Économie & Innovation

L’Afrique face à sa pire crise alimentaire depuis des décennies

L’Afrique est confrontée à une crise alimentaire d’une ampleur sans précédent. Plus de 282 millions de personnes, soit plus d’un Africain sur cinq, sont aujourd’hui touchées par la faim, selon Gilbert Phiri, coordinateur principal de l’Initiative Faim Zéro pour l’Afrique à la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). Dans un entretien accordé lundi, l’expert a mis en garde contre une détérioration rapide de la sécurité alimentaire, accentuée par une combinaison de facteurs : chocs climatiques, conflits persistants et instabilité économique. «  L’Afrique est frappée de plein fouet. La sécheresse en Afrique australe, les conflits dans la Corne de l’Afrique et l’inflation généralisée aggravent une situation déjà critique », a-t-il déclaré. Une urgence continentale Les chiffres sont alarmants. En Afrique de l’Ouest et du Centre, 52 millions de personnes seront menacées de faim pendant la période de soudure de 2025, un record historique. En Afrique australe, des pays comme le Zimbabwe, la Zambie, le Malawi ou la Namibie enregistrent jusqu’à 40 % de leur population en insécurité alimentaire aiguë. La Corne de l’Afrique est également en alerte : plus de 69 millions de personnes y sont confrontées à une faim aiguë, selon les données du FSNWG (Groupe de travail sur la sécurité alimentaire et la nutrition). Le Rapport mondial sur les crises alimentaires 2025 confirme que plus de 85 millions de personnes sont affectées dans cette région, incluant le Soudan et le Soudan du Sud. La malnutrition infantile explose Autre indicateur inquiétant : la malnutrition infantile atteint des sommets. Dans plusieurs pays, un enfant sur trois est sous-alimenté. La Somalie affiche les taux les plus élevés, suivie du Tchad, de la Zambie, de l’Ouganda, du Kenya et de la Guinée-Bissau. « Cette situation n’est pas une fatalité. Mais il est urgent d’agir », insiste Gilbert Phiri. Vers des solutions durables Pour la FICR, sortir de cette crise ne pourra pas se faire uniquement par l’aide humanitaire d’urgence. Il faut des investissements structurants : renforcer les systèmes alimentaires locaux, améliorer la résilience climatique, soutenir les communautés rurales, et garantir une meilleure coordination internationale. « Sans une action mondiale rapide et coordonnée, des millions de vies sont en jeu », alerte le coordinateur régional. Alors que la faim progresse, le continent africain est à un tournant décisif. Entre réponses humanitaires et politiques agricoles ambitieuses, l’enjeu est de taille : garantir à long terme la souveraineté alimentaire de l’Afrique.

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International : le Pape Léon XIV interpelle l’Afrique et le monde après un nouveau naufrage

Depuis la place Saint-Pierre, le souverain pontife exprime sa « profonde tristesse » après la mort d’au moins 50 migrants au large de la Mauritanie, et lance un appel mondial à la paix et à la dignité humaine. Lors de l’Angélus dominical du 31 août 2025, le pape Léon XIV a élevé une voix ferme et émue contre « l’indifférence face à la souffrance des migrants ». Depuis le Vatican, il a exprimé sa « profonde tristesse » à la suite du naufrage d’une embarcation de migrants au large de la Mauritanie, qui aurait fait au moins 50 morts, selon les premières estimations, et des dizaines de disparus. « Cette tragédie meurtrière se répète chaque jour », a déclaré le Pape, les mains jointes, face aux milliers de fidèles rassemblés place Saint-Pierre. Une tragédie africaine, un cri pour l’humanité L’embarcation, partie des côtes sénégalaises selon les premiers témoignages, aurait chaviré à proximité de Nouadhibou. Ce drame rappelle l’extrême vulnérabilité de milliers de jeunes Africains qui, fuyant pauvreté, instabilité ou persécutions, embarquent sur des routes maritimes périlleuses dans l’espoir de rejoindre l’Europe via les Canaries ou la Méditerranée centrale. Léon XIV a souligné que l’Afrique est trop souvent « oubliée dans les drames humanitaires mondiaux », alors qu’elle paie un lourd tribut aux conséquences du dérèglement climatique, des conflits armés et de l’effondrement des opportunités économiques. « La pandémie des armes » Mais le message pontifical s’est voulu plus large. En s’exprimant en anglais, le Saint-Père a également dénoncé « la pandémie des armes, grandes et petites, qui infecte notre monde ». Il a appelé à une mobilisation morale collective pour désarmer les conflits, de la bande sahélienne à l’est de l’Europe. « Supplions Dieu d’arrêter cette spirale destructrice », a-t-il imploré. Une référence claire aux conflits armés qui continuent de ravager la planète, notamment la guerre en Ukraine, les violences au Darfour, les tensions dans le Sahel et même les fusillades dans des écoles aux États-Unis. Une voix morale dans un monde fracturé Ce message du Vatican s’inscrit dans une géopolitique de la dignité, où la papauté cherche à faire entendre une parole universelle face aux crises de notre époque – migrations, guerres, fractures Nord-Sud. La Mauritanie, le Sénégal, mais aussi l’Italie, l’Espagne et l’UE sont directement concernés par ces routes migratoires qui ne cessent de se renforcer malgré les politiques de dissuasion et de répression. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime qu’au moins 2 000 personnes sont mortes ou portées disparues en mer cette année, sur les routes de l’Atlantique. « Vivre l’Évangile de l’accueil », a-t-il conclu, dans une référence directe à l’éthique chrétienne mais aussi aux valeurs humanistes que le monde semble parfois oublier.

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Bière : Avec 930 millions de litres brassés, le Cameroun s’installe comme 5e puissance africaine

« Le Cameroun est devenu une référence brassicole en Afrique centrale. Son marché est plus structuré et plus dynamique que dans bien des pays plus peuplés », selon l’analyse du cabinet BarthHaas. Avec 9,3 millions d’hectolitres de bière brassés en 2024, soit 930 millions de litres, le Cameroun confirme sa place dans le top 5 africain des géants de l’industrie brassicole. Le pays enregistre une hausse de 2,1 % de sa production par rapport à 2023, consolidant son statut de leader incontesté dans la zone Cemac, où il produit plus que les cinq autres pays membres réunis (7,19 millions hl). Classement continental – 2024 (en millions d’hl) Un moteur industriel régional Ce bond reflète la solidité de l’écosystème brassicole camerounais, tiré par une forte demande domestique et un environnement concurrentiel en mutation. SABC, filiale du géant Castel, qui contrôle environ 80 % du marché, a renforcé ses capacités depuis le rachat stratégique de Guinness Cameroun en 2022, consolidant un quasi-monopole. Mais la montée en puissance d’acteurs indépendants modifie la donne : Une dynamique qui tranche avec la tendance mondiale Alors que la production mondiale de bière a reculé de 0,3 % en 2024, l’Afrique affiche une croissance moyenne de 6,7 %, portée notamment par la consommation urbaine croissante et la montée des classes moyennes. Le Cameroun s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Vers une consolidation stratégique ? Alors que le pays est souvent perçu à l’international pour ses ressources pétrolières et minières, l’industrie brassicole camerounaise s’impose discrètement comme un pilier industriel stratégique, capable de structurer une chaîne de valeur locale (agriculture, logistique, verre, distribution) et d’attirer des investissements étrangers. « Le Cameroun est un marché-pivot. Ce qui s’y passe est observé de près par tous les grands groupes africains et européens », souligne un expert de l’intelligence économique basé à Abidjan.

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Paris-Dakar : la visite de Faye marque la fin d’un cycle et le début d’un nouvel équilibre

« Nous voulons bâtir une relation assainie, fondée sur le respect mutuel, l’écoute et les intérêts partagés », a déclaré le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, à l’issue de son entretien avec Emmanuel Macron, le 27 août 2025 à l’Élysée. Un voyage hautement symbolique dans une relation ancienne La visite d’État du président Faye à Paris s’inscrit dans un contexte à la fois mémoriel et géostratégique. Depuis l’indépendance du Sénégal en 1960, la France a entretenu une relation spéciale, souvent qualifiée de « privilégiée », avec Dakar – autrefois capitale de l’Afrique-Occidentale française (AOF). Léopold Sédar Senghor, premier président sénégalais, avait misé sur une coopération franco-sénégalaise forte, notamment dans les domaines militaire, éducatif et monétaire. Cette relation, bien que restée stable pendant des décennies, a été régulièrement critiquée pour son asymétrie. La visite du président Faye, premier chef d’État issu d’une alternance radicale et anti-système, intervient alors que le continent africain reconfigure en profondeur ses partenariats extérieurs. Sécurité : la fin d’une présence militaire continue depuis 1960 Le retrait complet des troupes françaises du Sénégal en juillet 2025 met un terme à plus de six décennies de présence militaire permanente. Depuis 2011, seule une coopération résiduelle était maintenue via la base de Ouakam (rebaptisée Camp Dial Diop). Avec la restitution des derniers sites à l’armée sénégalaise, la coopération militaire se recentre sur la formation (cyberdéfense, lutte anti-terroriste), sans présence étrangère permanente. « C’est une souveraineté retrouvée, sans rupture brutale », analyse un diplomate africain à Paris. Dans un contexte de rejet croissant de la présence militaire étrangère en Afrique de l’Ouest, cette approche graduelle distingue le Sénégal de ses voisins sahéliens. Économie : vers un partenariat rééquilibré La France reste un partenaire majeur : plus de 450 entreprises françaises sont actives au Sénégal, représentant près de 12 % des importations du pays et 17 % des IDE (investissements directs étrangers). Le président Faye a rencontré le patronat français au MEDEF pour plaider un nouveau modèle de partenariat, tourné vers la jeunesse, la technologie et la souveraineté productive. L’ambition est claire : réorienter la coopération économique vers l’investissement productif, les infrastructures durables, les énergies renouvelables, l’économie numérique et la formation qualifiante. Mémoire : le dossier Thiaroye comme test de sincérité La visite a aussi remis sur la table la question du massacre de Thiaroye (1944), au cours duquel plusieurs dizaines de tirailleurs sénégalais furent abattus par l’armée française après avoir réclamé leur solde. Le président Faye a réitéré sa demande de reconnaissance officielle et de déclassification des archives. Ce geste serait, selon lui, « une étape nécessaire pour tourner la page de la relation postcoloniale ». Vers un nouveau pacte franco-sénégalais ? La visite de Bassirou Diomaye Faye pourrait bien marquer un tournant historique dans les relations entre Paris et Dakar. Moins idéologique que celle du Mali ou du Burkina Faso, plus structurée que celle du Niger, la diplomatie sénégalaise actuelle veut s’affirmer souveraine sans être hostile, coopérative sans être dépendante.

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Classement de Shanghai 2025 : l’Afrique décroche du Top 1000

Avec seulement 17 universités classées contre 20 l’an passé, le continent enregistre un recul inquiétant qui reflète ses fragilités chroniques en matière de recherche, de financement et de gouvernance universitaire. Le classement 2025 de Shanghai Ranking, l’un des plus influents au monde dans le domaine universitaire, confirme une tendance inquiétante : l’Afrique peine à s’imposer dans l’élite académique mondiale. Cette année, seulement 17 universités africaines apparaissent dans le Top 1000, contre 20 en 2024. Une contre-performance significative, dans un contexte mondial où la compétition pour l’excellence académique s’intensifie. Un classement dominé par l’Occident Comme chaque année, les premières places sont largement trustées par les universités anglo-saxonnes : Harvard, Stanford, MIT, Cambridge ou encore Berkeley dominent le haut du tableau. Sur les 20 premières institutions mondiales, 16 sont américaines, 2 britanniques, 1 française (Paris-Saclay) et 1 chinoise (Tsinghua). Le Shanghai Ranking repose sur des critères strictement axés sur la performance scientifique et académique : nombre de Prix Nobel, médailles Fields, chercheurs les plus cités, publications dans Nature et Science, ou encore impact des publications indexées. Ces indicateurs favorisent les établissements disposant d’un écosystème de recherche robuste et financé, ce qui creuse l’écart entre les grandes puissances universitaires et les pays en développement. Afrique : une performance concentrée et inégale Sur les 17 universités africaines présentes dans le classement : Deux pays concentrent donc plus de 80 % des universités africaines classées. Le reste du continent, y compris des poids lourds démographiques comme le Nigeria, le Kenya ou la RDC, est absent du classement, révélant une fracture dans l’investissement et les politiques de l’enseignement supérieur. Les mieux classées sont sud-africaines : Côté égyptien, Cairo University arrive en tête, dans la tranche 401-500, suivie d’Alexandria University et Ain Shams University. Les autres institutions africaines présentes : Un recul inquiétant Trois universités africaines sortent du classement cette année : Ce retrait souligne le manque de continuité et la fragilité des politiques de recherche sur le continent. Une dynamique à reconstruire Le recul africain s’explique par plusieurs facteurs structurels : À titre de comparaison, des pays comme la Chine, l’Inde ou la Corée du Sud, grâce à une stratégie nationale d’excellence académique, voient leur nombre d’universités classées progresser chaque année. Recommandations pour un sursaut africain Pour espérer remonter dans les classements mondiaux, les pays africains doivent : Le Shanghai Ranking 2025 agit ici comme un miroir sévère, révélant à la fois les retards du continent et le potentiel encore inexploité de son capital humain. Pour transformer la formation supérieure en levier de développement, l’Afrique devra investir massivement dans l’excellence scientifique – et rompre avec le cycle de sous-performance.

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Accusations russes : l’Ukraine au cœur d’un théâtre d’ombres au Sahel et en Afrique centrale ?

Moscou lance une nouvelle offensive diplomatique : la Russie affirme avoir identifié une présence structurée d’instructeurs ukrainiens de drones dans plusieurs zones sensibles du continent africain, notamment au Sahel et en Afrique centrale. Ces allégations, relayées par l’agence TASS, imputent à Kiev un rôle actif dans des opérations paramilitaires clandestines, en soutien à des groupes armés qualifiés de terroristes. Ce que dit Moscou Selon Alexander Ivanov, directeur du Syndicat des officiers pour la sécurité internationale, une organisation proche du Kremlin : « Des instructeurs ukrainiens opèrent au Mali, au Soudan, en République démocratique du Congo, en République centrafricaine et au Tchad. Ils fournissent des drones – notamment des Mavic 3 modifiés – aux groupes armés et coordonnent des attaques contre les forces gouvernementales ». Alexander Ivanov affirme également que des livraisons clandestines ont été identifiées vers le Burkina Faso, la Somalie et la Libye, et accuse Kiev d’avoir équipé le groupe islamiste ADF (Forces démocratiques alliées) pour alimenter l’instabilité entre la RDC et le Rwanda. « Une attaque serait planifiée contre la RDC depuis un territoire sous contrôle ougandais afin d’en accuser Kampala », a-t-il ajouté. Décryptage géopolitique et sécuritaire Ces accusations, non vérifiées à ce stade par des sources indépendantes, s’inscrivent dans un contexte de recomposition stratégique en Afrique : Intérêts économiques et enjeux stratégiques Chiffres clés & points chauds Pays cité Allégation russe Acteurs impliqués Enjeu géostratégique Mali Formation de groupes terroristes par Kiev Ukrainiens, groupes armés locaux Zone d’influence post-française RDC Soutien à l’ADF Ukraine, ADF Frontière RDC-Rwanda, minerais RCA Appui à milices hostiles au pouvoir Kiev vs alliés russes (FACA/Wagner) Terrain stratégique russe Soudan Drones à factions rebelles Conflit civil complexe Accès à la mer Rouge Tchad Formation clandestine Instabilité régionale Position clé dans le Sahel Intelligence stratégique et guerre de l’information Les propos d’Ivanov s’inscrivent dans une offensive narrative russe, visant à : Silence de Kiev, prudence des analystes Au moment de la publication, aucune réaction officielle ukrainienne n’a été enregistrée. Des observateurs estiment cependant que ces accusations pourraient aussi servir à préparer une campagne diplomatique russe au prochain sommet Russie-Afrique. Un échiquier qui s’élargit L’Afrique devient un nouvel espace de confrontation indirecte entre puissances belligérantes d’Europe de l’Est. L’intrusion supposée de l’Ukraine dans les affaires sécuritaires du Sahel pourrait, si elle était confirmée, modifier durablement les équilibres politiques et militaires en Afrique subsaharienne. Pour l’instant, la prudence reste de mise : la guerre de l’information bat son plein, les faits restent à établir, mais les signaux d’un nouvel arc de tension géostratégique sont bien là.

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Sénégal : Bassirou Diomaye Faye invité du Medef à Paris

Le président sénégalais prendra la parole devant le patronat français les 27 et 28 août. Le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, est attendu à Paris les 27 et 28 août pour intervenir lors de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF), organisée par le Mouvement des entreprises de France (Medef), qui fédère les principales organisations patronales françaises. La participation de Bassirou Diomaye Faye intervient à la suite de son déplacement au Japon, où il a assisté à la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad). Selon Africa Intelligence, le président sénégalais précédera à Paris le chef du gouvernement, Ousmane Sonko, attendu le 23 septembre pour le forum d’affaires BIG, organisé par Bpifrance à l’Accor Arena. En marge de ce rendez-vous, un entretien bilatéral est prévu entre Ousmane Sonko et François Bayrou. Quelques jours plus tard, le 26 septembre, Business France consacrera un forum d’affaires exclusivement au Sénégal, qui se tiendra au palais du Luxembourg, siège du Sénat français. Ces invitations successives témoignent de l’importance accordée par les acteurs économiques français aux nouvelles orientations politiques et économiques du Sénégal. Elles s’inscrivent dans une séquence où Dakar cherche à diversifier ses partenariats tout en consolidant son attractivité auprès des investisseurs internationaux. Contexte bilatéral : des relations mouvementées En parallèle de ces rapprochements, le Sénégal a vécu ces derniers mois des tensions marquées avec la France, notamment autour de figures politiques comme Ousmane Sonko et du retrait militaire français du territoire. Le Premier ministre Ousmane Sonko n’a jamais caché son hostilité à l’égard de la présence française au Sénégal. Il l’a qualifiée d’« incompatible avec la souveraineté » du pays, tout en soutenant que cela ne remettait pas en cause les accords de défense existants. En décembre 2024, il a annoncé la fermeture de toutes les bases militaires étrangères, visant implicitement celles de la France. Quelques mois plus tard, il a affirmé que cette décision était pleinement décidée par le Sénégal, sans suggestion française. La France a mis fin à sa présence militaire permanente au Sénégal le 17 juillet 2025, marquant la restitution officielle de ses dernières installations, après plus de six décennies d’une présence militaire continue. Cela fait suite à une demande formelle du président Faye dès novembre 2024, estimant que « la souveraineté ne s’accommode pas de la présence de bases étrangères ». Le dossier du massacre de Thiaroye, survenu en décembre 1944, continue de peser sur les relations bilatérales. Ousmane Sonko a réclamé l’ouverture complète des archives françaises sur cet épisode meurtrier – où des tirailleurs sénégalais furent réprimés pour avoir réclamé leurs droits de démobilisation – estimant que la France ne peut fixer unilatéralement le nombre des victimes.

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RDC : Joseph Kabila accusé de trahison, Kinshasa frappe fort

Dans une séquence judiciaire inédite à l’échelle du continent, la République démocratique du Congo (RDC) a franchi un seuil historique. La RDC a requis la peine de mort à l’encontre de l’ancien président Joseph Kabila, 53 ans, jugé par contumace pour « crimes de guerre », « trahison » et « organisation d’un mouvement insurrectionnel ». Un événement aux répercussions potentiellement majeures sur la stabilité politique, la sécurité régionale et les équilibres diplomatiques en Afrique centrale. Une accusation d’État : M23, AFC et coup d’État présumé Devant la Haute Cour militaire de Kinshasa, le général Lucien René Likulia, représentant du ministère public, a dressé un acte d’accusation d’une rare sévérité : « Joseph Kabila, en intelligence avec le Rwanda, a cherché à renverser par les armes le régime constitutionnel », a-t-il déclaré, affirmant que l’ex-président est l’un des initiateurs de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), branche politique du groupe armé M23. Ce mouvement, soutenu par Kigali selon de multiples rapports de l’ONU et de la CIRGL, contrôle aujourd’hui Goma, Bukavu et d’importantes portions du Nord-Kivu et Sud-Kivu – zones stratégiques aux sous-sols riches en coltan, or et terres rares. Pour Kinshasa, la complicité de Kabila aurait permis « l’infiltration militaire et institutionnelle » de la RDC. La résurgence de la peine de mort, levier juridique et politique Le moratoire sur l’exécution capitale, en vigueur depuis 2003, a été levé en 2024 dans un contexte d’exacerbation sécuritaire. S’il n’a pas encore été appliqué, la menace juridique agit comme un instrument de dissuasion politique, notamment à l’encontre d’élites soupçonnées de collusion avec des groupes rebelles. Le parquet requiert également 20 ans de prison pour « apologie de crimes de guerre », 15 ans pour « complot », en plus de lourdes compensations financières exigées par les provinces parties civiles. Réactions en chaîne : risques de polarisation et de fragmentation Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), formation politique de Joseph Kabila, dénonce une manœuvre : « C’est un procès politique, le régime cherche à dissimuler son échec diplomatique et militaire », a réagi Ferdinand Kambere, son secrétaire général adjoint. Pour l’opposition, cette procédure viserait à neutraliser un acteur politique toujours influent, alors que les élections de 2026 s’approchent. En toile de fond, ce procès intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Kinshasa et Kigali, mais aussi de rivalités entre les blocs régionaux : la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), où le Rwanda joue un rôle-clé, et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), dont la RDC est membre. Décryptage géopolitique : entre guerre hybride et compétition économique Au-delà du volet judiciaire, ce procès traduit une mutation des modes de confrontation en RDC : guerre hybride mêlant armes, narratif politique, cyber-influence et exploitation des ressources. Selon plusieurs analystes, l’ombre portée du M23 s’inscrit dans une logique de captation des ressources stratégiques : 70 % du coltan mondial est exploité en RDC, dont une grande partie transite via le Rwanda. Pour l’expert en intelligence économique Jean-Louis Atangana, « cette affaire révèle l’usage d’acteurs politiques comme leviers d’instabilité géoéconomique dans la région des Grands Lacs ». Un tournant pour l’Afrique des Grands Lacs ? L’issue de ce procès pourrait redéfinir les équilibres internes à la RDC comme les rapports de force régionaux. Si la peine capitale était confirmée, elle constituerait une première dans l’histoire moderne africaine contre un ancien chef d’État, avec des répercussions imprévisibles en matière de stabilité démocratique, sécurité frontalière et investissements internationaux. En jeu : l’intégrité territoriale de la RDC, la survie du régime Tshisekedi, et l’avenir de la gouvernance sécuritaire en Afrique centrale. « La justice ne doit pas devenir l’arme de la revanche politique. Mais ignorer les crimes compromettrait à jamais la paix », tranche une source diplomatique occidentale à Kinshasa.

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Cameroun : le rejet de la requête déclarant Paul Biya inéligible

Alors que la présidentielle du 12 octobre approche, le Conseil constitutionnel camerounais a rejeté la requête déposée par Me Akere Muna, candidat déclaré, visant à faire constater l’inéligibilité du président sortant Paul Biya. Ce dernier, âgé de 92 ans et au pouvoir depuis 1982, brigue un huitième mandat. Si la décision n’est pas surprenante au regard du cadre juridique actuel, elle soulève des interrogations sur l’état du droit électoral, le fonctionnement institutionnel et la perception de l’équité démocratique au Cameroun. Une requête politiquement audacieuse mais juridiquement fragile Dans son recours, Akere Muna invoquait l’inaptitude présumée de Paul Biya à gouverner, soulignant son âge avancé et sa faible visibilité publique. Il faisait notamment appel à l’article 118 du code électoral, qui prévoit qu’un candidat peut être déclaré inéligible s’il se trouve sous l’influence ou la dépendance d’un tiers ou d’une puissance étrangère. Mais le Conseil constitutionnel a estimé que les éléments apportés ne constituaient pas une preuve suffisante d’une telle dépendance. Aucun certificat médical, ni élément factuel concret ne permettait d’établir un empêchement juridique à la candidature du président sortant. Juridiquement, la Constitution camerounaise ne prévoit ni limite d’âge ni évaluation médicale obligatoire pour les candidats à la présidence. Le cadre légal laisse donc peu de marge pour une exclusion sur la base de l’âge ou de la capacité physique, à moins d’une procédure médicale officielle – qui reste absente du droit en vigueur. Une décision conforme à la loi, mais pas sans débats Le rejet de la requête est cohérent avec les textes en vigueur, mais il illustre aussi les limites du système électoral camerounais, où le droit reste peu adapté aux préoccupations modernes sur la gouvernance, la transparence et la responsabilité. Selon plusieurs observateurs, le recours d’Akere Muna visait surtout à ouvrir un débat public sur la légitimité démocratique du pouvoir en place. Dans ce sens, même rejetée, sa démarche a permis de ramener sur le devant de la scène des questions essentielles : l’alternance, la vitalité institutionnelle, l’état de santé des dirigeants, ou encore l’aptitude des juges constitutionnels à exercer leur mission de manière indépendante. Pour certains juristes, la décision du Conseil reflète la prédominance du formalisme juridique sur les considérations d’intérêt public, tandis que d’autres soulignent le risque de dérive si l’on permettait des exclusions de candidature sur des critères subjectifs ou politiques. Entre statu quo institutionnel et expression d’un malaise politique Cette affaire révèle surtout un clivage profond entre la légalité et la légitimité, entre un système qui fonctionne selon les règles établies, et une opinion publique qui aspire à plus de transparence, de renouvellement et de contrôle démocratique. L’âge de Paul Biya, son style de gouvernance très discret, et l’absence apparente de préparation à la succession renforceraient l’idée d’un pouvoir verrouillé, peu perméable à la critique, selon certains. D’un autre côté, ses partisans insistent sur la stabilité politique qu’il incarne, sur son droit à se présenter comme tout citoyen, et sur le rôle du peuple souverain dans le choix de ses dirigeants – à travers les urnes, non les tribunaux. Un moment révélateur à quelques semaines d’un scrutin crucial Le rejet de la requête d’Akere Muna ne constitue pas un événement juridique exceptionnel, mais il marque un moment politique significatif dans une élection aux enjeux élevés. Il interroge la place des institutions dans la régulation du pouvoir, la capacité de l’opposition à se faire entendre, et l’état général du débat démocratique dans un pays où l’alternance n’a jamais été vécue au sommet de l’État. La présidentielle de 2025 s’annonce comme un test pour la crédibilité du processus électoral, autant que pour la résilience d’un système en proie aux critiques mais toujours solidement ancré. La controverse reste la seule façon pour l’opposition de rester visible  – même si cela ne modifie pas l’issue judiciaire.

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Boko Haram/Cameroun : une coopération régionale permet la libération de dix enfants

Une opération conjointe menée par les forces du Cameroun, du Nigeria et du Tchad a permis la libération de dix enfants enlevés par des éléments présumés de Boko Haram dans l’Extrême-Nord camerounais. Un adolescent n’a pas survécu à la captivité. Une semaine après leur enlèvement, dix enfants camerounais ont été libérés ce jeudi dans la région de l’Extrême-Nord, à la suite d’une opération conjointe menée par les forces armées et de sécurité du Cameroun, du Nigeria et du Tchad, appuyées par la Force multinationale mixte (FMM). Selon le gouverneur de la région, les enfants avaient été kidnappés le 13 août alors qu’ils se trouvaient à bord d’un bus assurant la liaison entre Kousseri et Maroua, sur la route nationale N°1. L’attaque a été attribuée à des membres présumés de Boko Haram, un groupe islamiste actif depuis plus d’une décennie autour du bassin du lac Tchad. Les enfants ont été retrouvés vivants à environ vingt kilomètres de la frontière nigériane, mais un adolescent enlevé au même moment a malheureusement été tué par les ravisseurs, ont précisé les autorités locales. Une coordination régionale en progrès Cette libération marque un succès important pour la coopération régionale contre Boko Haram. La Force multinationale mixte, qui regroupe les armées du Cameroun, du Nigeria, du Tchad et du Niger, a renforcé ses opérations transfrontalières dans les zones reculées du lac Tchad, où le groupe djihadiste reste actif malgré des revers militaires répétés. L’efficacité de cette dernière opération met en lumière la montée en puissance des mécanismes de coordination entre les forces armées des trois pays directement concernés, dans une région où les frontières poreuses facilitent les mouvements des groupes armés. L’Extrême-Nord toujours sous pression Depuis 2014, la région de l’Extrême-Nord du Cameroun reste l’un des points chauds du conflit contre Boko Haram, avec des centaines d’attaques, de kidnappings et de déplacements forcés. Bien que l’activité du groupe ait diminué par rapport à son pic, il conserve une capacité de nuisance importante, notamment via des cellules locales opérant de manière mobile. Les enlèvements d’enfants et de civils restent une stratégie de terreur utilisée pour obtenir rançons, recruter de force ou déstabiliser les communautés locales. Une dynamique à maintenir La récente opération de libération montre que la réponse militaire régionale peut porter ses fruits lorsqu’elle est rapide, coordonnée et appuyée par des échanges d’information efficaces. Mais les analystes sécuritaires soulignent que la seule dimension militaire ne suffira pas à éradiquer durablement l’insurrection islamiste. La stabilisation de la région exige aussi des programmes de développement, de réinsertion des ex-combattants et de renforcement de l’État dans les zones rurales marginalisées où Boko Haram recrute. La libération des enfants est un motif de soulagement, mais elle rappelle aussi la fragilité persistante des zones frontalières du bassin du lac Tchad. La consolidation des acquis sécuritaires passera par une approche régionale intégrée, mêlant sécurité, développement et résilience communautaire. Lutte contre Boko Haram : Chronologie synthétique opérations régionales 🔹 2015 – Création de la Force multinationale mixte (FMM) 🔹 2015 – Opération « Lafiya Dole » (Nigeria) 🔹 2016 – Offensive conjointe Nigéria–Cameroun–Tchad 🔹 2017 – Début des opérations transfrontalières coordonnées 🔹 2020 – « Colère de Bohoma » (Tchad) 🔹 2021 – Mort d’Abubakar Shekau 🔹 2022 – Reprise des opérations dans les zones insulaires du lac Tchad 🔹 2023 – Offensive autour de Kukawa (Nigeria) 🔹 Août 2024 – Opération transfrontalière « Shara » 🔹Août 2025 – Libération de dix enfants au Cameroun

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