Économie & Innovation

Le Grand Barrage de la Renaissance : L’Éthiopie entre souveraineté énergétique et turbulences géopolitiques

Symbole d’émancipation et d’intégration régionale, le GERD redéfinit les équilibres géoéconomiques du Nil au risque d’accentuer les tensions hydropolitiques. Après quatorze années de travaux, l’Éthiopie a officiellement inauguré le Grand Barrage de la Renaissance (GERD), devenant ainsi le pays hôte de l’infrastructure hydroélectrique la plus imposante du continent africain. Sur le plan géoéconomique, cet ouvrage marque un tournant historique : avec une capacité de production de 5 150 MW, il ambitionne de doubler l’offre nationale d’électricité et d’exporter vers ses voisins, générant jusqu’à un milliard de dollars par an. Ce projet colossal, autofinancé à hauteur de 4 milliards de dollars, est également un outil de légitimation politique dans un pays fracturé, mais temporairement uni autour de ce symbole de souveraineté et de modernité. Sur le plan géopolitique, le GERD bouleverse les rapports de force dans le bassin du Nil. L’Égypte, qui dépend à 97 % du fleuve pour ses ressources hydriques, y voit une menace directe à sa sécurité nationale. Le barrage, situé sur le Nil Bleu – source de 85 % du débit total du Nil – cristallise depuis plus d’une décennie un conflit latent entre Le Caire, Khartoum et Addis Abeba. Malgré l’échec des médiations internationales successives, un affrontement militaire reste peu probable, mais le projet exacerbe la compétition pour le contrôle de l’eau, ressource vitale et stratégique au XXIe siècle. Au-delà de l’Éthiopie, le GERD redessine les flux énergétiques de la Corne de l’Afrique, posant les bases d’une intégration régionale énergétique. Mais cette quête d’émancipation énergétique pourrait bien, si elle n’est pas accompagnée d’un accord diplomatique durable, aggraver l’instabilité dans une région déjà marquée par les conflits. Le GERD est ainsi autant un levier de développement qu’un révélateur des fragilités géopolitiques africaines.

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Présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire : cinq candidats validés, deux femmes en lice, une configuration inédite

Le Conseil constitutionnel ivoirien a publié, ce lundi 8 septembre 2025, la liste définitive des cinq candidats retenus pour la présidentielle du 25 octobre prochain. Parmi eux figurent deux femmes, une première dans l’histoire électorale récente du pays, traduisant une avancée timide mais significative vers une plus grande inclusion politique féminine. Les candidats en lice sont : La validation de Simone Gbagbo, ancienne Première dame et actrice politique clivante, et de Henriette Lagou, ancienne ministre et militante de la paix, marque un tournant. Elles sont les deux seules femmes retenues sur huit candidatures féminines déposées auprès de la Commission électorale indépendante (CEI), soit un taux de sélection de 25%. Une élection sous tension et enjeu de stabilité La campagne s’ouvrira le 10 octobre pour s’achever le 23 octobre à minuit, avec un premier tour prévu le 25 octobre. Le scrutin se déroule dans un climat politique relativement apaisé comparé aux précédentes échéances, mais reste scruté de près pour éviter tout risque de contestation post-électorale, à la lumière des tensions passées. Avec cette liste à cinq, la présidentielle ivoirienne s’annonce à la fois ouverte, pluraliste, et marquée par des enjeux générationnels, sociaux et institutionnels.

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Trafic de drogue : Le Cameroun face aux dérives de son pavillon de complaisance

Le 19 août 2025, les autorités camerounaises ont radié de leurs registres le navire Sky White, officiellement enregistré comme bateau de pêche sous pavillon camerounais. Cette décision fait suite à son arraisonnement au large des îles Canaries, avec plus de 3 tonnes de cocaïne à bord, conditionnées dans 80 ballots. L’opération a été menée par les marines espagnole, américaine et marocaine, et a abouti à l’arrestation de cinq membres d’équipage. Ce scandale remet sur le devant de la scène un problème bien connu : le laxisme du Cameroun dans la gestion de son pavillon maritime, souvent accusé de servir de couverture à des activités illicites – pêche illégale, trafic de drogue, et récemment, contournement de sanctions internationales. Un pavillon « à vendre » : entre business opaque et risque réputationnel Le Sky White n’est pas un cas isolé. Depuis février 2024, il figurait officiellement dans les registres camerounais comme navire de pêche, alors qu’il faisait déjà l’objet de soupçons internationaux de trafic, notamment en lien avec des réseaux opérant depuis le Maroc. Ce genre de dérive est facilité par un système où l’enregistrement des navires est peu contrôlé, voire monétisé sans vérifications rigoureuses. Selon l’Environmental Justice Foundation, plus de 200 licences ont été délivrées par le Cameroun à des navires étrangers de types divers, souvent sans réelle surveillance. En 2023, l’Union européenne avait d’ailleurs infligé un « carton rouge » au Cameroun pour son laxisme dans la lutte contre la pêche illégale, un signal d’alarme qui reste sans suite concrète sur le terrain. Un enjeu de souveraineté et de crédibilité La radiation du Sky White est un geste fort, mais tardif. Elle illustre l’urgence de réformer le régime d’octroi de pavillon, de renforcer les contrôles sur les navires immatriculés, et de coopérer plus étroitement avec les instances internationales. Car au-delà du trafic de stupéfiants, c’est la crédibilité du Cameroun sur la scène maritime mondiale qui est en jeu. Tant que des pavillons seront vendus à des acteurs douteux, le Cameroun s’exposera à des sanctions diplomatiques, à des restrictions portuaires, voire à une exclusion des circuits maritimes de confiance, avec des conséquences directes sur ses échanges extérieurs.

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France – Chute libre à Matignon : Bayrou éjecté, l’Afrique oubliée

François Bayrou n’aura tenu que 97 jours à Matignon, renversé par une motion de défiance historique.  Avec seulement 194 votes favorables contre 364 opposants, il devient le premier Premier ministre de la Ve République à échouer sur un vote de confiance qu’il n’était pas obligé de solliciter. Cette chute brutale met fin à une cohabitation de plus en plus conflictuelle avec Emmanuel Macron, marquée par des désaccords ouverts sur la politique budgétaire, la réforme fiscale, et la gouvernance africaine. L’Afrique : l’angle mort François Bayrou Sur le plan international, la politique africaine de François Bayrou a été quasi-invisible. Durant ses trois mois à Matignon, François Bayrou n’a laissé aucune empreinte significative sur la politique africaine de la France. Ni discours structurant, ni déplacement officiel, ni stratégie renouvelée : l’Afrique a été reléguée au second plan, dans un moment pourtant critique pour les relations franco-africaines. Face à la montée des régimes militaires hostiles à Paris au Sahel, à la progression de l’influence russe (notamment via les groupes paramilitaires comme Wagner), et au rejet croissant de la présence française dans plusieurs pays, François Bayrou a opté pour le silence, laissant le Quai d’Orsay et l’Élysée gérer seuls un dossier de plus en plus sensible. Cette posture en retrait a accentué la perception d’une France en perte totale de repères sur le continent africain, après les humiliations successives au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Là où ses prédécesseurs à Matignon, même affaiblis, tentaient de jouer un rôle d’équilibre entre le président et les ministères, François Bayrou s’est contenté d’un rôle de figurant sur les grands dossiers internationaux. Ce désengagement a aussi privé la majorité d’une occasion de refonder le narratif de la France en Afrique, à l’heure où de nombreuses voix réclament une coopération moins verticale, plus économique et culturelle que sécuritaire. En interne, certains diplomates évoquent même une « perte de cap politique« , doublée d’une absence de coordination entre Matignon et le ministère des Armées, alors que les bases françaises ferment les unes après les autres dans une indifférence assumée du gouvernement. En définitive, la politique africaine de François Bayrou aura été celle du vide, symptomatique d’un Premier ministre affaibli, accaparé par les tensions budgétaires nationales, et sans appui diplomatique réel. Ce vide stratégique, dans une période où l’influence française est mise en cause sur tous les fronts, restera l’un des échecs silencieux de son bref passage à Matignon.

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Malende, 24 Heures de Sang : Le conflit anglophone ressurgit en pleine campagne présidentielle

Alors que le pays se dirige vers une élection présidentielle majeure le 12 octobre, la résurgence des violences dans le Sud-Ouest remet la crise anglophone au cœur des priorités nationales et régionales. Une attaque à l’engin explosif improvisé suivie d’une embuscade a coûté la vie à neuf militaires camerounais les 5 et 6 septembre. Le drame, survenu dans la localité rurale de Malende, rappelle que le conflit dans les régions anglophones, entré dans sa neuvième année, reste un défi multidimensionnel pour l’État, malgré les efforts de stabilisation déployés depuis 2017. « Nos forces ont payé un lourd tribut pour la défense de l’intégrité nationale. Mais leur sacrifice ne sera pas vain », a déclaré Joseph Beti Assomo, ministre délégué à la Défense, lors d’un hommage officiel. Sécurité : entre progrès réels et vulnérabilités persistantes Depuis le lancement du plan de stabilisation du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), les autorités affirment avoir repris le contrôle de plusieurs zones sensibles. Toutefois, des groupes séparatistes armés continuent d’opérer dans des zones enclavées, recourant à des tactiques asymétriques. « L’utilisation d’explosifs artisanaux prouve l’évolution tactique de groupes isolés mais déterminés. Ce sont des menaces mobiles, difficiles à contenir par des moyens classiques », analyse le colonel (er) Douala Manga Bell, expert en stratégie militaire. Une guerre qui fragilise l’environnement des affaires Selon la Banque mondiale, le conflit a engendré une perte économique estimée à 1,2 milliard de dollars entre 2017 et 2024, en grande partie due à la désorganisation des chaînes de production agricoles (cacao, palmier à huile, banane) et au ralentissement du corridor logistique Douala–Mamfe–Ekok. « Les entreprises opérant dans la zone travaillent en mode résilient. L’État a sécurisé les zones économiques prioritaires, mais l’incertitude reste un frein à l’investissement direct étranger », note Dr. Brice Nsombo, économiste à l’Université de Yaoundé II. Une crise locale, aux résonances régionales Le Cameroun, pilier de stabilité au cœur du Golfe de Guinée, fait face à une instabilité territoriale qui, si elle n’est pas contenue, pourrait avoir des implications transfrontalières.« Le conflit reste contenu, mais il alimente des dynamiques régionales – trafic d’armes, flux de déplacés, fragilité des frontières », explique Marie Cissé, analyste à l’ISS Africa. « Le Nigeria suit de près la situation, notamment dans les États frontaliers de Cross River et Taraba ». 2025 : une présidentielle sous haute vigilance À un mois de l’élection présidentielle, les acteurs politiques adoptent des postures contrastées. Le gouvernement privilégie la continuité sécuritaire et institutionnelle, misant sur la « résilience de l’État ». L’opposition appelle à une relance du dialogue national. « La paix durable passe par une réponse à la fois politique, sociale et sécuritaire. Le dialogue reste ouvert pour ceux qui rejettent la violence », affirme une source proche de la primature. Certains leaders d’opinion anglophones plaident pour une réforme de la gouvernance territoriale, à travers un débat sur le fédéralisme ou le renforcement de la décentralisation. Dialogue et réconciliation : vers un nouveau format ? Malgré l’organisation du Grand Dialogue National en 2019 et la mise en place des Régions, la crise n’a pas totalement trouvé de solution politique. Des partenaires internationaux, notamment le Vatican et certaines ONG, continuent de proposer leur médiation.« Un compromis durable nécessitera une solution camerounaise, mais soutenue par des acteurs neutres. Il ne s’agit pas de céder à la division, mais d’apaiser une mémoire collective blessée », souligne un diplomate en poste à Yaoundé. Le drame de Malende réactive une réalité souvent reléguée au second plan dans le débat international : le Cameroun reste confronté à une crise hybride, à la fois militaire, politique, identitaire et économique. Pour les autorités camerounaises, l’enjeu est de parvenir à une désescalade durable, sans compromettre l’unité nationale. Pour les partenaires internationaux, le moment semble venu d’un engagement discret mais stratégique, avant que le statu quo ne dégénère en impasse prolongée. En chiffres (2025)

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Banques communautaires : le moteur méconnu de la finance au Cameroun

Dans un paysage financier où les grandes banques traditionnelles semblent hors de portée pour nombre de Camerounais, émergent des forces souvent invisibles : les banques communautaires. Parmi elles, le Community Credit Company (CCC Plc) s’impose comme un acteur central, associant inclusion, proximité et innovation. CCC Plc : croissance, réseau et service Créée en novembre 1998 en tant que coopérative, transformée en société anonyme, CCC Plc est aujourd’hui une institution de microfinance de deuxième catégorie, réglementée par la COBAC, et active au Cameroun depuis plus de 24 ans. Une institution orientée client… mais fragile CCC se distingue par sa proximité, sa disponibilité de services gratuits, et ses innovations numériques. Toutefois, la pression réglementaire et les coûts de conformité restent élevés pour un acteur de cette taille. « Nous sommes traités comme des banques commerciales, alors que nous opérons avec les moyens du bord et pour des publics à très faible revenu », regrette un dirigeant du secteur microfinance. Comparaison : CCC vs CCA‑Bank — deux modèles complémentaires Institution CCC Plc CCA‑Bank Création 1998 comme coopérative, microfinance 1997 coopérative, devenue banque universelle en 2018 Réseau 18 succursales ≈ 54 agences (2024) et 60+ ATM Clientèle > 120 000 comptes 533 400 clients servis (2022) Actifs – 862 M USD (2022) Leadership DG : Ngoh Walters Tebid DG : Marguerite Fonkwen Atanga Le Crédit Communautaire d’Afrique Bank (CCA‑Bank), bien que né des principes de la microfinance, est devenu un acteur établi du secteur bancaire. Il affiche des performances solides, notamment via : Perspectives : vers une synergie entre proximité et institution CCC incarne l’inclusion financière de proximité : accessible, proche, flexible. CCA‑Bank représente la solidité institutionnelle, la diversification de services, et un accès aux financements internationaux. Pour les experts, l’avenir est dans une hybridation réussie : renforcer la capacité locale (CCC) tout en facilitant leur intégration au système bancaire formel (CCA‑Bank). « L’inclusion financière ne peut pas reposer uniquement sur les banques classiques. Les banques communautaires sont une réponse locale, agile et efficace aux défis de l’accès au financement », rappelle une spécialiste du secteur. Au Cameroun et en Afrique centrale, les banques communautaires comme CCC Plc jouent un rôle vital pour des millions de clients invisibilisés par le système bancaire traditionnel. Pour tirer pleinement parti de leur potentiel, il conviendra de décongestionner les contraintes réglementaires, accompagner la digitalisation, et favoriser les partenariats intelligents entre acteurs communautaires et banques universelles. C’est ainsi que se construit une finance réellement inclusive, durable et résiliente.

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CEMAC – Les chefs d’État d’Afrique centrale attendus à Bangui : enjeux politiques et économiques au menu

Les six chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) sont attendus le 10 septembre 2025 à Bangui, pour la 16ᵉ session ordinaire de leur conférence, dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques régionales, des défis monétaires et un agenda économique sous pression. La rencontre réunira notamment Paul Biya (Cameroun), Denis Sassou Nguesso (Congo), Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon), Mahamat Idriss Déby Itno (Tchad), Theodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale) et Faustin Archange Touadéra (Centrafrique), pays hôte du sommet. Cette réunion s’annonce stratégique pour l’avenir de la zone, notamment en matière de réformes économiques, de mobilité régionale, de sécurité transfrontalière et de la gestion du franc CFA, encore sous tutelle du Trésor français. Un sommet précédé par la session ministérielle de l’UEAC Le 9 septembre, la 43ᵉ session ordinaire du Conseil des ministres de l’UEAC (Union économique de l’Afrique centrale, bras économique de la CEMAC) préparera les grands dossiers soumis à l’arbitrage des chefs d’État. Parmi eux : l’avancement de la libéralisation du marché intérieur, la mise en œuvre des projets intégrateurs (infrastructures, énergie, numérique), et la restructuration des économies post-COVID. Des attentes fortes, un contexte fragile Alors que plusieurs pays de la CEMAC font face à des transitions politiques sensibles, à des pressions sociales internes et à un affaiblissement des réserves de change, cette session à Bangui pourrait aussi raviver le débat sur la réforme du franc CFA, la mutualisation des moyens de défense et la coopération énergétique régionale. « La stabilité régionale dépendra désormais autant des décisions politiques que de la solidarité économique », estime un diplomate sous-régional basé à Yaoundé.

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Coupes budgétaires américaines : l’Afrique en première ligne face à la réduction des opérations de paix

Les opérations de maintien de la paix des Nations unies, particulièrement actives en Afrique, subissent de plein fouet les coupes budgétaires décidées par l’administration Trump. La semaine dernière, près de 4,9 milliards de dollars d’aide étrangère ont été annulés, dont 800 millions initialement destinés aux missions de paix. Une décision qui inquiète fortement l’ONU, alors que la moitié de ces opérations se déroulent sur le continent africain. Parmi les missions menacées, la Monusco, déployée dans l’est de la République démocratique du Congo, pourrait perdre 4 000 casques bleus, soit un tiers de ses effectifs. Le Soudan du Sud et la Centrafrique sont également concernés. Ces réductions pourraient avoir des conséquences dramatiques sur la protection des civils dans ces zones à haut risque. L’administration américaine justifie sa décision en dénonçant les échecs des missions, des affaires de corruption, ainsi que des abus commis par certains soldats de la paix, notamment en RDC et en Centrafrique. Washington accuse également l’ONU de mauvaise gestion financière, détournant selon elle les fonds destinés à la sécurité. Face à cette crise, l’ONU lance le plan d’austérité « ONU 80 » incluant le gel des embauches, des réductions de dépenses, et la suspension de certaines activités. De plus, la mission de l’Union africaine en Somalie (Aussom), en lutte contre les terroristes d’al-Shebab, reste sans financement solide après le retrait du soutien américain. Alors que les conflits se multiplient sur le continent, cette baisse du financement international pourrait fragiliser davantage des régions déjà instables.

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Remittances : la manne invisible qui redessine l’économie africaine

Les transferts de fonds des diasporas africaines dépassent désormais l’aide publique au développement et l’investissement direct étranger. Et pourtant, leur potentiel structurel reste largement inexploité. Enquête sur un levier économique sous-estimé. 168 milliards de dollars. C’est le montant que pourraient atteindre les transferts de fonds vers l’Afrique d’ici 2043, selon une étude prospective de l’Institut pour les Études de Sécurité (ISS). Si ce scénario se concrétise, il placerait les remittances comme l’un des principaux moteurs du développement économique du continent, loin devant l’aide internationale et parfois même les investissements directs étrangers. Et pourtant, cette manne financière reste encore mal canalisée, peu intégrée aux circuits formels, et surtout politiquement sous-exploitée. Une source de financement stable… mais négligée En 2024, les envois de fonds des diasporas africaines ont atteint un niveau record de 95 milliards de dollars. Ces flux, répartis entre consommation familiale, dépenses de santé, frais scolaires et microprojets économiques, représentent 5,1 % du PIB africain contre 3,6 % en 2010. Dans des pays comme le Kenya, la Gambie, ou encore le Nigeria, les remittances représentent un filet de sécurité sociale parallèle. En Somalie, au Libéria ou au Soudan du Sud, elles atteignent parfois plus de 10 % du PIB, devenant un pilier économique vital dans des contextes d’effondrement étatique ou de dépendance humanitaire. Mais contrairement à l’investissement direct étranger – concentré sur les infrastructures, les matières premières ou les zones urbaines – les transferts de fonds irriguent directement les ménages, en milieu rural comme urbain, et répondent à des besoins quotidiens immédiats. Pourquoi cette puissance financière reste informelle Malgré leur poids économique, près de la moitié des remittances circulent encore en dehors des circuits bancaires formels. En cause : les coûts élevés de transfert (jusqu’à 8 % en moyenne sur le continent), des réseaux financiers peu accessibles, notamment en zones rurales, et une méfiance historique vis-à-vis des institutions bancaires. Les systèmes informels, les hawalas, ou les transferts en espèces persistent, rendant ces flux difficiles à tracer, hors de portée des politiques fiscales, et peu mobilisables pour l’investissement structurant. Fintech, mobile money et ambitions panafricaines Un vent de changement souffle pourtant. Grâce à la montée en puissance des fintech africaines et des services de mobile money, les transferts transfrontaliers deviennent plus rapides, moins chers et plus accessibles. Des plateformes comme M-Pesa, Wave, Chipper Cash ou Eversend redéfinissent les circuits traditionnels. À l’échelle continentale, le système de paiement PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System), soutenu par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), vise à unifier les corridors de transfert, en réduisant la dépendance au dollar et aux systèmes de compensation occidentaux. Mais malgré ces innovations, peu de pays africains ont mis en place une véritable stratégie nationale sur les remittances, au-delà de simples statistiques. Le double défi : canaliser sans contrôler L’enjeu n’est pas seulement technique. Il est politique et géoéconomique. Certaines nations expérimentent des obligations « diaspora », ou des incitations fiscales à l’investissement communautaire, notamment dans l’immobilier ou les PME. D’autres étudient la création de fonds d’épargne transnationaux ou de polices d’assurance adossées aux envois réguliers. Mais la tentation du contrôle étatique, notamment par la fiscalité ou la régulation excessive, pourrait décourager les diasporas. À cela s’ajoute le risque d’exposition aux chocs économiques mondiaux : inflation, récession dans les pays d’accueil (Europe, États-Unis, Golfe), ou instabilité monétaire. La cybersécurité devient également un enjeu critique à mesure que les flux se numérisent. Intra-Afrique : une dynamique méconnue mais en plein essor Fait notable : près de 20 milliards de dollars de transferts intra-africains ont été enregistrés en 2023. Cette évolution traduit l’essor des migrations régionales Sud-Sud, et le rôle croissant des pays comme l’Afrique du Sud, le Gabon ou la Côte d’Ivoire comme nouvelles terres d’accueil de travailleurs ouest et centrafricains. C’est aussi une opportunité : penser la migration africaine non plus comme un problème, mais comme une ressource économique structurante. Transformer l’informel en pouvoir économique Les remittances ne doivent plus être vues comme un « revenu de secours », mais comme un levier stratégique de transformation économique. Pour cela, les États africains doivent : À l’heure où l’aide internationale s’essouffle et où les dettes explosent, les diasporas africaines pourraient bien représenter le capital politique et économique le plus fiable du continent. À condition de leur tendre la main.

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France‑Cameroun : Paris salue Biya, une relation stratégique plus que jamais calibrée

« Paul Biya m’est apparu comme un homme d’État qui tient véritablement les manches du pays », confie Thierry Marchand, au terme d’une audience empreinte de respect et d’enjeu, marquant son engagement à bâtir une relation « adaptée au XXIᵉ siècle ». Un au revoir symbolique, un partenariat recalibré Le 29 août 2025, au Palais de l’Unité, Paul Biya a reçu Thierry Marchand, ambassadeur de France en fin de mission. Cette audience, dense et feutrée, a permis d’esquisser les contours d’un partenariat bilatéral solide, multiforme et empreint de réciprocité. Politique, économique, culturel, sécuritaire : les domaines évoqués témoignent d’une volonté partagée d’asseoir les relations sur de nouveaux piliers. Thierry Marchand souligne qu’il a retrouvé un président conscient, informé et résolu, prêt à se lancer dans une nouvelle campagne présidentielle – une illustration de la posture de stabilité que Paris valorise chez son homologue camerounais. Géopolitique et diplomatie stratégique Cette transition diplomatique s’inscrit dans une reconfiguration du partenariat France–Cameroun, autrefois asymétrique, désormais pensé comme une tresse tissée de lucidité, d’amitié et de coopération adaptative. La visite d’adieu de l’ambassadeur intervient dans un contexte africain où les États ré-évaluent leurs alliances. Le Cameroun, avec sa stabilité relative, sa position stratégique en Afrique centrale, et ses atouts portuaires et sécuritaires, demeure un pilier pour les intérêts français dans la région. Coopération économique et mémoire partagée Marchand incarne aussi cette volonté française de co-construire des initiatives durables : qu’il s’agisse de visa simplifiés pour les alumni camerounais, d’investissements économiques – plus de 200 entreprises françaises opèrent localement-, ou encore du financement par an, à hauteur de 200 millions d’euros, dans le cadre des dispositifs du C2D (Contrat de Désendettement et Développement). Sur le plan mémoriel, la remise du rapport de la commission mixte (historique 1945–1971) constitue un jalon fort, phase décisive de « thérapie collective » selon les mots mêmes de l’ambassadeur. Ces travaux ont été remis à Emmanuel Macron en janvier 2025 dans un effort de transparence et de réconciliation historique. Sécurité, enjeux globaux et diplomatie multiforme L’entretien au Palais d’Étoudi a également permis de s’inscrire dans une actualité mondiale tourmentée : crises sécuritaires en Europe, au Moyen-Orient comme en Afrique ont été évoquées durant 90 minutes d’échanges bilatéraux approfondis. Une dimension qui souligne l’importance stratégique du Cameroun pour la diplomatie française, notamment dans un monde multipolaire et fracturé. Une relation Biya–France marquée par la continuité diplomatique Depuis François Mitterrand jusqu’à Emmanuel Macron, la relation entre la France et Paul Biya s’est articulée autour de la stabilité comme boussole. François Mitterrand le considérait comme un « homme de dialogue » ; Jacques Chirac comme un garant de la francophonie ; Sarkozy fut plus distant, tandis que Emmanuel Macron, depuis 2022, a tenté d’opérer un aggiornamento mémoriel et stratégique. Mais le fond reste inchangé : le soutien français ne vise pas une alternance, mais une transition contrôlée.

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