Territoires & Société

Énergie verte ou fracture stratégique ? Le Cameroun face au pari de la transition

L’Afrique centrale peut devenir un pôle énergétique résilient, à condition de sauter l’étape fossile. Alors que le continent africain pourrait économiser jusqu’à 5 000 milliards $ d’ici 2050 en adoptant un modèle 100 % renouvelable (Power Shift Africa), l’Afrique centrale, longtemps marginalisée dans les flux d’investissement énergétique, dispose d’un levier de souveraineté inédit.  Le Cameroun, avec son mix énergétique dominé par l’hydroélectricité (70 %), se positionne comme un pivot stratégique pour bâtir une Afrique électrifiée, décarbonée et interconnectée. « Le Cameroun peut devenir le moteur propre de l’Afrique centrale, à condition de traiter l’énergie comme un enjeu géopolitique, et non comme une simple variable technique »,a déclaré  Dr. Léon Mvondo, économiste de l’énergie.Avec un taux d’électrification rural inférieur à 25 %, un réseau vétuste et un monopole encore verrouillé, le défi est colossal mais structurant. Le pays détient un potentiel exploitable de 20 GW en hydroélectricité, un ensoleillement moyen supérieur à 5 kWh/m²/jour, et une capacité de création de 500 000 emplois dans les filières vertes d’ici 2040. Une vision à l’échelle régionale : énergie, influence, stabilité La stratégie camerounaise repose sur cinq piliers : Électrification rurale décentralisée via des mini-réseaux solaires ; Attractivité réglementaire pour les producteurs indépendants (IPPs) ; Interconnexion régionale (via le PEAC et la CEEAC) ; Formation locale de compétences vertes (Institut régional à Douala) ; Mobilisation des financements climatiques (Fonds vert, JETP). Pour Fatima Zongo, spécialiste en transition énergétique à la BAD, « l’Afrique centrale ne doit pas suivre, elle doit innover. Son retard énergétique est sa chance de ne pas reproduire les erreurs fossiles ». Au-delà de l’énergie, il s’agit d’un enjeu d’intelligence économique : bâtir un bloc renouvelable (Cameroun, RDC, Tchad, Gabon, Congo) renforcera la voix diplomatique de la région dans les forums climatiques et les négociations multilatérales. Noël Ndong

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Sanaga-Maritime : Édéa au carrefour des promesses industrielles et des fractures sociales

Située au cœur d’un axe stratégique entre Douala et Yaoundé, la ville d’Édéa cristallise les espoirs de développement industriel du Cameroun, mais fait face à des défis criants en matière d’inclusion sociale, d’infrastructures et de gouvernance. À 60 kilomètres de Douala, Édéa, chef-lieu du département de la Sanaga-Maritime, s’impose comme un pôle industriel historique au Cameroun. Dotée d’une centrale hydroélectrique majeure sur la Sanaga, d’une usine d’aluminium exploitée par Alucam, d’infrastructures portuaires en développement, et d’un réseau ferroviaire stratégique, la ville possède un potentiel économique considérable. Pourtant, sur le terrain, les promesses de développement se heurtent à des inégalités structurelles et à une gouvernance locale fragile. Un territoire riche en atouts… mal exploités Le département est traversé par des corridors logistiques cruciaux reliant les capitales économiques et politiques du pays. Il dispose aussi d’une biodiversité importante, d’un potentiel agricole sous-exploité (hévéa, palmier à huile, manioc, cacao) et d’un patrimoine touristique naturel et historique méconnu. La présence d’industries lourdes et de grandes entreprises agro-industrielles comme SOCAPALM ou Hevecam devrait logiquement tirer l’économie locale vers le haut. Mais la réalité est plus contrastée : chômage des jeunes, faible industrialisation en aval, pollution environnementale, expropriations foncières mal encadrées. « Le développement ne profite qu’à une minorité, et les populations locales peinent à en voir les retombées concrètes », explique un cadre local de la société civile, sous couvert d’anonymat. Déficit d’infrastructures et urbanisation anarchique La ville d’Édéa souffre d’un déficit chronique d’infrastructures de base : routes secondaires en mauvais état, accès limité à l’eau potable dans les zones rurales, services de santé saturés, équipements scolaires insuffisants. L’urbanisation progresse sans plan directeur clair, posant des risques en termes de sécurité, d’environnement et de cohésion sociale. La croissance démographique rapide, couplée à un exode rural mal maîtrisé, accentue les tensions foncières. De nombreux jeunes, sans emploi ni formation adéquate, se retrouvent marginalisés, ce qui nourrit des frustrations susceptibles d’alimenter l’instabilité sociale. Enjeux géopolitiques et de souveraineté économique Sur le plan stratégique, la Sanaga-Maritime joue un rôle pivot dans la stratégie énergétique nationale. La rivière Sanaga alimente plusieurs barrages majeurs, et des projets hydroélectriques supplémentaires sont en cours d’étude. « Celui qui contrôle l’énergie contrôle le développement », observe un analyste camerounais en intelligence économique. Cependant, la dépendance à des multinationales étrangères pour l’exploitation des ressources critiques (bauxite, aluminium, agro-industries) interroge la souveraineté économique locale. Le tissu industriel local reste embryonnaire, faute de politiques d’incitation à la transformation locale ou à la montée en gamme des chaînes de valeur. Quelles perspectives ? Pour que la Sanaga-Maritime devienne un vrai moteur du développement inclusif, plusieurs leviers sont nécessaires : • Un plan d’aménagement du territoire clair, intégrant les dimensions économique, sociale et écologique ; • Un dialogue transparent entre les industriels, les pouvoirs publics et les communautés locales, notamment sur les questions foncières ; • Un investissement accru dans la formation professionnelle, l’agro-industrie locale et l’économie circulaire ; • Une gouvernance locale renforcée, capable de planifier et de surveiller l’impact des investissements. À Édéa, le développement est en marche, mais il avance sur une ligne de crête. Entre opportunités industrielles majeures et inégalités persistantes, l’avenir du département dépendra de sa capacité à concilier modernisation économique, inclusion sociale et gestion responsable des ressources. La Sanaga-Maritime a les cartes en main – reste à savoir si les acteurs en présence sauront jouer une partie gagnante pour la population. Noël Ndong

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