Espace Pro

Afrique centrale : nouveaux enjeux et défis d’une région en recomposition

Le Cameroun au carrefour gĂ©ostratĂ©gique. La rĂ©gion de l’Afrique centrale – longtemps considĂ©rĂ©e comme une zone tampon entre des dynamiques sahĂ©liennes, congolaise et golfo-Ă©quatoriale – entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de recomposition gĂ©opolitique et gĂ©oĂ©conomique. Le Cameroun, en tant qu’État pivot de cette zone, en sort particulièrement transformĂ©, tant par son contexte politique que par ses dĂ©fis sĂ©curitaires, Ă©conomiques et d’intelligence stratĂ©gique. Le Cameroun post-Ă©lection : continuitĂ© sous tension Le 12 octobre 2025, le prĂ©sident Paul Biya, a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© vainqueur avec environ 53,66 % des voix. L’opposition conteste les rĂ©sultats, Ă©voquant des fraudes massives et une forte rĂ©pression des manifestations. Cette réélection, soulève trois grands dĂ©fis : Enjeux stratĂ©giques Ă  l’horizon 1. Ressources, infrastructure et corridor gĂ©oĂ©conomique Le Cameroun joue un rĂ´le central dans la chaĂ®ne d’approvisionnement des grands projets d’investissement dans la rĂ©gion – agriculture, Ă©nergie, miniers. Le pays pourrait devenir un « corridor » pour les investissements en Afrique centrale, mais cela dĂ©pend de sa capacitĂ© Ă  stabiliser le climat des affaires ainsi que la sĂ©curitĂ©.Les partenaires internationaux (Golfe, Chine, UE) observent cette zone comme un terrain d’influence et d’opportunitĂ©s : celui qui avait un accès sĂ©curisĂ© aux infrastructures (ports, routes, mines) emporte un avantage durable. 2. Intelligence Ă©conomique et souverainetĂ© stratĂ©gique La compĂ©tition globale s’accroĂ®t pour contrĂ´ler les donnĂ©es, les flux logistiques et les technologies. Au Cameroun, comme dans toute l’Afrique centrale, le dĂ©fi pour l’État est de ne plus ĂŞtre simple terrain d’accueil mais acteur stratĂ©gique : dĂ©velopper des capacitĂ©s de veille, de cybersĂ©curitĂ©, de transformation locale des ressources et de nĂ©gociation de partenariats Ă©quilibrĂ©s. Le renouvellement politique, ou son absence, peut fortement influencer la capacitĂ© du pays Ă  articuler une doctrine de souverainetĂ© Ă©conomique face aux grandes puissances. 3. SĂ©curitĂ© intĂ©grĂ©e et rĂ©silience rĂ©gionale La stabilitĂ© du Cameroun est une condition clĂ© de la stabilitĂ© de l’Afrique centrale. Une escalade du conflit anglophone ou une extension du terrorisme dans la zone littorale ou forestière impacterait les projets d’investissement, creuserait les flux d’apatridie et fragiliserait les États voisins. La rĂ©ponse exige une stratĂ©gie intĂ©grĂ©e mĂŞlant dĂ©veloppement, infrastructures rĂ©silientes, gouvernance locale et coopĂ©ration transfrontalière. Perspectives pour les 3 Ă  5 ans Le Cameroun post-Ă©lectoral incarne les paradoxes de l’Afrique centrale : des potentialitĂ©s immenses, mais des fragilitĂ©s persistantes. L’enjeu gĂ©ostratĂ©gique est clair : qui verrouillera la place de cette rĂ©gion dans l’économie mondiale de demain ? Le Cameroun peut choisir d’être spectateur ou acteur. Ses choix de gouvernance, de sĂ©curitĂ© et d’intelligence Ă©conomique dans les deux prochaines annĂ©es seront dĂ©terminants pour sa trajectoire – et pour celle de toute la rĂ©gion.

Afrique centrale : nouveaux enjeux et défis d’une région en recomposition Read More »

FII 2025 : L’Afrique, nouveau centre de gravité du pouvoir économique mondial

La neuvième Ă©dition de la Future Investment Initiative (FII), clĂ´turĂ©e Ă  Riyad, marque un tournant gĂ©opolitique majeur : l’Afrique s’affirme comme un pilier du nouvel ordre Ă©conomique et stratĂ©gique mondial. Loin d’être un simple rĂ©servoir de matières premières, le continent devient dĂ©sormais un acteur de puissance, au croisement de la finance, de la technologie et de la sĂ©curitĂ© globale. Le capital mondial se redĂ©ploie vers l’Afrique Sous le thème « La clĂ© de la prospĂ©ritĂ© », la FII a rĂ©uni plus de 8 000 dĂ©cideurs politiques et Ă©conomiques venus des grandes puissances et des blocs Ă©mergents. Derrière le discours sur la croissance inclusive, se joue une recomposition des rapports de force mondiaux. La rivalitĂ© sino-occidentale, la montĂ©e en puissance du Golfe comme hub financier et Ă©nergĂ©tique, et la quĂŞte de souverainetĂ© technologique placent dĂ©sormais l’Afrique au cĹ“ur des stratĂ©gies d’influence globale. Les minĂ©raux critiques – cobalt, lithium, cuivre, graphite, terres rares – sont devenus un enjeu central. « L’Afrique doit dĂ©sormais ĂŞtre copropriĂ©taire de ses ressources et non simple spectatrice », a insistĂ© Richard Attias, PrĂ©sident-Directeur gĂ©nĂ©ral de la FII. « Il s’agit d’établir de vĂ©ritables partenariats gĂ©o-Ă©conomiques fondĂ©s sur la valeur ajoutĂ©e locale, la recherche et la transformation ». L’intelligence Ă©conomique au service de la souverainetĂ© africaine Derrière les discours d’investissement, les acteurs de l’intelligence Ă©conomique voient Ă©merger une bataille silencieuse pour le contrĂ´le de la donnĂ©e, des infrastructures et des flux d’information. Les data centers, les rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communications et les plateformes numĂ©riques africaines deviennent des actifs stratĂ©giques aussi sensibles que les gisements miniers. Dans un contexte d’IA gĂ©nĂ©ralisĂ©e, la maĂ®trise de ces infrastructures relève autant de la sĂ©curitĂ© nationale que de la compĂ©titivitĂ© Ă©conomique. Cette nouvelle gĂ©oĂ©conomie du numĂ©rique impose aux États africains de dĂ©velopper leurs propres Ă©cosystèmes de veille stratĂ©gique, de cybersĂ©curitĂ© et d’intelligence Ă©conomique, afin de ne pas subir la guerre de l’information et des standards technologiques. Un champ de manĹ“uvre gĂ©ostratĂ©gique mondial Pour les puissances Ă©tablies comme pour les Ă©mergents, l’Afrique est devenue un terrain d’influence Ă  haute intensitĂ© stratĂ©gique. Les États du Golfe cherchent Ă  sĂ©curiser des partenariats Ă©nergĂ©tiques et alimentaires Ă  long terme. La Chine renforce son contrĂ´le sur les chaĂ®nes logistiques via des corridors maritimes et ferroviaires. L’Europe tente de rééquilibrer sa relation en soutenant des projets « verts » et numĂ©riques. Les États-Unis, de leur cĂ´tĂ©, rĂ©investissent la sphère sĂ©curitaire et technologique du continent dans une logique de containment Ă©conomique. Vers une doctrine africaine de puissance Ă©conomique L’enjeu pour l’Afrique est dĂ©sormais de transformer son potentiel en puissance. Le continent dĂ©tient plus de 60 % des terres arables inexploitĂ©es, un rĂ©servoir dĂ©mographique sans Ă©quivalent et un espace de souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique encore sous-exploitĂ©. Mais pour convertir ces atouts en levier de puissance, il lui faut une stratĂ©gie d’intelligence Ă©conomique continentale, capable de protĂ©ger ses intĂ©rĂŞts, ses donnĂ©es et ses savoir-faire. Le moment africain La FII 2025 rĂ©vèle une mutation de fond : le centre de gravitĂ© de la mondialisation se dĂ©place. La gĂ©oĂ©conomie du XXIᵉ siècle ne se joue plus uniquement Ă  Washington, Bruxelles ou PĂ©kin, mais dĂ©sormais Ă  Abuja, Nairobi, Kigali et Casablanca. L’Afrique n’est plus la marge des puissances ; elle devient le champ d’équilibre du monde multipolaire.

FII 2025 : L’Afrique, nouveau centre de gravité du pouvoir économique mondial Read More »

Cameroun post-électoral :  anatomie d’un risque pays

Crise de confiance, crise de croissance, le Cameroun face Ă  son avenir Ă©conomique. Alors que Paul Biya vient d’être proclamĂ© vainqueur de l’élection prĂ©sidentielle du 12 octobre 2025, les revendications post-Ă©lectorales s’enlisent et ravivent les doutes sur la trajectoire politique et Ă©conomique du Cameroun. Entre incertitudes politiques, pressions sociales et tensions rĂ©gionales, le pays s’avance sur une ligne de crĂŞte oĂą la stabilitĂ© devient la principale variable d’ajustement. 1. Au plan national : la croissance en sursis, la gouvernance sous examen Avec une croissance de 3,5 % en 2024 – en lĂ©ger mieux par rapport Ă  2023 (3,2 %) – le Cameroun affiche une rĂ©sistance relative face Ă  la conjoncture mondiale. Mais cette apparente stabilitĂ© masque des dĂ©sĂ©quilibres profonds : une dette publique estimĂ©e Ă  46,8 % du PIB, un dĂ©ficit courant de 3,4 % et une inflation maintenue Ă  4,5 %. Derrière ces chiffres, la politique reste le talon d’Achille. La contestation des rĂ©sultats du scrutin, jugĂ© opaque par une partie de l’opposition, Ă©branle la confiance des investisseurs et retarde des projets structurants dans les transports, l’énergie ou les tĂ©lĂ©communications. Comme le souligne un analyste d’un fonds rĂ©gional : « Le Cameroun paie le prix d’un dĂ©ficit de confiance politique avant mĂŞme celui d’un dĂ©ficit budgĂ©taire ». La gouvernance, marquĂ©e par la lenteur des rĂ©formes et des soupçons de corruption, demeure le principal frein Ă  une croissance inclusive. Les tensions sociales, alimentĂ©es par le chĂ´mage des jeunes et la chertĂ© de la vie, font planer la menace d’une Ă©rosion du climat des affaires. 2. Au plan rĂ©gional : fractures internes et fardeau sĂ©curitaire Les revendications post-Ă©lectorales s’inscrivent dans un paysage rĂ©gional dĂ©jĂ  tendu. La crise anglophone, toujours active dans les rĂ©gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, a dĂ©placĂ© plus de 900 000 personnes. Les affrontements sporadiques entre forces gouvernementales et groupes sĂ©paratistes continuent de perturber les chaĂ®nes logistiques et d’entraver les flux commerciaux vers le NigĂ©ria, premier partenaire rĂ©gional. L’État central, confrontĂ© Ă  une pression sĂ©curitaire multidimensionnelle – du bassin du lac Tchad Ă  la frontière centrafricaine – doit arbitrer entre dĂ©penses militaires croissantes et investissements civils. Une Ă©quation budgĂ©taire intenable Ă  moyen terme. Dans ce contexte, le risque de contagion rĂ©gionale n’est pas Ă  Ă©carter : les fragilitĂ©s du Cameroun rĂ©sonnent sur l’ensemble de l’Afrique centrale, oĂą YaoundĂ© joue un rĂ´le d’équilibre au sein de la CEEAC. Comme l’analyse un diplomate de la sous-rĂ©gion : « Un Cameroun instable, c’est toute l’Afrique centrale qui vacille ». 3. Au plan international : entre diplomatie Ă©conomique et rivalitĂ©s d’influence Sur la scène mondiale, le Cameroun reste un partenaire stratĂ©gique – par sa position gĂ©ographique entre le Sahel et le golfe de GuinĂ©e, et par son potentiel Ă©nergĂ©tique (gaz, hydrocarbures, forĂŞts). Mais la perception internationale se dĂ©grade. Les investisseurs Ă©trangers, Ă©chaudĂ©s par la contestation du scrutin, attendent des signaux clairs de stabilitĂ©. Fitch Solutions a d’ailleurs identifiĂ© « l’élection de 2025 comme un risque majeur pour l’environnement des affaires ». La dette extĂ©rieure – notamment vis-Ă -vis de la Chine – accroĂ®t la dĂ©pendance du pays et son exposition aux tensions gĂ©opolitiques. L’Union europĂ©enne, de son cĂ´tĂ©, conditionne ses prĂŞts Ă  des rĂ©formes de gouvernance et de transparence budgĂ©taire. Sur le plan diplomatique, YaoundĂ© tente un Ă©quilibrisme entre partenaires traditionnels et nouveaux acteurs. PĂ©kin multiplie les financements d’infrastructures ; Moscou offre une coopĂ©ration sĂ©curitaire discrète ; Paris et Bruxelles insistent sur la stabilitĂ© institutionnelle. Ce jeu d’équilibres dessine un espace d’opportunitĂ©s… mais aussi de vulnĂ©rabilitĂ©s. 4. StratĂ©gie et perspectives : rĂ©former pour rassurer L’avenir Ă©conomique du Cameroun dĂ©pend dĂ©sormais de sa capacitĂ© Ă  restaurer la confiance. Trois leviers apparaissent essentiels : Comme le souligne un Ă©conomiste de la Banque mondiale : « Une rĂ©forme fiscale courageuse et une meilleure gouvernance peuvent ĂŞtre les dĂ©clencheurs d’une croissance durable ». Si le pouvoir rĂ©ussit Ă  stabiliser la scène intĂ©rieure, la croissance pourrait se hisser autour de 4,5 % en 2025. Dans le cas contraire, l’économie camerounaise risque d’entrer dans une zone grise : celle d’une stagnation politique prolongĂ©e et d’une marginalisation Ă©conomique dans la rĂ©gion. Le risque de l’immobilisme Les revendications post-Ă©lectorales au Cameroun dĂ©passent la seule sphère politique : elles rĂ©vèlent une crise de confiance systĂ©mique. Dans une rĂ©gion oĂą chaque secousse politique rĂ©sonne au-delĂ  des frontières, le Cameroun joue sa crĂ©dibilitĂ© Ă©conomique et diplomatique. Entre inertie et rĂ©forme, le pays doit choisir. L’histoire rĂ©cente de l’Afrique centrale l’enseigne : dans un monde de rivalitĂ©s Ă©conomiques et d’instabilitĂ© stratĂ©gique, l’immobilisme est la plus dangereuse des stratĂ©gies.

Cameroun post-électoral :  anatomie d’un risque pays Read More »

Cameroun : La ville d’EdĂ©a et la Sanaga Maritime dĂ©fient la peur

La ville tourne à plein régime malgré l’appel à la ville morte. Les populations d’Edéa et de la Sanaga Maritime au Caont ignoré, ce vendredi 31 novembre 2025, le mot d’ordre de ville morte lancé sur les réseaux sociaux. Boutiques, marchés, écoles, services administratifs et banques ont ouvert leurs portes dès les premières heures. Le trafic routier, notamment sur la Nationale N°3 reliant Douala à Yaoundé et desservant le grand nord du pays, a connu une reprise progressive et soutenue. Une réaction citoyenne qui rassure les autorités et redonne espoir à l’économie locale et nationale. Une mobilisation citoyenne exemplaire Edéa et l’ensemble de la Sanaga Maritime ont offert, ce vendredi, l’image d’une région résolument tournée vers la normalité. Dès les premières heures du jour, la ville s’est réveillée dans une ambiance d’activité retrouvée. Les marchés – central, du bord, de Mbanda et de Bisseke – ont ouvert sans interruption. Commerces, poissonneries, boucheries et échoppes de buy and sellam ont accueilli leurs clients dans la sérénité. Les établissements scolaires ont fonctionné normalement, les enseignants ayant assuré leurs cours dans l’ordre et la discipline. Les services administratifs ont également ouvert leurs portes au public, tandis que les agences bancaires et institutions financières ont accueilli leurs clients sans incident, signe de confiance et de stabilité retrouvée. La Nationale N°3 reprend vie L’un des signaux les plus marquants de cette journée reste la reprise progressive du trafic sur la Nationale N°3, cet axe vital qui traverse Edéa et relie la capitale économique, Douala, à la capitale politique, Yaoundé. Dès l’aube, moto-taximen, taxis-brousse, gros porteurs, bus de transport interurbain et camions de fret ont repris la route, animant de nouveau la circulation. Mais au-delà du simple trafic local, la Nationale N°3 joue un rôle stratégique majeur : elle dessert non seulement les régions septentrionales du Cameroun — Ngaoundéré (Adamaoua), Garoua (Nord) et Maroua (Extrême-Nord) — mais constitue également une artère économique vers plusieurs pays de la sous-région, notamment le Tchad, la République centrafricaine, le Gabon et le Congo. Toute interruption de la circulation sur cet axe aurait des répercussions sociales, économiques et politiques graves, non seulement pour les localités traversées, mais aussi pour le commerce sous-régional. Le retour progressif à la normale est donc perçu comme un véritable soulagement pour l’ensemble de cette zone d’influence économique. Les conséquences redoutées d’une paralysie nationale Les autorités locales n’ont cessé de rappeler que les mots d’ordre de « villes mortes » visent à paralyser l’économie nationale et à fragiliser la cohésion sociale. Si de tels appels venaient à être largement suivis, les conséquences se feraient sentir dans tous les secteurs : Une attitude qui rassure et redonne espoir La détermination des populations d’Edéa et de la Sanaga Maritime à vaquer librement à leurs occupations constitue un signal fort. Elle traduit un refus collectif de la peur et de la manipulation, et un attachement profond à la paix et au développement. Les autorités administratives locales saluent cette responsabilité citoyenne, tout en maintenant les forces de sécurité en alerte maximale afin de prévenir toute tentative de perturbation. L’espoir demeure que cette attitude exemplaire s’étende à l’ensemble du pays, notamment à l’approche du nouvel appel à la ville morte lancé pour la semaine du 3 au 5 novembre 2025. Car au-delà des mots d’ordre, c’est l’avenir économique, social et éducatif du Cameroun et de la sous-région qui est en jeu. Simon Pierre Minyem (Rédacteur en Chef)

Cameroun : La ville d’EdĂ©a et la Sanaga Maritime dĂ©fient la peur Read More »

RDC : au Forum de Paris, l’Afrique centrale au cœur des urgences humanitaires et diplomatiques

Alors que s’est tenue à Paris la 8ᵉ édition du Forum sur la Paix, l’Afrique centrale s’est imposée comme l’un des principaux sujets de préoccupation internationale. À la Conférence internationale pour la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs, coorganisée par la France et le Togo, la République démocratique du Congo (RDC) a cristallisé les débats, entre crise humanitaire, instabilité régionale et rivalités géostratégiques. « Nous faisons face à la deuxième crise humanitaire la plus grave du monde, avec 27 millions de personnes en insécurité alimentaire et 7 millions de déplacés internes », a rappelé le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, soulignant l’urgence d’une « mobilisation collective et durable ». Emmanuel Macron a clôturé les travaux en appelant à replacer la crise congolaise « au cœur des priorités internationales ». Une crise humanitaire hors norme Sur le terrain, la situation reste catastrophique. Le conflit entre l’armée congolaise et les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon Kinshasa, a provoqué plus de deux millions de nouveaux déplacés depuis le début de 2025, dont 90 % concentrés dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri. « Près de 28 millions de Congolais souffrent d’insécurité alimentaire aiguë et un enfant sur deux est atteint de malnutrition chronique », alerte Florian Monnerie, directeur d’Action contre la Faim en RDC. Amadou Bocoum, de CARE RDC, dénonce une situation dramatique pour les femmes : « Elles représentent 51 % des déplacés internes. Plus de 67 000 cas de violences sexuelles ont été recensés entre janvier et avril 2025, mais seuls 35 % des besoins de protection sont financés ». Des humanitaires à bout de souffle Les organisations locales sont désormais en première ligne, souvent sans moyens. « L’isolement de Bukavu et Goma, la fermeture des aéroports et la suspension du financement de l’USAID ont entraîné des ruptures de médicaments essentiels », alerte le Dr De-Joseph Kakisingi, du CONAFOHD, qui évoque une « bombe sanitaire à retardement ». Luc Lamprière, du Forum des ONG internationales, pointe les blocages administratifs :« Chaque dollar retenu par une taxe ou un poste frontière, c’est un repas ou un médicament en moins. L’aide ne peut être prise en otage ». Entre diplomatie et développement Au-delà de l’urgence, la région du bassin du Congo est aussi stratégique : elle concentre plus de 70 % du cobalt mondial et abrite la deuxième plus grande forêt tropicale de la planète, cruciale pour la transition écologique. Pour Bruno Lemarquis, représentant spécial adjoint de l’ONU en RDC, « c’est une crise de protection et de gouvernance. Les humanitaires manquent de moyens, alors que les besoins explosent ». Les États présents à Paris ont promis un soutien renforcé et une réponse articulant aide d’urgence, développement et stabilité régionale. Mais, prévient Manenji Mangundu, directeur d’Oxfam RDC, « les populations n’attendent plus des promesses. Elles veulent enfin des actes concrets ».

RDC : au Forum de Paris, l’Afrique centrale au cœur des urgences humanitaires et diplomatiques Read More »

Cameroun : Paul Biya, une victoire contestée qui ravive les inquiétudes régionales

La réélection du prĂ©sident camerounais Paul Biya, Ă  l’issue du scrutin du 12 octobre 2025, plonge le pays dans une nouvelle zone de turbulence politique et sĂ©curitaire. Si l’Union africaine (UA) a fĂ©licitĂ©, mardi 28 octobre, le chef de l’État pour sa victoire officielle avec 53,66 % des voix, elle s’est simultanĂ©ment dite « profondĂ©ment prĂ©occupĂ©e » par les violences post-Ă©lectorales et les arrestations d’opposants. « L’Union africaine appelle Ă  la retenue et Ă  un dialogue national inclusif pour prĂ©server la paix et la cohĂ©sion », a dĂ©clarĂ© Mahmoud Ali Youssouf, prĂ©sident de la Commission de l’UA. Cette double posture, fĂ©licitations formelles et inquiĂ©tude diplomatique, traduit le malaise d’une organisation continentale soucieuse de stabilitĂ© dans une rĂ©gion stratĂ©gique, oĂą le Cameroun demeure un pivot sĂ©curitaire face aux menaces de Boko Haram au nord, et aux tensions sĂ©paratistes dans les rĂ©gions anglophones. Un pouvoir fragilisĂ©, une opposition rĂ©primĂ©e ArrivĂ© deuxième avec 35,19 % des suffrages, l’opposant Issa Tchiroma Bakary rejette les rĂ©sultats qu’il qualifie de « mascarade Ă©lectorale » et appelle Ă  la rĂ©sistance « pacifique mais dĂ©terminĂ©e ». Ses partisans dĂ©noncent une rĂ©pression brutale : plusieurs affrontements ont Ă©tĂ© signalĂ©s Ă  Douala, Garoua et YaoundĂ©, faisant au moins quatre morts selon les autoritĂ©s. Plusieurs figures de l’opposition, dont Anicet Ekane (Manidem) et le Pr Jean Calvin Aba’a Oyono, ont Ă©tĂ© interpellĂ©es et accusĂ©es « d’incitation Ă  la rĂ©volte » et « d’hostilitĂ© envers la patrie ». Des accusations jugĂ©es « politiques » par leurs avocats. L’Europe s’inquiète, la communautĂ© internationale en observation L’Union europĂ©enne s’est dite, le 27 octobre, « profondĂ©ment prĂ©occupĂ©e » par les violences et les restrictions des libertĂ©s publiques. Bruxelles a exhortĂ© YaoundĂ© Ă  garantir la transparence et Ă  « prĂ©venir tout usage excessif de la force ». Aucun diplomate europĂ©en n’aurait assistĂ© Ă  la cĂ©rĂ©monie officielle de proclamation des rĂ©sultats, un signe de dĂ©sapprobation implicite du processus. Une stabilitĂ© en observation Sur le plan rĂ©gional, la crise camerounaise inquiète les chancelleries africaines et occidentales. Le Cameroun, partenaire clĂ© de la CEEAC et contributeur majeur des forces anti-djihadistes dans le bassin du lac Tchad, voit son image Ă©cornĂ©e par une dĂ©fiance populaire. Derrière la stabilitĂ© apparente du rĂ©gime se profile une fragilisation institutionnelle : absence de succession politique claire et risques Ă©conomiques liĂ©s Ă  la paralysie sociale. « Le Cameroun entre dans une zone grise : ni effondrĂ©, ni apaisĂ© », estime un diplomate ouest-africain. « C’est un pays dont la stabilitĂ© dĂ©pend dĂ©sormais plus de la peur que du consensus ». Entre statu quo et recomposition Dans un contexte de recomposition africaine oĂą la lĂ©gitimitĂ© Ă©lectorale redevient un enjeu de souverainetĂ©, la crise camerounaise rĂ©vèle la tension croissante entre sĂ©curitĂ© et dĂ©mocratie. Si Paul Biya parvient encore Ă  rassurer certains partenaires stratĂ©giques, son huitième mandat pourrait aussi prĂ©cipiter la recherche d’une alternative post-biyaĂŻste, Ă  l’intĂ©rieur comme Ă  l’extĂ©rieur du pays. A moins  de s’offrir une nouvelle Ă©quipe gouvernementale- assez rapidement.

Cameroun : Paul Biya, une victoire contestée qui ravive les inquiétudes régionales Read More »

Au-delà du serment : Paul Biya nouveau mandat entre stabilisation et fragilité

Le lundi 27 octobre 2025, le Conseil constitutionnel du Cameroun a officiellement proclamĂ© la victoire du prĂ©sident sortant, Paul Biya, avec 53,66 % des voix, ouvrant la voie Ă  un huitième mandat consĂ©cutif. ConformĂ©ment Ă  l’article 140 du Code Ă©lectoral, la cĂ©rĂ©monie de prestation de serment doit se tenir dans les quinze jours suivant cette proclamation – soit au plus tard le 9 novembre 2025. Ce rendez-vous institutionnel revĂŞt des enjeux multiples : gĂ©opolitiques, sĂ©curitaires, Ă©conomiques et de gouvernance. Un pouvoir prolongĂ© et une lĂ©gitimitĂ© contestĂ©e Ă€ 92 ans, Paul Biya s’inscrit dĂ©sormais parmi les chefs d’État les plus longtemps en fonction au monde. Son parti, le Rassemblement dĂ©mocratique du peuple camerounais (RDPC), fonde sa « victoire » sur la continuitĂ© ; mais l’opposition, emmenĂ©e par Issa Tchiroma Bakary, rejette fermement ces rĂ©sultats, les qualifiant de « mascarade ». Parmi les chiffres marquants : un taux de participation officiel de 57,7 %, selon les observateurs.  Cette double rĂ©alitĂ© – stabilitĂ© formelle et crise de lĂ©gitimitĂ© – sera le dĂ©cor de la cĂ©rĂ©monie de serment. SĂ©curitĂ© : un pays sous tension Les jours qui ont suivi l’annonce ont Ă©tĂ© marquĂ©s par des violences : dans la ville de Douala, des manifestants ont affrontĂ© gendarmerie et police, au moins quatre morts selon les ONG.  La sitation paraĂ®t calme ce 29 octobre. Mais le contexte est lourd : guerre anglophone dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, insurrections de Boko Haram dans la rĂ©gion de l’ExtrĂŞme-Nord, fragmentation de l’autoritĂ© centrale.   La prestation de serment se veut donc un acte de rĂ©affirmation de l’ordre ; mais sans rĂ©ponse apaisante ou dialogue national, le mandat s’annonce plus qu’incertain. Économie : des promesses immuables, des dĂ©fis amplifiĂ©s Sur le plan Ă©conomique, le pays affiche une croissance modeste (estimĂ©e Ă  3,5 %-3,9 % pour 2025). Mais dans les faits : stagnation de la rĂ©duction de la pauvretĂ© (23 % des Camerounais vivant dans l’extrĂŞme pauvretĂ©), taux de chĂ´mage officiel faible (3,8 %) mais rĂ©alitĂ© informelle massive parmi les 18-35 ans. Pour les investisseurs et les puissances rĂ©gionales, la continuitĂ© Biya garantit une « linĂ©aritĂ© dans les contrats ». Mais une montĂ©e des troubles ou un changement inattendu fragiliserait ouvertures, pipelines et partenariats avec la France, la Chine ou les firmes extractives. GĂ©opolitique et intelligence Ă©conomique Sur la scène rĂ©gionale, le Cameroun demeure un maillon stratĂ©gique. Frontière avec le Tchad, la RCA, le Nigeria : il joue un rĂ´le clĂ© dans le G5 Sahel, les enjeux migratoires et les flux sĂ©curitaires. Le maintien de Biya rassure certains acteurs occidentaux sur la continuitĂ© du « partenariat anti-terroriste ». Mais de l’autre cĂ´tĂ©, l’opposition affirme : « Ce pouvoir ne surviendra pas au lendemain serein du chaos ». Pour les services d’intelligence Ă©conomique, la question se pose : comment sĂ©curiser les concessions pĂ©tro-gazières (off-shore), comment Ă©viter que le climat politique ne dĂ©clenche sortie d’actifs ou retrait anticipĂ© des filiales Ă©trangères ? Politique : un mandat fragile Bien que reconduit, Biya entre dans ce mandat avec un capital politique affaibli : vote serrĂ©, dĂ©fi accru de la jeunesse, lĂ©gitimitĂ© contestĂ©e. Le retentissement international pourrait isoler Douala si une rĂ©pression musclĂ©e suit. Le serment devant le Parlement n’est donc pas seulement symbolique : il devra ĂŞtre l’acte inaugural d’un plan de sortie de crise ou… d’une accĂ©lĂ©ration vers l’inconnu. La prestation de serment de Paul Biya, prĂ©vue avant le 9 novembre 2025, ne sera pas une simple formalitĂ©. Elle sera le signal de lancement d’un mandat qui s’annonce plus incertain que jamais : stabilitĂ© affichĂ©e, lĂ©gitimitĂ© affaiblie, dĂ©fis sĂ©curitaires et Ă©conomiques en surchauffe. Le monde regardera quelques jours encore ce vieux rĂ©gime en Ă©quilibre fragile.

Au-delà du serment : Paul Biya nouveau mandat entre stabilisation et fragilité Read More »

Wole Soyinka, un prix Nobel censuré : La peur américaine de la parole africaine

Une lecture politique du mĂ©pris postcolonial Ă  travers l’affaire Wole Soyinka. L’annulation du visa amĂ©ricain de Wole Soyinka, prix Nobel de littĂ©rature et figure majeure de la pensĂ©e africaine contemporaine, dĂ©passe la simple dimension administrative pour revĂŞtir une portĂ©e politique et symbolique. Ce geste, apparemment anodin, traduit une forme de mĂ©pris institutionnalisĂ© Ă  l’égard de la parole critique issue du Sud global, et particulièrement de l’Afrique. Ă€ 91 ans, Wole Soyinka incarne bien plus qu’un Ă©crivain : il est la conscience morale d’un continent en quĂŞte de dignitĂ© et d’autodĂ©termination. Premier Africain Ă  recevoir le prix Nobel de littĂ©rature en 1986, il a consacrĂ© son Ĺ“uvre et sa vie Ă  la dĂ©fense de la libertĂ©, Ă  la dĂ©nonciation des rĂ©gimes autoritaires et Ă  la critique des structures postcoloniales de domination. Son engagement contre la dictature militaire au Nigeria et ses prises de position contre le racisme systĂ©mique en font une figure emblĂ©matique de la rĂ©sistance intellectuelle. En ce sens, la dĂ©cision de Washington ne saurait ĂŞtre lue comme une simple formalitĂ© consulaire, mais plutĂ´t comme une tentative de marginalisation d’une voix africaine libre et dissidente. Cet Ă©pisode s’inscrit dans une longue histoire d’ambiguĂŻtĂ©s diplomatiques et de rapports inĂ©gaux entre les États-Unis et les intellectuels du Sud. Depuis plusieurs dĂ©cennies, les autoritĂ©s amĂ©ricaines manifestent une mĂ©fiance persistante envers les penseurs critiques non occidentaux, particulièrement lorsque leurs discours remettent en cause l’hĂ©gĂ©monie morale et politique de l’Occident.  L’ère Trump, marquĂ©e par une montĂ©e du nationalisme et de la xĂ©nophobie, a accentuĂ© cette tendance, renforçant la perception selon laquelle la pensĂ©e africaine indĂ©pendante reprĂ©sente une menace symbolique pour l’ordre discursif dominant. Le paradoxe est patent : la nation qui se proclame gardienne de la libertĂ© d’expression choisit d’exclure un Ă©crivain dont l’œuvre illustre prĂ©cisĂ©ment cette valeur universelle. En refusant Ă  Soyinka l’accès Ă  son territoire, les États-Unis envoient un message clair – la libertĂ© d’expression demeure conditionnelle lorsqu’elle Ă©mane d’ailleurs, surtout lorsqu’elle dĂ©nonce les hypocrisies de l’Occident. Pour l’Afrique, cette dĂ©cision a une rĂ©sonance particulière. Elle rappelle que la souverainetĂ© intellectuelle constitue un champ de lutte aussi essentiel que la souverainetĂ© politique. En dĂ©finitive, en tentant de restreindre la mobilitĂ© d’un homme, Washington renforce paradoxalement la portĂ©e de sa parole : celle d’une libertĂ© qui ne dĂ©pend ni des frontières ni des visas, mais du courage de penser contre le pouvoir.

Wole Soyinka, un prix Nobel censuré : La peur américaine de la parole africaine Read More »

Cameroun : Paul Biya face au basculement générationnel

La proclamation, lundi 27 octobre, de la victoire du prĂ©sident Paul Biya (92 ans) pour un huitième mandat consĂ©cutif, avec 53,66 % des suffrages, ouvre une nouvelle phase d’incertitude pour le Cameroun.  Une certaine opposition, menĂ©e par Issa Tchiroma Bakary, rejette les rĂ©sultats, dĂ©nonçant une “mascarade Ă©lectorale”. Les tensions post-Ă©lectorales ont dĂ©jĂ  fait au moins six morts Ă  Douala et Garoua. Dans un pays pivot d’Afrique centrale, cette crise rĂ©vèle un tournant gĂ©nĂ©rationnel et structurel aux implications rĂ©gionales et Ă©conomiques majeures. 1. Un système en quĂŞte d’un nouveau souffle Après 43 ans de pouvoir, Paul Biya conserve l’appui d’un appareil d’État structurĂ©, mais qui a besoin du sang neuf. Le RDPC, son parti, reste solidement implantĂ© dans les administrations et les forces de sĂ©curitĂ©, mais ses relais sociaux s’érodent. Les signaux de fissure se multiplient : tensions internes au sein de l’armĂ©e, fatigue de la bureaucratie, et lassitude d’une population qui “ne croit plus Ă  la rĂ©forme par le haut”. Pour la première fois, le prĂ©sident sortant a esquissĂ© une ouverture politique : offre de nomination d’Issa Tchiroma Bakary au poste de Premier ministre, et promesse de rĂ©forme du Code Ă©lectoral. Un geste d’apaisement, mais aussi une reconnaissance implicite de la fragilitĂ© du système. â€śLe pouvoir comprend qu’il ne peut plus gouverner seul, ni comme avant”, analyse un diplomate d’Afrique centrale Ă  Addis-Abeba. 2. GĂ©nĂ©ration Z : le nouvel acteur stratĂ©gique Le moteur du mĂ©contentement n’est plus seulement politique, mais sociĂ©tal. La GĂ©nĂ©ration Z camerounaise â€“ près de 5,8 millions de citoyens, soit 20 % de la population – s’affirme comme un acteur de rupture. HyperconnectĂ©e, mondialisĂ©e et dĂ©fiant les cadres traditionnels, elle structure dĂ©sormais la contestation Ă  travers les rĂ©seaux sociaux sous les hashtags #GenZRevolt et #MyVoteMyVoice. â€śNous ne croyons plus aux leaders, mais aux causes. Nos rĂ©seaux sont notre parti”, confie un jeune activiste de Douala. Cette jeunesse utilise VPN, messageries cryptĂ©es et relais diasporiques pour contourner la censure. Elle s’appuie sur une â€śinternationale numĂ©rique africaine”, reliant les diasporas de MontrĂ©al, Bruxelles et Washington. Cette stratĂ©gie de communication instantanĂ©e dĂ©sarme la propagande d’État et expose les violences en temps rĂ©el. Selon une source sĂ©curitaire, les autoritĂ©s redoutent dĂ©sormais une â€ścyber-contestation fluide, insaisissable et impossible Ă  neutraliser par les mĂ©thodes classiques”. 3. Risques sĂ©curitaires et stabilitĂ© rĂ©gionale Le Cameroun reste un maillon central de la sĂ©curitĂ© du Golfe de GuinĂ©e et un point d’appui logistique stratĂ©gique pour le Tchad et la RĂ©publique centrafricaine. Toute dĂ©stabilisation prolongĂ©e Ă  YaoundĂ© aurait des consĂ©quences directes sur les opĂ©rations rĂ©gionales, notamment la lutte contre Boko Haram et les groupes armĂ©s du bassin du Lac Tchad. Les forces de sĂ©curitĂ©, bien Ă©quipĂ©es mais sous pression, ont reçu l’ordre de “contenir sans Ă©craser”. Une consigne inhabituelle, rĂ©vĂ©latrice d’une fragilitĂ© politique et d’une peur de l’embrasement. Le contrĂ´le des campus universitaires de YaoundĂ© II et Bafoussam reste une prioritĂ© : c’est lĂ  que se cristallise la fronde Ă©tudiante. 4.  dĂ©cryptage Ă©conomique et intelligence stratĂ©gique Le risque pays du Cameroun, jusqu’ici notĂ© “modĂ©ré” par la Banque mondiale, s’est brusquement dĂ©tĂ©riorĂ© depuis la proclamation des rĂ©sultats. Les investisseurs Ă©trangers redoutent une crise de gouvernance prolongĂ©e susceptible d’affecter les corridors commerciaux Douala–Ndjamena et Douala–Bangui. Les opĂ©rateurs tĂ©lĂ©coms (MTN, Orange) sont pris entre les injonctions sĂ©curitaires du pouvoir et la pression internationale sur les libertĂ©s numĂ©riques. Une coupure d’Internet totale aurait un coĂ»t estimĂ© Ă  5 milliards de FCFA par jour pour l’économie nationale (source : GSMA 2025). Le Cameroun reste cependant 14e Ă©conomie d’Afrique, avec un rĂ´le clĂ© dans le transit Ă©nergĂ©tique du Golfe de GuinĂ©e. Les majors pĂ©trolières (TotalEnergies, Perenco) surveillent attentivement l’évolution politique, conscientes que la stabilitĂ© institutionnelle conditionne la poursuite de leurs investissements offshore. â€śUn Cameroun instable, c’est tout le couloir stratĂ©gique du Golfe de GuinĂ©e qui vacille”, souligne un analyste de l’IFRI. 5. Perspectives : fin de cycle et recomposition Le scĂ©nario le plus probable, selon plusieurs sources diplomatiques, est celui d’une transition contrĂ´lĂ©e : maintien de Paul Biya Ă  la prĂ©sidence, ouverture politique mesurĂ©e, intĂ©gration partielle de l’opposition dans un gouvernement de “cohĂ©sion nationale”. Mais la dynamique sociale, elle, semble irrĂ©versible. La jeunesse numĂ©rique a brisĂ© la peur et le silence. Son mouvement, dĂ©centralisĂ©, pourrait Ă  terme imposer une rĂ©forme politique systĂ©mique. En filigrane, c’est toute la gouvernance postcoloniale du Cameroun qui vacille, confrontĂ©e Ă  une gĂ©nĂ©ration sans leader, mais avec une vision. Le Cameroun entre dans une phase oĂą l’équation du pouvoir ne se joue plus dans les urnes, mais dans les flux d’informations, les rĂ©cits et la maĂ®trise du numĂ©rique. Entre le vieux pouvoir pyramidal et la gĂ©nĂ©ration en rĂ©seau, c’est le modèle mĂŞme de l’État camerounais – et peut-ĂŞtre celui de l’Afrique politique – qui se rĂ©invente.

Cameroun : Paul Biya face au basculement générationnel Read More »

Côte d’Ivoire – Cameroun : deux réélections, deux pôles régionaux face à l’épreuve du temps

Alassane Ouattara et Paul Biya, figures de stabilitĂ© en Afrique de l’Ouest et du Centre, incarnent la continuitĂ© politique, mais aussi l’incertitude des transitions Ă  venir. L’élection d’Alassane Ouattara en CĂ´te d’Ivoire et la réélection continue de Paul Biya au Cameroun, symbolisent deux modèles de stabilitĂ© dans un continent en quĂŞte d’équilibres politiques. Ces deux dirigeants, Ă  la tĂŞte de nations pivots de leurs rĂ©gions respectives, incarnent Ă  la fois la soliditĂ© institutionnelle et les limites d’une gouvernance prolongĂ©e. Ă‚gĂ©s respectivement de 83 et 92 ans, Alassane Ouattara et Paul Biya sont confrontĂ©s Ă  la mĂŞme interrogation : comment assurer une transition politique crĂ©dible après des dĂ©cennies de pouvoir ? Tous deux ont consolidĂ© leur autoritĂ© Ă  travers des processus Ă©lectoraux critiquĂ©s pour leur manque d’inclusivitĂ©. En CĂ´te d’Ivoire, Alassane Ouattara a remportĂ© près de 90 % des suffrages lors d’un scrutin calme, saluĂ© par la CEDEAO et l’Union africaine. Au Cameroun,  Paul Biya, avec 53,66% de suffrages, conserve le pouvoir dans un contexte de tension, oĂą la participation Ă©lectorale est restĂ©e faible. Sur le plan Ă©conomique, leurs trajectoires prĂ©sentent des parallèles mais aussi des contrastes. Abidjan est devenu un moteur de la croissance ouest-africaine grâce Ă  une politique d’investissement et de modernisation soutenue. Le Cameroun, quant Ă  lui, demeure une puissance Ă©conomique d’Afrique centrale, dotĂ©e d’importantes ressources naturelles et d’un tissu industriel solide. Toutefois, dans les deux pays, se propose le souci de la rĂ©distribution de la croissance Ă  l’ensemble de la population, et la jeunesse exprime de plus en plus son impatience face au manque d’opportunitĂ©s. Les contextes sĂ©curitaires et diplomatiques, eux, divergent nettement. La CĂ´te d’Ivoire, pacifiĂ©e depuis la crise postĂ©lectorale de 2010-2011, mise sur son rĂ´le de mĂ©diateur rĂ©gional. Alassane Ouattara, acteur respectĂ© au sein de la CEDEAO, apparaĂ®t comme un garant de la stabilitĂ© face Ă  la montĂ©e des rĂ©gimes militaires dans le Sahel. Le Cameroun, en revanche, est touchĂ© par la crise dans ses rĂ©gions anglophones et par la menace de Boko Haram dans le nord, des dĂ©fis qui affaiblissent le poids diplomatique de Biya. Pour ces deux prĂ©sidents, la question de la succession est dĂ©sormais centrale. Alassane Ouattara semble prĂ©parer une transition maĂ®trisĂ©e, dans l’espoir de consolider son hĂ©ritage Ă©conomique. Paul Biya, lui, reste enfermĂ© dans une logique de pouvoir personnel, au risque d’un vide institutionnel. Dans leurs rĂ©gions respectives, l’avenir politique dĂ©pendra moins de leur longĂ©vitĂ© que de leur capacitĂ© Ă  orchestrer un passage de tĂ©moin apaisĂ©.

Côte d’Ivoire – Cameroun : deux réélections, deux pôles régionaux face à l’épreuve du temps Read More »

Scroll to Top