, rigueur institutionnelle et affirmation de sa souveraineté économique.

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Les ambassadeurs de la sous-région posent les jalons d’une intégration régionale renforcée en Europe.

Diaspora : À Berlin, l’Afrique centrale affirme sa cohésion diplomatique

Les ambassadeurs de la sous-région posent les jalons d’une intégration régionale renforcée en Europe. Dans un contexte international marqué par le durcissement des rapports de force, la fragmentation des alliances et la recomposition des priorités géopolitiques, les pays d’Afrique centrale cherchent à parler d’une voix plus cohérente et plus audible sur la scène mondiale. C’est dans cet esprit que, 22 décembre à Berlin, Son Excellence Madame Edith Itoua, ambassadrice de la République du Congo en Allemagne, a réuni ses homologues du Cameroun, du Gabon et de la République démocratique du Congo. Au-delà du cadre convivial de fin d’année, cette rencontre revêt une portée politique et stratégique. Elle illustre la volonté des représentations diplomatiques de la sous-région de renforcer leur concertation, d’approfondir leur coordination diplomatique et de jeter les bases d’une intégration régionale plus opérationnelle, notamment dans leurs relations avec l’Allemagne et, plus largement, avec l’Union européenne. Les échanges ont porté sur les enjeux communs auxquels l’Afrique centrale est confrontée : sécurité régionale, stabilité politique, attractivité économique, transition énergétique, gestion des ressources stratégiques et coopération académique. Dans un environnement européen de plus en plus attentif aux questions de sécurité, d’approvisionnement et de partenariats fiables, les diplomates ont souligné l’importance pour la sous-région de se positionner comme un espace stratégique cohérent, porteur de solutions et de stabilité. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de diplomatie régionale proactive, visant à dépasser les approches strictement nationales pour promouvoir des positions concertées sur les dossiers d’intérêt commun. Elle traduit également la volonté de renforcer la visibilité politique de l’Afrique centrale en Europe, en mettant en avant ses complémentarités économiques, son potentiel humain et son rôle clé dans les équilibres géopolitiques africains. Les participants ont exprimé leur souhait de pérenniser ce cadre de concertation, en l’élargissant progressivement à d’autres pays et partenaires stratégiques. À terme, ce type de rencontres pourrait contribuer à structurer un véritable pôle diplomatique d’Afrique centrale en Europe, capable de soutenir les objectifs d’intégration régionale portés par la CEMAC et la CEEAC. À Berlin, l’Afrique centrale n’a pas seulement célébré la fin d’année : elle a esquissé les contours d’une diplomatie collective, plus lisible, plus influente et résolument tournée vers l’avenir.

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Ministre camerounais de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire

LCT Cameroun 4.0 : l’administration se digitalise à grande vitesse

Le Cameroun franchit un nouveau cap dans la modernisation de son État. Avec un financement de 4,6 milliards de F CFA accordĂ© par la RĂ©publique de CorĂ©e, trois centres de formation dĂ©diĂ©s Ă  la transformation numĂ©rique des fonctionnaires vont voir le jour. Objectif : doter l’administration de compĂ©tences digitales pointues et accĂ©lĂ©rer la livraison de services publics rapides, efficaces et transparents. Trois centres, trois missions DĂ©voilĂ©s le 16 dĂ©cembre 2025 Ă  YaoundĂ©, ces centres sont stratĂ©giques. L’ENAM formera administrateurs et magistrats Ă  la gouvernance numĂ©rique. SUP’PTIC concentrera ses enseignements sur les systèmes d’information et la cybersĂ©curitĂ©. L’ISMP renforcera le management public digitalisĂ©. Ensemble, ils crĂ©eront une filière complète de compĂ©tences numĂ©riques pour l’État, capable de transformer les pratiques traditionnelles et de moderniser la fonction publique. Un hub pour exposer l’innovation Le projet prĂ©voit Ă©galement la crĂ©ation d’un Centre d’exposition e-Government. VĂ©ritable vitrine technologique, ce hub prĂ©sentera plateformes, solutions et innovations dĂ©veloppĂ©es par l’administration. L’objectif : diffuser la culture digitale, stimuler l’innovation et rapprocher l’État des citoyens et des start-ups du secteur numĂ©rique. E-Gov’A 2026 : la vitrine africaine du digital public Le programme sera prĂ©sentĂ© officiellement au Salon E Gov’A, qui se tiendra du 14 au 16 mai 2026 Ă  YaoundĂ©. Le thème « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless » traduit l’ambition : montrer comment le numĂ©rique peut transformer l’administration, rĂ©duire les dĂ©lais et amĂ©liorer la qualitĂ© des services publics. DĂ©cideurs publics, experts, entreprises et institutions de dĂ©veloppement y seront rĂ©unis pour partager innovations et bonnes pratiques. Une coopĂ©ration stratĂ©gique alignĂ©e sur la SND30 Pour le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, ces centres sont au cĹ“ur de la vision SND30 : « une administration moderne, efficace et productive est indispensable Ă  l’émergence du Cameroun ». L’ambassadeur de CorĂ©e, Nam Ki-Wook, a soulignĂ© que ce projet constitue « un levier majeur pour moderniser les systèmes administratifs et renforcer la croissance durable ». Cap sur l’État du futur Avec ces centres et ce hub, le Cameroun ne se contente plus de suivre la vague de digitalisation. Il veut devenir un exemple en Afrique centrale, un État connectĂ© et performant, capable de rĂ©pondre aux besoins d’une population jeune, urbaine et exigeante. La transformation numĂ©rique n’est plus une option : elle devient l’outil central pour construire un État 4.0.

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Dans son allocution, le ministre des Transports a souligné l’importance stratégique du corridor Douala–N’Djamena, considéré comme l’un des rares corridors intermodaux pleinement opérationnels en Afrique centrale.

Corridor Douala–N’Djamena : le Cameroun pose les bases d’une relance logistique régionale

Gouvernance, investissements et sécurité au cœur d’un projet clé pour l’intégration régionale. Les acteurs du Projet régional pour l’amélioration de la performance du corridor Douala–N’Djamena (PCDN) se sont réunis le 18 décembre 2025 à Yaoundé à l’occasion de la première session du Comité de pilotage national (COPIL). Présidée par Jean-Ernest Ngallè Bibéhè, ministre des Transports, cette rencontre marque une étape clé dans la gouvernance d’un projet stratégique destiné à renforcer la fluidité, la sécurité et la compétitivité des échanges entre le Cameroun et le Tchad. Instance centrale du dispositif institutionnel du PCDN, le COPIL est chargé de superviser et d’orienter la mise en œuvre de la composante nationale du projet. Lors de cette session inaugurale, les membres ont examiné les rapports d’activités couvrant la période de juin 2024 à décembre 2025, validé les orientations stratégiques pour l’exercice 2026, et adopté les plans de travail et budgets annuels (PTBA), ainsi que les mécanismes de contrôle interne. Un axe vital mais contraint Dans son allocution, le ministre des Transports a souligné l’importance stratégique du corridor Douala–N’Djamena, considéré comme l’un des rares corridors intermodaux pleinement opérationnels en Afrique centrale. Il constitue aujourd’hui la principale voie d’accès du Tchad aux échanges maritimes internationaux et concentre environ 35 % du produit intérieur brut et de la population des deux pays. Toutefois, les performances du corridor restent limitées par l’état vieillissant des infrastructures routières et ferroviaires, ainsi que par la complexité des procédures administratives, qui allongent les délais de transit et réduisent la compétitivité logistique régionale. 11,12 milliards FCFA programmés en 2026 Pour répondre à ces défis, le PTBA 2026 prévoit un budget de 11,12 milliards FCFA, représentant environ 6,2 % de l’enveloppe globale du projet. Dans le secteur ferroviaire, ces ressources permettront notamment l’acquisition d’équipements pour la réhabilitation de 238 kilomètres de la ligne Douala–Yaoundé, ainsi que le financement de prestations de maîtrise d’œuvre et d’assistance technique. Le volet facilitation prévoit également la réhabilitation de la plateforme rail/route de Ngaoundéré, point de rupture de charge stratégique, l’acquisition d’équipements de sécurité routière, et la modernisation des administrations des douanes et des transports afin d’améliorer la performance de la chaîne logistique. Un programme régional de long terme Financé par la Banque mondiale à hauteur d’environ 181 milliards FCFA via l’IDA, le PCDN est déployé sur la période 2024–2032. Structuré autour de cinq composantes, il vise à améliorer durablement l’efficacité, la sécurité et la résilience du commerce transfrontalier. À terme, le projet ambitionne de réduire les coûts et délais de transit, d’augmenter les volumes de fret et de renforcer l’intégration économique régionale, consolidant le corridor Douala–N’Djamena comme un pilier structurant du commerce en Afrique centrale.

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Sécurité nationale, immigration et fractures diplomatiques au cœur de la nouvelle doctrine américaine.

États-Unis : Donald Trump durcit l’accès au territoire et vise plusieurs pays africains

Sécurité nationale, immigration et fractures diplomatiques au cœur de la nouvelle doctrine américaine. L’administration américaine a annoncé, le 17 décembre, une nouvelle extension des restrictions d’entrée sur le territoire des États-Unis, touchant directement plusieurs pays africains. Décidées par le président Donald Trump et justifiées par des impératifs de sécurité nationale, ces mesures entreront en vigueur le 1er janvier 2026, selon la Maison-Blanche. Dans cette nouvelle proclamation présidentielle, Washington impose une interdiction totale d’entrée aux ressortissants du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Soudan du Sud. La Syrie figure également sur cette liste. L’exécutif américain affirme que ces pays présentent des « risques élevés » liés à l’instabilité sécuritaire, à l’insuffisance des mécanismes de contrôle administratif ou à la présence de groupes armés susceptibles de menacer les intérêts américains. Parallèlement, des restrictions partielles de visas sont instaurées à l’encontre de plusieurs autres États africains, notamment l’Angola, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Mauritanie, le Nigeria et le Sénégal. Ces mesures concernent principalement les visas temporaires et s’accompagnent d’un durcissement significatif des procédures de vérification et de contrôle des antécédents. Le dispositif prévoit également un resserrement des sanctions contre certains pays déjà placés sous surveillance. Le Laos et la Sierra Leone passent ainsi d’un régime de restrictions partielles à une interdiction complète d’entrée. Des Palestiniens détenteurs de documents de voyage spécifiques sont également concernés, sans que les autorités américaines n’aient précisé les modalités exactes de leur application. Toutefois, la Maison-Blanche a tenu à souligner l’existence d’exemptions. Les résidents permanents légaux, les détenteurs de visas valides, ainsi que certaines catégories spécifiques, notamment les diplomates, les représentants officiels et les athlètes participant à des compétitions internationales, ne sont pas concernés. Des dérogations individuelles pourront également être accordées lorsque l’entrée sur le territoire américain est jugée conforme aux « intérêts nationaux des États-Unis ». Ces décisions s’inscrivent dans une offensive migratoire plus large engagée depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier. Le président américain a fait de la lutte contre l’immigration illégale et du contrôle strict des frontières l’un des piliers de son agenda politique. Selon l’exécutif, il s’agit d’empêcher l’entrée d’étrangers susceptibles de « menacer la sécurité », mais aussi de porter atteinte à « la culture, aux institutions et aux principes fondateurs » du pays. Sur le plan diplomatique, cette nouvelle vague de restrictions risque d’accentuer les tensions entre Washington et plusieurs capitales africaines. Elle relance également le débat sur la place de l’Afrique dans la politique étrangère américaine, entre coopération sécuritaire, perception du risque et repli stratégique assumé.

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Un nouvel emprunt chinois pour renforcer le contrôle urbain et sécuritaire du territoire.

Cameroun : Pékin au cœur de l’expansion de la vidéosurveillance nationale

Un nouvel emprunt chinois pour renforcer le contrôle urbain et sécuritaire du territoire. Le Cameroun poursuit le déploiement de son système national de vidéosurveillance urbaine avec l’appui de financements chinois. Par un décret signé le 17 décembre, le président Paul Biya a autorisé le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, à contracter un emprunt de 39,2 milliards de FCFA (environ 59,8 millions d’euros) auprès de China Citic Bank Corporation LTD. Ce financement vise à soutenir la deuxième phase de l’extension du dispositif de vidéosurveillance sur l’ensemble du territoire. Selon le texte présidentiel, l’enveloppe doit permettre un « financement complémentaire du projet d’extension au plan national du système intelligent de vidéosurveillance urbaine ». L’initiative s’inscrit dans un contexte marqué par la persistance de défis sécuritaires, tant dans les grandes agglomérations que le long des frontières. Un dispositif étendu aux zones sensibles Déployé depuis 2017, le programme a permis l’installation d’environ 1 500 caméras dans les chefs-lieux des dix régions du pays, notamment à Yaoundé et Douala, mais aussi dans des villes à forte valeur stratégique comme Kribi, qui abrite un port en eau profonde, Kyé-Ossi à la frontière équato-guinéenne ou Garoua-Boulaï, à la frontière avec la Centrafrique. Dans l’Extrême-Nord, région exposée aux incursions du groupe Boko Haram, le dispositif couvre également des localités sensibles telles que Waza, Fotokol, Kousseri et Amchidé. Les autorités mettent en avant un objectif de prévention, de dissuasion et de réponse rapide aux menaces sécuritaires, en combinant caméras, équipements de communication portatifs et centres de commandement. Deux centres de supervision, implantés à Yaoundé et Douala sous l’autorité de la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN), assurent la centralisation et l’exploitation des données. À ce réseau s’ajoutent près de 2 000 postes émetteurs-récepteurs portatifs destinés à améliorer la coordination des forces de sécurité sur le terrain. Une trajectoire financière désormais établie Ce nouvel emprunt porte à 150,8 milliards de FCFA (environ 230 millions d’euros) le montant total mobilisé en huit ans pour ce programme, à travers quatre financements successifs. Tous ont impliqué des partenaires financiers chinois ou des structures basées à Hong Kong. La première phase avait été lancée en 2017 grâce à un crédit de 45,9 milliards de FCFA accordé par Bank of China. En mars 2024, un second financement de 32,8 milliards de FCFA a été obtenu via Banco Santander à Hong Kong, après le retrait de China Construction Bank en 2021. Deux autres crédits du même montant ont ensuite été contractés en décembre 2024 et décembre 2025 auprès de China Citic Bank. Un enjeu sécuritaire et urbain Les autorités camerounaises justifient cette stratégie par la montée de l’insécurité urbaine et les pressions exercées sur plusieurs frontières. Selon Numbeo, le Cameroun figurait en 2022 parmi les pays africains à fort indice de criminalité, avec un score de 66,6 sur 100. En 2025, cet indice a légèrement reculé à 65,5 points, tandis que l’indice de sécurité progressait marginalement à 34,5 points. Au-delà de la sécurité, le recours accru à la vidéosurveillance soulève également des questions de gouvernance, de protection des données et de soutenabilité de la dette, dans un contexte où le pays reste fortement dépendant de financements extérieurs pour ses grands projets structurants.

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