Politique & Gouvernance

Cameroun : Election des présidents de conseils régionaux – Le signal d’alarme venu du Sud

Les conseils de plein droit tenus le 16 décembre 2025 dans les dix régions du Cameroun, censés consacrer la stabilité institutionnelle et la discipline partisane, ont au contraire révélé de profondes fractures politiques. Entre reconductions massives, absence criante de femmes et de jeunes, et fronde spectaculaire dans la région du Sud, ces élections ouvrent une séquence politique lourde d’enseignements à quelques mois des municipales et législatives de 2026. Les conseils de plein droit se sont tenus simultanément le mardi 16 décembre 2025 dans les chefs-lieux des dix régions du Cameroun, avec pour mission principale la désignation des membres des exécutifs régionaux. À l’issue des travaux, sept (07) présidents sortants ont été reconduits, contre trois nouveaux élus. Une reconduction massive qui interroge le renouvellement politique Un premier constat s’impose : aucune femme, aucun jeune parmi les dix présidents de conseils régionaux. Plus préoccupant encore, la moyenne d’âge dépasse largement la soixantaine, traduisant une continuité politique assumée, mais en contradiction flagrante avec les discours officiels sur le renouvellement de la classe dirigeante. Ce tableau est d’autant plus saisissant qu’il s’inscrit dans une tendance plus large : La région du Sud : la rupture inattendue Contre toute attente, la région du Sud, fief politique et région d’origine du président Paul Biya, a été le théâtre de la plus grande surprise politique de ces conseils. Alors que le Comité central du RDPC avait déployé des émissaires dans toutes les régions afin de veiller au strict respect des consignes de vote, les conseillers régionaux du Sud ont ouvertement défié la hiérarchie du parti. En refusant de se soumettre aux directives imposant Antoine Bikoro comme candidat unique à sa propre succession, Éric Gervais Ndo et ses alliés ont infligé un camouflet sans précédent à l’appareil du parti. Le verdict des urnes est sans appel : 66 voix pour le candidat contestataire contre 22 pour le président sortant. Un acte politique fort, symptomatique d’une volonté de changement qui traverse désormais jusque dans les rangs du parti au pouvoir. (Eric Gervais Ndo, élu Président du Conseil régional du Sud) Un fossé grandissant entre le sommet du RDPC et la base militante Le vote du Sud met crûment en lumière le déphasage profond entre la direction centrale du RDPC et sa base militante. Là où le sommet privilégie la discipline, la continuité et le contrôle, la base exprime un ras-le-bol face à l’imposition systématique des candidatures. Ce désaveu public du Comité central ne peut plus être interprété comme un simple accident politique. Il s’agit d’une sonnette d’alarme, à quelques mois seulement des élections municipales et législatives prévues en 2026. Les directives présidentielles mises à l’épreuve (Pr Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du RDPC et Eric Gervais Ndo) Dans son discours de politique générale du 6 novembre 2025, prononcé lors de sa dernière prestation de serment, Paul Biya avait clairement affirmé que les femmes et les jeunes constitueraient la priorité de ce mandat. Or, les résultats issus des conseils de plein droit traduisent une réalité diamétralement opposée. Cette situation soulève une question centrale : le chef de l’État est-il en capacité de faire effectivement respecter ses orientations au sein de son propre parti ? L’incapacité du RDPC à traduire ces directives en actes concrets interroge la cohérence de l’action politique et fragilise la crédibilité du discours officiel. Décentralisation ou recentralisation du pouvoir ? Ces élections posent également un problème de fond dans un contexte de décentralisation constitutionnelle. Comment expliquer cette tendance persistante à la centralisation des décisions, à l’imposition des candidatures et à la marginalisation des dynamiques locales, alors même que les régions sont censées être des espaces d’autonomie politique ? Le cas du Sud montre que la décentralisation ne peut fonctionner sans une réelle prise en compte des aspirations locales et sans respect du libre choix des élus régionaux. Attentes, enjeux et défis à l’horizon 2026 Les conseils de plein droit de décembre 2025 laissent entrevoir plusieurs défis majeurs : Une séquence politique révélatrice L’élection des présidents de conseils régionaux n’aura pas seulement servi à renouveler des exécutifs locaux. Elle aura surtout révélé les tensions internes, les contradictions du système politique et l’aspiration croissante au changement. Le vote du Sud restera comme un marqueur fort de cette séquence : celui d’une base militante qui ose désormais dire non. Reste à savoir si ce message sera entendu ou ignoré, au risque d’un divorce politique plus profond à l’approche des échéances électorales de 2026. Simon Emmanuel Minyem

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Wole Soyinka et la diplomatie du mépris : quand les États-Unis réaffirment leur pouvoir symbolique sur les voix africaines

L’annulation du visa du prix Nobel nigérian révèle la persistance d’une hiérarchie postcoloniale dans les relations intellectuelles entre l’Occident et l’Afrique. L’annulation du visa américain de Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986 et figure majeure de la pensée africaine contemporaine, dépasse largement la simple décision administrative. Elle s’inscrit dans une dynamique plus profonde : celle du contrôle idéologique et symbolique qu’exercent les États-Unis sur les intellectuels du Sud global, en particulier sur les voix africaines critiques du pouvoir occidental. À 91 ans, Soyinka incarne une génération d’intellectuels africains qui ont lutté contre les dictatures nationales tout en s’opposant aux ingérences étrangères. En révoquant son visa, Washington adresse un message clair : les États-Unis restent les gardiens autoproclamés du droit d’entrée dans l’espace symbolique du savoir mondial. Cette attitude traduit la persistance d’une géopolitique de la reconnaissance, où la légitimité intellectuelle africaine demeure subordonnée à l’approbation occidentale. Sous l’administration Trump, cette logique s’est accentuée, marquée par une politique migratoire et culturelle méfiante envers les intellectuels non occidentaux. L’annulation du visa de Soyinka, critique déclaré du trumpisme, s’inscrit dans ce climat de suspicion. Ce geste, justifié par des « dispositions réglementaires » du Département d’État, s’apparente moins à une procédure bureaucratique qu’à un acte de censure diplomatique. Plus profondément, l’affaire interroge le statut des intellectuels africains dans la sphère internationale. Alors que Soyinka a enseigné dans les plus prestigieuses universités américaines – Harvard, Cornell, Yale – son exclusion symbolique rappelle que la participation africaine à l’espace académique mondial reste conditionnée à une soumission politique implicite. Le refus de Soyinka de se plier à cette logique d’allégeance en fait un dissident dans le champ global du savoir. Ainsi, l’incident ne concerne pas seulement un visa, mais le rapport postcolonial entre pouvoir et pensée. En tentant de marginaliser la voix de Wole Soyinka, les États-Unis révèlent leur incapacité à tolérer une critique venue du Sud. Pourtant, en Afrique et au-delà, cette annulation consacre paradoxalement la stature morale du dramaturge : celle d’un homme dont la liberté d’esprit transcende les frontières et dénonce les hypocrisies d’un ordre mondial toujours inégal.

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À quelques jours de l’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 au Maroc, le football africain se retourne sur une décennie riche en exploits individuels et collectifs.

CAN 2025 : une décennie de héros avant le grand rendez-vous marocain

À l’approche du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, retour sur dix éditions marquées par des joueurs d’exception qui ont façonné l’histoire récente du football africain, avant un tournoi attendu comme un tournant sportif et symbolique. À quelques jours de l’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 au Maroc, le football africain se retourne sur une décennie riche en exploits individuels et collectifs. Depuis 2006, dix joueurs ont été sacrés meilleurs joueurs du tournoi, incarnant à la fois l’excellence technique, le leadership et les mutations du jeu africain. La période s’ouvre avec une figure tutélaire : Ahmed Hassan, capitaine emblématique de l’Égypte. Élu meilleur joueur en 2006 au Caire puis en 2010 en Angola, il reste une référence absolue. Meneur de jeu infatigable, Hassan a disputé 22 matchs de CAN et inscrit huit buts, guidant les Pharaons vers quatre titres continentaux (1998, 2006, 2008, 2010). Son influence lors de la CAN 2006, remportée à domicile avec quatre buts décisifs, symbolise l’âge d’or égyptien. En 2008 au Ghana, c’est Hosni Abd Rabo qui prend le relais. Milieu polyvalent, il marque quatre buts et orchestre le jeu d’une Égypte impériale, décrochant logiquement le trophée de meilleur joueur. Le football africain entre alors dans une phase de domination tactique nord-africaine. La CAN 2012 au Gabon et en Guinée équatoriale marque un basculement émotionnel avec le sacre historique de la Zambie. Capitaine courage, Christopher Katongo est élu meilleur joueur après avoir conduit les Chipolopolo au titre face à la Côte d’Ivoire. Auteur de trois buts, il incarne la résilience d’une nation marquée par le drame de 1993. En 2013 en Afrique du Sud, l’ailier burkinabè Jonathan Pitroipa illumine le tournoi. Sa vitesse et sa créativité portent le Burkina Faso jusqu’à sa première finale continentale. Malgré la défaite face au Nigeria, il est élu meilleur joueur, consacrant l’émergence de nations dites “outsiders”. La CAN 2015 en Guinée équatoriale voit l’avènement de Christian Atsu. Le Ghanéen, disparu tragiquement en 2023, marque les esprits par ses buts spectaculaires et son influence offensive, décrochant le titre de meilleur joueur malgré la défaite en finale. En 2017 au Gabon, le Cameroun renaît avec une génération inattendue. À 21 ans, Christian Bassogog dynamite les défenses et s’impose comme le meilleur joueur du tournoi, symbole d’un Cameroun combatif et imprévisible. La CAN 2019 en Égypte consacre Ismaël Bennacer. À seulement 21 ans, le milieu algérien dicte le tempo des Fennecs, les menant à leur deuxième titre continental. Sa performance ouvre la voie à son transfert au Milan AC, illustrant la connexion croissante entre CAN et football européen. En 2021 (jouée en 2022) au Cameroun, Sadio Mané entre définitivement dans la légende. Buteur décisif et tireur du penalty victorieux en finale face à l’Égypte, il offre au Sénégal sa première CAN et est logiquement élu meilleur joueur. Enfin, la CAN 2023 en Côte d’Ivoire sacre un défenseur : William Troost-Ekong. Patron des Super Eagles, buteur en finale, il devient le symbole d’un football africain plus tactique et équilibré. CAN 2025 : le calendrier clé La CAN 2025 se déroulera du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026 au Maroc. À l’heure où une nouvelle génération s’apprête à écrire l’histoire, ces dix figures rappellent que la CAN demeure le théâtre où se forgent les légendes du football africain.

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Réunis à Niamey à l’initiative du Centre national d’études stratégiques et de la sécurité (CNESS) et de l’ambassade du Maroc au Niger, responsables diplomatiques et experts ont unanimement salué le projet royal visant à offrir aux pays sahéliens un accès structuré à l’océan Atlantique.

Accès à l’Atlantique : l’initiative marocaine rebat les cartes économiques du Sahel, sous le regard de l’Afrique centrale

Débattue à Niamey, la feuille de route portée par Rabat pour désenclaver le Sahel met en lumière les coûts géopolitiques de l’enclavement africain et ravive, en creux, les limites logistiques et de gouvernance des États côtiers d’Afrique centrale, Cameroun en tête. Réunis à Niamey à l’initiative du Centre national d’études stratégiques et de la sécurité (CNESS) et de l’ambassade du Maroc au Niger, responsables diplomatiques et experts ont unanimement salué le projet royal visant à offrir aux pays sahéliens un accès structuré à l’océan Atlantique. Pensée comme une réponse stratégique à l’enclavement chronique du Mali, du Niger, du Burkina Faso et du Tchad, l’initiative marocaine entend transformer un handicap géographique majeur en levier de souveraineté économique et d’intégration régionale. Les chiffres rappelés lors de la conférence sont sans appel. Selon l’ONU et la Banque mondiale, les pays en développement sans littoral supportent des coûts de transport plus que doublés par rapport à leurs voisins côtiers, avec une croissance structurellement inférieure d’environ 20 %. En Afrique, où 16 États sont enclavés, cette contrainte se traduit par des délais logistiques allongés, une compétitivité affaiblie et une dépendance accrue vis-à-vis de corridors souvent instables. C’est dans ce contexte que le Maroc, par la voix du roi Mohammed VI, a proposé dès novembre 2023 une reconfiguration géopolitique de la façade atlantique africaine. L’objectif est clair : connecter durablement les économies sahéliennes aux marchés mondiaux, via des infrastructures portuaires, routières et ferroviaires intégrées, adossées à un partenariat Sud-Sud assumé. Pour Niamey, Bamako ou Ouagadougou, l’enjeu est existentiel : sécuriser les exportations, réduire les coûts logistiques et desserrer l’étau économique d’un enclavement historiquement pénalisant. Mais cette dynamique met aussi en lumière la situation paradoxale de l’Afrique centrale. Région largement ouverte sur l’Atlantique, elle peine pourtant à jouer pleinement son rôle de hub logistique continental. Le Cameroun, avec le port en eau profonde de Kribi, illustre ce contraste. Pensé comme une porte d’entrée pour le Tchad et la République centrafricaine, Kribi reste sous-exploité, freiné par des insuffisances de connectivité intérieure, des lourdeurs administratives et des problèmes de gouvernance des corridors de transit. À la différence de l’initiative marocaine, portée par une vision géostratégique cohérente et un pilotage politique centralisé, l’Afrique centrale souffre d’un déficit de coordination régionale au sein de la Cemac. Résultat : les pays enclavés de la sous-région continuent de supporter des coûts logistiques élevés, malgré leur proximité avec la mer. À Niamey, le consensus autour du projet marocain souligne ainsi une leçon plus large : l’accès à la mer ne suffit pas. Sans infrastructures intégrées, sécurité des corridors et gouvernance efficace, la façade atlantique reste une promesse inachevée. Pour le Sahel comme pour l’Afrique centrale, l’enjeu dépasse la logistique : il touche à la capacité des États africains à transformer la géographie en puissance économique et politique.

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Brazzaville y voit un signal de confiance dans sa trajectoire macroéconomique et dans la crédibilité de sa gouvernance budgétaire.

Dette souveraine : le Congo revient sur les marchés, au prix fort

En rouvrant son euro-obligation de 2025, Brazzaville refinance ses échéances proches et teste la confiance des investisseurs internationaux, dans un environnement financier plus favorable mais toujours exigeant pour les économies d’Afrique centrale. Le Congo a annoncé la réouverture de son obligation internationale émise en novembre 2025, pour un montant de 260 millions de dollars, dans une opération destinée à lisser son profil de dette et à couvrir des échéances imminentes. Réalisée sous le régime Regulation S et placée à la Bourse de Londres sous droit anglais, l’opération, pilotée par Citigroup, s’inscrit dans une stratégie assumée de retour durable du pays sur les marchés financiers internationaux. L’instrument concerné conserve les caractéristiques de l’émission initiale : un coupon élevé de 9,875 % et une maturité finale en novembre 2032, avec un remboursement du principal échelonné en cinq tranches entre 2028 et 2032. Un coût du financement jugé important par les marchés, reflet à la fois du risque souverain perçu et des conditions encore restrictives pour les pays africains à revenu intermédiaire sur les marchés internationaux de capitaux. Sur le plan géoéconomique, l’opération répond à un impératif immédiat : refinancer une partie de la dette intérieure arrivant à échéance en janvier et février 2026. Pour les autorités congolaises, il s’agit d’éviter une pression excessive sur la trésorerie de l’État tout en améliorant le calendrier d’amortissement de la dette publique. Le gouvernement met également en avant l’impact positif attendu sur la liquidité du marché financier sous-régional de la Cemac, dans un contexte où l’intégration financière reste un enjeu clé de stabilité régionale. Sur le plan international, cette réouverture intervient alors que l’appétit des investisseurs pour les actifs africains montre des signes de reprise, porté par l’anticipation d’un assouplissement monétaire global et par la recherche de rendements élevés. Brazzaville y voit un signal de confiance dans sa trajectoire macroéconomique et dans la crédibilité de sa gouvernance budgétaire. « Cette opération reflète la discipline et l’agilité de notre stratégie de gestion de la dette », a déclaré le ministre des Finances, Christian Yoka. Mais ce retour sur les marchés n’est pas sans risques. À près de 10 %, le coût du service de la dette limite les marges budgétaires dans un pays encore très dépendant des revenus pétroliers et exposé aux chocs exogènes. D’un point de vue géostratégique, la capacité du Congo à maintenir la confiance des investisseurs dépendra étroitement de sa discipline budgétaire, de la transparence de sa gestion de la dette et de sa coordination avec les cadres régionaux et multilatéraux. Plus qu’un simple refinancement, cette opération constitue donc un test : celui de la soutenabilité financière du Congo et de sa capacité à conjuguer accès aux marchés, stabilité régionale et gouvernance économique crédible sur le long terme.

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Diplômée en ingénierie et en finance, Joëlle Itoua Owona débute son parcours professionnel dans la finance internationale, au cœur de la place new-yorkaise.

Diaspora : Joëlle Itoua Owona, quand la Silicon Valley soigne l’Afrique

Diplômée du MIT et ex-financière à New York, la fondatrice d’Afriwell Health mise sur la télémédecine pour révolutionner l’accès aux soins sur le continent, avec le soutien de Google et de la Banque mondiale. À la croisée de la finance, de la technologie et de la santé publique, Joëlle Itoua Owona incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs africains décidés à résoudre, de l’intérieur, les défis structurels du continent. Fondatrice d’Afriwell Health, une plateforme de télémédecine qui met en relation patients et médecins en Afrique, cette Camerounaise formée au MIT a fait le choix rare mais assumé de quitter une carrière prometteuse à New York pour s’attaquer à l’un des angles morts du développement africain : l’accès aux soins. Diplômée en ingénierie et en finance, Joëlle Itoua Owona débute son parcours professionnel dans la finance internationale, au cœur de la place new-yorkaise. Elle y acquiert une solide expertise en analyse de risques, en levée de fonds et en structuration de projets complexes. Mais derrière les chiffres et les marchés, une conviction s’impose progressivement : la technologie ne peut être un simple levier de rentabilité, elle doit aussi être un outil d’impact social. C’est ce constat qui la pousse à fonder Afriwell Health. La plateforme répond à une réalité bien connue du continent : pénurie de médecins, inégalités territoriales, coûts élevés des consultations et systèmes de santé souvent sous tension. Grâce à la télémédecine, Afriwell Health permet aux patients, y compris dans les zones enclavées, d’accéder à des consultations médicales à distance, à un suivi personnalisé et à des professionnels de santé qualifiés, sur le continent et dans la diaspora. Le projet séduit rapidement des partenaires de poids. Afriwell Health bénéficie notamment du soutien de Google et de la Banque mondiale, qui y voient une solution capable de renforcer les systèmes de santé africains tout en favorisant l’innovation locale. Pour Joëlle Itoua Owona, ces appuis internationaux ne sont pas une fin en soi, mais un moyen d’accélérer l’impact. « L’Afrique n’a pas besoin de solutions importées clés en main, mais d’outils pensés par et pour les Africains », aime-t-elle rappeler. À travers Afriwell Health, elle défend une vision claire : faire de la technologie un pont entre expertise médicale, inclusion sociale et souveraineté sanitaire. Un pari audacieux, à l’image de son parcours, qui place l’innovation africaine au cœur des enjeux globaux de santé.

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Cette articulation entre niveau local et diplomatie vaticane confère à l’ACEAC une capacité d’influence accrue dans les débats internationaux sur la paix, la gouvernance et les droits humains en Afrique centrale.

Afrique centrale : l’Église catholique face aux fractures sécuritaires et morales des Grands Lacs

Réunis à Kinshasa, les évêques de l’ACEAC appellent à une paix structurelle, dénoncent les idéologies de violence et renforcent leur rôle d’acteur géopolitique et social dans une région en crise chronique À l’heure où l’Afrique centrale reste l’un des épicentres mondiaux de l’instabilité sécuritaire, les évêques de l’Association des Conférences Épiscopales de l’Afrique Centrale (ACEAC) ont placé la paix, la justice et la protection des plus vulnérables au cœur de leur XVᵉ Assemblée plénière, tenue à Kinshasa du 10 au 14 décembre. Bien au-delà d’un rendez-vous pastoral, cette rencontre s’inscrit dans une lecture lucide des rapports de force régionaux et des défaillances structurelles des États. Dans une sous-région minée par les conflits armés, les ingérences transfrontalières, l’exploitation illégale des ressources et la faiblesse persistante des institutions publiques, l’Église catholique entend affirmer une présence qui dépasse le cadre spirituel. « Notre sous-région est astreinte depuis plus de trente ans à des perturbations profondes de la paix », a rappelé le président sortant de l’ACEAC, Mgr José Moko, dénonçant implicitement les logiques de prédation et de violence qui alimentent les crises des Grands Lacs. Les travaux ont mis l’accent sur l’élaboration d’un plan triennal pour la paix, conçu comme un outil de plaidoyer et de médiation à l’échelle régionale. Les évêques ont également insisté sur l’urgence d’intégrer l’accompagnement psychologique des victimes de violences armées et d’abus dans la pastorale, une reconnaissance explicite des traumatismes collectifs laissés par des décennies de conflits et d’impunité. Face à ce qu’ils qualifient d’« idéologies meurtrières », les prélats ont souligné la responsabilité des élites politiques et militaires, sans toutefois les nommer, dans la perpétuation de cycles de violence. Dans une région où les mécanismes judiciaires nationaux peinent à fonctionner, l’Église se positionne de plus en plus comme un acteur moral de référence, capable de documenter, d’alerter et d’accompagner les victimes lorsque les États sont défaillants. La dimension géopolitique des échanges a également été renforcée par la collaboration étroite avec le Saint-Siège, notamment le dicastère pour le Service du développement humain intégral. Cette articulation entre niveau local et diplomatie vaticane confère à l’ACEAC une capacité d’influence accrue dans les débats internationaux sur la paix, la gouvernance et les droits humains en Afrique centrale. L’Assemblée a enfin acté le renouvellement de ses instances dirigeantes avec l’élection de Mgr Joachim Ntahondereye, évêque de Muyinga au Burundi, à la présidence de l’ACEAC. Dans un contexte de recomposition régionale incertaine, ce nouveau leadership hérite d’un défi majeur : faire de l’Église non seulement une conscience morale, mais un acteur structurant de stabilisation dans une région où la paix reste fragile et largement conditionnée par des enjeux géopolitiques qui la dépassent.

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Deux mois après la présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun reste dans une situation de tension post-électorale.

Cameroun 2025 : Bras de fer post-électoral entre l’opposition en exil et le pouvoir à Paris

Entre légitimité contestée, pressions internationales et scénarios de transition, les enjeux stratégiques du pays se cristallisent à Paris. Issa Tchiroma Bakary cherche à peser sur un pouvoir solidement enraciné. Deux mois après la présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun reste dans une situation de tension post-électorale. À Paris, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et candidat revendiquant la victoire, a organisé une conférence de presse pour dénoncer des « fraudes documentées » et la répression des manifestations, qui aurait entraîné une soixantaine de morts et plus de 3 000 interpellations selon ses estimations. L’opposition entend internationaliser la crise, sollicitant l’attention de la France, de l’Union européenne et des instances de défense des droits humains. La législation camerounaise, toutefois, limite strictement toute contestation interne. Seul le Conseil constitutionnel peut valider ou annuler les résultats, et sa confirmation de la victoire de Paul Biya verrouille le cadre légal. Le camp d’Issa Tchiroma mise donc sur une stratégie extérieure : mobilisation diplomatique, actions judiciaires internationales et engagement de la diaspora. La France, partenaire historique et stratégique, privilégie la stabilité, soucieuse de la sécurité régionale et des flux économiques dans le Golfe de Guinée. L’Union européenne, tout en exprimant ses préoccupations sur les droits humains, adopte également une posture prudente, consciente du rôle central du Cameroun dans la sous-région. Ces positions limitent, pour l’instant, les marges de manœuvre de l’opposition, malgré ses efforts de lobbying. Au plan géopolitique et géoéconomique, le Cameroun demeure un pivot régional : corridors commerciaux, port de Douala, ressources agricoles et énergétiques, et rôle sécuritaire dans la lutte contre Boko Haram et les groupes armés dans la zone du bassin du Congo. Toute instabilité prolongée aurait des répercussions directes sur ses voisins, renforçant le pouvoir de Biya dans le rapport de force interne. Le camp Tchiroma propose mollement une transition négociée, une enquête internationale sur les violences post-électorales et une réforme électorale. Ses relais internes – société civile et réseaux économiques – sont sous surveillance, limitant leur capacité à peser sur le terrain. L’opposition mise sur la pression internationale et la médiatisation pour créer des opportunités politiques dans un contexte où le régime reste fortement structuré et largement implanté. Schéma du rapport de force interne et externe 1. Acteurs internes : 2. Acteurs externes : 3. Enjeux stratégiques : 4. Scénarios possibles : La faisabilité de cette démarche reste incertaine. La confrontation se situe autant sur le terrain diplomatique qu’à l’intérieur du pays, où le pouvoir maintient un contrôle robuste sur l’administration, les forces de sécurité et les communications. L’opposition espère que la documentation des violences et la mobilisation de partenaires internationaux pourront infléchir la donne, mais le calendrier reste flou. Le rapport de force entre un pouvoir enraciné et une contestation exilée illustre la complexité de la gouvernance et des équilibres politiques au Cameroun, au cœur de la dynamique régionale.

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La campagne électorale pour le quadruple scrutin du 28 décembre (présidentielle, législatives, régionales et municipales) a officiellement démarré le 13 décembre à Bangui, dans un climat à la fois mobilisateur et lourd de fractures.

Centrafrique : une présidentielle sous haute tension entre promesse de stabilité et défi de légitimité

À Bangui, l’ouverture de la campagne du quadruple scrutin du 28 décembre révèle un affrontement stratégique entre continuité sécuritaire, contestation politique et enjeux de souveraineté nationale. La campagne électorale pour le quadruple scrutin du 28 décembre (présidentielle, législatives, régionales et municipales) a officiellement démarré le 13 décembre à Bangui, dans un climat à la fois mobilisateur et lourd de fractures. Au cœur de l’affrontement politique : le président sortant Faustin-Archange Touadéra, candidat du Mouvement Cœurs Unis (MCU), face à une opposition fragmentée mais offensive, sur fond de défis sécuritaires persistants et de recomposition géopolitique. Faustin-Archange Touadéra, la carte de la sécurité et de l’État fort Devant un stade de 20 000 places, Faustin-Archange Touadéra a axé son discours sur la continuité sécuritaire et la préservation de l’unité nationale. Un narratif cohérent avec son bilan revendiqué : reconstruction des Forces armées centrafricaines (Faca), montée en puissance de l’appareil sécuritaire et reprise partielle du contrôle territorial depuis la crise de 2013. Pour le président sortant, la sécurité demeure le socle de toute souveraineté politique et économique. Dans un pays où plus de 40 % du territoire reste vulnérable aux groupes armés, l’argument trouve un écho auprès d’une population lassée par l’instabilité chronique. Mais cette stratégie repose aussi sur des alliances sécuritaires controversées, notamment avec des mercenaires russes et des forces rwandaises, qui alimentent un débat sur la dépendance sécuritaire et la souveraineté réelle de l’État. Une opposition fragmentée mais mobilisée Face à Faustin-Archange Touadéra, Anicet George Dologuélé, leader de l’URCA, a opté pour une campagne de proximité, sillonnant Bangui en cortège ambulant. Son message est frontal : « dix ans de promesses non tenues » et un appel à un « choix de survie nationale ». Il mise sur la fatigue sociale, le chômage urbain et la persistance de la pauvreté pour mobiliser un électorat jeune et urbain. Autre figure clé, Henri-Marie Dondra, ancien Premier ministre passé dans l’opposition, a lancé sa campagne dans un cadre plus modeste, mais symbolique : une école de la capitale, soulignant l’enjeu de la gouvernance et des services publics. Cependant, l’opposition apparaît divisée. Une partie a choisi le boycott, dénonçant un cadre électoral jugé biaisé, ce qui fragilise la portée politique du scrutin et alimente les interrogations sur sa légitimité internationale. Sécurité, démographie et crédibilité électorale Sur le plan sécuritaire, malgré une amélioration relative, des foyers de violence persistent à l’est, où des groupes rebelles restent actifs. Cette réalité pose un défi logistique majeur : garantir l’accès aux bureaux de vote et la sécurité des électeurs dans un pays vaste, faiblement équipé et démographiquement jeune. Au-delà du vote, ce scrutin constitue un test géostratégique. Il déterminera non seulement l’orientation politique de Bangui, mais aussi sa place dans les équilibres régionaux et internationaux, entre partenaires occidentaux, Russie et acteurs africains. Dans un contexte de basculement global, la Centrafrique joue une partie décisive où sécurité, légitimité et souveraineté restent étroitement imbriquées.

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La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a de nouveau durci sa politique monétaire en relevant ses principaux taux directeurs lors de sa session du 15 décembre 2025 à Yaoundé

Cémac: la BEAC durcit le ton pour défendre le franc CFA

Face à l’érosion des réserves de change dans la Cemac, la banque centrale relève ses taux directeurs afin de préserver la stabilité monétaire, au risque de freiner davantage la croissance. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a de nouveau durci sa politique monétaire en relevant ses principaux taux directeurs lors de sa session du 15 décembre 2025 à Yaoundé. Une décision technique en apparence, mais aux implications régionales et géopolitiques majeures pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), confrontée à une dégradation progressive de sa couverture extérieure et à des vulnérabilités structurelles persistantes. Le taux d’intérêt des appels d’offres est passé de 4,50 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal a été relevé de 6,00 % à 6,25 %. L’objectif affiché est clair : contenir l’érosion des réserves de change et préserver la crédibilité du franc CFA, alors que celles-ci devraient reculer à 4,2 mois d’importations en 2025 contre 4,9 mois un an plus tôt. Dans une zone monétaire arrimée à l’euro, la discipline macroéconomique reste un impératif stratégique autant qu’économique. Sur le plan géoéconomique, cette décision traduit la tension croissante entre stabilité monétaire et soutien à l’activité. La croissance régionale est attendue à seulement 2,4 % en 2025, un rythme insuffisant pour absorber la pression démographique et répondre aux besoins sociaux. Le resserrement du crédit qui pourrait en découler risque de peser sur l’investissement privé et le financement des économies, déjà dépendantes des secteurs extractifs et vulnérables aux chocs externes. La dimension géopolitique n’est pas absente. Dans un contexte international marqué par le durcissement des conditions financières mondiales, la Cemac cherche à envoyer un signal de sérieux aux partenaires extérieurs, notamment au FMI et aux marchés. La défense de la parité du franc CFA demeure un enjeu de souveraineté monétaire partagée, mais aussi de stabilité régionale, dans une zone fragilisée par l’insécurité, les transitions politiques et la volatilité des recettes pétrolières. En matière de gouvernance, la BEAC agit en pompier monétaire face aux faiblesses structurelles des États membres. La persistance des déficits budgétaires, la lenteur des réformes de diversification économique et la gestion inégale des finances publiques continuent de faire peser la charge de l’ajustement sur la politique monétaire. Or, celle-ci ne peut durablement se substituer à des réformes budgétaires et institutionnelles crédibles. En relevant ses taux, la BEAC gagne du temps. Mais sans une amélioration coordonnée de la gouvernance économique, de l’intégration régionale et de la discipline budgétaire, la stabilité monétaire de la Cemac restera sous tension, exposée aux chocs externes et aux fragilités internes.

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